Chapitre 11
Le Gallois acquiesça et Jack partit chercher les plats. En revenant, il installa le jeune homme un peu plus confortablement, le dos calé dans l'oreiller. Quand ils eurent terminé, le Capitaine lui ramena un café, s'excusant qu'il ne soit pas aussi bon que celui du Gallois et il eut le plaisir de le voir sourire.
– Je préfère te voir comme ça, dit-il doucement. Ianto, promets-moi que tu ne recommenceras pas !
Le Gallois vrilla son regard sur l'azur de ses yeux, cherchant une raison de refuser, mais l'amour qu'il lut dans les prunelles de son compagnon lui ôta tous ses doutes.
– Ian, promets-le moi, s'il te plait ! supplia-t-il.
– Je te le promets, répondit le Gallois.
– Bien, maintenant, il faut que tu dormes, dit Jack en l'aidant à s'allonger. Si tu as besoin de quelque chose, je serai à côté.
– Reste avec moi, murmura Ianto. Prends-moi dans tes bras.
Le Capitaine fit le tour du lit et se coucha près de lui, écartant les bras pour qu'il vienne se lover contre lui. Le jeune homme releva la tête et planta son regard dans celui de son compagnon. Jack posa ses lèvres sur les siennes pendant un instant puis le cala contre son épaule et embrassa son front. Le Gallois s'endormit calmement, rassuré par la proximité de ce corps aimé.
Dans les jours qui suivirent, Ianto reprit des forces peu à peu, toujours étroitement surveillé par Jack ou l'un de ses collègues. Bientôt, il put à nouveau s'installer dans son fauteuil et sortir se promener, respirant à pleins poumons l'air de la baie. Il semblait aller de mieux en mieux, mais le Capitaine ne relâchait pas sa surveillance. Il ne voulait pas laisser à Ianto le loisir d'attenter de nouveau à sa vie.
Installé dans le parc, le Gallois laissa ses yeux se promener sur les enfants qui jouaient, se courant après en criant. Il soupira doucement, attirant le regard de son amant.
– Tu te sens bien ? demanda-t-il.
– Oui, je les envie, c'est tout.
– Il ne faut pas. Owen a dit que tu devais commencer ta rééducation. Si tout va bien, ton état devrait s'améliorer.
– Peut-être, mais je vais quand même rester cloué dans ce fauteuil.
– Au pire, même si cela devait être vrai, ça ne doit pas t'empêcher de vivre, d'autres le font, pourquoi pas toi ? De plus, je serai près de toi, Tosh et Owen aussi, tu ne seras pas seul.
– Je sais, mais…
– Il n'y a pas de mais, prends ce que la vie t'offre et laisse-moi t'aimer, c'est tout ce qui est important. Allez, nous allons rentrer, Owen doit venir te voir pour t'expliquer ton programme.
– D'accord, fit Ianto en ôtant le frein du fauteuil.
Il posa ses mains gantées sur les roues et soupira. Jack le laissa faire, le Gallois voulait être autonome, il resterait donc près de lui pour l'aider en cas de besoin. Quand ils arrivèrent à l'appartement, Owen était déjà là et les attendait.
– Salut Ianto, comment vas-tu ?
– Ça va ! Alors, c'est quoi le programme ?
– Des choses très simples pour commencer, juste quelques mouvements. Jack, je vais te montrer comme ça, tu pourras le faire. Ianto, tu préfères t'allonger sur le canapé ou sur ton lit ?
– Sur mon lit peut-être, je suis un peu fatigué, j'essaierai de dormir après.
– Bien, alors on y va.
Le médecin laissa le Gallois s'installer puis vint se placer à côté de lui et saisit sa cheville et son genou puis plia délicatement la jambe plusieurs fois.
– Voilà ce mouvement est à faire sur les deux jambes. On va également compléter avec des séances de piscine, le battement de l'eau peut apporter une amélioration et je suis aussi en pourparler pour obtenir un robot de marche.
– Quoi ! le coupa Ianto. Je ne veux pas d'appareillage, soit je remarche, soit je reste dans ce fauteuil, je ne veux pas être assisté par une machine.
– Ce n'est pas du tout ce que tu penses. Il s'agit d'un appareil qui stimulerait tes fonctions motrices. Tu seras harnaché et il t'assistera dans la marche, mais il te faut une bonne condition physique, alors tu vas te mettre à la musculation, tu dois augmenter ta capacité thoracique. Le seul problème, c'est qu'il te faudra aller à l'hôpital, on ne peut pas le déplacer et d'autres patients en ont besoin.
– D'accord, répondit Ianto en regardant le Capitaine. C'est quand tu veux.
Jack commença les mouvements et s'assura qu'il appliquait bien ce que lui avait dit Owen. Patiemment, il pliait et dépliait le membre, regardant de temps en temps le visage de son compagnon.
– Ok, Jack, tu dois le faire deux fois par jour, pendant quinze minutes sur chaque jambe, de préférence le matin quand il aura déjeuné et le soir avant qu'il se couche. Dans la journée, il doit se muscler et se reposer.
– Pas de problème, tu peux compter sur moi. Je vais en faire un véritable athlète.
– Ça, je te fais confiance. Bon, c'est pas tout ça, mais il faut que j'y aille. Je crois que j'ai une piste pour ta bestiole.
– Ah bon ! Et ce serait quoi ? demanda le Capitaine tout en continuant les mouvements.
– C'est ce que l'on pensait, d'après ce que j'ai pu trouver, il se serait échappé d'un laboratoire et il ne serait pas étonnant que UNIT soit au courant, mais tu les connais, ils nieront toujours. Tosh fait des recherches dans leur base, elle a réussi à pirater le code. Ianto, sois patient et tout ira bien. À demain.
– À demain, répondirent les deux hommes.
Peu à peu, le Gallois se détendit, laissant son Capitaine s'occuper de lui. Il ferma les yeux, lentement balancé par le mouvement. Il ne sentait toujours rien, mais chaque fois que Jack remontait sa jambe pour la plier, il glissait sur l'oreiller pour revenir en place quand il la dépliait. Quand le temps fut écoulé, le Capitaine lui proposa de prendre une douche et l'installa dans la cabine puis le laissa seul, s'asseyant sur le pied du lit, les yeux fixés sur la porte.
C'était une situation difficile, mais au moins, Ianto était vivant et c'est tout ce qui comptait. Patiemment, jour après jour, la rééducation se poursuivait. Deux fois par semaine, Jack l'accompagnait à la piscine et les autres jours se partageaient entre l'hôpital et sa chambre pour le reste du travail. Peu à peu, Ianto se sentait mieux et tentait même de faire quelques mouvements, mais malgré toute sa volonté, rien n'y faisait, il ne pouvait pas bouger d'un centimètre.
Le soir, le Gallois s'endormait souvent dans les bras de son amant. Il avait voulu s'occuper de lui, mais le Capitaine avait toujours refusé.
– Jack, lui dit-il un jour allongé sur la couette, pourquoi ne vas-tu pas voir quelqu'un d'autre ? Tu ne veux pas de moi alors…
– Ianto, je n'ai jamais dit que je ne voulais pas de toi, le coupa-t-il. Je veux juste attendre que tu ailles mieux, c'est tout. Les autres ne m'intéressent pas, tu devrais le savoir depuis le temps.
– Ok, mettons que je n'ai rien dit, soupira le Gallois. Prends-moi dans tes bras. J'ai envie de te sentir contre moi.
Jack se coucha près de lui et le serra contre son cœur. Ils restèrent ainsi presque une heure jusqu'à ce que l'estomac de Ianto crie famine. Avec un sourire, le Capitaine se leva et alla préparer le repas. Les exercices de la journée avaient été fatigants et le jeune homme préféra rester dans son lit. Jack lui amena son plateau et s'installa près de lui pour manger. De temps en temps, il le regardait, voyant à son visage et à ses yeux qu'il allait mieux et il s'en réjouit. Cette surveillance constante était épuisante, mais il n'aurait laissé sa place pour rien au monde.
Quand ils eurent fini, Jack débarrassa et apporta le café que Ianto avait préparé plus tôt. Le Gallois ferma les yeux, soupirant doucement, puis il se mit à sourire.
– Tu me chatouilles, dit-il la tête toujours posée sur l'oreiller.
– Quoi ? Tu me sens ? demanda le Capitaine surpris en baissant les yeux sur ses doigts qui couraient sur les cuisses du jeune homme.
– Oui, ça fait bizarre.
– Je veux bien te croire, regarde, lui dit Jack en continuant son mouvement.
Ianto se redressa et chercha les doigts qui continuaient de se promener. Pendant un instant, il fixa la main puis releva ses yeux embués de larmes.
– Je te sens, dit-il doucement, Jack, je sens tes doigts.
– Il faut que je prévienne Owen, lança le Capitaine avec un grand sourire. Il faut qu'il vienne voir.
Jack prit son téléphone et composa le numéro du médecin. À cette heure de la soirée, il se doutait bien qu'il allait sans doute le déranger, mais il devait absolument venir voir Ianto. Au bout de trois sonneries, il répondit en maugréant.
– Quoi ! Jack, j'espère que c'est urgent.
– Je pense que oui, il faut que tu viennes, il y a du nouveau.
– Ah bon ! Qu'est-ce qu'il se passe ?
– Ianto sent mes doigts !
– Ça, c'est évident, si tu le touches, il te sent !
– Non Owen, tu ne comprends pas, quand je passe mes doigts sur sa jambe, il me sent !
Un silence se fit pendant quelques instants, puis le médecin reprit !
– Ok, j'arrive. Il faut en être sûr. Je suis là dans dix minutes.
Jack raccrocha et regarda son amant, il rayonnait de bonheur. Après toutes ces semaines d'angoisse et de doute, il semblait retrouver la joie de vivre. Il s'approcha et le prit dans ses bras, posant ses lèvres sur les siennes.
Quand Owen entra dans la chambre, ils étaient toujours dans les bras l'un de l'autre et le Gallois se redressa quand il vit le médecin.
– Alors, Ianto, il paraît qu'il y a eu un miracle !
– J'ai senti ses doigts Owen, je t'assure que je les ai sentis.
– On va voir ça. Pousse-toi Jack, j'ai besoin de place.
Le Capitaine s'exécuta et laissa le médecin officier. Il prit la tension et le pouls puis sortit une aiguille de sa sacoche.
– Ok, Ianto, regarde ailleurs et dis-moi quand je pique.
– D'accord, vas-y, répondit le jeune homme plein d'espoir.
Owen posa la pointe sur son genou et obtint une légère réaction avec la confirmation du touché. Il continua plusieurs fois et chacun de ses déplacements tirait un sourire de Ianto.
– Et là, s'enquit le médecin.
– Ça pique !
– Et là !
– Aussi !
– Et là, fit-il sans poser l'aiguille.
– Rien, répondit Ianto déçu.
Le Capitaine s'approcha et prit sa main.
– Jack, je n'ai rien senti !
– Je pense que c'est normal, répondit-il les yeux rieurs.
– Pourquoi, j'ai senti les autres, pourquoi pas celui-là ?
– Il n'a pas piqué, fit-il avec un sourire.
– Ok, je vois, tu te fichais de moi, dit-il en se tournant vers Owen.
– Non, mais je voulais m'assurer que ce n'était pas une impression fantôme, c'est tout. Dans certains cas, on désire tellement quelque chose, que le subconscient l'invente, c'est comme quand on coupe un membre, il arrive que l'on ait l'impression qu'il est encore là.
– Alors, qu'en penses-tu ? s'enquit le Capitaine.
– Il est sur la bonne voie, c'est même mieux que ce que je pensais, il faudra que je lui fasse des examens, je ne croyait pas qu'il y aurait une telle amélioration. Bien, alors Ianto, repose-toi maintenant et je reviendrai demain. Bonsoir Jack, finit-il en se dirigeant vers la porte.
– Owen, merci pour tout, dit le Gallois.
– De rien, c'est mon boulot de te remettre sur pied, au sens propre comme au figuré ! Je vais prévenir Tosh. À demain.
Il laissa les deux hommes assimiler la nouvelle qu'ils venaient d'apprendre et Ianto tendit la main à son amant pour qu'il vienne près de lui. Jack s'assit sur le lit, fixant toujours son visage. Il avait du mal à croire en leur bonne fortune, Ianto allait sans aucun doute remarcher. Dans quelle condition, cela n'avait pas d'importance, mais s'il retrouvait la sensibilité de ses membres, ce serait déjà un grand pas. Ils restèrent presque toute la nuit à discuter, Ianto était heureux et cela faisait plaisir à voir. Au petit matin, il finit par s'endormir et Jack s'assoupit près de lui.
Dans les jours qui suivirent, Ianto mit une ardeur renouvelée dans ses exercices et peu à peu, il se sentit plus fort.
Un soir, installé sur le canapé, il attira le Capitaine près de lui et prit ses lèvres pour un tendre baiser, il voulait essayer, il voulait ressentir ses mains sur lui et Jack le comprit. Il le porta sur son lit et entreprit de picorer son torse, par petites touches, laissant ses mains caresser son corps. Ianto soupira doucement tandis qu'il sentait les doigts courir sur sa poitrine. Jack était patient, il s'appliqua à goûter chaque centimètre de peau, descendant toujours plus bas vers le bas-ventre. Il sourit légèrement en constatant une réaction, elle était évidemment timide, mais elle était bien là, Ianto devait être rassuré, très bientôt tout redeviendrait comme avant.
Le Capitaine se redressa et vint reprendre les lèvres de son amant, laissant sa main se poser sur le sexe de son amour puis le regarda dans les yeux. Le Gallois, après l'avoir un moment fixé, s'empara de sa bouche pour un baiser furieux.
– Ne me lâche pas, murmura-t-il lorsqu'ils se séparèrent pour reprendre leur souffle.
– Je n'en ai pas l'intention, répondit le Capitaine, tout en continuant à glisser sa main sur le membre qui réagissait peu à peu.
Ianto ferma les yeux et se cambra, des larmes coulant de ses paupières closes. Enfin, il se sentait revivre, enfin il sortait de son enfer.
Après quelques caresses, Jack s'aperçut que la tension retombait doucement. Il reporta son regard sur le visage de son compagnon et posa ses lèvres sur les siennes.
– C'est encore trop tôt, murmura-t-il.
– Je sais, répondit Ianto.
Le Capitaine le prit dans ses bras et le serra contre son cœur. Il y avait enfin de l'amélioration, cela devrait redonner du courage au jeune homme. Épuisé, celui-ci finit par s'endormir, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Jack le couvrit puis s'assoupit à son tour.
Le lendemain, l'immortel se dégagea doucement et sortit de la chambre. Il appela Owen, pour le prévenir qu'ils viendraient au Hub dans le courant de la matinée. Il voulait s'assurer que les espoirs du jeune homme ne seraient pas déçus, pour cela, il fallait que le médecin lui fasse des examens. Sa communication terminée, il alla se préparer un café, regardant la machine avec envie puis finalement renonça et attendit le réveil du Gallois.
Au bout d'un moment, il retourna dans la chambre et s'appuya contre le mur, regardant Ianto dormir paisiblement. Puis il s'approcha et s'assit sur le lit, passant sa main sur sa joue, puis sur son cou. Le jeune homme ouvrit les yeux et lui sourit. Jack se pencha pour l'embrasser tendrement et Ianto répondit à son baiser.
– Nous devons aller voir Owen, lui dit l'immortel en s'écartant. Il doit t'examiner.
– D'accord, je vais me lever, fit-il en tendant la main vers son fauteuil.
Pendant qu'il se glissait sur l'assise, le Capitaine le regarda puis le suivit dans la cuisine.
– J'ai préféré attendre que tu fasses le café, je n'aime que le tien.
– Je m'en doute, fit-il avec un sourire.
Quand la boisson fut prête, Ianto tendit la tasse à son amant puis but la sienne tranquillement tout en se laissant pousser dans le salon. Avec une seule main, le fauteuil n'était pas pratique à diriger. Installés sur le balcon, ils restèrent silencieux. Puis Jack le regarda, le Gallois semblait vraiment aller beaucoup mieux, tout ce qu'il espérait, c'était que Owen lui confirme que le plus dur était passé.
– On devrait peut-être aller se préparer ! fit-il en se levant.
– Oui, bien sûr, tiens, répondit Ianto en lui tendant sa tasse pour s'emparer de ses roues.
Arrivé dans la chambre, il commença à se vêtir, puis attendit que le Capitaine vienne l'aider à enfiler son pantalon. Les sensations revenaient, mais il n'était toujours pas facile de passer d'aide. Lorsqu'il fut prêt, il laissa Jack dans la chambre et l'attendit patiemment dans le salon puis ils quittèrent l'appartement.
Quand ils arrivèrent dans la salle informatique, Tosh vint embrasser le jeune homme qui lui sourit en retour puis il se dirigea vers la baie médicale.
– Salut Owen.
– Salut, comment ça va ce matin ?
– Très bien, merci.
– Jack, pourrais-tu le déposer sur la table, descendre les escaliers avec son fauteuil, ce n'est pas vraiment conseillé.
– Ok, répondit le Capitaine en se penchant. Accroche-toi, on décolle, fit-il contre l'oreille du Gallois.
Celui-ci s'agrippa à son cou et se laissa porter. Installé sur la table d'examen, il attendit que Owen vienne l'ausculter. Le médecin commença par la tension, le pouls, les réflexes puis il lui fit une prise de sang. Une fois qu'il eut fini, Jack réinstalla Ianto et le laissa aller préparer du café, s'attardant auprès de son collègue pour écouter ses conclusions.
– Alors ? s'enquit-il.
– Pour l'examen externe, j'avoue que je suis assez surpris par les améliorations. Pour le reste, il faut que je fasse des analyses, je te tiendrai au courant dès que j'aurai les résultats. Veille à ce qu'il continue sa rééducation, mais il ne faut pas qu'il se fasse d'illusions, les progrès peuvent stopper aussi vite qu'ils ont débuter.
– D'accord, je continue à le surveiller, c'est ce que tu veux dire ?
– Tout à fait, il ne faudrait pas qu'il replonge si tout ne se passe pas comme il l'espère.
– Bien, compte sur moi, finit Jack en partant retrouver le Gallois.
Il rejoignit le jeune homme et s'appuya au montant de la porte, le regardant préparer les boissons. En se tournant, Ianto croisa le regard amusé de son amant et lui sourit.
– Qu'y a-t-il ?
– Rien, je suis heureux de voir que tu vas mieux, c'est tout !
– Ok, alors va bosser, j'ai du travail, fit le Gallois en quittant la pièce, un plateau sur ses genoux.
À suivre…
