Bonjour tout le monde !
Voici l'avant-dernier chapitre de L'île. Je n'ai pas grand chose à dire, si ce n'est que ce chap.-ci est plus long que le précédent. Est-ce parce que je me sens mal que le précédent ait été plus court ou parce que j'étais inspirée ? Peu m'importe.
Merci à tous ceux qui lisent et/ou reviewent cette histoire, c'est apprécié je vous le garantis ! N'arrêtez pas, j'ai besoin de savoir ce que vous pensez de ma fic…
Désolée Julie, je ne t'ai pas « utilisée » pour corriger ce texte. Je sais que tu es occupée et je n'avais aucune envie d'attendre le retour de mon texte… Alors, je m'excuse à ceux qui liront et verront (peut-être) des fautes.
Bonne lecture !
C'était un peu irréel.
Mes amis… étaient morts ? La réalité semblait me frapper encore plus. Je veux dire… Depuis le début, nous savions tous que notre situation était précaire, que nous étions confrontés à des dangers insensés. Nous avions été forcés de faire ce voyage à Miami et maintenant nous devions faire avec les conséquences. Manger des fruits, marcher et être loin de la maison pouvaient passer. Mais maintenant, j'avais perdu ma meilleure amie, Catherine, celle qui m'accompagnait depuis plus quinze ans. Elle avait disparu sous mes yeux, emportée dans les profondeurs insondables du lac, tout comme Warrick.
Que dire de Nick, Greg et Warrick ? Je les considérais un peu comme mes fils… J'étais leur mentor, celui avec qui ils avaient appris. Je les avais aidés à prendre de la maturité – en particulier Greg – et je les avais appuyés lorsqu'ils avaient merdé, mais aussi lorsqu'ils avaient réussi.
Et maintenant, ils n'étaient plus là.
Les pleurs de Sara semblaient s'être calmés et je voyais John plus loin qui se relevait lentement. Ses yeux étaient rougis, tout comme ceux de Sara et les miens, sans aucun doute. Les pertes qui nous avaient affligé aujourd'hui n'étaient pas quantifiable, même pas mesurables. Nous avions perdu bien plus que des mots ne pouvaient l'expliquer. Cependant, il ne fallait pas s'arrêter ici.
Tous les trois, nous avions survécu à bien trop de choses pour simplement s'arrêter là et pleurer. Nous devions continuer. Nous devions réussir.
Nous le devions bien à nos amis, pour qui notre aventure avait coûté la vie.
John et moi avons échangé un regard entendu, avant que je ne saisisse la main de Sara. Avec détermination, nous nous sommes remis en chemin, parce qu'il aurait été idiot de rester là et de se laisser avoir par la fatalité.
Dans un silence lourd, nous avons contournés arbres, racines et branches mortes. On se dirigeait toujours vers la côte, mais avec une détermination toute nouvelle, plus forte. Sara avait toujours mal à la cheville, mais elle arrivait à passer outre parce qu'elle se savait en vie, et c'était ça qui importait présentement. Moi-même, j'avais chaud et j'avais soif. Mes vêtements encore mouillés – c'était très humide, empêchant ainsi le tissu de sécher – me pesaient sur le dos, mais mon envie d'atteindre la côte était plus forte.
C'était fascinant à quel point je ne préoccupais plus de rentrer chez moi, seulement d'atteindre la côte. C'était simplement un besoin féroce d'accomplir la tâche que nous nous étions tous fixés un peu plus tôt, dans cette grotte sombre. L'idée de quitter le couvert des arbres était devenue ma détermination, mon mantra. Encore aujourd'hui, je me rappelle de la conviction qui m'habitait, comme si j'étais convaincu que tout serait mieux sur la côte. Ou encore, la façon dont j'arrivai à faire abstraction de tous mes maux et de toutes mes douleurs. Que ce soit mes pieds, mes jambes, ma tête, mon torse…
J'aurais pu me faire arracher une jambe, ça ne m'aurait pas dérangé, en autant que j'atteigne la côte entre-temps.
Nous avons marché sans relâche jusqu'à ce que le soleil se couche. Un vent froid me faisait frissonner, mais au milieu de ces arbres, sur cette terre, l'idée de faire un feu semblait dangereuse. Et si ça attirait des bêtes ? Ou les hommes croisés la veille ? À neuf, nous aurions été en mesure de nous défendre avec un peu de courage. Mais maintenant, à seulement trois, je trouvais que cela se rapprochait au suicide.
Nous avançâmes encore un peu en silence, jusqu'au moment où John s'arrêta et regarda autour de lui, jugeant visiblement de l'emplacement.
« On devrait s'arrêter ici. Il y a plusieurs arbres à fruits et on va pouvoir se procurer à manger sans trop de problème. Comme le jeune Greg avait dit, nous devrions organisé des tours de garde. » dit le pilote d'avion, en utilisant sa casquette afin de s'essuyer le front.
Sara appuya son dos contre un arbre et soupira, laissant sa cheville se reposer. « Est-ce prudent de dormir ici ? Je veux dire… On ne sera pas à l'abri des regards et n'importe qui pourra nous approcher… »
Je jetai un regard autour de moi. John avait en parti raison. Nous devions nous arrêter pour la nuit et il était plutôt dangereux de continuer sans réellement savoir où nous nous dirigions. Il était plus sage d'établir notre campement ici.
Mais, de l'autre côté, Sara avait raison.
John esquissa un sourire, me laissant croire qu'il avait déjà trouver une solution au problème soulevé par Sara. « Vous avez tout à fait raison Sara. C'est pourquoi on ne dormira pas sur le sol, mais dans les airs ! » fit-il en pointant les arbres géants qui nous entouraient.
Il me fallut une bonne seconde pour comprendre ce qu'il sous-entendait.
« Vous… Vous voulez qu'on grimpe dans ces arbres-là ? » demandai-je, surpris.
John acquiesça rapidement. « On devrait manger avant, cependant. Je ne nous vois pas grimper là-haut les bras pleins de victuailles. » Un léger rire le secoua et après avoir réfléchi à sa proposition, je dû avouer qu'il avait raison. Et puis, si nous ne dormions pas là-haut, où irions-nous ? Ce n'était pas comme si nous avions un lit douillet qui nous attendait plus loin…
« D'accord… » ajoutai-je, alors. « On mange et on monte. Ça fait du sens. »
Sara soupira. Elle, tout comme moi, n'aimait particulièrement l'idée de grimper au sommet d'un de ces arbres, mais je le répète, avions-nous vraiment le choix ?
Je me suis dirigé vers l'arbre le plus près et ai saisi ce qui semblait être une pomme. Incertain, je l'ai regardé pendant une bonne minute avant de la frotter contre mon T-shirt mouillé et d'en prendre une bonne bouchée. Le fruit, qui était définitivement une pomme, était juteux et sur, mais ça faisait tant de bien d'enfin manger quelque chose. J'aurais pu croquer à pleine dent dans un citron que ça ne m'aurait pas déranger. La journée avait été longue. Une longue marche, des évènements troublants et attristants…
John et Sara se prirent finalement quelque chose à manger, mais que ma jeune amante ait longtemps hésité. Elle mangea avec appétit, comme nous tous. Lorsque son festin fut terminé, tous les trois nous sommes tournés vers les arbres. Ils étaient hauts d'un dizaine de mètres et ce serait sûrement difficile à grimper. Un d'entre eux, cependant, était parcouru de branches, de feuilles et de lierre depuis sa base jusqu'à son sommet.
« Je crois qu'on va aller là… » dis-je, en posant doucement mes mains sur mes hanches. Sara passa une main dans ses cheveux qui avaient bouclés après avoir été mouillés dans le lac et se dirigea vers l'arbre, posant ses mains sur le lierre. John la stoppa d'un geste de la main.
« Je fais de l'escalade sur des parois rocheuses depuis que j'ai sept ans. Je devrais y aller en premier. Ainsi, vous n'aurez qu'à me suivre. » proposa le pilote.
Sara recula et croisa les bras, attendant qu'il soit un peu plus haut, mais portant une attention particulière aux endroits où il mettait ses pieds et où il posait ses mains. Lorsqu'il eut fait un mètre et des poussières, elle s'accrocha au mur et je compris que je serais le dernier au sommet.
Nous avons escaladé en silence, mais ce fut dur. Je pouvais sentir mes jambes trembler d'effort quand seulement la semelle de mes chaussures touchaient une branche. Mes doigts étaient crispés autour des branches, mes ongles s'enfonçant presque dans l'écorce de l'arbre. J'observai Sara d'en bas et malgré moi, mon regard se posait souvent sur ses fesses. Alors, je me rappelais où je me trouvais, mais surtout dans quelle situation j'étais. Et mon regard partait invariablement ailleurs, essayant d'apercevoir des détails pouvaient aider à mon ascension au sommet.
À un certain moment, Sara se retrouva coincée dans une mauvaise situation. Pour continuer à monter, elle devait mettre son pied sur une branche plus haute, mais la branche était beaucoup plus haute. Elle tenta de lever son pied, mais elle se retrouvait presque en petit-bonhomme contre l'arbre, ce qui l'handicapait sérieusement. Alors, elle remit ses deux jambes dans le vide et s'accrocha fermement aux branches où ses mains reposaient. Malheureusement, la branche céda.
« HAAAAA ! » Sara poussa un long cri horrifié en se sentant attirée vers le bas. Heureusement, moi, j'avais un bon appui. Les pieds de Sara tombèrent sur la branche sous elle et je levai une de mes mains pour l'aider à se replacer. Plus haut, John avait baissé la tête en panique.
« Tout va bien ? Personne n'est blessé ? » demanda-t-il d'une voix essoufflée par son ascension.
« Oui, tout va bien. Et non, personne n'est blessé. » dis-je aussitôt, tout en donnant une poussée à Sara pour qu'elle passe enfin cet espace difficile pour elle. Heureusement, quand j'y fus rendu, je n'eus aucun problème. Étant un peu plus grand que Sara, je parvins à monter une de mes jambes alors que l'autre restait sur la branche plus basse.
Finalement, après une ascension d'une bonne demi-heure, difficile et épuisante, je me suis laissé tomber sur le dos à la jonction des plus grosses branches de l'arbre. Sara était à mes côtés, elle aussi éreintée par l'effort qu'elle avait dû donner. Un peu plus loin, John avait les mains posées sur ses hanches, regardant au loin. Lorsque j'eus repris mon souffle, je me relevai et je dois avouer que je fus épaté.
John avait vraiment eu raison de nous faire grimper dans cet arbre, bien que ce fut long, difficile et douloureux. De l'endroit où nous étions perchés, nous pouvions apercevoir ce qui nous entourait à au moins quelques kilomètres. Ainsi, si des dinosaures – ou même des humains – approchaient au cours de la nuit, nous pourrions les voir approcher. Mais à l'inverse, eux ne pouvaient pas nous apercevoir puisque nous serions bien cachés. Enfin, cette nuit, nous pourrions peut-être dormir tranquille et sans inquiétude…
Après avoir apprivoisé notre nouveau « campement », nous avons commencé à discuter.
« Demain, on ira à la côte. On rentra chez nous… » dit fermement John, d'un ton qui faisait presque peur.
« Je ne sais plus si je veux rentrer chez moi… » murmura Sara en détournant la tête. « Sans Catherine, Warrick, Greg… et Nick. » fit-elle, des larmes s'échappant de ses yeux, roulant doucement sur ses joues. Avec tendresse, je pris sa main et mon pouce caressa sa peau douce. Je poussai un long soupir, sentant moi aussi mes yeux me picoter à cause de larmes qui n'avaient pas pu couler – ou plutôt, à cause de larmes que j'avais empêché de laisser couler.
« Ne pense pas à ça Sara… Tu sais comme moi qu'ils souhaiteraient tous que nous rentrions à la maison sain et sauf… » dis-je, espérant lui procurer un peu de réconfort. Devant nous, John nous regardait.
« Vous n'êtes pas les seuls à avoir perdu des gens que vous aimiez, sur cette île ! » rétorqua-t-il avec une tristesse mêlée de rage – sûrement dû à l'injustice que nous vivions en quelque sorte.
Comme ni Sara ni moi ne disions quoique ce soit, il poursuivit.
« Saviez-vous que Matt était le fils du meilleur ami de mon père ? Et que Jena venait de se marier à mon cousin ? » Des larmes brillaient désormais dans ses yeux. « Qu'est-ce que je vais leur dire, moi, à ma famille, hein ? Que des dinosaures ont attaqué Matt ? Que des sables mouvants ont englouti Jena ? »
Il baissa la tête et ses épaules furent secouées de sanglots. Je tournai la tête vers Sara et elle comme moi ne savions absolument pas quoi faire.
« Je suis désolée… On ne savait pas… » murmura Sara en se penchant vers John. Elle posa une main sur son épaule, souhaitant lui faire comprendre qu'on était tous dans le même bateau.
Mais apparemment, John n'a pas apprécié le geste. Il s'est violemment dégagé de l'emprise de sa main et s'est levé. « J'en ai rien à faire de vos excuses ! Ce n'est pas ça qui va me les ramener ! » s'écria le pilote en s'éloignant. Il fit quelques pas et nous l'entendîmes marmonner un « Pourquoi a-t-il fallu que vous alliez à ce stupide séminaire ?! » Puis, il alla grimper un peu plus haut sur une branche immense et se percha sur le bout, le regard fixé sur la côte.
Sara me regarda, atterrée. « Je ne … Je ne pensais pas qu'il réagirait ainsi… Peut-être que tu devrais aller lui parler, Gil. » Je fis rapidement signe que non. Il allait revenir de lui-même, c'était certain.
« Non, laissons-le se calmer. Il va bien finir par revenir. Après tout, nous sommes tous dans le même bateau… »
Sara et moi avons attendu en silence que John revienne, mais il ne semblait pas vouloir revenir vers nous.
« On devrait peut-être dormir… On a eu une grosse journée. Demain en sera une autre. » dis-je en brisant soudainement le silence. Sara se tourna vers moi et acquiesça lentement.
Je me couchai doucement contre le tronc et fis signe à Sara de venir se coucher contre moi. En réalité, quand je disais qu'on devrait dormir, je parlais plus de Sara, car il me semblait évident que je serais éveillé jusqu'à ce que John se rassoit devant moi.
Sara s'approcha à quatre pattes et posa sa tête contre mon torse. Avec douceur, je fermai les bras autour d'elle, savourant sa proximité. Je baissai la tête et enfouit mon visage dans sa chevelure, inspirant profondément son parfum de miel et de lavande. Habituellement, ce simple geste servait à m'allumer d'un profond désir, qui s'ensuivait toujours par une nuit d'amour passionnée, mais pas ce soir.
Non… Ce soir, j'avais simplement besoin de sentir son cœur battre contre moi, d'entendre sa respiration lente, mais régulière contre ma main.
Ce soir, j'avais simplement besoin de m'assurer qu'elle était en vie.
Un moment passa et la respiration régulière de Sara me laissa croire qu'elle dormait, mais j'avais tort.
Elle releva soudainement la tête vers moi. « Tu crois qu'on a eu raison de venir à la côte ? » me demanda-t-elle. Je la regardai, confus. Elle s'expliqua rapidement. « Si on était resté à la grotte, peut-être qu'ils seraient encore en vie ? »
Je soupirai, comprenant enfin où elle voulait en venir.
« Sara... Ne t'en fais pas avec ça. Ça ne sert à rien. Ce qui est fait… est fait. » lui murmurai-je, en caressant son dos avec ma main.
Ses yeux étaient pleins de larmes. « Oui, mais… Et si on n'avait pas décidé d'aller à la côte… On serait resté à la grotte et on n'aurait pas été pourchassé par des dinosaures… On n'aurait pas eu à traverser ce lac à la nage… On n'aurait jamais eu à contourner ces sables mouvants… Et si… Et si.. On s'était trompés ? Et si la meilleure décision aurait été de… de rester à la grotte ? »
« Ho… Sara… Ne pense à ça, Chérie… » Je la ramenai contre moi, elle enfouit son visage dans le creux de mon cou et ses larmes mouillèrent mon chandail encore humide. Je déposai des baisers sur sa tête, parmi ses cheveux. « Ne fais pas ça, je t'en prie… Tu te fais du mal pour rien, mon Cœur… » Le silence se fit et seuls ses sanglots résonnèrent. Après un moment, elle se calma et s'endormit.
Mais, quelque part au fond de moi, je commençais à me dire qu'elle avait raison et …
Et que j'avais eu tort.
Je ne sais plus trop comment, mais je m'endormis.
C'est la lumière vive du soleil qui me réveilla au matin. Je bougeai un peu et sentis Sara marmonner contre moi. Mes yeux endormis se posèrent sur la branche où John se tenait la veille et je constatai qu'il ne s'y trouvait plus. Un mouvement à ma droite me fit tourner la tête et je le vis, debout appuyé contre une des branches. Lorsque je voulus bouger, il m'arrêta d'un geste de la main.
« Ne la réveillez pas, Gil. Laissez Sara dormir, elle en a bien besoin, après toutes les émotions qu'elle a eues hier… » murmura-t-il, de manière à faire le moins de bruit possible.
Je pensai pendant un instant à ce que venait de dire John, songeant à quel point Sara n'aurait pas aimé l'entendre. Il en parlait comme si elle était une pauvre femme, faible et contrôlée par ses sentiments et ses émotions, ce qui n'était rien ma Sara. Je souris légèrement en imaginant la réaction de Sara si elle avait été réveillée. Le pauvre John n'aurait certainement plus de tête à présent…
« Je tiens à… m'excuser pour mon comportement de hier. J'ai mal réagi… Je me suis fâché pour rien. Après tout, vous ignoriez mes liens avec mes deux employés, tout comme je ne connais rien des vôtres. Par ce que j'ai pu voir, vous étiez tous très proches… » expliqua-t-il d'un ton sincère. « J'ai beaucoup réfléchi et… Si nous voulons que tout se termine avec nous trois en un seul morceau, il faut qu'on travaille ensemble. »
Il me fallut une minute pour comprendre qu'il s'agissait d'une sorte de proposition. John attendait que j'acquiesce et moi, qu'il poursuive. Alors, avant qu'un silence inconfortable ne s'installe, je parlai.
« Vous avez raison John… Je suis désolé pour Jena et p-pour Matt. » Il était vrai que j'étais désolé pour Jena, mais pour Matt, je me disais plutôt que le monde se portait mieux sans lui.
« Vous n'aimiez pas Matt, n'est-ce pas ? » s'enquit John avec un léger sourire. Je fus secoué par un léger rire.
Ce fut la seule réponse que je donnai à mon compagnon.
John et moi avons discuté pendant un moment des membres de nos équipes, de leurs forces, de leurs faiblesses… Quand vint le tour de Sara…
« Habituellement, les relations entre un supérieur et son employée sont interdites… » dit John.
Un léger rire me secoua. « Elles le sont. »
Il me regarda, surpris, pendant un instant. Il semblait m'examiner du regard. « Vous m'avez semblé un homme calme, réfléchi et respectueux. Ça me surprend que vous ayez enfreint les règlements pour amorcer une relation amoureuse avec Sara. »
Je ne dis rien, réfléchissant pendant une seconde. Il n'avait pas tort.
J'était en effet un homme réfléchi et respectueux des règlements. Aussi stupide que ça puisse paraître, si ce n'avait été que de mon poste de superviseur, j'aurais entamé cette relation avec Sara bien plus tôt… Non… Ce qui m'avait empêché de le faire n'avait pas grande chose à voir avec nos emplois. C'était plutôt des raisons personnelles qui m'avaient amenées à repousser Sara pendant plus de cinq ans et demi.
J'expliquai tout cela à John, qui me questionna sur mes « raisons personnelles. »
« Ho… c'est simple. Sara n'a que trente-quatre ans et moi, j'en ai déjà quarante-neuf. J'imagine que j'avais peur de ce qu'on pourrait penser… Ensuite, je crois que j'avais peur de tout gâcher. Ou encore, qu'elle parte et me brise le cœur. Et il y a eu mon problème de surdité… » fis-je brièvement, ne souhaitant pas entrer trop dans les détails.
« Et qu'est-ce qui vous a fait changer ? » Devant mon regard interrogateur, il expliqua. « Vos peurs ou… vos « raisons personnelles », comme vous avez dit, me semble plutôt dures à surmonter. Qu'est-ce qui s'est produit pour que vous vous engagiez avec elle ? Écoutez, j'ai vu la bague… »
Je réfléchis un bonne minute au moins, tentant de me rappeler les motifs qui m'avaient fait changé. « Mon employé, Nick, a été enlevé par un psychopathe, qui l'a enfermé dans un cercueil de verre et l'a enterré sous terre. Nous avions un lien avec une caméra à l'intérieur du cercueil et à toutes les deux minutes, il fallait le renouveler. Et je l'ai observé, pendant des heures, enfermé dans ce cercueil, puis dévoré par des fourmis – c'est d'ailleurs ce qui nous a aidé à le retrouver. Mais chaque fois que je le voyais, je ne pouvais pas m'empêcher de me demander ce que j'aurais fait s'il s'était agi de Sara. Je crois que… la voir souffrir ainsi m'aurait rendu fou, vraiment… » Je marquai une pause, perdu dans mes souvenirs. « Quand Nick est revenu au travail, Warrick s'était marié. Il disait que la vie était trop courte pour qu'on la laisse filer comme on l'avait fait pendant toutes ces années. Ça m'a fait réfléchir. J'ai réalisé que pendant des années, j'avais laissé mon travail dirigé ma vie sans jamais réellement prendre le temps de vivre et d'être heureux. Je me suis juré de ne plus laisser une seule seconde de plus passer sans laisser Sara savoir ce que je ressentais vraiment pour elle. Et je lui ai parlé… » Un sourire apparut sur mes lèvres et j'eus un petit rire.
« C'était un dimanche et bien qu'il y en eut des tonnes depuis cela, je n'oublierai jamais le jour où j'ai commencé à réellement vivre, pour la première fois de ma vie. »
Je me tus, surpris par mon attitude. Je m'ouvrais très rarement et je venais le faire avec quelqu'un que je ne connaissais que depuis une journée et demi. Un silence s'installa entre nous, John analysant sûrement ce que je venais de lui confier et moi, revivant ce dimanche où tout avait commencé…
Après un moment, il proposa que l'on réveille Sara et je le fis en douceur. Étonnamment, elle avait dormi vraiment longtemps…
Lentement, comme nous étions montés, nous avons redescendus. Après avoir pris un rapide repas, nous nous sommes remis en route, bien décidés à rentrer à la maison le plus tôt possible.
Cette fois-ci, nous étions très près de la côte et en moins de deux heures, nous l'avions atteinte. C'est avec des soupirs de soulagement que nous nous sommes laissé tomber sur le sol, en inspirant un bon coup. Tout allait rentrer dans l'ordre. Après mille aventures, nous avions enfin réussi.
Je fermai les yeux et me laisser bercer par le bruit des vagues. Cependant, un drôle de bruit me les fit rouvrir très vite.
Des bruits de pas. Comme si une armée piétinait le sol sans relâche. Qui était là ?
Nous fûmes tous sur nos deux pieds en une seconde, à peine. John affichait un air paniqué et affolé. Je fis glisser Sara derrière moi, bien qu'elle ne voulait pas. Elle était terrifiée, elle aussi. Quant à moi… J'avais tellement voulu croire que c'était terminé que j'étais plutôt désespéré.
Finalement, ils apparurent à l'horizon. Tous les hommes qui avaient fouillé nos bagages. Ils formaient comme une ligne qui avançait toute au même rythme. Pas de doute, ils fonçaient tout droit sur nous.
Rien ne servait de nous cacher; nous n'avions nulle part où aller. Ils avancèrent jusqu'à former un demi-cercle nous empêchant de partir sur le reste de l'île. Armes au poings, ils nous tenaient. Ils nous avaient bien coincés. Je lançai un regard derrière moi, seulement pour voir une falaise haute de plus d'une vingtaine de mètres. Nous, qui nous étions crus sauver pendant une seconde, étions maintenant certains de mourir.
Nous aurions bien pu sauter dans le vide. Nous serions également décédés. Notre mort aurait été différente, c'est tout. Au lieu de mourir sous les balles, nous aurions la nuque brisée et on ne retrouverait pas plus nos corps. On dirait sûrement aux nouvelles que notre petit avion avait crashé dans l'eau de la mer ou de l'océan.
Celui qui s'était pris pour le chef l'autre jour brisa la ligne et fit un pas vers nous. Nous avons tous reculés, mais Sara perdit pied et tomba dans le vide, ses mains s'accrochant sur le rebord, alors qu'elle poussait un cri déchirant. Je me jetai sur le ventre et saisit ses mains afin de l'aider à remonter.
Dans mon dos, j'entendis John s'écrier. Je l'imaginais, debout, les mains en l'air, un fusil pointé sur sa poitrine.
« Ça suffit Mike. On arrête de jouer ! »
Brass regardait les nouvelles, totalement inquiet.
Il n'arrivait pas à obtenir d'informations sur l'avion qu'avait pris ses amis. Après un appel long à l'aéroport de Miami, il savait pertinemment que l'avion n'y avait pas atterri. Et au journal télévisé, on ne parlait pas d'un avion ayant fait naufrage – bien que Jim espérait qu'il ne soit rien arrivé à ses meilleurs amis.
Il regarda l'heure et se dit que c'était bien le meilleur moment pour procéder à ce qu'il souhaitait faire. À cette heure, les employés de l'équipe de nuit avaient déjà rentré chez eux et ceux de l'équipe de jour ne serait pas là avant au moins une bonne heure. L'équipe de relève, quant à elle, remplaçait l'équipe de nuit.
Jim Brass avait parlé à Ecklie de ses inquiétudes concernant l'avion qui transportait Gil, Sara, Catherine, Warrick, Nick et Greg. Le directeur du labo avait dit qu'il s'en fichait et que c'était sans doute un malentendu, mais des années à interroger des suspects avaient appris à Brass à reconnaître ceux qui mentaient et ceux qui cachaient des choses. Il sentit qu'Ecklie ne lui disait pas tout, mais il ne poussa pas le bouchon, préférant aller inspecter par lui-même dans le bureau du directeur.
Il s'aventura dans le couloir en silence et vérifia que personne ne regardait. À l'aide d'une carte, il crocheta la serrure et entra dans le bureau en silence. Une tonne de papiers se trouvait sur la table de travail, pêle-mêle. Brass commença à y fouiller tranquillement. La plupart des feuilles n'étaient que des rapports d'enquête, des tableaux de données avec statistiques ou des communiqués de presse. Finalement, Brass tomba sur ce qu'il cherchait.
« Ho. Mon. Dieu ! » murmura-t-il, alors que ses yeux s'écarquillaient sous un sentiment indéfini. Était-ce de l'inquiétude ? De la peur ? De la surprise ?
La porte s'ouvrit soudainement et Brass leva brusquement la tête vers le nouveau venu, qui n'était autre qu'Ecklie lui-même. Furieux, le directeur s'approcha rapidement.
« Jim ? Je peux savoir ce que vous faites dans mon bureau ? » Au fond de lui, Conrad avait peur que Brass ait découvert ce qu'il tentait à tout prix de cacher.
Lorsque Jim exhiba la feuille, Ecklie comprit qu'il serait dans l'obligation de tout expliquer à l'inspecteur. Il leva ses mains, comme s'il craignait qu'on l'accuse d'un crime et voulait laisser savoir qu'il se rendait sans bataille et s'exclama aussitôt :
« Je peux tout expliquer ! »
À suivre…
