Titre : Heartbreaker
Auteur : Lilou Black
Genre : Romance, humour, post GravEx
Fandom : Gravitation
Pairings et personnages : divers
Rating : T
Disclaimer : Propriété de Maki Murakami
Note : Merci à Kiranagio, à Chawia et à ma Piwi pour leurs reviews et leur soutien tout au long de la publication de ce texte.
Car en effet, vous avez devant les yeux le dernier chapitre. J'espère que vous ne serez pas trop déçues, mais j'ai eu vraiment du mal à finir, malgré tout le plaisir éprouvé lors de la rédaction de cette histoire. Si vous vous reportez à la fin (après avoir tout lu, bien sûr), vous trouverez une autre note.
Bonne lecture à tout le monde.
Ryuichi Sakuma ne tenait pas en place. Il faisait les cent pas dans la chambre, le regard rivé sur l'horloge murale qui avançait beaucoup trop lentement à son goût. Il se rendait compte que l'imminence d'un moment attendu était un supplice. Les dernières heures, les dernières minutes et même les dernières secondes étaient les plus longues. Il soupira d'impatience.
Tatsuha allait revenir. Il le lui avait dit la veille au téléphone et, dans la matinée, il lui avait envoyé un message pour lui dire qu'il était dans le train et qu'il arrivait. Le SMS se terminait par les mots « Attends-moi ». Alors Ryuichi attendait… même s'il avait horreur de ça.
Il y avait un ordinateur dans l'appartement. Tatsuha lui avait communiqué le mot de passe pour qu'il puisse s'en servir s'il le souhaitait. Jusqu'alors, il n'en avait pas vu l'utilité. Il considérait Internet comme un moteur de ragots et, s'il avait envie d'écrire, rien ne valait à ses yeux une grande feuille de papier et un gros feutre de la couleur la plus vive possible. Les ordinateurs, c'était bon pour les otakus comme Rage ou pour les gens sérieux dont il refusait de faire partie. Cette fois-ci, cependant, il avait allumé l'engin et s'était connecté au Net pour se renseigner sur la durée du trajet en train entre Kyoto et la capitale japonaise. Cela lui avait semblé affreusement long. Il avait dû se résoudre cependant et, après un bon moment à tourner en rond comme un lion en cage, il s'était échoué sur le lit, les yeux toujours vissés sur la pendule.
Enfin, alors que l'attente était sur le point de lui faire perdre la tête, la porte de l'appartement s'ouvrit doucement. Ryuichi se précipita dans l'entrée et se jeta au cou de Tatsuha qui eut juste le temps de poser son sac pour recevoir son amant dans ses bras. Ils se serrèrent l'un contre l'autre comme si cette séparation de quelques jours avait duré trois siècles. Le chanteur caressa du bout des doigts la joue de l'adolescent :
« Dis adieu à ta liberté, Tatsuha, murmura-t-il d'un ton très sérieux. Tu es à moi, maintenant. »
L'interpellé ne répondit pas et préféra se pencher sur Ryuichi pour l'embrasser. Ce dernier se laissa faire, ravi. Ce baiser-là n'avait pas la même saveur que ceux qu'il avait reçus et donnés auparavant. Il fut un peu surpris par l'avalanche d'émotions qui s'abattit sur lui. Il avait souvent évoqué le sujet dans ses chansons mais l'amour était pour lui un concept un peu abstrait. Le manque affectif qu'il avait connu par le passé avait laissé des cicatrices.
Il ne dit rien quand Tatsuha l'attira vers la chambre. Après tout, ils en avaient autant envie l'un que l'autre. Ryuichi avait eu peur de cette histoire de mariage imposé. Retrouver son amant libéré de ces encombrantes fiançailles rendait l'étreinte à venir encore plus excitante. Enfin il pourrait profiter de son nouvel esclave en toute sérénité.
Les vêtements volèrent à travers la pièce. Les deux corps nus s'écroulèrent d'un même mouvement sur le lit. Les deux garçons s'embrassèrent, se caressèrent, s'explorèrent… avant de se faire siamois.
Ils firent l'amour suffisamment longtemps pour que, leur joute horizontale terminée, Ryuichi s'endorme, le cœur et le corps repus.
oOØOo
Quand il se réveilla un peu plus tard, il réalisa qu'il était heureux. Pour la première fois depuis une époque lointaine dont il n'était même pas certain de se souvenir, il n'avait même pas besoin de faire semblant. Fini de mimer le bonheur, de se cacher sous une carapace de grand gamin insouciant. Ce concept mystérieux était enfin devenu réalité. Il sourit, sans avoir besoin de se forcer.
Cette joie de vivre tenait à peu de choses. D'abord, il avait récupéré son Kumagorô. Certes, il ne lui serait plus aussi indispensable qu'auparavant mais ne pas avoir son lapin rose avec lui pendant quelques jours lui avait fait quelque chose. Il n'avait rien eu à serrer contre lui la nuit ou pour se rassurer lors de ses accès d'angoisse. Le récupérer lui faisait donc plaisir même si…
Même si à présent, s'il allait mal, s'il avait peur, il n'en aurait plus besoin. Tatsuha était là, avec ses bras aimants, son corps tout chaud et les mots tendres qu'il lui avait murmurés dans le creux de l'oreille tandis qu'ils faisaient l'amour.
Cela valait toutes les peluches du monde.
Ryuichi tourna la tête sur le côté. Son amant n'était pas là. En tendant l'oreille, il perçut des bruits rassurants venus de la cuisine. Il n'était pas au lit mais il n'était pas parti. Le chanteur s'étira longuement et se demanda s'il se lèverait ou pas pour le rejoindre. Peut-être pas, finalement. La cuisine n'était pas un endroit intéressant. La préparation d'une simple tasse de thé ou d'un bol de riz demandait une patience et une minutie que le chanteur n'avait pas. Depuis longtemps, il ne consommait plus quand il était seul que des plats tout prêts, commandés au traiteur du coin ou à réchauffer au micro-ondes.
Encore une chose qui allait changer. Tatsuha, lui, aimait faire la cuisine. Il prétendait être moins doué que son grand frère mais se débrouiller quand même. L'image mentale de son amant affublé uniquement d'un tablier en dentelles et s'affairant devant de bons petits plats qui mijotaient fit un drôle d'effet à Ryuichi. Il se tortilla dans le lit et eut soudainement très chaud.
Cette bouffée de chaleur s'intensifia quand Tatsuha débarqua dans la pièce, chargé d'un plateau. À défaut d'un tablier affriolant, il était vêtu d'un peignoir de couleur sombre négligemment fermé à la taille. Quelque chose disait au chanteur que l'ancien moine ne portait rien dessous.
Ryuichi se redressa sur l'oreiller et sourit paresseusement :
« Na no da, dit-il. »
L'adolescent sourit. Visiblement, il trouvait ce tic de langage absolument à tomber. Il posa sa charge sur le bord du lit. Ryuichi se redressa et Tatsuha l'embrassa :
« J'ai trouvé ça dans le frigo, dit-il en montrant le plateau. Qu'est-ce que c'est ? »
Le chanteur jeta un œil et se souvint de cette pâtisserie qu'il avait commandée pour fêter le retour de son amant.
« C'est du tiramisu, dit-il.
— Du tira-quoi ?
— Misu. Ti-ra-mi-su. C'est un gâteau italien. Je suis sûr que ça te plaira. »
Tatsuha haussa les sourcils. Visiblement, la nourriture occidentale le laissait perplexe. Ryuichi, facétieux, plongea un doigt dans la crème sur laquelle était saupoudrée du chocolat et le tendit à son amant :
« Tiens. »
L'adolescent lécha avec circonspection l'index du chanteur, ce que ce dernier trouva extrêmement sexy. Il fut d'autant plus ravi en voyant que le tiramisu semblait tout à fait au goût de Tatsuha. L'ancien moine s'étendit sur le lit près de Ryuichi et tous deux mangèrent la pâtisserie de façon peu orthodoxe, chacun plongeant ses doigts dans la crème et la génoise avant de les porter aux lèvres de l'autre. La bouche de Ryuichi fut bientôt couverte de chocolat et Tatsuha nettoya ces quelques traces d'un baiser. Le chanteur s'étendit sur le dos, attirant son amant sur lui. Ce dernier repoussa le plateau au dernier moment pour éviter qu'il ne s'écrase par terre avec son contenu.
« Tat-chan ?
— Mmh ?
— Tu sais ce que ça veut dire, « Tiramisu » ?
— Je ne parle pas italien, Ryu-chan. Je ne connais que l'anglais… et encore pas très bien.
— Ça veut dire "tire-moi vers le haut" ».
Tatsuha haussa les sourcils. Ryuichi sourit :
« Ça peut aussi signifier "emmène-moi au septième ciel".
— Alors le gâteau avait un sens caché… tu l'as fait exprès !
— Exactement, na no da…
— Ça va se payer. »
Joignant le geste à la parole, l'adolescent se pencha sur son homme et l'embrassa dans le cou, mordillant légèrement la peau tendre. Ryuichi tira sur le peignoir de Tatsuha pour le lui enlever. Il avait hâte de sentir à nouveau son corps nu contre le sien. Devant tant d'impatience, le jeune brun sourit :
« Tu es si pressé que ça ?
— J'ai envie de toi… »
Cette phrase, prononcée dans un souffle, fut comme un signal pour Tatsuha. Il repoussa les draps et se jeta sur Ryuichi pour lui faire subir les derniers outrages.
Ils firent à nouveau l'amour, rapidement et violemment. La tendresse attendrait. Après tout, ils avaient tout leur temps. Ryuichi, qui se sentait enfin aimé pour lui-même plutôt que pour son talent, et Tatsuha, qui s'était rapproché de son idole au-delà de ses espérances, étaient sûrs que ce qu'ils partageaient durerait très longtemps. Ce qu'ils vivaient à l'instant était une parenthèse dont ils comptaient profiter le plus possible. La réalité reprendrait ses droits quand il le faudrait. Si de nouveaux problèmes se présentaient à eux, ils les affronteraient tous les deux et, comme cela s'était produit pour ces fiançailles programmées à leur insu, ils s'en sortiraient. Forcément.
Parce qu'à présent ils étaient ensemble et ils pensaient qu'à deux, ils seraient plus forts.
« Quel dommage de voir en vie une si jolie fille… Tu seras bien plus belle à voir quand je t'aurai découpée en morceaux…
— Je vous en prie, non… »
Judy Winchester regardait son partenaire avec de grands yeux suppliants et Hiroshi Nakano s'ennuyait. Ce blockbuster américain était vraiment du bas de gamme. L'actrice avait dû être grassement payée pour jouer dans un tel navet.
« Ne vous approchez pas d'elle ! Les mains en l'air ou vous êtes cuit !
— Tiens tiens tiens… Serait-ce ce cher lieutenant Carver qui vole au secours de sa fiancée bien aimée ?
— Richard, au secours ! »
Le musicien perdit le fil de cette intrigue capilotractée en sentant des petits doigts attraper les siens. Il tourna la tête vers Azumi, qui avait le regard braqué sur l'écran. Il sourit.
C'était différent de son premier rendez-vous avec Ayaka. Les seuls points communs était l'actrice principale du film et le fait qu'ils aient mangé une glace avant. Si l'ancienne fiancée d'Eiri Yuki s'était montrée maladivement timide, la parolière avait remisé son attitude de porc-épic au placard. Ils avaient discuté de toutes sortes de choses, avaient beaucoup ri et n'avaient mis fin à la conversation que quand les lumières s'étaient éteintes dans la salle de cinéma.
Cela correspondait beaucoup mieux à l'idée que Hiroshi se faisait d'un rendez-vous avec une fille, même si le film était foncièrement débile.
Quoiqu'il ne s'était certainement pas attendu à ce qu'Azumi lui prenne la main, même si c'était parce qu'elle était prise par l'intrigue. Il serra doucement ses doigts entre les siens et elle se laissa faire.
oOØOo
« Tu n'as pas fait confiance à la bonne personne, Alice. La prochaine fois, ne te lie pas avec n'importe qui.
— Pardonne-moi, Richard. Je ne pouvais pas savoir que ce type était un malade.
— Je ne serai pas toujours là pour te sauver, tu sais…
— Oui mais… Oh, Richard, je t'aime tant ! »
Les deux acteurs se bécotèrent à bouche que veux-tu, puis un fondu au noir annonça le générique de fin. Hiroshi soupira mentalement de soulagement. Ce film était vraiment nul. Il regarda Azumi, qui ne lui avait toujours pas lâché la main. Elle souriait nerveusement :
« Je suis désolée, dit-elle. Les critiques de ce film n'étaient pas mauvaises, et puis j'adore Judy Winchester, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit si tarte.
— Tout le monde peut se tromper, répliqua le musicien. Après tout, au deuxième degré, c'était assez amusant.
— C'est vrai… Si on enlevait les scènes d'action, on aurait dit une la parodie de soap-opéra. »
Ils quittèrent le cinéma avant la fin du générique. Dans la rue, ils dirent beaucoup de mal du film et Azumi fit une caricature très réussie des dialogues de l'héroïne, levant les yeux au ciel d'un air mélodramatique et susurrant des Richard, mon amour agrémentés de moues boudeuses. Hiroshi trouva le résultat hilarant.
« Pauvre Judy Winchester, dit-il. Je ne suis pas sûr qu'elle aimerait vos imitations.
— Elle a été sous-employée dans se film. C'est une actrice de talent. »
Le musicien accompagna la jeune femme jusqu'à une station de métro. Il tentait d'éviter toute question existentielle. Elle lui avait lâché la main en sortant de la salle obscure et n'avait eu aucun autre geste à son égard à part celui-ci. Néanmoins, si se torturer l'esprit pour ça n'était pas dans ses projets, il avait tout de même envie de savoir.
« Dites-moi, Azumi ?
— Hum ?
— Si vous avez trouvé ce film si mauvais, pourquoi vous m'avez pris la main pendant la scène où le flic surgit alors que la pauvre fille allait se faire couper en tranches ? »
La parolière rougit jusqu'à la racine des cheveux.
« Peut-être, marmonna-t-elle, que je cherchais la bonne occasion pour ça… Vous savez, vous êtes vraiment quelqu'un de bien, je n'ai pas du tout été gentille avec vous et je…
— Vous quoi ?
— Je suis sensée écrire des paroles de chansons et pourtant, pour m'exprimer avec les gens que je… que j'apprécie, je suis nulle. Vous aviez raison l'autre jour quand vous avez dit à Fujisaki-kun que les filles traitent comme de la merde les gens qu'elles aiment bien. C'est aussi mon cas. Seulement, je n'avais pas envie de vous le dire. »
Capitulation sans condition, diagnostiqua le musicien. J'ai gagné.
Il sut que son interprétation était bonne quand il se pencha sur Azumi pour l'embrasser : elle ne le repoussa pas.
oOØOo
Il l'emmena à nouveau chez lui et cette fois, il n'eut pas à dormir sur le canapé. Lui non plus n'était pas très doué pour exprimer ses émotions devant une fille, aussi il s'efforça de faire passer ce qu'il ressentait par les gestes et les caresses. Il se plut à penser qu'Azumi fonctionnait de la même façon : une fois débarrassée de son armure revêche, cette crevette était très affectueuse.
Lorsqu'il s'éveilla le lendemain matin, la première chose qu'il vit fut la parolière assise dans son lit, les draps remontés sur la poitrine. Les sourcils froncés, elle écrivait dans un grand cahier posé sur ses genoux. Hiroshi se redressa et l'embrassa dans le cou :
« Tu fais quoi ? demanda-t-il. »
Elle sourit avant de répondre.
« Je crois que je tiens le tube.
— Ne me dis pas que tu bosses, on est en congés !
— Ben… J'ai eu une idée en me réveillant et en voulant noter mes idées pour les reprendre plus tard, les paroles sont sorties toutes seules.
— Je vois.
— Une seule chose me soucie, ceci dit. J'espère que Sakano-san acceptera ce texte sans faire d'histoire parce que c'est… heu… un peu particulier.
— C'est à dire ?
— Regarde. »
Elle lui tendit le cahier. Le texte anglais, écrit en petits caractères pointus, regorgeait de double-sens. Cela pouvait évoquer quelqu'un bavant devant les gâteaux dans une pâtisserie… comme cela pouvait exprimer un désir profondément tendancieux. Le refrain résumait parfaitement l'ensemble :
I could not resist you
My tiramisu.
Hiroshi haussa les sourcils :
« Tiramisu ? Pourquoi ?
— Parce que ça rime, et puis… »
Azumi murmura quelque chose à l'oreille de son amant qui fit rougir ce dernier. Cette crevette était vraiment imprévisible. Ne poussant pas plus loin ses réflexions, il se débarrassa du cahier. Le corps de la parolière était à son sens bien plus agréable à manipuler qu'un tas de feuilles de papier attachées ensemble.
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Lorsqu'il fallut reprendre le chemin des studios, Hiroshi ne put s'empêcher de trouver le retour sur terre un peu difficile. A fortiori parce qu'Azumi tenait à ce que leur relation reste secrète. Le guitariste ne voyait pas où était le problème mais elle ne semblait pas vouloir que cela se sache. Il se promit d'aborder le sujet avec elle dès qu'il en aurait l'occasion pour savoir exactement ce qui la poussait à une telle discrétion… qui lui rappelait douloureusement celle dont Ayaka avait fait preuve auparavant.
De surcroît, la porte du studio à peine refermée, Azumi avait remis son costume de virago option porc-épic, se camouflant derrière son ordinateur portable et menaçant de sévices divers quiconque oserait la déranger. Hiroshi était partagé. Une part de lui se disait qu'elle était un peu schizophrène et dans le même temps, il songeait avec plaisir que la part de sa personne qu'elle lui avait montrée la veille n'appartenait qu'à lui… et que ce ne serait qu'avec lui qu'elle se conduirait ainsi.
C'était une perspective agréable.
Le morceau qu'elle avait écrit, intitulé Tiramisu, eut des répercutions diverses. Shûichi, qui exigea à nouveau une traduction en japonais des paroles à cause de son piètre niveau d'anglais, fut tout bonnement emballé. Il partit dans un trip douteux en imaginant la réaction de son Yuki d'amant, qui aimait à la fois le sexe et les gâteaux, et K fut obligé de le menacer avec son Magnum pour le faire taire. Fujisaki ne dit rien de particulier, comme si le sens caché du texte lui passait au-dessus de la tête. Hiroshi fut un peu étonné de voir le claviériste, d'ordinaire si concentré sur son travail, l'air complètement ailleurs. Quant à Sakano, ainsi que l'avait craint Azumi, fut pris d'une étrange crise nerveuse et, d'un geste hystérique, attrapa la cruche d'eau froide sur la table pour en renverser le contenu sur sa tête. Cet homme avait décidément les nerfs bien fragiles pour un producteur.
Malgré ces incidents, que l'on pouvait néanmoins considérer comme mineurs, le morceau fut jugé digne de figurer sur le futur album. Azumi aurait dû en être ravie, mais elle semblait étrangement préoccupée.
Hiroshi, en la voyant, se dit que quelque chose allait de travers. Il se promit de discuter avec elle et de savoir ce qui la tracassait. Il espérait que ce n'était pas en rapport avec lui ou ce qui s'était passé entre eux. Cette crevette lui plaisait décidément beaucoup, plus encore depuis la nuit qu'ils avaient passée ensemble, et il n'avait pas envie que cette histoire toute fraîche pose déjà des problèmes.
Il s'offrit le luxe d'être optimiste. Après tout, il s'était déjà fait plaquer une fois et les kamis divers et variés n'étaient pas assez salauds pour lui imposer une nouvelle rupture sitôt après la précédente… ou pas.
En temps normal, Suguru Fujisaki n'aimait pas beaucoup les jours de congé. À dix-sept ans à peine, il ne vivait déjà que par et pour son travail. Les journées chômées ne servaient à rien à son sens, à part peut-être à traîner au lit un peu plus longtemps le matin.
Seulement, il n'avait pas fermé l'œil de la nuit.
Jamais il n'aurait cru qu'une chose pareille se produirait : il avait été trahi par quelqu'un de sa propre famille. Tôma ne l'avait pas débarrassé de Rage, loin de là ; il semblait au contraire mettre un point d'honneur à la lui coller dans les pieds. Il ne comprenait pas ce qui était passé par la tête de son cousin, qui en temps normal n'avait que trois priorités dans la vie : son travail, sa femme et Eiri Yuki. Se mêler de la vie privée de Suguru en lui imposant la présence de cette otaku siphonnée relevait de l'impensable. À ce compte-là, on trouverait des boules de neige en enfer et des dents allaient pousser dans le bec des poules. L'adolescent finit par croire que Tôma s'était pris une décharge en jouant du synthé, à mois que la grossesse de Mika lui ait totalement déconnecté la cervelle.
Néanmoins, cela ne réglait pas son problème.
La veille, il était tombé sur Rage qui, une fois n'est pas coutume, essayait d'assassiner Shindô. Dès qu'elle l'avait vu, elle avait détalé comme un lapin. Suguru s'en était réjoui jusqu'à ce que K surgisse en disant : « Oh, elle s'est enfuie… Dommage, Tôma risque d'être déçu. » Le jeune pianiste avait demandé au manager armé jusqu'aux dents ce que son illustre cousin avait à voir avec ça, ce à quoi K avait répondu « Oh dear… J'ai fait une boulette. »
Il n'y avait pas besoin d'être grand clerc pour comprendre ce que cela signifiait.
Tôma était extrêmement têtu. C'était à la fois une qualité et un défaut. Si cette obstination lui avait été utile sur le plan professionnel, elle lui avait aussi fait commettre les pires bêtises. Suguru était au courant de ce qui était arrivé à Eiri Yuki aux Etats-Unis, plusieurs années auparavant. Tout était la faute de Tôma. Il avait voulu bien faire mais le résultat s'était avéré catastrophique. L'écrivain avait tué plusieurs personnes et s'était montré plus instable que jamais sur le plan mental. Si le directeur de N-G semblait éprouver les plus profonds regrets à ce sujet, cela ne l'empêchait visiblement pas de continuer à se mêler des affaires des autres… et comme il était entêté comme une bourrique, il ne renoncerait pas de sitôt à caser son jeune cousin avec l'ancienne directrice artistique d'XMR.
Par ailleurs, Tôma n'était pas le seul problème. Suguru était pris de frissons en repensant à la réaction de Rage quand il l'avait surprise en train de maltraiter Shindô. Elle avait rougi jusqu'aux oreilles avant de se sauver. Le comportement typique de… d'une adolescente amoureuse.
Au secours…
Le claviériste de Bad Luck tourna en rond toute la matinée chez lui en se demandant ce qu'il devait faire. Il finit par céder à la tentation de téléphoner à Tôma. La conversation fut de courte durée car ce dernier travaillait et ne souhaitait pas être dérangé. Il se contenta de lui lancer un sibyllin « La vie est trop courte et les apparences sont souvent trompeuses » avant de lui raccrocher quasiment au nez. Il fuit, pensa Suguru. Incroyable.
Faute de savoir quoi faire, il alluma son ordinateur — un Mac ultra perfectionné et rempli de logiciels compliqués qui lui avaient coûté une fortune et dont il se servait régulièrement pour travailler — et jeta un coup d'œil à sa boîte aux lettres électronique. Ce qu'il y trouva le conforta dans l'impression d'être victime d'un complot : un e-mail de K contenant plusieurs liens hypertextes qu'il était fortement invité à regarder. L'adolescent cliqua sur le premier et eut soudain très mal aux yeux.
Il s'agissait d'un blog à la mise en page tapageuse : fond rose magenta, blocs de texte turquoise et gifs animés à paillettes qui clignotaient un peu partout. Une en-tête en typographie alambiquée indiquait le titre : Get Naked and Shoot me : les Pérégrinations d'une Otaku.
C'était le blog de Rage.
Il voua K et tous ceux qui étaient mêlés à ce traquenard aux gémonies.
Suguru ne s'était jamais intéressé aux fangirls de boy's love, persuadé que ces filles vivaient à cent mille années lumière du monde normal. Le site personnel de Rage le conforta dans cette idée. C'était plein de photographies plus ou moins trafiquées d'acteurs, de chanteurs et autres célébrités mâles d'origine asiatiques, de fanfictions soit disant interdites aux moins de dix-huit ans (quelle blague, pensa le jeune musicien, elle ne les a même pas, ses dix-huit ans) et de considérations sur telle personnalité ou tel personnage de fiction qui était « super-hyper-méga kawaiiiiiiii » ou « tellement ultra moé ». C'était consternant.
Et ce n'étaient que le début.
En bon garçon obéissant, Suguru explora le blog en entier, lisant en diagonale les délires de fangirl de cette improbable fille, jusqu'à un message datant de la veille et intitulé I'm lost.
Il le lut en entier, ainsi que tous les commentaires plus ou moins cliché et débiles qui allaient avec. Quand il eut terminé, il ouvrit le tiroir de son bureau et en sortit une boîte de gâteaux à la noix de coco dont il mangea la moitié.
Il essaya de rappeler Tôma mais ce dernier était occupé ou refusait de lui répondre. Il aurait bien voulu appeler Nakano, mais il se souvint que la veille, il devait aller au cinéma avec Azumi-san, et de ce fait il ne souhaiterait sans doute pas être déranger.
Il était donc seul à devoir faire face à ce qu'il venait d'apprendre.
Rage semblait bel et bien amoureuse de lui. Et pire, elle avait l'air décidée… à changer d'attitude.
Suguru regarda par la fenêtre. Le soleil brillait. Il s'était presque attendu à ce que de la choucroute tombe du ciel ou tout autre truc ridicule du même genre.
Il relut le message depuis le début.
J'ai horreur de fuir et pourtant c'est ce que j'ai dû faire. Plutôt ça que de céder à mes pulsions habituelles qui n'auraient pas arrangé mes affaires.
Quelles affaires, au fait ? Raaah, c'est n'importe quoi, ce que je dis. Je m'en fiche, de ce type. C'est juste un défi.
Je crois.
Comment on fait pour comprendre les gens ordinaires ? Pourquoi j'essaie de connaître et d'approcher quelqu'un d'aussi ennuyeux ?
Help !!!!!!!!
Etant donné que cette entrée le concernait, l'adolescent pensa qu'il devait réagir. Il s'accorda une courte réflexion avant d'ajouter un commentaire à la suite des autres déjà enregistrés :
Les gens ordinaires ne sont pas forcément ennuyeux. C'est vous qui êtes compl…
Il se ravisa et effaça ce qu'il venait d'écrire. Il se conduisait comme Shindô et cette attitude vis-à-vis de Rage lui avait beaucoup desservi. Plus on s'acharnait pour s'en débarrasser, plus elle s'accrochait. Il corrigea donc son commentaire :
Pour comprendre les gens ordinaires, il faut cesser de les trouver ennuyeux à priori. Considérer comme un défi le fait de vouloir se rapprocher d'une personne n'est pas une bonne idée non plus. C'est même un peu égoïste. Il est possible que malgré vos efforts, l'individu qui vous intéresse ne veuille pas de vous. À vous de savoir renoncer au bon moment et de savoir passer à autre chose.
Peut-être qu'un message énoncé de façon posée et calme serait plus percutant que des hurlements et des insultes. Du moins Suguru l'espéra…
À tort.
Quelques instants plus tard, une réponse lui arriva :
Si tu crois que je ne t'ai pas repéré, tu as tout faux. Il n'y a que toi pour t'exprimer de façon aussi chiante. Je ne sais pas comment tu es tombé sur mon blog (encore que, un certain blondinet de mes concitoyens doit y être pour quelque chose), mais sache que je ne renoncerai pas aussi facilement. Je ferai tous les efforts possibles et je gagnerai. Je te croquerai… comme une part de tiramisu.
L'adolescent fit la moue. Ce n'était pas la première fois qu'elle le comparait à de la nourriture. La connaissant, c'était assez parlant.
Il reprit son clavier :
Visiblement, vous aimez les métaphores culinaires… après la virginité des râmen instantanés, les gâteaux italiens. Hélas pour vous, je ne suis pas comestible. Vous devriez vous résoudre à une défaite le plus rapidement possible.
Si Rage voulait la guerre, elle l'aurait. Il n'y connaissait pas grand-chose en jeunes filles amoureuses, mais il pensait avoir déjà vécu pire, alors il s'en sortirait. Il ferait en sorte que l'ancienne directrice artistique guérisse de cette tare et qu'elle reparte aux Etats-Unis le plus tôt possible.
Il la forcerait à renoncer à lui… et tous les coups bas seraient permis.
L'aéroport était bondé. Des voix s'élevaient en japonais et en anglais pour annoncer le départ et l'arrivée des différents vols. Lorsqu'une hôtesse annonça l'atterrissage d'un avion en provenance de New York, l'homme blond qui attendant, le visage caché derrière les lunettes de soleil, se dirigea vers la porte d'embarquement par laquelle les passagers devaient sortir.
Il regarda passer les gens. Il vit des couples se retrouver, des familles se réunir, des hommes d'affaires seuls qui se déplaçaient tels des projectiles guidés… puis il la vit.
À première vue, Yoshiki Kitazawa n'avait pas changé. Elle avait toujours la même chevelure blonde ébouriffée et un visage séraphique douloureusement semblable à celui de son frère. Sa poitrine factice tendait son chemisier. La différence ne se voyait pas. Elle avait quitté le Japon travesti, et elle y revenait femme… intégralement.
Elle leva les yeux vers l'homme qui l'attendait et lui jeta un regard malicieux :
« Bonjour, mon petit Eiri, dit-elle.
— Ne m'appelle pas comme ça, grogna-t-il d'un ton revêche. Viens. Fichons le camp d'ici avant que Seguchi ne nous repère.
— Attends, je dois récupérer ma valise…
— Alors dépêche-toi. »
Eiri bouillait d'impatience. Il n'avait qu'une hâte : quitter l'aéroport. Il avait certes appelé Yoshiki avant qu'elle ne quitte l'Amérique pour lui expliquer la situation mais il ne pouvait être sûr d'obtenir ce qu'il souhaitait qu'en lui parlant de visu. Il fallait qu'elle soit témoin de la relation qui s'était nouée entre Shûichi et Riku. Voir le chanteur et le petit garçon ensemble la persuaderait de prendre la bonne décision… et de refuser l'argent de Tôma.
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Il emmena Yoshiki chez lui sans que rien d'anormal ne se produise. Il regardait régulièrement dans le rétroviseur pour être certain qu'ils n'étaient pas suivis. Il connaissait Seguchi. À partir du moment où cette tête de mule était sûr de son bon droit, il était capable de tout.
La sœur de Yuki Kitazawa (ou plus exactement son ex-frère) ne semblait se rendre compte de rien. Elle regardait pas la vitre de la voiture en souriant. Elle avait entrouvert la fenêtre, par coquetterie, pour que le courant d'air ébouriffe encore plus ses cheveux. Eiri la trouvait énervante. Négocier avec elle ne lui faisait pas très envie mais il n'avait guère le choix.
Ils gagnèrent l'appartement sans encombre. Shûichi était parti travailler et il avait chargé son éditrice de prendre Riku avec elle. Ils seraient donc tranquilles pour discuter.
Comme à son habitude, Eiri sortit une bière du réfrigérateur et alluma une cigarette sans proposer quoique ce soit à Yoshiki, qui s'était assise sur le canapé sans y être invitée. Ils se regardèrent un moment sans rien se dire. L'écrivain était un peu mal à l'aise. La créature qui lui faisait face ressemblait à s'y méprendre à son ancien professeur, son ancien bourreau… l'homme qui l'avait trahi et qu'il avait tué.
Ce fut elle qui rompit le silence :
« Alors tu veux que je refuse l'argent de Tôma Seguchi. C'est une jolie somme, pourtant…
— Il te donnera le fric si tu prends le gamin et si tu le ramènes à New York.
— Ce n'est pas ce que tu voulais au départ ? Que je revienne chercher Riku et que je t'en débarrasse ?
— Shûichi s'y est attaché. Quand il a appris que j'avais l'intention de le renvoyer aux Etats-Unis, il l'a enlevé et a essayé de disparaître avec. Bon, comme ce n'est qu'un macaque au QI de mouche morte, il n'a pas été difficile à retrouver, mais bon… »
Yoshiki eut un sourire malicieux :
« Tu as peur de perdre ton amant si je reprends Riku, c'est ça ? C'est mignon… »
Eiri lui aurait bien flanqué une paire de claques en la voyant joindre les mains et le regarder avec une nuée de cœurs roses dans les yeux. Il se demanda vaguement si le chirurgien qui l'avait opérée ne s'était pas trompé et ne lui avait pas enlevé un bout du cerveau à la place du service trois pièces. Elle avait une attitude consternante de fangirl.
« On s'en fout que ce soit mignon ou pas. Je ne te demande pas de nous laisser Riku à titre définitif puisqu'en tant que parents le plus proche, tu as tous les droits sur lui et si tu y renonçais, il faudrait remplir un tas de papiers et j'ai horreur de ça. Il faudrait que tu t'installes ici. J'ai assez de fric pour t'aider si tu en as besoin. Comme ça, tu pourrais reprendre le monstre et Shûichi pourrait aller le voir quand il le veut. Tu serais d'accord ?
— J'ai quelques économies mais… ça me coûterait très cher. Sur le plan financier, la solution que me propose Seguchi-san est plus intéressante. Vous auriez les moyens de venir voir Riku aux Etats-Unis une fois de temps en temps, non ?
— T'es gonflée quand même, râla Eiri qui commençait à s'énerver. Tu t'es incrustée avec nous quand on a quitté New York, tu nous as imposé le monstre pour partir te faire opérer et maintenant, tu acceptes de le reprendre pour du pognon ? Tu ne te fous pas un peu du monde ? »
Yoshiki allait répondre quand une voix s'éleva de l'entrée :
« Yukiiiiiiiiiiiiii ! »
L'écrivain soupira. Il ne s'attendait pas à ce que Shûichi rentre si tôt. Le chanteur surgit et tomba en arrêt devant Yoshiki :
« Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il, méfiant. Tu es venue reprendre Riku ? Où il est, d'abord ?
— Je l'ai confié à Mizuki, répondit Eiri. Je ne voulais pas l'avoir dans les pieds le temps de discuter de ce que nous allions faire de lui.
— Je…
— Salut, Shû-chan, intervint Yoshiki avec un grand sourire. Tu as passé une bonne journée ? Ça fait plaisir de te revoir ! Tu as vu, maintenant, je suis une vraie femme ! »
En disant ces mots, elle releva sa jupe pour donner plus de poids à ses propos et Shûichi, choqué, ferma les yeux en disant qu'il ne voulait pas voir ça. Eiri sentit que la situation était en train de déraper.
« Silence, tous les deux, glapit-il. »
Yoshiki baissa sa jupe et Shûichi se plaqua au sol, branché en mode bon toutou obéissant.
oOØOo
Ainsi qu'Eiri l'avait prévu, Tôma, mis rapidement au courant par ses canaux personnels que Yoshiki se trouvait chez lui, ne manqua pas de leur rendre une petite visite pour faire part de ses arguments. Le transsexuel sembla prendre plaisir à faire gamberger l'écrivain, le producteur musical et bien entendu le chanteur de Bad Luck en changeant d'avis sans arrêt et en ne prenant aucune décision.
Le retour de Riku mit fin à ces négociations que l'auteur commençait à trouver lassantes.
Le petit garçon se jeta sur Yoshiki pour lui faire un câlin mais son attention fut bientôt attirée par Shûichi, qui n'eut aucun effort à faire pour montrer à quel point il s'était attaché à l'enfant et à quel point cet attachement était réciproque.
Les choses furent réglées à la fin de la soirée.
Yoshiki décida de s'installer au Japon et de partager la garde du bambin avec Eiri et Shûichi. Tôma bouda, il aurait préféré que sa proposition soit retenue, et il s'en alla vexé.
Il avait oublié que tout ne se réglait pas avec de l'argent.
Yoshiki emmena Riku dans l'hôtel où elle avait retenu une chambre pour laisser le couple le plus fameux du show-business passer la soirée seuls.
« Tu vois, dit Eiri. Tout problème a sa solution. Maintenant, promets-moi d'arrêter tes conneries si tu ne veux pas que je te vire de chez moi.
— Tu n'en serais pas capable, répliqua le chanteur, malicieux. Tu ne peux pas te passer de moi.
— Faux. C'est de ton trou dont je ne peux pas me passer.
— Mais… »
Shûichi n'eut pas le temps de réfléchir à une réponse cinglante qu'il n'aurait pas trouvée de toute façon.
Parce qu'Eiri profita de son air vexé pour l'embrasser.
Le chanteur ne trouva sa répartie que plus tard, après une séance horizontale des plus agitées. S'il avait pu, il aurait dit : « Que ce soit moi ou mon trou, tu ne peux pas t'en passer, parce que c'est pareil. Je te suis plus indispensable que… qu'une part de tiramisu. »
Fin de la première partie.
Note : Eh ben oui, parce qu'il y aura une deuxième partie… dont vous trouverez le premier chapitre dans deux semaines (le temps que l'auteur construise son plan, trouve les infos nécessaires et accessoirement parte en week-end XD)
