Chapitre 4 :

La réunion était donc terminée, Lihin vit les quatre professeurs sortir du bureau du directeur. Elle se leva pour se retirer elle aussi. Mais avant qu'elle ne sorte, Dumbledore l'interpella :

« Miss Slast, je vous souhaite bien du courage cette année en temps que nouvelle élève à Serpentard, surtout que vous vous faites déjà remarquer de votre directeur de maison. Sachez qu'il peut être un peu… sous tension parfois. Mais ne vous en faites pas, je suppose que tout se passera bien, » termina-t-il avec un sourire.

« Merci. »

Et la jeune fille sortit du bureau sans plus attendre. Elle comprenait parfaitement le sous entendu du vieil homme, autrement dit « modère tes paroles, et, s'il le faut, tourne vraiment ta langue sept fois dans ta bouche avant de parler ». Elle n'était pas fière d'elle, avoir montré tant d'arrogance dès le premier jour, et, sous les yeux des personnes les plus importantes de l'école.

Lihin s'était terriblement déçue d'elle, et, elle espérait qu'à cause de cela, elle ne se muerait pas dans le silence.

Elle descendait l'escalier tournant du bureau, elle arriva en bas quand elle vit qu'on l'avait attendue. Mince. C'était le professeur de potion, il devait lui montrer les dortoirs des Serpentard, et régler deux-trois choses qui concernent le collège. Dès que le professeur la vit arriver, il tourna les talons sans un mot et s'avança dans un autre couloir du château. Lihin ne dit rien, elle le suivit les yeux baissés sur ses lacets. Ils croisèrent quelques élèves qui baissèrent leur voix au passage du professeur. Elle avait vu juste, ce professeur était terrifiant.

Elle regarda encore une fois sa montre. 13h. J'ai chopé la maladie de la montre. Elle avait très faim. Pourquoi la laissaient-t-ils sans manger ? Elle n'avait même pas osé demander devant tout le monde qui se trouvait dans le bureau du directeur. Et maintenant, il y a juste son directeur de maison… justement, c'était lui, c'était encore trop de monde.

13h ? Cela faisait au moins deux heures qu'elle était arrivée à Poudlard ! Et elle était partie à13 heures… Sa montre était-elle cassée ? N'avait-elle pas supporté le voyage en portoloin ?

Lihin releva la tête et marcha en fixant le dos devant elle. Elle discernait le mouvement de ses omoplates tandis qu'il marchait. C'était un homme qui se tenait droit, pas autant que le professeur de métamorphose, mais c'était similaire. C'était étrange de marcher derrière quelqu'un, en temps normal, elle se serait mise à côté. Mais il régnait un silence de mort entre eux, et il était si angoissant qu'elle préféra rester en retrait.

Lihin, se réveilla de ses réflexions et se trouva idiote. Elle n'avait pas regardé où est-ce qu'il la menait et maintenant, ils se trouvaient devant le portrait d'un vieil homme avec une moustache et un ventre rebondit. Il avait l'air sympathique.

« Safran soporifique »

Ce devait être le mot de passe puisque le vieux bonhomme du tableau avança sa main en faisant signe d'entrer tandis que son cadre s'ouvrait.

« Retenez-le, parla le professeur de potion, sinon vous dormirez aux pieds de la représentation de Salazar. »

Lihin hocha la tête, bien qu'il ne la voyait pas, il ne lui demanda pas si elle avait bien entendu et il entra par l'ouverture. La jeune fille s'y engouffra à sa suite, regardant finalement avec mépris ce tableau. Comment un homme d'apparence si gentille, pouvait en réalité, vouloir la ségrégation des sangs purs et sangs mêlés ? Dès qu'elle fut à l'intérieur, elle reconnu les couleurs de la maison,… sa maison, dorénavant. Ces couleurs recouvraient chaque mur, c'était une véritable horreur.

« C'est atroce » grimaça-t-elle le regard fixé sur la moquette verte qui recouvrait le mur à sa droite.

Elle passa sa main dessus, c'était un vieux velours râpant, elle eu un frisson à ce toucher si désagréable. Merde. Elle avait déjà insulté les vieilles idées de sa maison, et elle critiquait maintenant ses couleurs. Elle se retourna pour voir la réaction de l'homme, mais elle n'en vit aucune, il se dirigeait vers une arche qui donnait accès à deux escaliers montants qui allaient dans deux directions différentes. Elle s'approcha.

« Le votre est celui de gauche » dit le professeur d'un air las. « Vous n'avez pas l'autorisation de vous y rendre à cette heure de la journée. Voici votre emploi du temps » l'informa-t-il en lui tendant une feuille.

« Merci, » fit Lihin en l'attrapant, puis elle parcouru les horaires des yeux.

« Vous aurez tout le temps de voir ceci après, Slast, à moins que vous ne préfériez que je vous regarde l'explorer avant de passer aux choses plus importantes » lança-t-il, railleur.

« Non, désolée monsieur » dit-elle peu assurée, en pliant la feuille pour la mettre dans une de ses poches.

« Bien. Pour le règlement nous allons faire vite. Interdiction de se rendre sans autorisation dans la forêt interdite et interdiction formelle d'entrer dans les pièces fermées de Poudlard. Interdiction de sortir des dortoirs après le couvre-feu. Obligation d'assister à tous vos cours, qu'ils soient optionnels ou non. Interdiction de se rendre dans les dortoirs des garçons, » annonça son directeur de maison en levant légèrement la tête à cette dernière phrase pour désigner l'escalier de droite. « Et interdiction de se rendre dans les salles communes des autres maisons, en toute circonstance » termina-t-il en détachant les derniers mots.

Lihin se sentit reprendre son souffle à sa place. Il ne le reprit même pas alors qu'elle-même serait morte asphyxiée après cette petite tirade sans pause.

« Si vous avez des questions c'est maintenant, miss Slast »

« Il est aussi interdit de manger ? »

Tait-toi ! Encore gaffé. Il va crier, se dit-elle en mordant sa lèvre inférieure.

« Arrêtez immédiatement avec cet air suffisant Slast ! » siffla le professeur en crispant sa mâchoire. « Vous faites un début vraiment au ras du sol, et j'ai l'impression que vous aimez creusez, je me trompe ? »

« Je… »

« Non, je ne me trompe pas » la coupa-t-il en lui lançant un regard noir.

Ce regard n'avait pas la force de celui qu'il avait lancé dans le bureau du directeur, mais elle ne pouvait pas le soutenir. Elle baissa les yeux. Pourquoi donc était-elle comme ça ? Elle n'avait pas la réponse. Il fallait qu'elle arrête de se faire passer pour une imbécile. Elle continua juste de fixer le sol sans vouloir reposer sa question plus convenablement.

« Suivez-moi » entendit-elle, sa voix était devenue plus basse.

Cela l'étonnait, il changeait étrangement de comportement. Elle releva sa tête, pleine d'incompréhension. Elle le suivit dehors, essayant de faire attention où il l'emmenait. Et surtout, elle faisait attention à ne pas faire de bruit, surtout pas le moindre petit bruit… Par crainte ? Elle savait qu'il l'emmenait se restaurer, alors était-ce plutôt en remerciement ? Ou même les deux...

Ils descendirent plusieurs escaliers, passant par les couloirs et coupant par deux-trois salles vides. Lihin était complètement perdue dans ce château. Elle vit son directeur de maison s'arrêter devant un escalier et l'attendre. Elle s'approcha.

« En bas, se trouvent les cachots de Poudlard, le lieu des cours de potions. »

« Pourquoi choisir des cachots pour faire un cours à des jeunes ? » demanda Lihin, plus pour elle-même que pour l'homme.

Elle n'attendait pas de réponse. C'était parfaitement idiot de faire cours dans des cachots à des élèves de onze à dix-sept ans. Et elle avait vu pleins de salles vides en arrivant ici.

« C'est comme ça » répondit le professeur Rogue en reprenant sa route.

Quelques courts instants plus tard, ils se trouvèrent devant une porte un peu plus banale que les autres. Il y avait un peu de bruit derrière. Le professeur se tenait devant, dos à Lihin qui se pencha discrètement pour essayer de voir quelque chose, il avait la main sur la poignée mais il ne bougeait pas.

« Miss, sachez que vous n'avez aucun droit de venir ici en temps normal. Les cuisines sont réservées aux elfes de maison uniquement. J'ai estimé que, pour cette fois, vous pouviez y entrer, mais que je ne vous y reprenne plus sous peine de retrait de points ou retenue. Est-ce bien clair ? »

Le ton était dur et n'admettait aucune réplique. Bien sûr, on ne pouvait plus clair. Il se retourna le sourcil levé en attendant la réponse. La jeune fille acquiesça puis son directeur de maison ouvrit la porte qui grinça sous le mouvement. Elle ne devait pas s'ouvrir souvent pour faire un bruit pareil. Mais il était vrai que les elfes de maisons ne se déplaçaient pas avec des portes.

Elle entra, regardant autour d'elle. La cuisine était immense, aussi bien en surface qu'en hauteur. Elle regarda le plafond, pas de magie, mais du bois. C'était des poutres emmêlées de plusieurs hauteurs. Lihin n'était pas d'un naturel voltigeur, mais là, elle avouerait bien qu'elle aurait aimé se retrouver là-haut entre ces poutres. Elle reporta son regard sur la salle, il devait bien y avoir une petite centaine d'elfes qui s'agitaient devant des marmites ou des planches à découper.

Il y avait tout ici pour former un futur cordon bleu, comme des ustensiles, des fours et des ingrédients à foison. Cette salle de Poudlard était une caserne d'Alibaba. Elle s'avança vers une table recouverte de plats à peine entamés. Les elfes les remplissaient à nouveau, ils se retrouvaient comme neufs. Lihin se retourna en entendant des voix, le professeur parlait avec un elfe à toque. Il lui expliquait la situation et lui demanda de bien vouloir lui mettre quelque chose entre les dents avant qu'on ne la retrouve morte de faim. L'elfe acquiesça et se déplaça vers elle.

« Qu'est-ce que Miss désire manger ? » lui demanda-t-il avec une petite voix qu'elle reconnaissait à tous les elfes.

« Euh… » prononça-t-elle prise au dépourvu.

Elle n'en savait strictement rien, elle tourna son regard sur les plats rapidement pour avoir une idée. Tout lui donnait envie, elle aurait presque vendu son âme pour avoir un estomac capable d'avaler tout ce qu'elle voyait. Elle se décida tout de même pour autre chose, incapable de choisir.

« J'aimerai la spécialité du chef » demanda-t-elle.

Ce fut au tour de l'elfe d'être pris au dépourvu, il sembla qu'on ne lui avait jamais demandé de faire une telle chose, elle l'avait peut être mis dans un profond embarra s'il n'avait pas de spécialité propre. Lihin douta d'un seul coup. Cela se faisait-il de demander ça ? Elle se tourna vers le professeur, pour vérifier si elle n'avait pas fait de maladresse. Son visage ne laissait rien deviner.

« Si vous n'en avez pas ce n'est pas grave ! Donnez-moi ce que vous avez sous la main, je ne vais pas en faire un plat, » essaya-t-elle de plaisanter avec un sourire.

« Non non Miss ! Vaoli a une spécialité, mais ne l'a préparé seulement que pour les siens, jamais à des sorciers. Mais si vous la voulez, Vaoli vous en sert. »

« Oui, s'il vous plait »

Lihin ne savait pas si elle avait fait le bon choix, si c'était même comestible la nourriture d'elfe ou s'il ne lui avait proposé que par politesse. Mais dans le cas contraire elle avait aussi peur de l'offenser en refusant sa spécialité. Elle se retourna encore une fois vers son professeur, pour essayer de deviner, à la tête qu'il ferait, si elle avait fait le bon choix. Manque de bol, il n'exprimait toujours pas ses émotions, elle se heurta à un masque de neutralité. L'elfe claqua des doigts et un plat apparu dans sa main. De son autre main il désigna à la jeune fille la table qu'elle avait remarquée au départ et il lui fit apparaître aussi une chaise. L'elfe déposa le plat devant sa chaise, il lui souhaita bon appétit et partit s'occuper à autre chose.

Lihin le regarda partir et s'assit à sa place en regardant le plat. Elle redoutait mais en même temps il sentait si bon qu'elle ne se demanda pas ce qu'il y avait dedans tant son ventre grondait de mécontentement suite au mauvais traitement qu'elle lui avait infligé. Elle regarda autour de l'assiette, la souleva et regarda s'il n'y avait pas de tiroir à la table… rien, elle n'avait pas de couvert, pas de verre. Puis elle remarqua que le professeur de potion restait derrière, il ne partait pas, ni ne venait avec elle. Elle se retourna, n'osant lui lancer un regard interrogateur elle prit la parole :

« Vous allez rester là à regarder mon dos tandis que je mange, professeur ? »

Elle avait essayé de modérer son ton, à ne pas paraître agressive ni impertinente. Elle espérait qu'elle s'était assez modérée.

« Mangez Miss Slast, vous me faites perdre mon temps » entendit-elle comme réponse.

Elle serra la mâchoire et ne répondit pas. Elle avait vraiment l'impression d'être une toute petite fille face à cet homme. Quelques secondes plus tard ce dernier vint en face d'elle en se faisant apparaître un siège.

« Vous préférez ainsi ? Que je vous regarde manger de face ? »

Lihin aurait aimé que cette phrase soit dite de manière ironique. Mais ce ne fut pas le cas, elle était d'une froideur polaire. Alors elle l'ignora et pinça les lèvres pendant qu'elle sortait sa baguette pour transformer deux oranges en couverts. Elle ne lui demanda pas s'il voulait quelque chose, elle n'engagea pas non plus la conversation. C'était impensable.

Malgré tout Lihin se décida à porter la fourchette dans sa bouche, troublée de l'attitude du professeur.

A sa grande joie, la spécialité de l'elfe était un régal, elle prit son repas tandis que le professeur s'était levé pour jeter un coup d'œil aux chaudrons et aux différentes herbes des cuisines. Il semblait détailler tout ce qu'il y avait. Elle le regardait marcher dans la cuisine, elle pensait qu'il faisait ça pour ne pas la rendre mal à l'aise. Mais il revint s'asseoir en face d'elle, immobile. C'était très désagréable.

« Peut être préférerez-vous partir ? » lui demanda-t-elle timidement pour qu'elle puisse terminer son repas sans qu'il n'ait à l'attendre.

« Et pourquoi cela ? » interrogea l'intéressé en levant un sourcil d'attention.

« Vous ne faites aucune conversation, à part pour me dire de manger et que je vous fais perdre votre temps. Et puis vous restez là à me regarder pendant que je mange ce qui est très pénible, » répliqua Lihin.

Oups. Là elle avait deviné qu'elle n'avait pas été tendre… encore une fois.

« Ce n'est pas mon attitude qui est la plus pénible mais votre ton. Et que ce soit clair, si je ne commence pas dès maintenant à vous enlever des points pour votre maison, c'est bien parce que cela m'est interdit avant demain, sinon vous pouvez être sûre que vous seriez en dessous de la barre de zéro » reprit-il, cinglant.

« Pourquoi voudrais-je faire gagner une maison pareille ? Je me fiche de la coupe des maisons. Je ne gagnerai rien à jouer à l'élève modèle, » lança Lihin.

« Vous avez parfaitement raison » annonça le professeur de but en blanc.

Lihin fut étonnée mais elle était lancée et il ne l'arrêtait pas dans ses propos, alors elle reprit.

« Cette coupe des maisons ne sert à rien d'autre que de faire rivaliser les maisons entre elles. Il ne faut pas s'étonner qu'elles ne s'entendent pas. On en entend parler jusqu'à Beauxbâtons… »

« Oui miss, vous avez raison, terminez votre repas »

Il ne l'avait pas écouté. Elle sentait qu'elle se ridiculisée à chaque fois qu'elle prenait la parole en sa présence, autrement dit, tout le temps jusqu'à présent. Mais à ce moment ci, cette parole était totalement délibérée de la part de son directeur de maison.

Lihin était véritablement contrariée, elle avait honte. Elle savait que le manque de respect aberrant était de la part de son professeur. Mais face à lui, elle se sentait misérable Elle ne lui adressa plus la parole ; elle n'avait plus le moral de se faire remettre à sa place de manière si brutale.

Elle termina son repas et se leva. Il fit de même et partirent. Le professeur ferma la porte à l'aide d'un sort et l'accompagna dehors en lui rappelant les heures de l'établissement et il la laissa dans la cour, lui disant qu'il avait à faire.

Alors Lihin s'assit sur une pierre blanche et regarda sa belle montre tristement.