Un grand merci à LAurore (merci pour tes encouragements), janeandteresa et Vivi81 (content d'avoir pu participer humblement à ta dose "mercrediriale" de Mentaliste!) pour votre fidélité et vos commentaires.
Enjoy!
Rigsby et Lisbon roulèrent une vingtaine de minutes en direction d'Arden-Arcade et surent immédiatement que quelque chose allait de travers.
Ils entrèrent dans un quartier résidentiel essentiellement composé de petites maisons proprettes regroupées autour d'un petit jardin central et d'un parking dans lesquelles la petite bourgeoisie de Sacramento vivotait. Il suffisait de voir les énormes 4x4 et autres beetles customisées rangées à leur place numérotée.
Cela ne collait pas avec l'idée de Lisbon – et surtout celle des spécialistes - d'un environnement à stalker.
On présentait toujours ces individus comme des solitaires vivant le plus souvent en maison isolée, au milieu de nulle part, où leurs allées-venues ne seront jamais remarquées, et où ils pourront procéder à leurs petites affaires sans se soucier du qu'en dira-t-on…
Arden-Arcade ressemblait à ces petites villes tranquilles où vous vous savez surveillé 24/7. Pas besoin de police ni de concierge, vos voisins veillent sur vous !
Ils s'engagèrent dans Parkwood Drive et se garèrent dans un parking d'où ils partirent à la recherche du 45.
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La maison était mignonne, blanche avec un étage et un toit rouge. La pelouse était entretenue et un parvis de fleurs multicolores accueillait les visiteurs de leur parfum discret. Définitivement pas la maison d'un serial-killer.
Pas de nom à la sonnette.
Lisbon le sentait mal. Très mal.
- Drôle d'endroit pour un taré, résuma Rigsby en sonnant.
Ils n'attendirent que quelques secondes avant qu'une jeune femme ouvre.
Elle avait ramené ses cheveux noirs en une queue de cheval qui dégageait un long cou gracieux. Ses yeux noirs et profonds semblaient naturellement maquillés et sa bouche s'ouvrait sur un sourire qu'éclairaient des dents blanches et bien ordonnées. Elle portait une salopette bleue tachée de peinture et, en ouvrant, elle semblait encore rire à une plaisanterie.
Une vague surprise traversa son visage le temps d'une seconde puis son sourire réapparut.
Le charme évident de la jeune femme saisit sur place Rigsby qui leva imperceptiblement un sourcil.
Lisbon pensa que si, par hasard, c'était là Avida Dollars, les temps avaient bien changés. Les contes, le cinéma et la télé – et parfois la réalité – nous apprenaient que le Mal était toujours laid et sale… Ce qui n'était pas le cas ici… Mais le Mal peut aussi prendre la forme d'une pomme appétissante…
- Oui ? Fit la jeune femme.
Les deux agents sortirent leurs plaques. Lisbon fit les présentations.
- CBI…
- Agent Lisbon ? Coupa la jeune femme, encore plus souriante.
- C'est quoi ce bord… commença Rigsby stupéfait.
Lisbon ne bougeait pas. Une voix parvint du salon.
- Patron ?
La tête de Cho apparut derrière la jeune femme, suivit de Jane.
- Térésa ? Rigsby ?
C'en était trop pour Lisbon. Elle écarta les mains de dépit.
- Mais qu'est ce que vous faites là tous les deux ?
Cho s'était approché et avait mis la main dans le dos de la jeune femme.
- Rita… Térésa Lisbon, mon patron dont je t'ai parlée… patron… Rita Hernandez… mon… ma…
- Sa petite amie… finit-elle en tendant la main à Lisbon.
Le sourcil de Rigsby se leva une nouvelle fois… entre déception – les hommes détestent savoir que les jolie filles sont déjà prises - et joie pour son ami.
- Petit cachottier… dit-il à l'adresse de Cho tout en serrant la main que Rita lui avait tendue.
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Ils s'étaient tous assis dans le salon. Les meubles étaient couverts de draps et le sol tapissé de grandes feuilles plastiques. Des pots de peinture gisaient, ouverts, aux quatre coins de la pièce et des pinceaux dégorgeaient dans des bocaux remplis d'essence de thérébentine, répandant dans la pièce son odeur un peu entêtante malgré les fenêtres entrouvertes.
Le canapé avait été découvert et un tabouret avait été rapporté de la cuisine.
Rita avait servis du café et du thé.
L'ambiance s'était alourdie quand Lisbon avait expliqué les raisons qui les avaient menés chez Rita.
- Vous comprenez que tout cela n'est pas anodin, Rita ? Reprit Lisbon.
- Je comprends bien… vous recevez un paquet suspect et la seule piste que vous avez, vous conduit chez moi, la petite amie « non officielle » (elle jeta un regard faussement accusateur sur Cho) d'un membre de votre équipe… J'ai plaidé le harcèlement pour moins que cela agent Lisbon…
- Térésa… proposa la policière.
- Térésa… doubla l'avocate.
Cho n'avait rien dit jusque là. Rigsby le regardait en coin, il avait toujours été impressionné par le contrôle dont faisait preuve son ami en toute circonstance. Cho se pencha tout à coup, ses coudes prenant appui sur ses genoux. Il parlait toujours de sa voix posée, comme s'il n'était pas affecté par ce que la situation impliquait, mais le ton était ferme.
- Rita… tu ne peux pas rester seule dans cette maison… prends des affaires et viens t'installer chez moi quelques jours… le temps qu'on trouve qui s'amuse avec nous…
- Et mon salon ? J'avais pris des congés pour repeindre mon salon… fit-elle en englobant d'un geste la pièce.
- Ne vous inquiétez pas, Rita, fit Jane, nous vous aiderons à finir le travail mais Cho à raison… vu les circonstances, ce n'est pas prudent de rester seule ici… Chez lui, vous serez plus proche du CBI en cas de problème.
- Il n'y aura pas de problème, fit stoïque Cho.
- Non… reprit le mentaliste en esquissant un sourire rassurant… pas de problème.
S'il donnait le change depuis la réception du colis, Jane cachait de moins en moins bien le trouble que l'affaire déclenchait en lui. Lisbon voyait bien qu'il s'inquiétait pour elle malgré l'insouciance dont il voulait faire preuve. Elle savait qu'au dessus d'eux replanait l'ombre de Red John. Il ne l'avouerait jamais mais elle le voyait dans ses yeux : un voile imperceptible qu'elle connaissait trop bien pour l'avoir croisé durant des années assombrissait le bleu du regard de Jane.
Le téléphone portable de Lisbon sonna. Elle jeta un coup d'œil sur l'écran qui annonçait sur un fond bleu ciel luminescent « Hightower ». Elle décrocha.
- Oui Madame ? Non… non... non, Madame, je n'oublie pas… dans 45 minutes, dans mon bureau… oui Madame… Très bien…
Une fois qu'elle eut raccroché, elle regarda son équipe.
- Il nous faut prendre une décision maintenant… Je dois rentrer au bureau assez rapidement… et je ne veux pas vous laisser ici, Rita… Alors ?
Cho se leva.
- Rita ? Il te faut combien pour faire une valise pour une dizaine de jours ?
Son amie sourit.
- Donne-moi cinq minutes et je suis prête, donne-moi une demi-heure et j'emménage chez toi…
Cho se massa la nuque en riant.
- … Une dizaine de jours… pour commencer…
Rita sortit de la pièce et monta à l'étage.
Lisbon prit un peu à part Cho pendant que Rigsby et Jane faisaient le tour de la maison pour chercher si n'importe quoi de suspect pouvait attirer l'attention.
- Cho… Vous installez Rita chez vous et vous restez avec elle ce soir. Je ne veux pas vous voir avant demain… De toute façon, la seule piste qu'on avait nous a mené ici… le reste est entre les mains du labo… on en saura plus dans les jours à venir…
- D'accord… Merci, patron… Jarvis met nos recherches en top priorité…
- Ok.. comment va-t-il, au fait ? Cela fait longtemps que je ne l'ai pas vu… Toujours le même ?
- Toujours le même… vous saviez qu'il garde son jambon dans un des frigos mortuaires ?
- C'est pas là qu'on met la viande froide ? Osa Lisbon…
- Humour noir, hein ? sourit Cho.
- J'ai un peu de mal à penser autrement, ces derniers temps… fit évasive Lisbon.
Lorsque Rita revint, elle avait enfilé un jean sous un t-shirt blanc XL et traînait un sac de sport.
- J'espère que ce sera suffisant… dit-elle
- T'inquiète… j'ai une machine à laver, fit Cho en saississant le sac. Allez, ferme tes fenêtres et on y va…
Lorsqu'ils quittèrent la maison, Rigsby et Jane n'avait rien vu de suspect. La rue semblait d'un calme olympien et seul le bruissement des feuilles dans les arbres accompagnaient leurs pas.
Ils prirent la route vers le centre de Sacramento, un œil rivé aux rétroviseurs dans le secret espoir d'être filés… Cela, au moins, aurait l'avantage d'apporter un début de réponse.
Mais rien.
Lisbon avait la désagréable impression de tourner en rond, de rencontrer impasse sur impasse, d'être encore et toujours en retard d'une guerre.
Le problème, c'était que cette fois-ci c'était elle la victime.
Elle et Rita.
Elle chassa cette idée de son esprit : victime mon cul, se répéta-t-elle alors que la voiture de Cho faisait un appel de phare avant de tourner sur sa gauche, les laissant, elle, Rigsby et Jane, en route pour le CBI.
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Lorsque la voiture s'arrêta dans le parking, Rigsby, qui conduisait, se tourna vers Lisbon, assise côté passager.
- Patron ?
- Je sais… dit Lisbon.
- Qu…
- Ne vous inquiétez pas Rigsby… Je ne suis pas là pour enfoncer Grace… Je connais l'IGS… Je sais où je mets les pieds… Vous aussi, rentrez… allez la voir, rassurez-la… A cette heure, elle a dû recevoir sa convocation… Allez la retrouver… En tant que votre supérieur, je ne suis pas, normalement, autorisée à vous donner de conseils mais qu'est-ce que dirait une amie ? Elle dirait de bien avoir en tête ce qui s'est passé et de ne pas en dévier… qu'importe ce qu'ils diront…
- Merci…
- Une dernière chose… ne culpabilisez pas parce que c'est elle qui est suspendue… Vous connaissez le dicton ?
- « Diviser pour mieux régner » ? Proposa Rigsby.
- … Vous avez tout compris, Wayne… Allez… filez… Et faites attention…
- Merci… A demain...
Rigsby tendit les clés à Lisbon et sortit de la voiture pour se diriger vers la sienne, garée dans une autre section du parking.
Jane, assis à l'arrière, n'avait rien dit. Lisbon le regarda dans le rétroviseur intérieur.
- Tu ne dis rien ? Patrick Jane est muet ? C'est étonnant…
Jane jeta un coup d'œil par sa fenêtre, un sourire au coin des lèvres.
- Tu es une très bonne chef, tu le sais ça ?
- Allez, arrête de me charrier…
- Sans compter que tu es hyper sexy quand tu te radoucis… Je me laisserais border toutes les nuits si tu me parlais comme tu viens de le faire avec Rigsby…
- Ils en ont besoin…
- C'est ce qui fait de toi une excellente chef…
- Mouai… On dirait que tout nous tombe dessus en même temps.
- « Pour une fois que c'est pas Jane qui nous fout dedans »… c'est ça que tu penses ?
Lisbon se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas sourire. Mais elle rosit.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce que je sais que tu l'as pensé… et que tu as raison…
Elle rit de bon cœur cette fois-ci avant de craquer légèrement et ravaler un sanglot. Jane se pencha en avant, enfouissant son visage dans les cheveux de Lisbon. Il lui parla doucement.
- Ca va aller… ne t'inquiète pas… On va coincer le salaud qui joue les méchants…
Lisbon essayait de retenir ses larmes. Si elle se présentait à Bonnefeuille les yeux rougis, il pourrait penser que la partie était déjà gagnée. Connards d'IGS…
Elle déposa sa main sur la joue de Jane et la caressa presque machinalement, pour se calmer.
- Et nous ? Cette histoire… ça va forcément se répercuter sur notre relation… je sais pas si je serais assez forte pour vivre sans toi…
- Ils ne nous ont pas encore séparés… je ne laisserai pas faire, de toute façon.…
Elle se tourna comme elle put et déposa un baiser sur les lèvres de Jane.
- Je dois y aller maintenant, c'est presque cinq heures… Bonnefeuille doit m'attendre là-haut.
- Je serai sur mon canapé, dit Jane.
- Merci.
- Pas de problème, Douce Damoiselle…
Ils sortirent de la voiture et prirent l'ascenseur pour monter dans les étages.
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Lisbon souffla un grand coup avant d'entrer dans son bureau, comme un étudiant qui passerait un oral décisif.
Bonnefeuille était déjà là.
Il l'attendait, assis derrière son bureau, consultant un dossier sur son ordinateur.
Pas chié le gars, se dit-elle, il manquerait plus qu'il fasse comme chez lui maintenant.
Bonnefeuille lui sourit.
Des dents de prédateur prêt à croquer sa proie.
- Agent Lisbon ! fit-il en se levant à demi en lui montrant un siège. Asseyez-vous, je vous en prie !
