Chapitre 3

Je pleurais. Extrêmement embarrassé, je me retournai pour essuyer mes larmes sans comprendre. Sho s'approcha de moi et me prit par les épaules avec un air étonné.

Sho : Oi, ça va pas ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Moi : Hein ? Mais j'en sais rien...

Jun : T'es sûr ?

Moi : Mais oui !

Jun : T'en pincerais pas pour Nino, par hasard ? =D

Moi : TU VEUX CREVER ?

Jun : Na, gomen...

J'essuyai les dernières larmes qui roulaient lentement sur mes joues tout en refaisant face à mes amis. Je ne savais absolument pas pourquoi j'avais pleuré, et je commençais à avoir peur. Peur de quoi ? De moi-même. J'avais peur de ce que je ne pouvais pas contrôler. Les sentiments amoureux était le parfait exemple de ce que je redoutais, et je m'étais d'ailleurs toujours assuré de ne pas tomber amoureux. L'amour était dangereux, les gens pouvaient tuer par amour.

Alors que je refoulais toutes ces pensées pessimistes au plus profond de moi, la porte de la salle de répétition s'ouvrit sur un Nino au regard bien étrange. Il semblait plus désespéré et désemparé que d'habitude, comme si le monde n'était qu'un affreux ramassis de désespoir, de mort, de honte, et de perversité. Je le trouvais à présent si différent. Les jours précédents, j'avais remarqué qu'il n'avait pas le moral, mais au point de le voir dépérir sur place... Était-ce parce que j'étais au courant ?

Nino : Bonjour tout le monde.

Jun : Salut Nino !

Sho : T'as l'air d'aller mieux qu'hier.

Moi : oO'

Nino : Un peu oui...

Ohno : Nino, je sais que ça va pas fort pour toi en ce moment, mais est-ce que tu pourrai essayer d'arriver à l'heure aux répétitions ?

Nino : Gomen...

La répétition se passa sans encombres, comme d'ordinaire, sauf que j'avais eu la très forte impression que Nino cherchait à tous prix de se jeter par la fenêtre située à l'opposé de l'endroit où nous avions répété. Après une interminable séance qui s'acheva vers 14h30, chacun repartit chez lui un peu trop vite à mon goût, et je me retrouvai seul avec un Nino complètement muet. Une fois nos affaires rassemblées, je tentai de détendre l'atmosphère en l'invitant à déjeuner avec moi, histoire qu'il ne se retrouve pas seul dans son état actuel. Il accepta, avec un léger sourire très vite effacé, puis nous sortîmes de la salle pour prendre l'ascenseur. Je faisais vraiment le maximum pour ne pas changer mes opinions à son sujet, mais ça restait très difficile, étant donné que lui pouvait me voir autrement que comme un simple ami. J'avais peur.

Nan mais je déconne ou quoi ? Quand je suis en présence de femmes, je n'ai pas peur de ce qu'elles peuvent faire, ou des pensées qui me traversent l'esprit ! Pourquoi ce serait différent avec un homme ? Il reste un être humain, non ? C'est juste que les couples sont sensés être de sexes opposés, mais pourquoi serait-ce mal d'aimer une personne du même sexe que soi ? Chacun ses préférences et ses choix, si jamais un jour je me rends compte que je suis devenu moi-même ainsi, alors quelque soit la difficulté de vivre heureux, je ferrai mon possible pour trouver une personne à laquelle je pourrai me rattacher et en qui croire de toutes mes forces. Une personne que je pourrai aimer sans problème. J'avouerai que j'étais actuellement encore un peu effrayé par l'amour et sa puissance, mais ce n'étais pas si mal d'être amoureux.

Lorsque je sortis de mes pensées, je remarquai enfin Nino, adossé comme moi contre l'ascenseur, attendant que les portes s'ouvrent sur le rez-de-chaussée. Au départ, rien ne me choqua, mais très vite, je tournai de nouveau mes yeux vers son visage. Il me fixait étrangement, mais pas les yeux, comme toute personne ferait. Non, ses pupilles restaient avidement accrochées à une autre partie de mon visage. Mes lèvres. Mon coeur commença à battre plus fort et plus vite.

Moi : Euh... Nino ?

Il ne répondit pas immédiatement, comme s'il était profondément perdu dans ses pensées. Puis, avec un soupir las, il reprit une position plus habituelle avant de prendre la parole.

Nino : Je suis vraiment foutu, pas vrai ?

Moi : Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Nino : Je me suis longtemps demandé si Sho était une exception, ou si mes sentiments étaient réellement tournés vers les hommes. Quand je te regarde, là, alors que tu es si proche, je sens que mon coeur s'accélère. Comme ce qu'il se passe lorsqu'un homme se retrouve à côté d'une femme très attirante.

Moi : Tu trouves que je t'attire ?

Nino : Oui.

Un silence moins pesant qu'il n'aurait dû être s'installa entre nous deux, et je cherchais quelque chose à dire pour le rassurer. Cependant, rien ne vint, je ne savais absolument pas quoi faire.

Nino : Je te dégoûte, non ? C'est pas normal d'être comme moi...

Moi : Je n'ai jamais pensé ça. Au contraire, je pense qu'on devrait te considérer comme tout le monde. C'est vrai, on est tous différent, on aime tous des choses et des personnes différentes, pourquoi ça marcherait pas pour les sentiments amoureux, aussi ?

Tandis que je parlais, Nino s'était immobilisé et me regardais droit dans les yeux. Il me dévisageait comme si j'étais son sauveur, une sorte de dieu. Non, je n'étais qu'un simple humain qui cherchait à se convaincre que la vie pouvait être belle quelle que soit la direction qu'elle pouvait prendre, aussi inattendue qu'elle puisse être. Nino sembla être profondément réconforté par mes mots, bien qu'ils soient maladroits et sûrement trop spontanés.

Nino : Merci beaucoup, Masaki.

Moi : Attends, comment tu m'as appelé ? oO'

Nino : Bah, Masaki... C'est ton prénom, non ?

Moi : Oui mais c'est la première fois que tu m'appelles comme ça... Et j'avoue que ça fait un peu bizarre.

Nino : Ah, gomen... J'aurai peut-être pas dû.

Moi : Nan, t'inquiète pas pour ça, y a aucun problème.

Je lui souris amicalement, cherchant à détendre encore plus l'atmosphère qui s'était déjà allégée. Mais, curieusement, il réagit étrangement lorsque j'affichai mon sourire. Comme un frisson qui le secoua de la tête aux pieds, une expression de violence intérieure vint modifier les traits de son visage. Son regard se teinta d'une vive lueur et en moi s'alluma une sorte d'alarme. « Attention aux sentiments des autres. » J'avais fui les sentiments amoureux depuis trop longtemps et déjà mon corps réagissait instinctivement lorsqu'il les détectait. Une sueur froide coula lentement le long de mon dos, me glaçant sur place tandis que mon coeur partit dans une course effrénée. Je commençais déjà à m'enfermer pour me protéger lorsque Nino se précipita sur moi, comme s'il ne pouvait plus se contrôler, et ses lèvres percutèrent violemment les miennes, toujours entrouvertes. Il enroula ses bras autour de mes épaules et me serra contre lui pour m'empêcher de m'échapper. Ce qui était vraiment, mais alors vraiment surprenant en ce moment, c'est que la seule chose qui me traversa l'esprit était que ce type embrassait vraiment bien. Je faillis y répondre, sans vraiment que je sache pourquoi.

Ses mains avaient un toucher très doux bien qu'il soit un homme et ce fut presque à contrecœur que je l'écartai de moi. Il afficha aussitôt un visage si navré qu'il me fendit presque le coeur.

Nino : Gomen... J'ai pas pu me contrôler...

Moi : Attends, je croyais que c'était Sho que tu aimais... je comprends pas trop, là.

Nino : Et bien, on va dire que j'éprouve de véritables sentiments pour Sho, mais il m'arrive aussi parfois de tomber sur une personne qui fait tellement battre mon coeur que je ne me contrôle pas très longtemps... Désolé de t'avoir embrassé, Masaki.

Moi : C'est bizarre, j'arrive même pas à t'en vouloir. ^^' Je trouve ça tellement mignon tes histoires de coeur que je ne peux pas m'empêcher de vouloir t'aider. Je vais essayer d'en parler avec Sho pour toi.

Nino : T'es pas obligé...

Moi : Si si, j'insiste. On est amis, non ?

A ce moment, Nino me regarda avec des yeux humides de gratitude qui m'arrachèrent un sourire compatissant. Je le pris contre moi et posai ma main sur sa tête.

Moi : Tout va bien se passer, tu verras.

PS : Chapter threeeeee~ ^^ Je profite de ce petit message pour faire un groooos merci à ma Yuu-chan pour m'avoir fait connaître l'extraordinaire monde du Yaoï^^ Et pour m'avoir encouragé à en écrire toujours plus :P ~sankyuu~