Merci LAurore, Sweetylove30, janeandteresa et Vivi81 pour votre soutien!

J'espère que vous aimerez la suite...

Je prends mon temps... je sais, je sais... Comme je disais, j'essaie quelque chose de différent... Meuuhahahaha!

Enjoy!


Cho et Jane avaient pris l'ascenseur qui descendait au plus profond du ventre de l'immeuble.

Lorsque les agents se déplaçaient jusqu'au labo pour y déposer des indices à analyser, ils se contentaient habituellement, et suivant une procédure bien établie, de déposer leur colis dans un bureau au rez-de-chaussée auprès d'une sorte d'huissier qui se chargeait ensuite de faire parvenir le tout aux experts.

Mais aujourd'hui n'était pas un jour habituel : c'était Lisbon qui était visée cette fois-ci.

En sortant de l'ascenseur, Cho et Jane prirent à droite et suivirent un long couloir terne et humide illuminé par des tubes fluorescents crachant une lumière blanche et froide qui jetait des ombres maladives sur les visages. Ce n'était clairement pas la définition d'un endroit cosy où inviter vos amis à prendre un dernier verre. Il suffisait d'être descendu une fois pour comprendre pourquoi les agents évitaient l'endroit comme la peste, ravis de laisser leurs indices à un tiers.

- Je m'y ferais jamais… cet endroit me fout les boules à chaque fois… souffla Cho à l'adresse de Jane.

- C'est sûr que j'ai vu plus accueillant…

Arrivés au bout du couloir, ils se trouvèrent devant une porte en verre dépoli derrière laquelle on devinait des lueurs bleues, rouges et vertes. Ils frappèrent et un vague et lointain « entrez » leur parvint. Ils poussèrent la porte et une fraîcheur frigorifique les prirent à la gorge.

Ils entrèrent dans une petite pièce où plusieurs machines tournaient de concert. Un ballet de loupiotes offrait un spectacle assez étrange, entre le happening technologique et la menace à la Big Brother. Quelques microscopes, cependant, rassuraient par leur présence familière. Le silence était écrasant.

- Eh oh ! Jarvis ?

Une voix leur parvint d'une porte sur leur gauche entre deux tintements métalliques.

- Ouai ! Cho ! Chuis là !

Ils traversèrent la pièce pour entrer dans un vaste local qui abritait une morgue et plusieurs tables d'autopsie en inox, toutes de formes différentes.

Jane eut la détestable sensation de sentir le « propre » pire, de se retrouver, en fait, dans un lieu sans odeur, sans caractère, où tout était récuré et gratté avec application. La même sensation à chaque fois, immuable comme la mort qui la provoquait.

Certaines des tables ressemblaient à un simple établi avec quatre pieds et un plateau au-dessus duquel des lattes métalliques surélèveraient le corps à étudier d'une vingtaine de centimètres pour que les fluides s'évacuent. D'autres, au contraire, étaient composé d'un pied central sur lequel un plateau plein accueillerait la victime pour un dernier lifting avant de la rendre, présentable, aux pompes funèbres.

Jarvis était attablé à l'une d'elles, une série de scalpels, des tubes à essai et des pipettes rangés en ordre devant lui.

« Jarvis le Rat », comme on l'appelait - et comme il s'appelait lui-même -, n'avait plus d'âge depuis belle lurette comme si le fait de vivre au milieu de la mort avait conjuré la prise du temps sur lui. Il était grand et dégingandé, avec une petite tête en forme d'épingle. Une touffe de cheveux bruns trônaient, hirsute, sur le haut du crâne et était la seule marque du passage des années : la calvitie gagnait peu à peu du terrain et rassurait le commun des mortels face à cette espèce de Dorian Gray moderne. Ses yeux fouillaient en permanence l'espace autour de lui laissant supposer une certaine forme d'hyperactivité ou une quelconque déficience de la vue. Personne ne lui connaissait de vie en dehors de sa morgue, pas même un appartement ou un studio où il vivrait. Certains supposaient même qu'il se servait d'un des tiroirs où l'on gardait les cadavres comme d'un lit. Pur fantasme bien sûr car le mec était adorable, serviable et grand amateur de bowling. Juste victime de son métier, si l'on peut dire.

- Eh ! Salut les gars ! Qu'est-ce que vous m'apportez ?

Cho tendit un sac en plastique dans lequel se trouvait l'ensemble du carton et des pièces qu'il contenait, expliquant brièvement de quoi il retournait.

Jarvis regarda le tout et le mit de côté sur sa table.

- Je m'en occupe en priorité… J'espère que cela va bien aller pour l'agent Lisbon… je l'aime bien, vous savez… Veillez sur elle, hein… Au fait, j'ai appris pour Van Pelt, aussi… c'est moche… vous lui passez mon bonjour et souhaitez-lui bon courge de ma part…

Autant de bonnes vibrations dans ce lieu avait un côté incongru et dérangeant à la fois mais partait d'un bon sentiment.

Maintenant qu'ils avaient fait ce qu'ils avaient à faire, Cho et Jane restèrent un peu bête devant Jarvis qui n'avait pas bougé de sa table impeccablement propre. Ce fut lui qui brisa le silence.

- Vous avez déjeuné ? Je m'apprêtais à le faire… si vous voulez, ce sera un plaisir de partager ma pitance avec vous… entre-nous… je reçois rarement la visite de gens aussi en forme…

Il rit de sa plaisanterie et, sans laisser le temps à Cho ou Jane de répondre, se leva immédiatement pour aller ouvrir la porte d'un des frigos mortuaires derrière lui. Il tira la rampe qui accueillait les corps pour aller y pêcher du pain de mie, du jambon, de la salade ainsi qu'une tomate.

- Ca va aller merci, Jarvis… Fit Cho.

- Allons, allons… une petite collation ne vous fera pas de mal…

Jarvis déposa tout sur la table et saisit le scalpel pour découper la tomate en tranches.

- J'ai petit-déjeuner tard, avança Jane… Désolé Jarvis…

- Dommage, hein… Et désignant les tubes à essais devant lui, il continua. Pourtant, j'ai tout ce qu'il faut : mayo, ketchup, sauce cocktail… dommage… vous prendrez peut-être un truc à boire ?

Jarvis regarda autour de lui comme s'il découvrait les lieux pour la première fois.

- Hum, fit-il… en fait, j'ai que de l'eau…

Il prit un broc à ses pieds, se leva à moitié puis, dépliant son bras tel une mante religieuse, se saisit de la douchette de la table d'autopsie voisine et, engageant le mécanisme, le remplit.

Cho et Jane firent un pas en arrière en faisant un signe à Jarvis.

- Ok, Jarv', fit Cho… On vous laisse, on doit y aller…

Le scientifique avait commencé à construire son sandwich consciencieusement directement sur la table en inox. Sans lever la tête, un petit bout de langue sorti sur le côté droit de la bouche, Jarvis les salua.

- Dakodak' les gars… toujours un plaisir… je mets les analyses en top priorité

Cho et Jane retraversèrent la pièce qui ressemblait au Studio 54 puis se retrouvèrent dans le couloir blanchâtre.

- Sympa mais toujours aussi bizarroïde… 'trouvez pas Jane ?

- Je le trouve touchant dans son genre, répondit Jane. Et maintenant ?

- On retourne au CBI… Cho regarda sa montre et fit une drôle de tête… Mais j'aurai un petit crochet à faire… Vous me couvrez ?

- Comme s'il fallait demander! Fit, gourmand, Jane.

Il pensa avec un plaisir enfantin que c'était là les meilleurs moments, lorsqu'on violait les règles du CBI. Et ce qui donnait encore plus de saveur : que ce soit Cho qui le fasse… Il aimait de plus en plus ce mec.

Et ils remontèrent le couloir en direction de l'ascenseur.

.

Rigsby se gara devant la petite agence UPS au croisement de la 8ème et de la Rue S.

Le bâtiment de plein pied avait une grande vitrine sur laquelle était peinte l'enseigne de l'entreprise. On pouvait voir à travers l'agitation des employés qui prenaient en charge les divers envois qui, pour certains, devraient être livrés à l'autre bout du pays d'ici 24h00… En tout cas c'est ce que la publicité promettait au consommateur.

Lisbon et Rigsby entrèrent et s'approchèrent du premier comptoir libre qu'ils trouvèrent.

Ils sortirent leur plaque qu'ils montrèrent machinalement comme ils le faisaient habituellement.

- CBI, fit Lisbon à l'homme qui était assis à son ordinateur.

Il leva les yeux et sourit. Sourire commercial. C'était un jeune homme un peu grassouillet qui portait le bouc sur des joues mal rasée. Une visière translucide rouge lui tenait lieu de couvre-chef. Quelques gouttes de sueur dégoulinaient le long de son cou. Le début d'après-midi était chaud et l'entreprise avait, semble-t-il, décidé de faire des économies sur la climatisation.

Lisbon sortit son petit papier et le tendit au jeune homme.

- Nous aurions besoin de connaître l'adresse qui correspond à ce client…

Les yeux du jeune homme s'éclaircirent d'excitation.

- Wouah… une enquête officielle ! Vous coursez un tueur en série ? Un dangereux terroriste ?

Rigsby se pencha par-dessus le comptoir.

- Ecoute, Tommy boy, tu peux nous donner les infos qu'on recherche s'te plaît ? Les tueurs en série n'attendent pas…

- Ok, m'sieur l'agent… un instant… Au fait, moi, c'est Danny…

- D'accord, Danny boy…

Rigsby regarda Lisbon qui roula des yeux façon « Ah là là, ces geeks… ».

Danny décrocha son téléphone et composa un numéro. Un certain « Monsieur Francky » répondit à l'autre bout du fil. Il apparut comme par enchantement pour donner son accord après avoir étudié les plaques des agents du CBI et disparut comme Nosferatu dans la nuit.

Danny s'était mis à son ordinateur et tapait le code du colis donné par Lisbon. Il fixait l'écran où défilaient les informations, il entra F5, passa deux pages puis entra ALT-D et F8.

- Là… Monsieur Avida Dollars… Il a déposé le paquet… hier… instruction de le livrer impérativement ce matin à l'agent Lisbon.

Il jeta un regard à la brunette à qui il sourit en haussant des sourcils.

- Une adresse ? Fit-elle.

- 45 Parkwood Drive, Arden-Arcade... Et ben!

- Quoi? Demanda Rigsby.

- C'est pas la porte à côté, Arden-Arcade… enfin, je veux dire… on a plusieurs branches entre ici et là-bas… Et l'adresse de livraison… euuuhh… Criminal Bureau of Investigation… enfin, on est pas voisins, quoi…

Les deux agents se regardèrent : les enquêtes ne sont jamais simples mais plutôt comme peindre les murs d'une chambre, on doit rarement se contenter d'une seul couche…

Lisbon enregistra l'information.

- Dites-moi Danny ? D'autres renseignements sur ce M. Dollars ?

Danny regarda de plus près son écran, il avait commencé à siffloter le thème de la série Star Trek. Rigsby eut presque honte de l'avoir reconnu.

- Nan… désolé… Les informations clients sont rarement complètes voire inexistantes… les gens se méfient du fichage… il regarda derrière et autour de lui avant d'ajouter… et franchement, je leur lance pas la pierre…

- On peut donc penser que Avida Dollars, c'est un pseudonyme ? Dit Rigsby.

L'agent UPS éclata de rire.

- Vous z'y connaissez rien en peinture, hein ? Avida Dollars, c'est…

- …Salvador Dali… Ca va… je sais, je sais, mentit Rigsby qui était vexé… Je suis pas ignare quand même…

- Oh, excusez-moi, Agent… je voulais pas vous vexer… essaya de se rattraper Danny… Des pseudonymes ? On en a tout le temps… Des gens qui veulent faire une blague, qui envoient un petit cadeau bien dégueu à leur ex, ou allez savoir… tenez… je bosse ici depuis trois ans eeettt… il ferma les yeux un instant… et j'ai déjà eu deux Marilyn Monroe, un Steve Mc Queen, trois John Wayne, deux Yoda et un John Lennon… Et c'est que moi… on est douze à bosser aux comptoirs… dit-il en désignant du pouce les gars derrière lui… Et moi, je suis un ancien de la boite… avec le roulement, faites le compte…

Les deux agents dodelinèrent de la tête. C'était ultra-mal parti.

- Un signalement peut-être? Hésita Rigsby.

Danny regarda encore une fois son écran puis pivota sur sa chaise en direction de l'arrière boutique en criant :

- Yo! Rastafaraï!

La tête d'un homme barbu portant un bonnet aux couleurs de la Jamaïque d'où sortaient des poignées de Dreadlocks apparut à une fenêtre...

- Yo, Danny!

- Eh mec... Avida Dollars? Hier? Tu te souviens? Quelle tête?

Un sourire apparut sur le visage du rasta. Il ferma les yeux et agita la tête en cadence. Lisbon se demanda s'il pensait à "Jammin'" ou "Buffalo soldier" pendant qu'il réflechissait... Quand il ouvrit ses chasses, il répondit.

- Aaaaah ouaiiii... Dollars... Un mec... p'tête ving, vingt-cinq ans... une barbe... taille normale... habillé normal... le gars... normal...

Danny regarda, désolé, les deux agents en haussant les épaules.

Choux blanc, quoi.

Heureusement, ils avaient une adresse.

Lisbon sourit à l'employé.

- Merci de votre aide, Danny…

Il lui fit un petit signe de la tête et en rougissant lui dit.

- Dites, agent Lisbon… vous n'auriez pas une carte de visite avec un numéro où je puisse vous appeler… on pourrait se boire une petite bière un de ces quatre… ou si j'ai un truc qui me revient, rajouta-t-il pour ne pas paraître trop pressant.

Mais cela ne marcha pas. Lisbon se raidit tout à coup puis, après avoir regardé Rigsby, se rapprocha du comptoir et essaya de parler de sa voix la plus suave.

- Et si vous me donniez plutôt vos coordonnées ? Je suis pas mal occupée en ce moment… Laissez-moi vous rappeler quand tout ça sera fini…

S'il s'attendait à une foultitude d'options, allant de la gifle à la garde à vue au poste, un « oui » n'était pas au menu de Danny. La main tremblante, il écrivit rapidement son nom complet, son adresse, son mail, son portable et laissa même son adresse facebook, « juste au cas où». Il tendit le post-it à Lisbon qu'elle saisit précautionneusement.

En passant la porte, elle se retourna et lâcha un clin d'œil complice à l'employé.

En voilà un qui attendrait longtemps devant son téléphone pensa-t-elle.

Une fois dans la voiture, elle glissa le post-it dans un petit sachet en plastique qu'elle tendit à Rigsby.

- Passez-moi tout ça en revue… adresses diverses, empreintes… ce gars me donne les foies…

Rigsby empocha le sachet et démarra. Il semblait pensif.

- Patron… d'après vous… qui peut envoyer un colis au nom de Yoda ?

- J'en sais strictement rien… Mais une chose est sûre… cette enquête n'avance pas vite…