Chapitre 8

Le lendemain matin, pour 10 heures, je me dirigeai vers notre salle de répétition. Le temps était chaud et beau, c'était une superbe journée qui commençait.

Tout ce qui s'était passé la veille avait été accepté. Je savais au plus profond de moi qui j'étais et ce que je voulais. Aujourd'hui, je commençais à vivre.

Je poussais la porte de la salle et entrai à l'intérieur. Depuis que j'étais mon parti de chez moi, je m'étais mis à sonder le regard de tous ceux que je voyais pour espérer trouver celui qui m'était destiné.

Sho était déjà là, ainsi que Jun et Ohno. En leur souhaitant le bonjour, je scrutai leurs pupilles, mais je n'y vis absolument rien. Un peu déçu, je me dirigeai vers l'une des tables de la salle et y posai mon sac. Je sentis alors sur moi le regard de mes camarades. Tous m'observaient en silence avec étonnement.

Moi : Qu'est-ce qu'il y a ?

Mon coeur se mit à battre plus vite et plus fort. Bien que je me sois enfin accepté, je ne voulais pas que les autres le sachent. Je redoutais leur regard et leurs opinions.

Ohno : Tu semble changé. Il s'est passé quelque chose ?

Sho : MatsuJun nous a dit que t'étais avec une fille hier soir.

Moi : N'importe quoi !

Je m'étais brusquement mit à rougir, ce qui rendait la chose encore plus suspecte. Les joues en feu, je baissai les yeux, ne voulant pas prendre le risque qu'ils ne découvrent tout en les sondant.

Jun : Alors notre Aibaka aurait tout bêtement trouvé l'amour ?* =D

Moi : Mais non !

Sho : Alors il s'est passé quoi ?

Ohno : C'est la première fois qu'on te voit changer autant depuis qu'on se connait, alors on est un peu curieux...

[* Jeu de mots sur Aibaka = ai/baka : ai = amour et baka = bête = bêtement.]

Ils se rapprochèrent tous de moi, me pressant de tout raconter. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas que ça se sache, je venais à peine d'admettre qui j'étais...

Soudain, Nino arriva. Il paraissait serein, heureux, normal. Je retrouvais le Nino des années précédentes. Il scruta la salle puis les membres du groupe, et nos regards se croisèrent. Soudain, des images de la veille apparurent devant mes yeux. Je vis Nino qui m'embrassait. Nino qui pleurait. Nino et moi dans un échange passionné. Cette hallucination eu pour conséquence de me faire encore plus rougir, et d'accélérer le rythme déjà soutenu de mon coeur et de ma respiration. Une bouffée de chaleur monta en moi, me donnant le tournis. Paniqué, tremblant, et les yeux écarquillés, je me précipitai vers la porte de la salle que Nino s'apprêtait à fermer, alors que le reste du groupe se tournait vers moi.

Jun : Aiba-chan ?

Je claquai la porte derrière moi, ce qui fit vibrer les fenêtres du couloir, et partis en courant vers les toilettes de l'étage. Je sentais d'autres larmes monter jusqu'à mes yeux, alors que mes jambes devenaient de plus en plus faibles et chancelantes. Alors que je m'apprêtai à tourner à l'angle d'un mur, elles se dérobèrent sous mon corps, et je tombai, telle une marionnette, sur le sol froid de l'agence. La chute causa le départ de mes larmes qui tombèrent en un épais rideau salé sur mes poings crispés sur le sol. Derrière moi, j'entendis une porte s'ouvrir. Il était temps que je disparaisse de ce couloir trop éclairé. Je me levai subitement, ignorant mes jambes fragiles, et reprit ma course vers les toilettes, où je serai seul. Je failli glisser sur la marre que mes yeux avaient libérés, et me rattrapai sur le mur blanc à côté de moi avant de filer. Mes cheveux restaient collés sur mes joues ruisselantes et mes yeux me brûlaient affreusement.

Enfin je vis mon échappatoire. J'ouvris la porte à la volée et pénétrai dans ce lieu tranquille où je serai à l'abri des regards indiscrets. Par chance, l'endroit était désert.

Je me dirigeai vers l'un des lavabos, et m'y appuyai, tout en me dévisageant dans le miroir. J'avais une tête horrible. Mes yeux étaient rouges et bouffis, la peau luisante à cause des larmes qui commençaient à se faire plus rares, les cheveux collés sur mon visage déformé, mes lèvres retroussées en une grimace amère. J'étais déplaisant. Mais ce n'étais pas le plus important.

Pourquoi avais-je pleuré ? Je n'avais vu que Nino, et quelques hallucinations basées sur des faits réels, alors pourquoi ? Que se passait-il au fond de moi ? Que voulait me faire comprendre mon coeur ? Que j'aimais Nino ? Alors pourquoi avais-je pleuré ? Que c'était quelqu'un d'autre ? Dans ce cas, pourquoi battait-il la chamade ? Je ne comprenais pas. Je ne comprenais rien. Encore une fois, j'étais perdu. Je pensais avoir résolu tous mes problèmes, mais j'avais tort. Ils ne faisaient que commencer.

Que se passait-il dans cette foutue salle de répétition ? Nino était-il en train de raconter à tout le monde ce qui m'arrivait ? Ou mentait-il pour me protéger ? A quoi pouvaient bien penser les autres, après m'avoir vu fuir ainsi ?

Je sursautai. Quelqu'un venait de frapper à la porte. De nouveau paniqué, je cherchai des yeux un endroit pour me cacher. Oh, et puis à quoi bon ? Une personne qui frappe à la porte des toilettes sait forcément qu'une autre est à l'intérieur. C'était un membre du groupe. Nino peut-être. Oui, sûrement. Il venait me raconter ce qu'il avait expliqué aux autres.

La porte s'ouvrit doucement, en grinçant légèrement, et quelqu'un entra.

C'était Sho.

Il referma la porte et s'approcha de moi, un air inquiet sur le visage. Il parcouru le mien des yeux, remarquant l'horreur que j'avais vu quelques minutes plus tôt. Il déglutit et soupira lentement.

Sho : Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Le feu de mes joues se ralluma. Je ne voulais pas en parler. Je déviai mon regard vers une dalle fissurée du carrelage, et ignorai sa question.

Sho : Aiba-kun, je sais qu'il se passe quelque chose. Rien ne changera si tu n'en parle pas.

Moi : Tu sais de quoi il s'agit ?

J'avais répondu avec un ton dur, presque énervé, alors que rien ne méritait cette colère. Mes tremblements reprirent brusquement, ainsi que les battements désespérés de mon coeur. Sho ne répondit pas à ma question, mais s'adossa contre le mur froid de la pièce.

Sho : Pourquoi est-ce que tu es parti quand Nino est arrivé ? Il s'est passé quelque chose ?

Moi : Il ne vous a rien dit ?

Sho : Non, pourquoi ?

Moi : Je pensais que vous lui poseriez des questions, en fait.

Sho : Ah si, il ne nous a dit qu'une seule chose.

Je me retournai vivement vers lui, la panique revenant une fois de plus. Mes mains devinrent moites et ma respiration hésitante. Pourvu... Pourvu qu'il ne leur ai pas dit... Les dents serrées au point de les casser, je saisis le bras de mon camarade.

Moi : Qu'est-ce qu'il vous a dit ?

J'étais désespéré. Cette histoire allait finir par m'anéantir. Complètement.