Chapitre 9

Quand ils passèrent le sas, Ianto avait le sourire, mais le Capitaine le sentait fatigué. Il insista pour qu'il se couche et prenne un peu de repos. Après avoir refusé, le Gallois obtempéra et finalement s'endormit.

Deux jours plus tard, Ianto put les accompagner pour une intervention. Il attendit au volant du véhicule que le reste de l'équipe s'occupe de capturer un Weevil qui avait décidé de visiter un cinéma. Ils ramenèrent leur prise au SUV et s'installèrent pour rentrer. Pendant que Jack descendait leur prisonnier dans les voûtes, Ianto se rendit dans la zone principale, accompagné par Tosh, Owen s'étant fait déposer sur le chemin pour aller faire quelques achats urgents nécessaires à l'infirmerie.

Le Gallois proposa du café et prépara trois tasses, le médecin serait servi à son retour. Le jeune homme se réinstalla dans son lit et posa sa tête sur son oreiller, fermant les yeux quelques instants. Il sursauta quand il sentit une main se poser sur son bras et croisa le regard de son Capitaine.

– Tu vas bien ? s'enquit-il.

– Oui, je suis juste un peu fatigué, c'est tout.

– Ok, alors je te laisse te reposer, tu as une préférence pour dîner ce soir ?

– Non, je te laisse faire.

– Bien, je vais contacter ton traiteur alors, je voudrais qu'il te gâte.

– Merci, répondit Ianto en refermant les yeux.

Le soir, ils dînèrent tranquillement. Ianto semblait moins déprimé, mais toujours soucieux. Dans le courant de l'après-midi, il avait vainement essayé de bouger ses jambes, se pinçant même les cuisses pour tenter de ressentir quelque chose. Au bout du compte, il avait fini par abandonner, cachant ses larmes dans son oreiller pendant que le Capitaine finissait de signer les dossiers en attente.

Après avoir préparé les cafés, Ianto dévisagea son amant. Cela faisait des jours qu'ils ne pouvaient plus avoir de relations et la gâterie des douches n'avait pas été renouvelée, Jack s'y refusant pour ne pas que le jeune homme se sente obligé de le satisfaire de cette manière. Le Capitaine aussi souffrait de ne plus pouvoir l'aimer comme il l'aurait voulu, mais il se montrait patient, il ne désespérait pas de voir une amélioration se produire.

– Jack, je voudrais dormir dans tes bras, finit-il par dire.

– Si tu veux, répondit le Capitaine en s'approchant.

Il s'installa confortablement et accueillit le jeune homme au creux de son épaule, posant son menton contre son front. Il caressa son dos d'une main et de l'autre, il glissa doucement sur son cou. Ianto soupira et releva la tête pour le regarder, détaillant son visage et s'attardant sur ses lèvres qu'il voulait embrasser. N'y tenant plus, il passa sa main derrière sa tête et le rapprocha de son visage, posant ses lèvres sur les siennes.

Le Gallois laissa échapper des gémissements tandis qu'il se perdait dans ce baiser qui devint plus passionné. Jack se décala pour s'appuyer sur son coude, reposant la tête de Ianto sur les oreillers, prenant ses lèvres avec passion. La main du jeune homme se perdit sous la chemise de son compagnon, mais Jack se redressa, conscient qu'il ne devait pas continuer malgré son envie. Il se souvenait de la douche et il ne voulait pas que Ianto recommence.

Quand il s'écarta, il croisa les yeux remplis de larmes du Gallois et le serra dans ses bras, caressant doucement ses cheveux.

– Non Ianto, murmura-t-il, ce n'est pas ce que je souhaite.

– Mais… commença le jeune homme.

– Chut, fit le Capitaine, tu devrais dormir maintenant, tout ira bien, je te le promets.

Il se réinstalla et reprit le Gallois dans ses bras. Celui-ci se laissa faire mais ne put empêcher ses larmes de couler. Jack les sentait tomber sur sa chemise, faisant une tache humide sur le tissu. Ianto finit par s'endormir et Jack se laissa aussi sombrer jusqu'au lendemain.

Les jours suivants, le Gallois les accompagna plusieurs fois sur des interventions. Son dos le faisait moins souffrir, mais il n'avait toujours aucune sensibilité. Jack était à l'écoute de ses moindres demandes, mais Ianto supportait de moins en moins cette dépendance vis à vis de lui. Il se sentait comme un poids mort, totalement inutile dans l'équipe. Un autre que lui aurait tout aussi bien pu conduire le véhicule. Ils n'avaient pas besoin de lui pour ça.

Quand ils rentrèrent à la base après une nouvelle sortie, Ianto alla voir le médecin à la baie médicale, s'arrêtant en haut des marches.

– Owen, je peux te parler ?

– Oui, bien sûr, dit-il en s'approchant. Tout va bien ?

– Oui, ça va. Owen, je voudrais rentrer chez moi.

Le médecin le regarda quelques instants. Le Gallois avait le regard triste, mais aussi fatigué.

– Tu crois que c'est prudent ? demanda-t-il, ici, on peut t'aider et Jack est avec toi le soir et la nuit si tu as besoin de quelque chose.

– Je sais, mais mon appartement me manque, j'aimerai rentrer.

– Tu as un ascenseur dans ton immeuble ?

– Oui, même si je ne m'en servais jamais. J'habite au premier étage, j'allais tout aussi vite par les escaliers, dit-il de la douleur dans son regard.

– Bien, alors je n'y vois pas d'inconvénient, je vais en parler à Jack, il faut que quelqu'un reste près de toi.

– Ce n'est pas la peine, comment crois-tu que les autres font, je ne suis pas le seul dans cet état et ils se débrouillent très bien.

Owen le dévisagea, il ne pouvait pas empêcher le jeune homme de rentrer chez lui, mais il aurait préféré qu'il ne reste pas seul.

– Très bien, quand veux-tu partir ?

– Aujourd'hui, répondit Ianto. Je veux rentrer ce soir.

– Ok, mais je veux que Jack t'accompagne et s'assure que tu as tout ce qu'il te faut. Tu as mon numéro de téléphone et tu pourras me contacter si tu as un problème.

– D'accord. Merci Owen.

Ianto retourna près de son lit et commença à ranger ses vêtements dans le sac de sport que le Capitaine avait rapporté de son appartement avec ses affaires personnelles. Depuis des semaines, il dormait au Hub, il avait maintenant envie de retrouver son univers et de réfléchir à son avenir, que ce soit à Torchwood ou avec son Capitaine.

Quand il sortit de son bureau, Jack le vit s'affairer et il descendit le rejoindre, surpris de cette activité inhabituelle.

– Tu as l'intention d'aller quelque part ? demanda-t-il avec un sourire.

– Oui, Owen me laisse rentrer chez moi, fit-il sans le regarder.

Le Capitaine réfléchit un instant puis alla voir le médecin. Ils discutèrent un moment et Jack revint près du Gallois.

– Ok, alors je t'accompagne. Owen m'a dit que tu ne devais pas rester seul.

– Je peux me débrouiller, grogna Ianto.

– Pas question, je te l'ai déjà dit, tu n'as pas le choix. Alors, il faudra que tu me supportes, fit-il en attrapant le sac.

Ianto saisit ses roues et s'avança vers le sas. Une petite rampe avait été aménagée pour lui permettre d'entrer et de sortir à sa convenance puis il se dirigea vers l'ascenseur, toujours suivi par le Capitaine. Pendant la montée, il regarda ses mains et remercie mentalement son amant de lui avoir offert ces gants. À force de tourner les roues, ses paumes auraient fini par être rêches et maintenant il ne pouvait plus se passer de leur confort. C'était vraiment un très beau cuir souple et agréable.

Ils sortirent par l'office de tourisme et traversèrent la place en silence. Le Gallois voulait être un peu seul, mais c'était mal parti. À moins qu'une intervention soit nécessaire, il y avait peu de chance pour que Jack le laisse. Arrivés dans le hall de l'immeuble, Ianto se dirigea vers l'ascenseur, cela lui faisait drôle de passer par-là alors qu'il y a encore quelques semaines, il aurait monté les escaliers quatre à quatre.

Sur le palier, le Gallois sortit sa clé et la tourna dans la serrure, ouvrant la porte de son appartement. Il pénétra dans l'entrée, surpris de constater que l'air avait été renouvelé. En fait, le Capitaine était venu régulièrement pour s'assurer que les pièces étaient correctement ventilées.

– Je vois que tu es passé, dit Ianto en levant la tête vers son compagnon.

– Oui, j'ai récupéré ton courrier et j'ai aéré pour que tu te sentes bien à ton retour. Es-tu sûr que ça ira ? Ici, je ne pourrai pas être près de toi aussi souvent qu'au Hub !

– Ne t'en fais pas, je suis un grand garçon, je peux me garder tout seul. De quoi as-tu peur ? Que je m'enfuie ! Où veux-tu que j'aille dis-moi ? Dans mon état, tu n'aurais pas de mal à me rattraper.

– Pourquoi dis-tu ça, aurais-tu l'intention de partir ?

– Non, de toute façon, je n'ai nulle part où aller, répondit Ianto dans un murmure.

Jack alla déposer son sac dans sa chambre et revint près de lui. Ianto se dirigea vers la cuisine avec l'intention de faire du café, mais la machine était trop haute. Le Capitaine l'installa sur une desserte, afin qu'elle soit à la bonne hauteur. Le Gallois le laissait faire, constatant qu'une fois de plus, il avait besoin de son aide.

Le soir, Jack fit livrer le repas et ils dînèrent sur la terrasse. Ianto, les yeux perdus dans le vide, n'écoutait pas les paroles de son compagnon, son esprit vagabondait en d'autres lieux plus propices à la rêverie. Le Capitaine s'en aperçut et s'approcha de lui. Le voyant frissonner dans l'air du soir, il l'obligea à rentrer afin qu'il ne prenne pas froid.

Le Gallois se mit à bailler et Jack le conduisit dans sa chambre. La journée avait été épuisante et il avait besoin de se reposer. Il le laissa se déshabiller puis se glisser dans le lit, attendant dans le salon qu'il lui dise de revenir. Au bout d'un quart d'heure, n'entendant plus rien, il se risqua à passer la tête par la porte. Ianto était couché et ne bougeait plus, il semblait déjà s'être endormi. Il s'approcha doucement et regarda son visage. Il y lut de la tristesse que la douceur de ses traits fins ne pouvait pas cacher. Il se pencha et l'embrassa sur le front. Ianto passa sa main derrière sa nuque et l'attira à lui pour s'emparer de ses lèvres. Il avait envie de sentir son amant tout contre lui, respirer son odeur, subir la caresse de ses mains. Il réussit à le déséquilibrer et Jack tomba sur le lit à côté de lui.

Le jeune homme se redressa sur un coude, détailla ce visage qu'il aimait tant, puis délicatement, il passa sa main sur sa joue, allant goûter ses lèvres entrouvertes. Jack soupira doucement en répondant au baiser, sa langue rejoignant sa consœur dans la bouche du Gallois. Les caresses se perdirent sur le torse du Capitaine, les doigts trouvant leur passage sous la chemise entrouverte. Un à un, Ianto défit les boutons puis alla poser ses lèvres sur les tétons déjà durcis.

– Ianto, arrête, soupira l'immortel.

Mais bien loin d'obéir, le Gallois accentua ses baisers, descendant lentement vers l'objet de sa convoitise. D'un geste rapide, il déboucla la ceinture et glissa sa main dans le boxer, sentant le Capitaine se cambrer lorsqu'il se saisit de son membre dressé.

Jack gémissait doucement, il devait arrêter son amant, mais sa volonté lui faisait de plus en plus défaut à mesure que Ianto descendait vers son bas-ventre. Le Gallois réussit à faire glisser le pantalon et le boxer et posa ses lèvres sur le bout du gland suintant déjà de désir. Avec un râle profond, le Capitaine se cambra quand il sentit son sexe dans la bouche chaude et humide de Ianto. Ses doigts glissés dans les cheveux, il accompagna le mouvement de va-et-vient qu'il venait de débuter.

– Ian…

L'immortel perdait pied, toutes ces semaines passées près du Gallois sans pouvoir le toucher avait ébranlé sa patience. Il avait lutté pour ne pas laisser ses pulsions prendre le dessus, mais aujourd'hui, sous la bouche et les doigts experts de Ianto, il ne pouvait plus rien contrôler. Tout son corps se tendait dans l'envie qu'il avait de lui faire l'amour. Mais pour le moment, le plaisir montait par vagues successives toutes plus violentes les unes que les autres. Puis dans un cri, il se libéra dans la bouche de son amant.

Le Gallois quitta le membre radouci pour venir prendre ses lèvres et sourit en sentant le Capitaine le serrer dans ses bras et le recoucher contre son oreiller. Il ferma les yeux quand il sentit sa bouche se poser sur son torse, une chaleur diffuse prenant naissance dans sa poitrine. Jack écarta la couette pour venir caresser son corps, il avait terriblement envie de lui. Ianto sentait les mains de son amant sur ses épaules, son torse et se raidit sous les caresses, puis plus rien. Il ouvrit les yeux et constata que le Capitaine taquinait son bas-ventre et des larmes coulèrent sur ses joues, il ne ressentait rien. Il referma sa main sur l'épaule de son amant, serrant de toutes ses forces.

– Jack, arrête…

– Pourquoi, murmura-t-il sans comprendre la raison de cette demande.

– Jack, je ne sens rien.

Le Capitaine se redressa et le fixa de son regard brillant. Puis il parcourut le corps du Gallois, constatant qu'il n'avait effectivement pas réagi à ses caresses. Il alla embrasser ses lèvres, délicatement, tendrement.

– Excuse-moi, souffla-t-il contre ses lèvres. Pardonne-moi, Ianto.

– Que veux-tu que je te dise, tu as envie de moi, comme j'ai envie de toi, la seule différence, c'est que mon corps ne semble pas être du même avis.

– Nous attendrons, répondit le Capitaine, nous avons le temps.

– Non Jack, je crois que tu as assez attendu, tu dois passer à autre chose, moi je ne suis plus bon à rien.

– Je t'interdis de dire ça, s'emporta l'immortel des larmes lui montant aux yeux. Peu importe ce qu'il se passera, je veux rester près de toi.

– Tu ne comprends donc pas, je ne supporte plus de te voir ainsi, tu n'es pas responsable de ce qu'il m'est arrivé. Tu n'as pas le droit de te punir ainsi.

– Ianto… commença l'immortel.

– Je veux être seul. S'il te plait Jack, laisse-moi.

Le Capitaine le dévisagea, essayant de comprendre sa réaction. Il l'embrassa délicatement puis se leva et se rhabilla. Il allait parler quand son téléphone sonna. Il prit la communication en quittant la chambre. Quand il revint, Ianto n'avait pas bougé, Jack s'assit sur le lit et prit sa main.

– Je dois te laisser, Owen a besoin d'aide, il semblerait que des étrangers soient passés par la faille. Je ne serai pas absent longtemps. Repose-toi, on en reparlera à mon retour.

Ianto resta silencieux, se contentant de le fixer dans les yeux, comme s'il voulait s'imprégner de son image. Jack se pencha et l'embrassa sur les lèvres avant de se lever pour aller récupérer son manteau. Il quitta l'appartement, laissant le Gallois seul avec sa détresse.

Au pas de course, il traversa la place et entra en coup de vent par le sas. Tosh était penchée sur son écran et finissait de noter les coordonnées de l'arrivée. Elle tendit le papier au Capitaine et il se dirigea vers le garage, Owen sur les talons.

***

Dans l'appartement silencieux, Ianto resta un long moment, les yeux fixés sur la porte que Jack venait de franchir. Il avait voulu faire l'amour avec lui, mais rien ne s'était passé comme il l'avait prévu. Il se sentait inutile et malgré tout ce que le Capitaine lui avait dit, il s'en voulait qu'il reste auprès de lui. Il avait droit à autre chose, il fallait qu'il se détache de lui, qu'il l'oublie.

Difficilement, il quitta son lit, roula son fauteuil vers la salle de bain et ferma la porte derrière lui. Là, il remplit la baignoire et dispersa des sels pour avoir une bonne épaisseur de mousse. Il voulait de la douceur, il voulait de la tiédeur, il voulait l'oubli. Quand tout fut prêt, il prit une lame de rasoir et la posa sur le rebord puis se glissa dans l'eau, fermant les yeux quand il sentit la mousse sur son torse. Calé contre le montant, il laissa son esprit se vider puis regarda la lame et tendit la main pour s'en saisir.

Des larmes coulant sur son visage, il entailla ses poignets puis les posa sur le bord de la baignoire, regardant les gouttes tomber une à une sur le carrelage blanc. Pendant plusieurs minutes, il se demanda quand tout cela finirait puis peu à peu, il se sentit sombrer dans l'inconscience.

– Adieu Jack, je t'aime, murmura-t-il en perdant connaissance.

À suivre…