Merci à LAurore, Sweetylove30, janeandteresa et Vivi81 pour vos commentaires.

janeandteresa, juste une remarque (surement dû à une maladresse de ma part), Rita Hernandez, la petite amie de Cho, n'est pas Agnes Rodriguez de "En plein coeur" :)

LAurore, Vivi81, je sais – mais j'avais prévenu – le rythme est beaucoup beaucoup plus lent que mes histoires précédentes mais j'espère que cela sera payant sur le long terme, dans la surprise… J'essaie un autre « type » d'histoire où l'atmosphère, avec les descriptions, prend plus d'importance, une histoire où on a envie de plus s'attacher ou de plus détester les personnages, mais, ça y est, cela va allez plus vite dès ce chapitre (et ça risque d'être plus violent aussi)… Il n'y a pas que vous qui vous plaignez que ça n'avance pas : Lisbon est la première à s'en rendre compte et cela la frustre… Ca fait partie de l'histoire… Mais merci de votre vigilance... s'il vous tarde que ça bouge, c'est qu'il vous tarde aussi, quelque part, de savoir la suite :)

Enjoy !


Lisbon s'assit face à Bonnefeuille qui se laissa aller au fond du fauteuil.

Il la fixa un moment. Elle le regarda dans les yeux, une pointe de défi dans son menton qu'elle tenait plus haut que d'habitude.

Il rompit le silence en s'avançant pour prendre appui sur la table.

- Alors agent Lisbon ? Que pouvez-vous me dire sur Van Pelt ?

Typique. L'air de pas y toucher. Je reste sympa et commence en douceur.

- Que vous dire ? Très bon agent. Elle a commencé dans mon équipe et a toujours satisfait le CBI.

Bonnefeuille prenait des notes sans la regarder. Une autre tactique de déstabilisation.

- Hum… que pensez-vous de cette affaire ?

- Pour moi, elle a agit comme il fallait… Son coéquipier était agressé, l'assaillant n'avait pas répondu aux sommations… Avec le risque de blesser son coéquipier, elle n'allait pas lui tirer dessus à bout portant, quand même…

- Pour ce que je vois… le résultat est le même… La morgue a accueillit un nouveau pensionnaire…

Toujours traduire les déclarations dans le sens qui convient le mieux pour incriminer un agent.

- M. Bonnefeuille… l'autopsie clarifiera sans doute les raisons de la mort du jeune homme… A ce stade, je croyais que l'agent Van Pelt pouvait compter sur une présomption d'innocence…

- Touché, agent Lisbon… touché… fit Bonnefeuile sans lever le nez de son dossier…

Lisbon baissa sa garde un instant.

- Oui, le minim…

Bonnefeuille releva la tête et lui jeta un regard sévère.

- Je ne fais pas de corporatisme… Je suis là pour décider des suites à donner aux actes de l'agent Van Pelt… C'est tout.

Coincée, Térésa… Il t'a coincée, pensa-t-elle… tu regardes par la fenêtre deux secondes et il te tape sur les doigts.

- Pensez-vous que la relation entre les agents Van Pelt et Rigsby puissent être liée à l'incident ?

- Je n…

- Et ne me dites pas que vous ne voyez pas ce à quoi je fais allusion… Pas vous… pas maintenant…

Sa voix était sèche, abrasive comme du papier de verre. Gros grain, le papier. Toujours à menacer à mots couverts. Lisbon essaya de trouver le meilleur moyen de tourner sa réponse puis, défaite, lâcha.

- Non… aucun lien…

- Vous n'aimez pas l'IGS, n'est-ce pas ?

Fais attention, Térésa… Il essaie de trouver une bonne raison de te discréditer pour prouver qu'avec un mauvais chef, Van Pelt ne pouvait que finir par faire une connerie.

- Disons que j'ai appris à la respecter…

Bonnefeuille pouffa légèrement sans cacher son amusement.

- On va dire cela comme ça… l'affaire Bosco… si j'ai bien pris mes renseignements ?

Lisbon serra les dents. Encore une fois. Et ravala son émotion à l'évocation de son mentor.

- Il n'y a pas eu de suite, pas de sanction... Monsieur… - Il y eut un silence - …Ce sera tout ?

Bonnefeuille avait plissé ses yeux pour la regarder de côté. Petite Térésa, il réfléchit à comment il va te manger.

Il se leva du fauteuil sans rien ajouter, rassembla ses affaires et contourna le bureau. Il posa sa main puissante sur l'épaule de Lisbon.

- Ce sera tout… Merci de votre coopération, Agent Lisbon… Je verrai l'agent Van Pelt demain. Bonne soirée.

Et il sortit, laissant Lisbon seule sur sa chaise comme pétrifiée par le trouble.

.

Après le départ de Bonnefeuille, elle s'enferma dans son bureau et se plongea dans ses dossiers. Elle n'avait envie de voir personne, juste se perdre dans le travail. Elle savait que Jane l'attendait de l'autre côté du mur, sur son canapé. Elle savait aussi qu'il la comprenait mieux que quiconque, assez, en tout cas, pour la laisser seule quand elle en avait besoin.

La nuit tomba petit à petit sur Sacramento, elle vit les agents quitter peu à peu le CBI, les locaux se vider, Hightower passer devant son bureau et lui jeter un coup d'œil qu'elle interpréta comme « neutre ». Elle reçut un mail de « Jarvis le rat » qui disait avoir bon espoir pour des résultats le lendemain. Puis, il fallut allumer la lampe lorsque l'obscurité était devenue gênante.

On frappa alors à la porte. La tête de Jane fit son apparition lentement.

- Salut…

Lisbon se laissa aller en arrière, étirant ses bras très haut au-dessus de la tête. Elle entendit un craquement au niveau du cou.

- Aouch ! Salut, beau gosse… fit-elle en se grattant l'épaule.

- Laisse, dit Jane en passant derrière elle et en lui massant lentement les cervicales.

Ses mains firent immédiatement effet, une chaleur tiède se répandit de la base du crâne jusqu'aux omoplates, inoculant un bien-être qui fit fermer les yeux à Lisbon.

- Hmmm… oui… ça fait du bien…

Ils restèrent ainsi quelques minutes. Si elle faisait durer assez longtemps, elle s'apercevrait, en se réveillant, que Bonnefeuille, Van Pelt, le colis, tout ça n'était qu'un mauvais rêve et elle se retrouverait sur une plage de Jamaïque, dans une petite pension, les pieds dans l'eau, une Red Stripe fraîche à ses pieds.

- On va y aller ? Demanda Jane doucement au creux de son oreille. La journée a été longue, pénible et frustrante…

- Tu as raison, dit-elle en ouvrant les yeux. Je suis crevée. Nerveusement crevée…

- Et cette nuit je reste avec toi… y'a pas à discuter… Je ne te laisse pas toute seule…

Ils étaient tombés d'accord, plus pour se donner bonne conscience qu'autre chose, pour que pendant tout le temps que Jane resterait au CBI, ils ne s'installeraient pas l'un chez l'autre et que si les soirées se prolongeaient, il faudrait malgré tout que l'un rentre chez lui avant le petit jour. C'était puéril, voire imbécile et disons-le emmerdant dans l'organisation, mais c'était leur façon de s'accommoder des règles du CBI. De couper la poire en deux.

- Seulement pour cette nuit, alors… Entorse exceptionnelle…

- Marché conclu, dit Jane en tendant la main par-dessus l'épaule de Lisbon.

- Marché conclu, fit-elle en en embrassant la paume.

.

Ils quittèrent le CBI avec la voiture de Lisbon.

Ils déambulèrent lentement dans les rues en directions de chez elle. Elle savait bien que la photo qu'elle avait reçue avait été prise là-bas mais elle avait besoin de retrouver sa salle de bain avec ses produits à elle et de pouvoir se glisser entre les draps de son lit, tout contre son homme… Un besoin de familiarité qu'elle n'avait pas totalement chez Jane. Pas encore en tout cas.

Ils descendaient la 34ème rue lorsque Jane lui demanda de tourner à gauche puis à droite.

Elle s'exécuta et avec un sourire triste lui dit.

- La Lincoln grise, n'est-ce pas ?

- Oui… t'as remarqué ?

- Tu m'as déjà vue conduire si doucement ?

- Je me disais, aussi…

Ils firent encore deux ou trois tentatives du même type pour s'assurer que la voiture les suivait bien puis ils décidèrent de continuer jusque chez Lisbon.

Ils se garèrent dans l'allée, en marche arrière juste pour qu'ils n'aient pas à manœuvrer au cas où ils doivent partir précipitamment puis ils rentrèrent dans la maison.

- Va allumer l'étage, demanda Lisbon à Jane.

Il monta et claqua l'interrupteur de la chambre qui donnait sur l'avant de la maison. Puis il redescendit.

Dans l'obscurité du salon, il s'approcha de Lisbon qui s'était postée au coin de la fenêtre pour regarder dehors.

- Alors ? Souffla-t-il.

- Elle est là… de l'autre côté… elle s'est garée dans l'allée des Peterson…

La Lincoln. On distinguait à peine une ombre à l'intérieur. S'ils n'avaient pas su que quelqu'un était bien au volant, ils auraient pu croire la voiture vide.

Lisbon tira son pistolet du holster, déverrouilla et vérifia le chargeur qu'elle rengaina immédiatement puis fit sauter la sécurité, le tout en un clin d'œil.

Elle s'éloigna lentement de la fenêtre et alla jusqu'à la bibliothèque. Elle saisit le dictionnaire de latin qui avait toujours intrigué Jane, l'ouvrit et en sortit un pistolet qu'elle vérifia de même.

Elle fit signe au mentaliste de la rejoindre.

- Tiens, dit-elle en tendant le second pistolet, tu bouges pas d'ici. Je vais essayer de le prendre à revers en passant par le jardin arrière. S'il tente quoi que ce soit, s'il essaye d'entrer, tu le descends…

Jane hésita un seconde.

- Tu sais combien je ne suis pas à l'aise avec les armes… je préfère éviter…

- Patrick, tu discutes pas… tu as voulu passer la nuit avec moi… tu suis mes règles… Prends…

Elle fourra l'arme dans les mains de son compagnon. Elle savait qu'il saurait s'en servir le cas échéant, il ne voulait pas, tout simplement.

- Souhaite-moi bonne chance, dit-elle en l'embrassant.

- Je t'aime, fit Jane.

- Alors, je ne crains rien.

Et elle fila.

Elle se glissa dans la cuisine. Jane entendit la porte s'ouvrir dans un léger grincement et les pas de Lisbon disparaitre au loin.

- Quelle sacrée bout de femme, se dit-il à mi-voix.

Il revint se poster à la fenêtre, guettant la voiture et les hypothétiques mouvements du conducteur.

Tout était calme, la nuit enveloppait la voiture. Depuis son poste d'observation, Jane s'aperçut qu'à intervalles réguliers l'embout rougeoyant d'une cigarette apparaissait et s'évanouissait dans les ténèbres.

Il ne sut pas par quel cheminement d'esprit il s'était vu dehors, devant la maison, une poubelle à la main. Un instant, il était à la fenêtre, prêt à intervenir comme le lui avait ordonné Térésa, puis l'idée de Lisbon se faisant renverser, tirer dessus ou éviscérer lui parut tout à coup insupportable. Il lui fallait agir. Et il se retrouva, comme sorti d'un songe, dans la douceur de la nuit californienne, un sac plastique informe à la main, marchant en direction du container rangé sur le trottoir. Il avait déposé son arme sur une desserte, dans la cuisine. Il ne savait pas pourquoi il était là. Il avait dû agir. Pour sauver Térésa. Faire quelque chose.

Lorsqu'il fut à mi-chemin dans l'allée, un léger vrombissement, à peine perceptible, vint de chez les Peterson. Le moteur de la Lincoln se mit à ronronner comme une horloge, comme un petit chat mécanique. On y sentait de la puissance et du répondant.

Pour la seconde fois en moins de cinq minutes, Jane disjoncta. Il lâcha son sac en plastique et, accélérant le pas vers la route, se mit à interpeler.

- Eh ! Vous ! Là ! Arrêtez cette voiture ! Vous êtes en état d'arrestation !

Le conducteur enclencha la première et écrasa la pédale d'accélérateur. Le moteur rugit et, le temps de quelques millisecondes, les pneus patinèrent au milieu d'une frêle fumée blanche dans l'espoir d'accrocher le béton de l'allée.

Jane avait couru en direction de la voiture et se trouvait au milieu de la voie lorsqu'elle s'engagea sur la route dans un grand fracas quand le pare-choc avant craqua sur le bitume. La Lincoln allait l'écraser. Le conducteur ne cachait pas son dessein.

Venue de derrière des palissades, non loin de chez les Peterson, Lisbon déboula tout à coup, en courant, l'arme à la main, le regard droit et fébrile, exalté par l'adrénaline.

L'aile avant de la voiture frôla Jane qui eut à peine le temps de plonger sur le côté pour l'éviter. Lisbon hurla.

- Patrick ! Couche-toi !

Il y eut plusieurs bruits sourds et secs, et des flammes sortirent de l'arme de Lisbon. Un pare-brise éclata dans le dos de Jane et plusieurs sons mous lui parvinrent lorsque les balles s'invitèrent dans la carrosserie de la voiture, des pneus crissèrent et le calme retomba sur le voisinage.

Un ou deux chiens hurlèrent, des voix s'élevèrent pour demander qu'on cesse "ces conneries", on entendit quelqu'un crier « p'tits cons » et un autre menaça même d'appeler la police.

Jane était saoûl de peur, de fièvre et d'excitation. Lisbon l'aida à se relever et le regarda droit dans les yeux.

- Alors? Tu es content ?

Ce qui inquiéta Jane, c'est qu'elle n'était pas en colère. Juste abattue. En d'autres circonstances, elle l'aurait traité de tous les noms, d'inconscient, de fou, d'incapable, peut-être même l'aurait-elle giflé – ça lui était déjà arrivé (1). Ce soir, elle s'était juste contentée d'un « Alors? Tu es content ? ».

- Je suis désolé, Térésa… Je me suis affolé… Je t'imaginais étendue, là, sur le trottoir… je… Il fallait que je fasse quelque chose…

- Tu as pris au moins le numéro de la plaque ?

Jane regarda ses pieds. Il n'avait pas eu le temps puis un sourire apparut sur ses lèvres.

- J'ai mieux…

Il la poussa doucement sur le côté et fit quelques pas pour aller chercher quelque chose sur le sol.

- J'ai LA plaque… dit-il.

Il lui tendit une plaque d'immatriculation californienne, tombée sans doute lors du départ précipité de l'inconnu.

Elle disait : BmyB8B.


(1) Cf. If I make it there - Chap.2.