Chapitre 7
Ma raison revint d'un coup. Je me vis allongé sur Nino, le coeur battant la chamade, les lèvres brûlantes. Lui aussi semblait se rendre compte de ce qu'il s'était passé. Un air d'effroi s'empara de ses traits et il se redressa, pour prendre un peu de distance avec moi. Je me souvins alors que quelqu'un était à la porte, et je me levai brusquement, arrangeant mes vêtements et mes cheveux. Je l'ouvris, le coeur battant à mes oreilles, l'esprit encore flou. Une silhouette se tenait dans la pénombre. La lumière qui sortait par l'embrasure de la porte me permit de l'identifier.
Moi : Jun ?
Jun : Yo. Dis, je me demandais si tu savais où est Nino. Je devais passer chez lui récupérer quelques films et il n'y est pas.
J'entendis derrière moi un « Oh, merde ! » étouffé et je fis mon possible pour paraître convaincant.
Moi : Non, pourquoi je saurais où il est ? Je suis pas sa nounou que je sache...
Jun : Ah bon ? J'aurai juré que si pourtant.
Moi : Tu veux vraiment mon poing sur la gueule ?
Jun : Ben qu'est-ce qu'il y a ? Tu réagissais pas comme ça avant...
Moi : Je sais pas... je me trouve un peu bizarre en ce moment...
Je jetais discrètement un coup d'œil vers le salon où se trouvait Nino, qui regardait dans ma direction avec une expression insondable.
Jun : Attends, ne me dis pas que t'es avec une fille ?
Moi : Hein ?
Jun : Tu me la présentes ?
Moi : Nan ! Rentre chez toi , tu verras Nino demain, et il est trop tard pour aller chez lui ce soir.
Jun : Pff... Même pas drôle... Ja ne !
Il se retourna et partit. L'obscurité s'empara de lui rapidement, je ne le voyais déjà plus après quelques secondes. Je fermai ensuite la porte et revins vers un Nino un peu incertain. Je me rassis à côté de lui, à distance raisonnable cette fois, et me tournais dans sa direction.
Nino : Merci d'avoir dit à Jun que je n'étais pas ici.
Moi : Je pouvais pas lui dire que t'étais là, ça aurait été trop suspect.
Nino : Tu regrettes ? Ce que nous avons fait juste avant.
Moi : J'en sais rien. Je ne me comprends plus. Je ne sais pas ce que je veux...
Nino : A quoi pensais-tu quand on s'est embrassé ?
Moi : Sérieusement ? A rien. Mon corps bougeait sans que je puisse le contrôler. On va dire que je suis redevenu moi-même quand Jun est arrivé.
Nino : Et si... ce n'est qu'une supposition, hein... et si tu étais réellement toi-même lorsque tu ne te contrôle plus, comme là ?
Moi : Franchement, je n'en sais absolument rien. Récemment, je me suis dis que ce n'était pas mal en soi d'aimer les hommes, mais...
Nino : C'est de ma faute... gomen.
Moi : Mais non, qu'est-ce que tu racontes ? Une part de moi doit bien être comme ça, on ne peut pas changer autant en si peu de temps.
C'était ça. C'était sûrement ça. Au fond de moi, je devais être attiré par les hommes depuis bien longtemps. La façon dont je regardais Sho lorsqu'il écrivait n'était pas celle d'un ami normal. C'est ce qui expliquait aussi pourquoi j'avais autant peur de l'amour. J'avais peur de me découvrir, de me connaître.
J'étais lâche.
Je sentis les larmes de la honte monter en moi et me brûler les yeux. Ma gorge se noua et le sourire que j'avais affiché pour Nino quelques instants auparavant disparu totalement. Je me haïssais. Pas pour ce que je venais de découvrir en moi, cette attirance pour les hommes, mais pour la manque de courage et de dignité dont j'avais fait preuve durant toutes ces années. Je le compris maintenant. Quelqu'un qui peut se mentir est seul et triste. Et je l'étais en ce moment. Je m'étais efforcé de paraître joyeux et heureux pendant tout ce temps alors que je cachais ma véritable nature. Ce n'étais pas à cause de Nino que j'étais comme ça, je l'étais déjà depuis bien longtemps.
De douloureuses larmes commencèrent à rouler sur mes joues. Je fermai les yeux et les essuyai d'une main tremblante. Nino, à côté de moi, la saisit avec douceur et je me tournai vers lui. Son regard franc m'avait manqué, l'ami que j'avais l'habitude de voir était enfin de retour.
Nino : Tu sais qui est la personne que j'aime, Masaki, et je ne m'attends pas à ce que tu partages mes sentiments. Aussi, je ne te demanderai qu'une seule chose : sois heureux avec la personne qui t'es destinée.
Moi : Hein ? De quoi tu parles ?
Ma voix était faible, atténuée par les larmes et, malgré cet instant calme et serein, mon coeur battait la chamade. Mon avenir était tellement flou que j'en avais le tournis. Les rêves de famille et de mariage que j'avais quand j'étais plus jeune s'étaient évaporés, laissant à leur place un épais brouillard.
Les mains chaudes de Nino semblèrent calmer la nervosité de mon coeur, et mes larmes se firent plus rares et plus légères.
Nino m'observait en silence, attendant patiemment et poliment que je me calme, faisant glisser ses doigts fins sur les miens, en un geste qu'il voulait réconfortant. Je lui adressai un regard sûrement plein de détresse car il tressailli et me prit dans ses bras, spontanément. Passant ses doigts dans mes cheveux, il créa autour de moi une étreinte sécurisante qui me permit de reprendre entièrement mes esprits. Ses bras étaient confortables et doux. Je me laissai aller dans cette enceinte rassurante et posai ma tête contre son torse. Près de mon oreille, depuis sa gorge, sortit un son clair et joyeux. Un rire, brillant.
Nino : Les rôles se sont inversés, on dirait.
J'inspirai lentement en me dégageant de ses bras, puis essuyai les dernières larmes qui perlaient aux coins de mes yeux.
Moi : Gomen...
Nino : Ne t'inquiète pas, 'y a aucun problème.
Je souris, un peu penaud, et passai machinalement la min dans mes cheveux.
Nino : Est-ce que je peux te demander pourquoi tu pleurais ?
Moi : Et bien... disons que je me suis rendu compte de ma lâcheté. Je me suis menti durant des années ! Et j'ai honte, en quelque sorte.
Nino : Honte d'aimer les hommes ?
Moi : Non, honte de ne pas avoir eu le courage de l'avoir admis plus tôt.
Nino : C'est pas grave, ça. Le principal, c'est que tu saches qui tu es à présent. Le reste n'a pas d'importance.
Je fixai mon ami avec reconnaissance. Il me comprenait. Lui seul me comprenait. Je n'étais plus seul. Les conseils que je lui avais donné quelques heures plus tôt, c'est lui qui me les retournait.
Après un long moment passé ensemble, à discuter de nos ressentis et de quelle façon nous voyions notre futur incertain, Nino rentra chez lui, non sans avoir posé sur moi un dernier regard d'une surprenante douceur. Il me sourit, puis se retourna et se laissa engloutir par l'obscurité de la nuit. Je revins alors dans mon appartement, rangeai la salle de bain et le salon, puis me dirigeai, exténué par cette interminable soirée, vers mon lit. Je m'y laissai tomber, fixant le plafond blanc avec intérêt, alors qu'il n'y avait rien de particulier. J'y vis alors apparaître un regard, étincelant, pétillant, aimant, qui fit démarrer mon coeur au quart de tour. Ce regard n'avait pas encore de visage, mais je savais déjà que c'était celui que j'aimerai.
Peut-être Nino. Ou peut-être pas.
Peut-être une femme. Ou sûrement un homme.
Peut-être quelqu'un que je connaissais déjà. Ou peut-être pas.
Mais ce qui était sûr et certain, c'est que cette foi, je me battrai pour cet amour.
Je n'avais plus peur.
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