Merci, merci à LAurore, Sweetylove30, filament-de-lune, Vivi81 et janeandteresa. Vos retours positifs me motivent.
Comme vous pouvez voir, le rythme est différent des autres "longues" histoires... J'essaie autre chose que interrogatoire, interrogatoire, interrogatoire, boum on attrape le méchant...
J'espère ne pas vous décevoir :)
Enjoy!
Cho, Rigsby, Jane et Lisbon étaient penchés sur l'horrible découverte.
- Et dire que je me suis toujours demandé pourquoi je détestais les « yeux de Pâques »… souffla Rigsby par pur geste défensif.
- C'est ton anniversaire ? Demanda Jane à Lisbon avec une petite moue.
Lisbon lui fit un sourire forcé, elle avait pris un stylo pour rabattre les volants de la boite. Sur la petite étiquette d'envoi juste le nom. Pas d'adresse.
- Avida Dollars… Drôle de nom…
- Dali, fit Cho.
- Quoi ? Reprit Rigsby.
- Avida Dollars… C'est l'anagramme de Salvador Dali. Il l'avait reçu des surréalistes…
- Tu crois qu'on a affaire à un rigolo ? Fit Rigsby.
- Parlez pour vous… coupa Lisbon. C'est moi qui suis sur la photo, quand même… c'est pris d'en face de chez moi, depuis la rue… Et « Be my Baby »… Vous croyez que c'est une référence à la chanson des Ronettes ?...
- Il faut croire que tu as un autre fan… Essaya de plaisanter Jane.
- Ben je m'en passerais bien… Un seul ça me suffit. Répondit Lisbon, une sorte de grimace plaquée sur son visage. Bon, prévenez le labo… on leur envoi le tout pour les analyses… empreintes et tout le tintouin…
Jane regardait à tour de rôle Lisbon, Cho et Rigsby parler comme s'ils prenaient le thé, en professionnels.
- Euhhh… Vous ne semblez pas perturbés par les yeux… Dit-il en agitant la main au dessus de la boite. Je… enfin, je veux dire… c'est normal, çà ? Que vous ne soyez pas gênés par ces trucs dans la boite ?
Lisbon avait griffonné le nom de l'expéditeur, de même que le code d'enregistrement et le centre d'où était parti le paquet puis avait confié la boite à Cho qui avait entre temps dégoté des gants en plastiques.
- Portez çà au labo… Prenez Patrick avec vous… Je vais voir Hightower…
- D'acc' patron… dit Cho…
Rigsby était allé appeler un certain Jarvis, « rat de laboratoire » autoproclamé.
Personne n'avait prit la peine de répondre à Jane. Tous étaient sortis pour vaquer à leurs occupations. Il restait, seul, debout au milieu du bureau de Lisbon.
- Eh ! Je vous parle !... Fils du vent… Voilà comment je devrais m'appeler… marmonna-t-il pour lui-même. Oh, Cho ! Attendez-moi… et je les trouve où les gants en plastique ?
Il partit à grands pas sur les talons de l'agent du CBI.
Ca n'arrivait pas souvent mais, là, il était la traîne.
.
Lisbon alla frapper à la porte de Hightower. Les stores étaient baissés. Etrange. Pas dans ses habitudes.
Un rire fusa à l'intérieur du bureau et la voix de sa supérieur annonça « entrez » comme dans un gloussement. Bonnefeuille et elle étaient sur le canapé, lui assis les mains posés sur les genoux et elle, à l'autre bout du sofa, de trois-quarts, déchaussée, une jambe sous l'autre.
- Madame, je souhaiterais… commença Lisbon.
Hightower se leva, se rechaussant au passage et essayant vainement de reprendre son sérieux. Elle fit un geste vers Lisbon. Elle comprit qu'elle lui demandait de s'approcher.
- Agent Lisbon… Je vous présente l'agent qui sera chargé d'enquêter sur la « mésaventure » de l'agent Van Pelt… David Bonnefeuille…
L'agent de l'IGS s'était levé et avait tendu la main à Lisbon. Elle l'avait prise mollement. Courtoisie mais pas complicité, voilà ce que cela signifiait. Lisbon se tourna vers sa supérieur.
- Madame, je dois vous informer que…
- Agent Lisbon, coupa Hightower, j'ai assuré l'agent Bonnefeuille de votre entière collaboration dans son enquête. Il souhaite s'entretenir dans un premier temps avec vous pour faire un bilan sur Van Pelt…
Lisbon avait sourit bêtement à Bonnefeuille en acquiesçant. Il vaut mieux, dans tous les cas, qu'il te sous-estime, pensa-t-elle.
- Madame… je suis désolée de devoir vous interrompre dans votre entretien avec l'agent de l'IGS mais…
Hightower avait bien saisi l'ironie de la remarque, sa bonne humeur disparut plus vite qu'il n'aurait fallu à Lisbon pour dire « bacon-burger ». Ses yeux étaient tout à coup devenus d'un noir profond et métallique, des yeux de requins, vide de vie. Lisbon sentit un vent glacé dans son dos.
- … mais nous venons de recevoir un colis plus qu'étrange…
Bonnefeuille, après avoir posé sa main sur l'épaule de Higtower pour lui signifier son départ, se dirigea vers la sortie.
- Les affaires reprennent à ce que je vois… Je vous laisse… Agent Lisbon… je passerai en fin d'après-midi… vers 17h00…
- Je ne pense pas être à mon bureau à cette heure-ci… Désolée… une nouvelle enquête… En revanche demain mat…
A ces mots, Bonnefeuille s'arrêta dans l'encadrement de la porte. Il ne prit même pas la peine de se retourner pour parler face à face à Lisbon.
- Ce n'était pas une demande de rendez-vous… Je passerai aujourd'hui en fin d'après-midi, vers 17h00, pour faire un point sur l'agent Van Pelt… En l'absence d'information de votre part, mon avis objectif, équilibré et complet sur l'agent Van Pelt dans cette affaire risque d'être… comment dire ?... incomplet.
Lisbon serra un poing et ravala sa rage. Prenez n'importe quelle tête de nœud de l'IGS… ils se ressembleront tous, jeunes et vieux, du même acabit, pensa-t-elle. Elle baissa la tête et respira doucement par le nez…
- 17h00, vous dites ? Je serai à mon bureau… monsieur.
Elle ne put voir le sourire qui traversa le visage de Bonnefeuille sans quoi elle lui aurait sans doute fait avaler sa cravate. D'une démarche assurée et coulante, il quitta la pièce en direction de la cuisine pour aller se faire un café.
Il était Dieu. Et on le détestait pour cela. Il adorait.
- Quelle bande de beaux connards…
Lisbon n'avait pu réprimer sa remarque. Elle avait ouvert la bouche et c'était sorti : « connards » avait claqué doucement mais clairement, assez pour que Hightower l'entende en tous cas. Lorsqu'elle croisa son regard sévère, Lisbon se dit que tourner sept fois la langue dans sa bouche n'aurait de toute façon pas été suffisant.
- Bien… C'est quoi cette histoire ? Demanda Hightower en allant se rasseoir à son bureau.
Lisbon fit un rapide résumé.
- Et ? Conclut Hightower.
- Et rien de plus… le paquet vient d'arriver… et voilà…
- Hmm, fit la supérieure avec un air absent… et c'est tout ?
- Disons que je pensais, Madame, que vous seriez intéressée par le fait qu'un de vos agents soit la cible d'un stalker…
- Qu'en pensez-vous, agent Lisbon ? Ca pourrait être une blague ? Jane, par exemple ? C'est sérieux tout çà ?
- Oh… Parce que c'est moi qui suis visée, vous voulez dire ?… hum… laissez-moi réfléchir… Non, après tout, vous avez sans doute raison… Cela doit être une plaisanterie… -Lisbon fit une pause- … Enfin, peut-être pas pour celui ou celle à qui appartenait les yeux qu'on nous a envoyé…
Hightower avait à nouveau posé sur Lisbon ses yeux noirs. Des yeux d'institutrice qui disaient, « vous allez un peu loin, jeune fille ». Lisbon soutint pour une fois le regard de sa supérieur. Cela ne l'amusait pas de savoir que, peut-être, là dehors, quelqu'un avait dans son sous-sol un mur tapissé de photos d'elle… encore un stéréotype véhiculé par la télévision, elle se laissait influencer… Les vrais salauds, les détraqués, les fracassés de la cafetière n'étaient pas comme cela, ils étaient beaucoup plus discrets… Et allez savoir ce que ces cinglés faisaient la nuit tombée ? Enfin… Elle, elle le savait très bien… Son boulot, c'était justement d'arriver perpétuellement trop tard… Quant à Jane, il avait parfois un sens de l'humour tordu mais il connaissait les limites du bon goût.
- Vous pouvez disposer, agent Lisbon… Bien que cela ne soit pas orthodoxe - après tout, vous êtes la « victime » ici-, je vous laisse sur l'enquête…
- Merci, Madame, fit, sarcastique, Lisbon...
La victime mon cul, pensa-t-elle.
- Et Lisbon… Je peux comprendre que l'IGS dans nos locaux ne vous ravisse pas, que le fait que votre équipe soit amputée d'un de ses membres vous handicape dans cette affaire… Mais nous ne sommes plus à l'école où vous pouvez bouder au milieu de la cour… Dès lors, je vous prierai de changer de ton avec moi… jusqu'à preuve du contraire, je suis encore votre supérieur hiérarchique.
Avec le temps Lisbon avait appris à reconnaître quand Hightower se contentait de faire son boulot de chef et quand est-ce qu'elle était piquée au vif.
A ce moment-là, Hightower était mega-fumasse.
Lisbon se contenta d'un hochement de tête avant de sortir.
Il y a des journées comme çà. Des journées de merde.
.
Le « labo », comme tous les agents l'appelaient se trouvait en dehors du quartier général du CBI.
Lors de la conception des locaux, on n'avait pas imaginé combien la science allait prendre de l'importance… et de l'ampleur. Entre la morgue, les chambres d'autopsie, les serveurs informatiques, les machines qui faisaient Dieu sait quoi et l'administration, il avait fallu déplacer le « labo » à quelques kilomètres des bureaux.
Une balade s'imposait lorsqu'il fallait porter des indices ou aller chercher des rapports. Une navette existait bien, mais souvent, il était plus rapide pour un agent de faire le déplacement que d'attendre que les résultats ne viennent d'eux-mêmes.
Cho conduisait précautionneusement. L'heure du déjeuner était le meilleur moment pour se faire emboutir : les gens pressés de faire leur course pendant leur pose, grillaient allègrement les stops et les feux rouge… et ne parlons même pas de la priorité à droite. A croire que leurs parents leur avaient appris que c'était un gros mot.
Il regardait la voiture devant lui, avec les yeux dans le vague.
- Patrick ? Dit-il
- Kimball… Cho… répondit Jane.
L'agent du CBI se tourna une seconde vers le consultant. Cela lui faisait toujours bizarre qu'on l'appelle par son prénom. A part des gens très proches, il avait apprit à répondre à « Cho » plutôt qu'à « Kimball ». Même ses amis avaient pris l'habitude de l'appeler par son nom de famille… Bizarre comme ça tourne.
De même, il avait toujours appelé Jane, « Jane ». Ils se vouvoyaient depuis le début et ils n'avaient jamais trouvé à redire malgré tout ce qu'ils avaient vécu au sein du CBI… « Patrick », dans sa bouche, avait finalement sonné faux. C'était comme s'adresser à un étranger.
- On se connait bien, non ?
- Pas mal, Cho… Pas mal…
- On se fait confiance…
- A vous de me le dire… Attention là, le dingue en Lexus… fit Jane en montrant une voiture qui changeait de voie sans clignotant. Cho freina légèrement et fit un appel de phares.
- Je dirais que oui… Je peux vous dire quelque chose ? J'en ai parlé à personne encore, et…
- …Vous sortez à nouveau avec quelqu'un ?
Cho ne retint pas son rire.
Sidney et lui avaient rompus il y avait quatre mois. Elle partait « vivre pleinement sa carrière » dans une maison d'édition à New-York. Ils s'étaient quittés bons amis. Toute l'équipe l'avait plus ou moins connue. Ils avaient même été invités à une soirée chez cette fille. Mais depuis la séparation, rien. Cho, déjà discret, était célibataire, célibattant.
- On peut rien vous cacher, hein ?
- Je n'ai pas beaucoup de mérite… quand vous quittez le bureau à 19h00 comme un voleur et que vous sifflotez « Knock on wood » de bon matin… Cho… Pour vous, de la soul, c'est assez inhabituel pour être remarqué… Il ne faut pas être medium… Et comment s'appelle l'heureuse élue ?
- Rita… Rita Hernandez…
- Et elle fait quoi dans la vie ?
- Elle est avocate…
- Aïe ! Gaffe à vos fesses, Cho… On ne rigole pas avec les avocats…
Ils rirent tous les deux alors que Cho enclenchait le clignotant pour tourner à droite dans la cour du « labo ».
- Je ne rigole pas, Jane… C'est du sérieux…
- Alors, je vous souhaite le meilleur…
- Merci… Vous avez déjà ressenti ce truc où la personne, en face, vous complète tellement que vous vous sentez enfin entier ?
- Oui… Rarement mais j'ai eu la chance d'avoir ressenti çà deux fois dans ma vie, fit Jane tout à coup rêveur.
Cho gara la voiture et ils entrèrent au « labo », en demandant au garde de les annoncer à « Jarvis le Rat ».
