Chapitre 9

Sho : Je te promets une soirée inoubliable.

Étrangement, mon coeur se mit à battre plus fort. Je n'étais toujours pas habitué à ses sautes d'humeur, et je me laissais surprendre à chaque fois.

Nous chantâmes en dansâmes encore, et je commençais à regretter que Nino et les autres ne soient pas là, avec nous. Après nous être bien défoulés, il jeta la bouteille de champagne vide à la poubelle.

Sho : J'ai commandé un repas chez le traiteur pour ce soir. Il ne devrait plus tarder.

Moi : C'est dommage de commander alors que c'est mon anniversaire... :'(

Sho : Bah, j'allais pas squatter ta cuisine...

Moi : Tu squattes déjà mon salon, alors...

Nous échangeâmes un sourire complice puis il regarda sa montre et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit.

Moi : Comment tu sais qu'il est déjà là ?

Sho : Il est très ponctuel.

Il jeta un coup d'œil à l'extérieur plongé ans le noir puis fit un signe de la main à quelqu'un avant de sortir sur le pallier. Quelques instants plus tard, je perçus un discret « Merci Riida ». Tout devint encore plus clair pour moi en cet instant. Tout le groupe était au courant que je passais la soirée de mon ''anniversaire'' avec Sho. Enfin... je supposais que c'était le cas. Sho était effrayant de génie. Réussir à monter un plan aussi complexe... Il était vraiment exceptionnel.

Sho revint ensuite à l'intérieur avec des plats qui dégageaient de très agréables odeurs de gyozas, soupe miso, et okonomiyakis encore chauds. Il déposa le tout sur la table basse, ouvrit un petit sac allongé qui contenait deux paires de baguettes et m'en tendit une.

Moi : Tu peux m'expliquer comment tout ça est encore chaud alors qu'Ohno habite quasiment de l'autre côté de la ville ?

Sho : Il s'est incrusté chez Jun. Mais c'est moi qui ai préparé tout ça, ils n'ont fait que les cuire.

Moi : T'es complètement fou...

Sho : Je sais.

Nous commençâmes alors à manger. Ses gyozas étaient sûrement les meilleurs que j'ai pu manger de toute ma vie. L'okonomiyaki était aussi très savoureux, et parfaitement cuit. Ne parlons pas de la soupe miso qui était d'une légèreté déconcertante. Les plats se retrouvèrent vides avant que j'ai eu le temps de me rendre compte que j'en avais au moins avalé la moitié.

Repus, je me laissai aller contre le dossier du canapé, non sans avoir félicité Sho pour ses talents culinaires. Il me sourit en retour, amenant la vaisselle sale dans la cuisine. Je commençais à être un peu fatigué, après avoir autant gesticulé plus tôt dans la soirée. Après avoir tout nettoyé, Sho revint vers moi, les mains cachées derrière son dos, un regard malicieux sur le visage.

Sho : J'ai un cadeau pour toi.

Moi : Fallait pas... C'est même pas mon véritable anniversaire...

Sho : Ferme les yeux et pose une main sur tes genoux, paume en l'air.

Déconcerté, j'obéis. La musique des NEWS, Dancin' in the Secret, battait si fort à mes oreilles que je n'entendis absolument rien de ce qu'il préparait. Il me fit pivoter vers le côté du canapé sur lequel il se trouvait et saisit ma main ouverte avec délicatesse pour la poser sur... quelque chose de chaud et doux. Je tâtai, du bout des doigts, pour deviner de quoi il s'agissait. Une idée me traversa l'esprit, mais ça ne pouvait être ça. Il lâcha ensuite ma main et attendit.

Ce que j'avais sous les doigts semblait avoir une forme connue. Mais je ne trouvais pas. Ou peut-être ne voulais-je pas trouver ? Je ne savais pas. J'avais encore trop de réactions incertaines. A un endroit, je sentis une sorte de fossé qui se profilait à quelques centimètres du sommet de la chose. Le relief qui suivait était dur et solide. Je continuai de faire glisser mes doigts sur ce doux velours et arrivait à une étendue plane. Je sentis de petits élancements taper contre ma paume. Mon coeur partir brutalement dans une course folle. Ce rythme sous mes doigts venait de réveiller mes sens. Je ne savais pas ce que c'était, mais c'était plaisant à toucher. C'était doux, chaud, à la fois solide et fragile. Et c'était vivant.

J'ouvris brusquement les yeux, sentant la chaleur de mon coeur affolé monter jusqu'à mes joues, et je le vis.

Mes yeux s'ouvrirent tels deux soucoupes. Je ne voulais pas le croire. Je devais être en train d'halluciner. J'avais la main posée sur le torse musclé de Sho, qui me souriait son contentement. Je retirai vivement mes doigts et détournai les yeux de son visage.

Moi : Qu'est-ce que tu fous torse nu ? Rhabille-toi !

Sho : C'est exactement la réaction que j'attendais.

Moi : Eh ?

Je me tournai de nouveau vers lui, incertain. Il posa son t-shirt sur la table basse avec une expression insondable.

Sho : Tu réagis comme ça pour te protéger, n'est-ce pas ?

Moi : Bien sûr que non, c'est parce que-

Sho : Arrête de te voiler la face. Accepte ce que tu es et ce que tu ressens.

Moi : Alors pourquoi tu fais ça ? Tu me teste encore une fois ?

Sho : Non. Je suis ton cadeau. Fais de moi ce que tu veux.

Moi : Te force pas à faire ça pour moi. Tu n'y gagneras rien.

Après mes mots, son regard s'assombrit soudainement, et devint aussi noir que celui d'un meurtrier. Son sourire avait disparu, et il fronçait les sourcils avec colère. Avec un geste brusque, il me saisit le bras et me tira vers lui. Je me débattis, essayant d'échapper à sa poigne de fer qui me torturait le poignet. Je tirai, pour me dégager, mais il résista, ne voulant pas lâcher prise.

Moi : Sho ! Lâche moi !

Je voulais me dégager, fuir ce monstre qui avait joué avec mes sentiments.

J'avais de nouveau peur.

Alors qu'il me tirait de nouveau vers lui, je brandis mon autre main pour l'arrêter. Elle se posa sur son torse, à l'emplacement de son coeur. Sous mes doigts tremblants, je sentis de vifs et puissants battements de coeur.

Se pouvait-il que je sois complètement à côté de la plaque ?

J'eus une seconde d'hésitation, et Sho en profita pour amplifier son geste. Je glissai vers lui, le coeur battant, une bouffée d'angoisse montant en moi.

Je le percutai. Nos cœurs rentrèrent en contact. Ainsi que nos lèvres.

Les siennes étaient douces, fortes, et perverses. Je sentis mon esprit basculer, et je m'attendis à ce que ma raison s'envole. Mais elle resta là, bien ancrée, et c'est de ma propre volonté que mes mains se posèrent sur le dos nu de celui qui avait réussi à réveiller mon coeur. Ses paupières étaient fermées, et ceci fit naître en moi en sentiment de frustration. Je voulais voir ses yeux. Je voulais voir s'ils étaient ceux de mes rêves. Son nez effleura le mien, ce qui créa, par ce contact anodin, une décharge électrique qui fit battre mon coeur encore plus fort. Ses battements étaient de plus en plus puissants, élançant à chaque fois des frissons à la surface de ma peau. C'est alors que je compris toute la différence entre ces deux journées. Nino était amoureux. Mais Sho était bien plus que ça. Sho était passionné. Ses sentiments étaient si forts qu'ils réussirent à me traverser de part en part.

D'un coup de mâchoire expert, il ouvrit nos lèvres et laissa sa langue rencontrer la mienne, encore timide. Il vint vers moi, comme s'il voulait réduire toujours plus de distance entre nous, et je tombai en arrière, me retrouvant allongé sur le canapé, Sho au-dessus de moi, ses mains de part et d'autre de mon visage flamboyant. Ses lèvres quittèrent les miennes qui cherchaient à en avoir un peu plus, et il reprit son souffle. Ses paupières se soulevèrent avec un mouvement gracieux, laissant sortir l'étincelle de ses pupilles, cette flammèche que j'aimais tellement. Mais son regard avait quelque chose de différent par rapport à d'habitude. Il était pétillant, surprenant, et extrêmement aimant. Sho m'aimait. C'était pourquoi il avait monté ce plan. C'était pourquoi il avait aidé Nino à se rapprocher de moi. C'était pour mieux me séduire par la suite. Il avait été brillant, très intelligent. Son plan avait presque fonctionné comme il l'avait souhaité.

Oui, presque.

Reprenant son souffle, Sho m'adressa un sourire éblouissant. Il était heureux.

Sho : Je t'aime tellement, Masaki.