Chapitre 12
Le Capitaine monta dans son bureau et s'occupa des dossiers en attente. Au bout d'un moment, il se leva et s'arrêta sur la passerelle. Ianto était en bas et attendait de le voir apparaître. Il descendit et s'accroupit près de lui.
– Tout va bien ? s'enquit-il.
– Oui, c'est juste que je ne peux pas monter te voir.
– Cet après-midi, je vais m'installer ici, si tu arrives à me trouver une place. Ce sera plus facile, si tu veux.
– Ne te dérange pas pour moi, commença le jeune homme.
– Ça ne me dérange pas, bien au contraire, tu me manques aussi. Bien, je vais chercher le déjeuner, fit le Capitaine en se relevant.
Ianto le regarda partir et commença à dégager le poste de Gwen pour que son leader puisse s'installer. Tosh le regarda faire, un peu surprise.
– Que fais-tu ? lui demanda-t-elle.
– Jack veut travailler en bas cet après-midi, il faut que je lui trouve de la place.
– Oh d'accord. Tu veux un coup de main ?
– Non, ça ira, tout est à ma portée, je devrais m'en sortir.
La jeune femme reporta son attention sur son écran en souriant. Le Gallois semblait vraiment mieux et son entrain faisait plaisir à voir.
Lorsque l'alarme retentit, Ianto leva les yeux et vit le Capitaine revenir avec des paquets dans les mains. Il le rejoignit à la cuisine pour l'aider à tout déballer.
– Owen, Tosh, c'est prêt, Ianto vas-y, j'arrive, finit-il en posant un baiser dans sa nuque, tirant des frissons du Gallois.
Jack vint s'asseoir près de son équipe et chacun se servit. Il regarda ses collègues l'un après l'autre, s'attardant un peu plus sur le jeune homme. Celui-ci semblait avoir bon appétit et participait à la discussion avec un plaisir non dissimulé.
– Au fait, Jack, dit Tosh entre deux bouchées, j'ai finalement trouvé ta bestiole. Il s'est bien échappé d'un labo de UNIT. Il faudrait que tu leur dise qu'ils doivent vérifier leurs protocoles de sécurité. Cette fois, nous avons pu l'arrêter, mais la prochaine fois, nous n'aurons peut-être pas cette chance.
– Tu m'avais bien dit qu'il avait de l'ADN humain, as-tu trouvé quelque chose pour ça ? demanda le Capitaine.
– Oui, effectivement, c'est une de leurs expériences, la créature a été engendrée par insémination artificielle à partir de cellules aliennes et humaines. Après quelques manipulations, ils ont pu obtenir un œuf, puis un embryon qu'ils ont implanté chez une patiente consentante. Cependant, quand la créature est née, la jeune femme est morte.
– Comment ça ! s'insurgea-t-il, alors maintenant, ils en sont à faire des expériences avec des humains, mais ils sont malades !
– Tu sais bien qu'ils veulent tout contrôler, ils espèrent peut-être trouver une solution pour…
– Peu importe ce qu'ils veulent faire, la coupa le Capitaine, ils n'ont pas à jouer avec la vie des être humains.
– Que peux-tu y faire ? s'enquit Ianto.
– Je n'en sais rien encore, mais je vais y aller, il me faut des explications !
– Bon, écoute, avant d'aller mettre les pieds dans le plat, dit Owen, il faudrait que tu viennes me voir, j'ai les résultats de Ianto.
– Ah ! Il y a un problème ?
– Non, enfin, je ne pense pas, mais il faut que je te montre.
Le regard de Ianto passait de l'un à l'autre, se demandant le pourquoi de cet échange. Mais il ne dit rien, de toute façon, lorsque les résultats définitifs seraient connus, Owen lui en parlerait, ce n'était pas la peine de le brusquer.
Quand il eut fini, il alla faire le café, laissant ses collègues continuer à discuter. De la cuisine, il entendait le rire de Tosh et sourit tout en continuant à préparer les tasses puis il retourna auprès d'eux, laissant Jack prendre le plateau sur ses genoux et faire la distribution.
Sa tasse à la main, Owen retourna vers la baie médicale, suivi par le Capitaine. Ianto les regarda partir et termina sa boisson avant d'aller tout ranger.
– Alors, qu'as-tu trouvé ? demanda l'immortel.
– Je crois que je sais pourquoi Ianto va tellement mieux, fit-il en montrant un graphique.
– Explique !
– Je pense que c'est à cause ou plutôt grâce à toi.
– Comment ça ?
– J'ai étudié un de tes prélèvements que j'ai eus lorsque nous avons fait la transfusion à Ianto.
– Et alors ?
– Il semblerait que tu lui aies transmis une petite partie de ta capacité de régénération, je ne dis pas qu'il sera comme toi et il ne pourra pas ressusciter, mais il semblerait que ça lui ait permis de réparer les connections sectionnées.
– Je ne comprends pas, Alex ne m'a jamais dit que ça pouvait être possible !
– Et pourtant, je ne vois pas d'autre explication. À l'origine de ton problème, ton sang a dû être modifié, ne me demande pas comment, je l'ignore, mais c'est peut-être une des choses qui te permet de guérir. Tu as vu ses poignets, fit-il en montrant Ianto du menton, il y a tout juste une trace des coupures, je n'ai jamais vu ça et pourtant, crois-moi, c'est le genre de chose que l'on oublie pas.
– Tu penses donc qu'il peut complètement guérir, c'est bien ça ?
– Complètement, je n'irais pas jusque là, mais il ne serait pas étonnant de le revoir debout dans quelques temps.
Le Capitaine se tourna vers le Gallois qui avait repris son travail. Il réfléchissait aux implications, s'il avait permis de soigner Ianto, il se pourrait que son sang soit également utile à ses collègues.
– Ok, continue tes analyses et tiens-moi au courant. Moi, il faut que j'aille chez UNIT, je dois quand même les prévenir pour leurs expériences.
– D'accord, pour Ianto, qu'est-ce que je fais ?
– C'est toi le médecin, je te laisse le choix, si tu penses que c'est une bonne chose, alors dis-le lui, il est en droit de savoir.
– Bien, tu en as pour longtemps ?
– Une heure ou deux, je fais vite, je ne vais pas m'attarder. À tout à l'heure, fit-il en quittant le médecin.
Il s'approcha du Gallois et passa sa main sur sa nuque, se baissant pour l'embrasser tendrement. Ianto lui sourit et continua son travail.
– Je m'absente pour le problème dont nous avons parlé à midi, je reviens vite. Ne te sauve pas ! fit-il avec un clin d'œil.
– Je ne vois pas vraiment où je pourrais aller ! répondit-il. Au fait, que t'a dit Owen ?
– Je pense que tu verras ça avec lui, moi, il y a des choses qui me dépasse. Sois sage.
Après un dernier baiser et un sourire, le Capitaine quitta la base et se rendit chez UNIT. Cette histoire d'hybridation l'inquiétait un peu, surtout si le résultat se retrouvait à se balader en ville.
Pendant ce temps, Ianto alla voir le médecin et celui-ci lui expliqua ce qu'il avait trouvé mais ne lui parla pas de ses examens sanguins.
– Tu penses donc que je devrais pouvoir remarcher ?
– Je ne croyais pas que ce serait possible, mais oui. Cependant, il faut continuer ta rééducation, l'as-tu faite aujourd'hui ?
– Non, je n'ai pas eu le temps, mais je peux sans doute descendre au gymnase !
– Ok, vas-y, mais ne force pas, si tu as un problème, appelle-nous.
– Merci Owen, fit-il en partant.
Pendant une heure, le Gallois s'évertua à faire travailler ses muscles, finalement, il rendit les armes. C'était vraiment trop difficile, il n'arrivait pas à appuyer sur les pédales. Il alla prendre une douche rapide, remerciant le Capitaine d'avoir adapté le système afin qu'il puisse se débrouiller seul. Avec un sourire, il se souvint du premier essai où il avait coincé son amant, lui faisant subir, bien malgré lui, un plaisir qui l'avait laissé pantois pendant quelques minutes.
Quand il retourna dans la salle informatique, Jack était revenu et s'entretenait avec Tosh. Il avait descendu ses dossiers et s'était installé sur le poste que Ianto lui avait préparé. Le Gallois alla faire une tournée de café et distribua les tasses en finissant par le Capitaine afin de rester quelques minutes près de lui.
– Alors, que t'as dit Owen ?
– Qu'il n'a jamais vu un patient guérir aussi vite ! J'avoue que moi non plus je ne comprends pas.
– J'ai bien failli te perdre Ianto, est-ce que tu t'en rends compte ?
– Oui, pardonne-moi, mais je n'en pouvais vraiment plus. Tu me connais mieux que personne, tu sais très bien que je n'aurais pas accepté de vivre comme ça.
– Oui, je le sais, mais tu n'avais pas le droit de…
La voix du Capitaine se brisa et Ianto s'approcha de lui. Tosh, ayant entendu des bribes de leur conversation, s'éclipsa discrètement pour les laisser ensemble.
– Jack, je t'aime tellement que je n'aurais pas voulu que tu restes avec moi, simplement par pitié.
– Ce n'était pas de la pitié Ianto, au fond de ton cœur, tu devrais le savoir.
– Sans doute, mais il a fallu ça pour que tu m'avoues tes sentiments, tu ne crois pas que tu aurais pu le faire avant. Bien avant mon agression, tu savais que je t'aimais, mais tu n'as rien dit, pourquoi ?
– Je ne pouvais pas, j'ai eu une vie déjà tellement longue et perdu tant d'amis et d'amants que je ne voulais plus m'attacher.
– Ok, je pense que tout ça c'est du passé, regarde vers l'avenir maintenant, Jack.
– Mon avenir, c'est toi Ianto, je veux que tu restes avec moi.
– On en reparlera, si tu veux bien. Pour le moment, j'ai encore du boulot. À tout à l'heure, fit-il en s'éloignant.
Le Capitaine se pencha à nouveau sur ses dossiers. Tosh revint à son poste et continua son travail, n'osant pas le déranger. Elle sentait qu'il était perturbé, mais ne savait pas comment l'aider. Finalement, elle préféra le laisser venir à elle, c'était encore le plus simple, lorsqu'il aurait envie de parler, elle serait là et l'écouterait.
Pendant les jours qui suivirent, Ianto s'appliqua à continuer ses exercices, toujours aidé par Jack qui ne le laissait toujours pas sans surveillance. Quand il devait sortir pour une intervention, il laissait Tosh à la base, ainsi le jeune homme n'était jamais seul. Owen l'informa que tout allait pour le mieux et que la phase critique était maintenant passée. Ianto allait vraiment beaucoup mieux.
Dans l'intimité de l'appartement du jeune homme, à plusieurs reprises, le Capitaine tenta de lui faire retrouver ses sensations, mais elles étaient toujours fugaces et le Gallois se sentait coupable de sa frustration. Jack était patient, caressant le corps soumis avec une tendresse infinie. Le jeune homme l'avait plusieurs fois satisfait et il s'en voulait de prendre un plaisir qu'il ne pouvait partager. Il commençait à désespérer de retrouver leurs étreintes passionnées, il voulait le faire vibrer, se sentir en lui.
Un matin, le Capitaine dut s'absenter, quand il revint, il trouva Ianto, assis sur le sol en train de ramasser des morceaux de porcelaine brisée. Lorsqu'il s'accroupit près de lui, il constata que le jeune homme avait pleuré, des larmes sillonnaient son visage. Jack le prit dans ses bras et le berça comme un enfant que l'on rassure puis le porta dans son lit et resta près de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme. À son réveil, il lui expliqua qu'il avait essayé de se mettre debout, voulant à tout prix quitter ce fauteuil qu'il commençait à haïr, mais n'y arrivant pas, il s'était vengé sur sa tasse en la jetant contre le mur.
Cet aveu avait été pénible, après des progrès fulgurants, il semblait au Gallois que rien ne se passait plus comme il l'aurait souhaité et il redoutait de plus en plus d'entendre Owen lui dire qu'il ne quitterait jamais son fauteuil.
– Écoute Ianto, ça ne fait que quinze jours que tu as commencé à retrouver tes sensations. Il faut être patient, je comprends ce que tu peux endurer, mais tout ira bien, je te le promets.
– Mais nous ne pouvons toujours pas faire l'amour, murmura le Gallois, si bas que le Capitaine dut tendre l'oreille pour l'entendre.
Avec un sourire, il prit son menton et le releva, déposant un baiser sur ses lèvres après l'avoir un instant regardé dans les yeux.
– Je n'ai pas besoin de ça pour t'aimer, fit-il.
– Moi non plus, mais j'en ai envie et ça me manque.
Des larmes brillaient dans ses yeux et Jack le serra contre lui. Il ne savait vraiment pas quoi faire et il craignait que le Gallois ne craque de nouveau. Ils restèrent serrés l'un contre l'autre puis Ianto proposa un café que le Capitaine accepta. Il le regarda se glisser sur son fauteuil et partir vers la cuisine. À son tour, il se leva et le suivit, s'appuyant contre le montant de la porte pour le regarder faire. Quand il se retourna, le jeune homme tendit la tasse et s'avança, puis d'un geste négligeant, posa sa main sur la cuisse de son amant. Il sourit, Jack venait de fermer les yeux en poussant un léger soupir sous le contact de ses doigts.
– Ce n'est pas le moment, Ianto, il faut que j'aille au Hub et tu viens avec moi.
Le Gallois laissa retomber son bras, une moue déçue sur le visage et l'immortel se pencha près de son oreille.
– Nous aurons le temps ce soir, fit-il en soufflant dans son cou.
Ils allèrent s'habiller puis se rendirent à la base. L'office serait fermé aujourd'hui, Jack voulait garder le jeune homme près de lui. Pendant qu'il s'occupait de préparer le café, le Capitaine se rendit auprès de Owen et lui fit part de l'incident. Le médecin le regarda, un peu inquiet.
– Je vais voir ça, de toute façon, il faut que je l'examine. Ne t'en fais pas, nous aurons un œil sur lui toute la journée.
– Merci Owen, fit-il en se dirigeant vers les escaliers.
– Jack, tiens, l'interrompit Ianto en lui tendant sa tasse. Ça t'évitera de redescendre.
– Pourquoi, tu ne veux plus me voir ? demanda-t-il taquin.
– Bien sûr que si, mais inutile de te déranger. J'ai de quoi m'occuper dans les archives.
– Je n'allais que chercher des dossiers, n'oublie pas que je travaille en bas en ce moment.
– C'est vrai, désolé, dit-il en se dirigeant vers Tosh.
C'était une partie de la base accessible pour lui et il avait du travail qui l'attendait. Après avoir prévenu le Capitaine, il sortit silencieusement, comme à son habitude. Jack alluma la CCTV et connecta la caméra de la salle, il voulait garder un œil sur lui. Quand il entra dans la pièce, Ianto se tourna et fit un signe à l'objectif, sachant pertinemment que derrière le point rouge, il y avait le Capitaine.
Rassuré, Jack reprit l'étude des documents. Quelques minutes plus tard, il reporta son attention sur l'écran, fixant l'image sans vraiment la voir, sinon il se serait aperçu que le Gallois n'était plus visible dans la pièce. Il réfléchissait à l'incidence de son sang sur l'organisme du jeune homme, il n'avait pas oublié les paroles du médecin. Finalement, il secoua la tête et se replongea dans ses dossiers.
Dans les archives, Ianto avait décidé de se mettre debout. Cette idée le taraudait depuis qu'il avait retrouvé ses sensations et il n'acceptait pas que les progrès se soient arrêtés en si bon chemin. Il voulait de nouveau pouvoir marcher, courir même. Il s'approcha du mur et bloqua les roues, puis à force de volonté, il parvint à se redresser, prenant appui sur les bras du fauteuil après avoir posé ses pieds sur le sol. Le visage crispé par l'effort, il se souleva et posa une main sur le béton froid. Il resta quelques instants dans un fragile équilibre, puis avec un sourire, reprit sa place sur l'assise. Plusieurs fois, il refit le même mouvement jusqu'à ce qu'il soit en sueur.
Il passa sa main sur son visage puis quitta la pièce pour aller prendre une douche. Il ne voulait pas que l'on sache ce qu'il manigançait, il voulait en faire la surprise à son amant. Il souhaitait voir l'étonnement sur son visage lorsqu'il quitterait son fauteuil pour venir vers lui, sur ses deux jambes.
Quand il remonta dans la zone principale, il alla préparer du café et le distribua à ses collègues.
– Ça va comme tu veux ? lui demanda le Capitaine.
– Oui, pourquoi ?
– Il y a tant de poussière que ça dans les archives pour que tu aies pris une douche !
– Ce n'est pas évident de déplacer des cartons, le cul rivé sur un siège, tu devrais essayer, je suis sûr que tu n'aurais plus besoin de descendre au gymnase, fit Ianto un peu agacé.
– Ian, excuse-moi, je n'y avais pas pensé, tu aurais dû me demander de l'aide, tu sais bien que je n'aurais pas refusé.
– Oui, mais lorsque tu n'es pas là, comment crois-tu que je fais ? Bon je vais voir Owen, finit-il en se détournant.
L'immortel le regarda partir, le Gallois semblait énervé et il s'inquiéta un peu. Le médecin monta à sa rencontre puis il alla s'installer sur le canapé, Ianto se plaçant devant lui.
– Écoute, il y a quelques jours, j'ai parlé à Jack de ton état et il y a quelque chose que je dois te dire.
– C'est quelque chose qui me concerne ?
– Oui.
– Et tu lui en as parlé avant de me le dire !
– Oui, parce que c'est particulier. En fait, cela vous concerne tous les deux.
– Je ne comprends pas pourquoi, vas-y, je t'écoute.
– Bien, tu sais que lorsque tu as tenté de te suicider, nous t'avons fait une transfusion !
– Oui, bien sûr !
– Le problème, c'est que nous n'avions qu'une seule poche de réserve pour toi.
– Et alors ? s'enquit le Gallois.
– C'est Jack qui t'a permis de recevoir la quantité qu'il te manquait.
Ianto essaya d'assimiler ce que Owen tentait de lui dire, mais il n'arrivait pas à comprendre. Le Capitaine s'était arrangé pour trouver du sang supplémentaire, et alors, après tout, il avait ses entrées chez UNIT et eux seuls pouvaient l'avoir aidé.
– Je ne vois pas vraiment le problème, dit le Gallois. Tu sais bien qu'il fait toujours ce qu'il faut pour nous.
– Bien, à ce que je vois, tu n'as pas compris. Le sang que tu as reçu, c'est celui de Jack !
À suivre…
