Disclamer : Toujours pas n'a moi... Les ai demandé au père noël, on verra bien si il les dépose au pied de mon sapin le 25 décembre...
Note : C'est mon plus long one-shot ! Il fait plus de 9000 mots ! Je me suis surpassée. Par contre, si il y a des fautes, ne me jugez pas trop sévèrement, je n'ai plus de bêta... Enfin, on verra bien.
Remerciements : à tous celles qui me lisent et particulièrement à celles qui prennent la peine de me laisser une review, c'est à dire à Redfoxline, Squallyboy et Sphinx.
Horoscope.
« Bip... Bip... Bibibibip !
- La ferme, foutu réveil ! » répondit une voix émergeant des profondeurs d'un amas de couvertures et d'oreillers. Puis un bras se tendit et une main s'abattit violemment sur le pauvre réveil déjà malmené verbalement et qui n'avait rien demandé et qui se contentait de faire son travail. Finalement, le tas de draps se mit à bouger et un jeune homme, auquel appartenait la voix, le bras et la main précédemment cités, apparut. La garçon se redressa dans son lit en baillant fort peu élégamment, récupéra à divers endroits ses vêtements de la journée et se dirigea vers la salle de bain dans l'intention de finir de se réveiller sous la douche. Il serait par ailleurs resté bien plus longtemps sous l'eau qui coulait si des coups à la porte de la salle ne l'avait incité à se dépêcher de sortir, ce qu'il fit en manquant de se heurter à la femme qui se tenait dans le couloir.
« Si tu continues comme ça, mon coeur, tu vas finir par être en retard, le sermonna-t-elle gentiment avant d'ébouriffer les cheveux blonds encore humides du garçon qui se déroba rapidement à l'étreinte. Je vois que tu n'as pas mis ton horrible gel, pour une fois, c'est agréable.
- Ai pas eu le temps, y a bizarrement quelqu'un qui m'a tiré de la salle de bain. Et, M'man, arrête de m'appeler « mon coeur » ou des trucs dans le genre, j'ai plus cinq ans, bord'... Ai rien dit, ajouta-t-il un peu penaud en voyant de quelle manière sa mère le tuait du regard.
- Seifer Almassy, il me semble vous avoir déjà dit plusieurs fois que ce genre de vocabulaire était proscrit de ma maison ! Et que je ne voulais plus vous entendre parler comme ça ! Et quant au fait de t'appeler encore « mon coeur » ou avec des noms tout aussi ridicule, comme tu dis, je te signale que tu resteras toujours mon fils, finit-elle en souriant doucement. Et puis, dépêche-toi, ton frère est déjà en train de petit-déjeuner, il ne va rien te laisser si tu ne te presses pas.
- C'set un ventre sur patte, de toute façon, grogna le blond avant de se prendre une petite tape à l'arrière du crâne.
- C'est normal qu'il mange autant, il a quatorze ans et il est en pleine croissance.
- En pleine croissance ou pas, c'est un monstre, il passe son temps à bouffer. Il a un gouffre à la place du ventre ou pas ? Je mangeais pas autant, moi.
- Ça fait si longtemps que tu as oublié ? Tu n'as que vingt ans, pourtant, rit sa mère. Et je peux t'assurer que tu mangeais encore plus que lui, à cause de la natation que tu faisais. Allez dépêche-toi tu vas être en retard. J'ai posé le journal sur la table de la cuisine;
- Okay, j'vais surveiller le truc qui me sert de frangin !
- Sois gentil avec ton frère... Et surveille tes manières, pour l'amour d'Hyne !
- Ouais, ouais, c'est ça... »
Le jeune homme s'éclipsa prestement pour éviter le reste du sermon de sa mère, qui s'annonçait assommant et dévala l'escalier pour atteindre la cuisine qui fleurait bon le pain en train de griller, les brioches à la fleur d'oranger et le chocolat chaud. Comme l'avait prévenu sa mère, son puîné était déjà attablé et occupé à dévorer à belles dents toutes les victuailles qui lui tombaient sous la main. Seifer soupira devant le carnage qui régnait sur la table de la cuisine et alla mettre la cafetière en marche. Au bruit de l'appareil qui se mettait lentement en route, l'adolescent se retourna et sourit de toutes ses dents (Seifer ne put par ailleurs pas s'empêcher de remarquer encore une fois l'appareil dentaire qui tentait de les remettre en rang.) à son aîné.
« Maman t'est encore tombée dessus en devant aller te chercher, se réjouit-il avec l'air typique et un peu benêt du petit frère ravi que son tyrannique et injuste, selon lui, grand frère se soit fait remonter les bretelles par les parents.
- La ferme, microbe, répliqua aimablement l'étudiant en lui flanquant un coup sur l'arrière de la caboche pour le faire taire tout en surveillant la cafetière. Et arrête de parler la bouche pleine, c'est répugnant et j'ai pas besoin de savoir ce que tu manges.
- Hé ! Tu m'as frappé ! Ça fait mal ! se plaignit son cadet. Et je m'appelle Zell !
- Sans déc', je savais pas, ironisa l'autre d'une voix traînante. Ah, mon café est prêt, remarqua-t-il en allant se servir un bol de ce merveilleux et vital nectar noir, indispensable à chaque étudiant pendant ses partiels, bien qu'il ne les avait pas encore. Et fais-moi un peu de place, demi-portion, » ordonna-t-il en poussant légèrement le susnommé.
Zell lui donna un vicieux coup de coude dans les côtes en représailles et l'aîné, surpris, renversa la plus grande partie du contenu de son bol sur ses vêtements, ce qui provoqua un chapelet de jurons que sa mère aurait très sûrement désapprouvés et une nouvelle bosse à l'arrière du crâne du plus jeune. Puis les deux garçons mangèrent en silence une fois les dégâts sur le sol et la table réparés, l'un trop occupé à se goinfrer pour prêter attention à son frère et l'autre plongé dans les titres du journal qui avait par chance échappé à la marée noire de café. Leur mère attendit que son aîné ait fini sa lecture et fût en train de mettre son bol au lave-vaisselle pour ouvrir le quotidien à la page tant aimée par les ménagères au foyer et les gamines mièvres et prépubères, celle des horoscopes et autres niaiseries futiles et inutiles. Zell se haussa sur la pointe des pieds pour lire par dessus l'épaule de sa mère avant de ricaner assez stupidement son frère, qui ne tarda pas à en avoir assez.
« On peut savoir pourquoi tu ricanes ainsi bêtement, l'abruti ? demanda-t-il gentiment à son cadet.
- Seifer, je t'ai déjà dit de ne plus parler comme ça à ton frère ! s'exclama sa mère outrée en fronçant les sourcils.
- Et toc ! commenta très maturément le plus jeune en tirant la langue. Sinon, tu as jeté un coup d'oeil à ton horoscope ?
- Tu sais très bien que je ne lis jamais ce genre de conneries... Désolé, M'man, s'excusa-t-il pour son écart de langage.
- Et bien, fit son puîné en prenant le journal des mains de sa génitrice et en l'ouvrant ostensiblement à la page qui l'intéressait avant de lire à haute et intelligible voix en détachant bine chaque mot de manière à exaspérer le plus possible son frère, voici ce que ça dit. Alors, travail : pas grand chose, si ce n'est que tu ne dois pas le laisser s'accumuler. T'es champion dans ce domaine, nan ? Ensuite, santé. Tu dois faire gaffe aux chutes...
- Et alors, je ne vois pas ce qu'il y a de drôle là-dedans, le coupa Seifer, agacé.
- Minute, j'ai pas encore fini, j'y viens. Amour : une belle rencontre aujourd'hui...
- Ça risque pas, j'ai madame peau de vache comme prof de maths aujourd'hui.
- Une belle rencontre, je disais, qui marquera peut-être le début d'une grande histoire d'amoûuuur ! Néanmoins, ne laissez pas votre caractère tout gâcher, contrôlez vos sautes d'humeur. J'adore la dernière phrase, pas toi ? » termina le zébullon en éclatant de rire, provoquant ainsi l'agacement de Seifer qui choppa le lecteur par le cou avant de lui frotter énergiquement les cheveux et le haut du crâne, sachant très bien que son cadet détestait ça Leur mère les regarda faire en souriant tendrement, les pitreries de ses enfants l'amusaient au plus haut point et lui rappelaient à chaque fois à quel point elle les aimaient. Le plus jeune finit par l'appeler à l'aide à grands cris et elle tempéra les ardeurs de son aîné avant de regarder la pendule murale d'un air inquiet.
« Mon chéri, tu ne risques pas de rater ton bus ? Il est presque huit heures moins le quart.
- Nan, c'est bon, M'man, la rassura l'interpellé en consultant sa montre d'un coup d'oeil pour obtenir vérification. Il passe à huit heures deux. J'ai encore une bonne dizaine de minutes devant moi. J'en ai bien besoin, d'ailleurs, pour me changer, » remarqua-t-il en jetant un regard navré à ses vêtements tâchés par le café avant de foudroyer d'un oeil noir le coupable du désastre qui eut la grâce d'afficher un air plus ou moins repentant.
Seifer haussa les épaules, ne croyant pas réellement à l'attitude désolée de son frère et se dépêcha de remonter dans sa chambre où il laissa tomber ses habits sales par terre avant de sortir de son armoire un jean sombre et un pull en V rayé noir et blanc et de les enfiler. Il empoigna vivement son sac bandoulière beige qui trônait fièrement sur sa chaise de bureau, dévala une nouvelle fois les escaliers, mit le journal dans son sac, embrassa rapidement sa mère, donna une tape sur l'épaule de Zell, attrapa son blouson de cuir dans l'entrée et se précipita vers l'arrêt de bus où le véhicule était justement en train d'arriver.
Trente minutes plus tard, le jeune homme était en train de courir sur les trottoirs de Balamb en direction de sa fac pour ne pas être en retard. Le bus, à cause de ces fichus embouteillages, l'avait déposé en retard à l'arrêt de son bahut et l'obliger maintenant à cavaler pour être à l'heure en cours. Seifer remonta sur son épaula la bretelle de son sac qui glissait et risquait de tomber et pesta entre ses dents. C'était peine perdue de toute façon, il allait être en retard et sa prof allait le tuer, elle détestait les retardataires. Il dévala deux par deux et à toute vitesse les quelques marches qui formaient un large demi-cercle et qui menaient à l'entrée de l'université qui, allait bien savoir pourquoi, se trouvait un bon mètre en dessous du niveau du trottoir. Il regarda un bref instant sa montre, jura une nouvelle fois à voix basse en se dirigeant vers la porte, n'aperçut pas la personne qui arrivait perpendiculairement à lui et la heurta violemment de plein fouet. Sous la force du coup, son sac tomba à terre, se craqua et ses livres se répandirent autour de lui, accompagnés de quelques feuilles volantes. Un peu sonné, le blond resta à terre à contempler le désastre et ne songea même pas à engueuler la personne qui lui était rentrée dedans. Une main lui fut gentiment offerte pour l'aider à se relever tandis qu'une voix masculine avec toutefois un léger accent galbadien s'excusa et lui demanda si il allait bien. Il répondit machinalement à la question en acceptant l'aide du garçon en face de lui pour se remettre debout. L'autre jeune homme qui devait avoir à peu près son âge et sa taille s'agenouilla pour l'aider à ramasser ses affaires.
« Je suis désolé, j'ai pas fait gaffe, je ne voulais pas être en retard pour mon rendez-vous avec le doyen, s'excusa une nouvelle fois le jeune adulte en tendant à Seifer ses cahiers.
- T'es nouveau ici ? » releva le blond qui en profita pour observer son inconnu. Il était assez élancé, avec de longs cheveux roux réunis en une queue de cheval et plutôt beau garçon. Il va en faire tourner, des têtes, songea-t-il plutôt amusé.
- Ouais, je m'appelle Kinnéas, Irvine Kinnéas. D'ailleurs, ça m'ennuie un peu de te le demander, mais tu peux me montrer le bureau du doyen ? Je ne sais pas où il est.
- Mouais, de toute façon, en retard pour être en retard, autant t'accompagner, ça me fera au moins une bonne excuse, répondit l'habitué des lieux en haussant les épaules avant de regarder son sac et ses livres d'un air navré.
- Besoin d'aide avec tes affaires ? demanda le roux en désignant la pile de livres et de cours qui restait sur le trottoir.
- Ce serait cool, je crois bien que mon sac m'a définitivement lâché, il est vraiment mort, là. Déjà qu'avant il était pas terrible mais maintenant...
- Je peux les mettre dans mon sac au moins le temps qu'on aille chez le doyen, proposa Irvine. Le mien est vide, j'avais rien à y mettre dedans, à part trois feuilles et ma trousse.
- Ouais, je veux bien, merci, acquiesça son compagnon. Et on ferait quand même bien de se bouger le cul et d'aller chez le vieux. »
Sur ces mots, l'ancien étudiant entraîna le nouveau dans un dédale de couloirs propres et ornés des photos des anciens diplômés en ces lieux avant de s'arrêter devant une porte en bois brun-rouge massif sur laquelle était placardée l'affichette dorée gravée. « Bureau de Cid Kramer - Doyen » et de toquer fermement. Une voix forte et professorale les intima d'entrer ce que le blond fit sans hésiter alors que le roux traîna des pieds et avala sa salive et les deux jeunes gens s'arrêtèrent devant la table qui servait de bureau à l'homme qui pour le moment les regardait avec sévérité avant de sourire aux nouveaux venus.
« Tu dois être Irvine Kinnéas, n'est-ce pas ? supputa-t-il avant d'enchaîner après en avoir reçu la confirmation. Enchanté de te rencontrer enfin et bienvenue dans l'université de Balamb.
- Merci Monsieur. Et enchanté de vous rencontrer vous aussi, fit poliment le roux en examinant l'homme qui lui faisait face. D'une quarantaine d'années, l'air jovial et bon vivant, il souffrait cependant d'un certain embonpoint et ses cheveux commençaient à s'éclaircir.
- Et toi Seifer, que fais-tu ici ? N'es-tu pas censé être en cours ?
- Si, mais je l'ai amené ici, il ne savait pas où était votre bureau, Monsieur, répondit l'interpellé avec une pointe d'insolence dans la voix.
- Bien, c'est assez surprenant de ta part, mais c'est très gentil quand même de l'avoir fait, » répliqua le doyen sans se démonter avec même un petit sourire au coin des lèvres que lui rendit Seifer, en plus carnassier toutefois.
« Coïncidence ou non, Irvine sera dans ta classe donc je te charge de lui expliquer le déroulement des cours et de veiller à ce qu'il ne prenne pas de retard par rapport aux autres élèves. » À ses mots, Cid Kramer ouvrit un tiroir, en sortit deux cartes et quelques papiers qu'il tendit au nouvel étudiant. « Voici ta carte d'étudiant, on te la demandera parfois à l'entrée pour prouver que tu appartiens bien à l'université et ta carte de cantine. Elle se recharge avec un certain nombre de points qui te sont retirés quand tu prends des plats au self. Dans les papiers que je viens de te donner, il y a un plan du campus que tu peux retrouver de toute manière à chaque étage et les prospectus des associations des élèves et des clubs sportifs. Pour le reste, tu verras soit avec Seifer, soit avec mademoiselle Quistis Trèpe, ce sont les deux délégués. Bien, je vais vous conduire jusqu'à votre salle de cours, maintenant, pour te présenter et pour expliquer votre retard à votre professeur. »
Le petit groupe monta deux étages, prit un couloir à droite de l'escalier principal et s'arrêta devant la porte de la salle 203 puis le doyen leva la main et toqua clairement, ce à quoi une voix aigrie lui répondit sèchement d'entrer. L'adulte ne se fit pas prier pour s'introduire dans la pièce, suivi par les deux étudiants. Le professeur en charge de la classe parut surprise de voir le doyen et se répandit en excuses pour son exclamation désagréable, elle pensait que c'était encore un retardataire qui voulait entrer. Cid, bonhomme, écarta l'affaire d'un geste de la main avant de présenter rapidement à elle et à la classe le nouvel étudiant et de s'excuser à son tour d'avoir mis deux de ses élèves en retard en les retenant dans son bureau. Puis, après une tape paternelle sur l'épaule d'Irvine, il quitta la salle de cours. La vieille harpie qui tenait lieu d'enseignante en mathématiques, renifla d'un air qu'elle pensait dédaigneux en désignant une table en fond de salle où les deux jeunes gens allèrent s'asseoir puis retourna gratter des formules incompréhensibles au commun des mortels sur le tableau noir qui était devenu gris au fil des années à cause de la poussière de craie qui s'y était incrustée et ne fit plus attention aux deux garçons. À la fin du cours, elle les retint cependant et s'adressa tout d'abord au roux :
« Monsieur Kinnéas, lui demanda-t-elle d'une voix sèche et peu amène le doyen vous a-t-il remis votre emploi du temps et le règlement du campus ?
- Il m'a donné mon emploi du temps ce matin, quant au règlement, je l'avais déjà lu, madame.
- Bien. Sachez seulement que je ne tolère aucun retard, ni aucun manquement pendant mon cours, est-ce bien clair ?
- Très, madame.
- Bien. Quant à vous, monsieur Almassy, et bien que cela me coûte, il est de votre responsabilité de délégué de vous assurer que votre camarade soit au même niveau que le reste de la classe et cela dans toutes les matières. il faudra donc que vous lui prêtiez vos cours. Essayez cependant de ne pas avoir mauvaise influence sur lui. Un seul élève comme vous est déjà largement suffisant. Bien, vous pouvez maintenant sortir tous deux de cours.
- Bien madame, » répondirent-ils en coeur.
Les deux jeunes gens ne se firent pas prier pour quitter leur professeur et se précipitèrent avec plus ou moins d'ostension dans le couloir où les attendait une jeune et jolie fille blonde qui tapait du pied par terre.
« Qu'est-ce que tu as encore fait, Seifer, pour que madame Pigne te retienne ? accusa-t-elle d'une voix peu aimable.
- Pour une fois, j'y suis pour rien, elle voulait juste me parler du nouveau. D'ailleurs Quistis, je te présente Irvine, Irvine voici Quistis. » La phrase parut avoir un effet magique sur la jeune fille qui se dérida aussitôt pour adresser un agréable sourire au roux qui le lui rendit avec soulagement. Elle n'avait pas l'air de lui en vouloir, tant mieux.
« Enchantée Irvine. Désolée pour mon impolitesse mais je pensais que l'idiot à côté de toi avait encore fait une bêtise.
- Et dire que je pensais que tu étais ma meilleure amie, se plaignit « l'idiot »,ce qui lui valut un coup d'oeil sceptique de la part de son amie.
- Bref, je m'appelle Quistis Trèpe et je suis déléguée, avec Seifer bien sûr. Si tu as un quelconque problème, viens nous en parler, d'accord ?
- Très bien, acquiesça Irvine. Je peux poser une question ?
- Bien sûr.
- Pourquoi Seifer est délégué alors que les profs n'ont pas l'air de beaucoup l'apprécier ? » Sa question, au lieu de vexer le jeune homme, déclencha chez lui une forte hilarité tandis que Quistis, amusée elle aussi, répondit au roux.
« Disons plutôt que ce grand dadais a quelques problèmes avec l'autorité mais rien de très grave. Mais c'est aussi un bon élève et les autres étudiants l'aiment bien en général. Et la plupart des profs apprécient son libre esprit, même si il frôle parfois l'insolence.
- Et madame peau de vache ne m'a jamais aimé de toute façon.
- Tu ne devrais pas l'appeler comme ça, le houspilla son amie.
- Pourquoi, elle peut pas nous entendre de là où elle est. Bien, on a une heure de pause avant midi. On fait quoi ? demanda-t-il aux deux autres.
- On peut faire visiter le campus à Irvine. Ça te va ? questionna-t-elle le roux.
- Très bien, ça m'évitera peut-être de me paumer quand je serai seul. »
Les trois jeunes gens rirent de bon coeur avant de parcourir les divers couloirs du bâtiment afin de montrer au nouveau les différentes salles de cours, lieux d'administration, laboratoires de chimie, de physique et de langues et les différentes salles de colles, la plupart se retrouvant dans un couloir que les élèves appelaient depuis la création de l'université le Couloir de la mort, terme repris au bout d'un temps par les professeurs. Puis le petit groupe sortit dans le parc dont les nombreux arbres avaient perdus leurs feuilles avec l'arrivée de l'hiver et des frimas. Irvine frissonna avant de resserrer autour de lui son long manteau beige, geste qui n'échappa pas aux deux autres.
« Tu as froid ? demanda d'un air un peu incrédule Seifer.
- Quand je suis parti, il faisait encore doux à Galbadia, je me suis pas encore habitué au climat de Balamb.
- C'est vrai que le froid arrive vite ici, acquiesça Quistis. Et que le redoux est assez brutal aussi. Je pense que d'ici quinze jours, nous aurons les premières chutes de neige.
- Ce serait cool, approuva le blond en levant le nez au ciel pour en admirer la belle couleur bleu glacial. J'aime quand les hivers sont blancs.
- On a pas beaucoup de neige à Deling City, fit remarquer le nouveau. Et de toute façon, elle fond vite en une sorte de gadoue collante.
- L'inconvénient des grandes villes, je suppose.
- Oui, d'ailleurs l'université où j'étais avant était beaucoup plus grande que celle-ci. Vous êtes quoi ? Pas beaucoup plus d'une quarantaine dans votre classe ! On était dans des amphithéâtres de deux cents personnes.
- Y a beaucoup moins d'étudiants à Balamb, répondit Seifer en haussant les épaules. Et c'est pas plus mal. Je crois qu'on a fait le tour du bahut. Le bâtiment à ta droite est le pavillon des cours d'histoire et de sciences humaines et dans celui devant nous, il y a la cantine au rez-de-chaussée et à l'entresol et au premier et deuxième étage, les salles de musique et de dessins. Le foyer se trouve aussi là.
- On commence à faire la queue ? proposa Quistis. Il y a peu de monde les premières minutes, on passera vite.
- Pourquoi pas ? répondit Irvine. »
Les deux garçons suivirent la jeune fille dans la file d'attente et les trois discutèrent joyeusement entre eux lorsqu'un autre groupe les héla. Seifer ferma brièvement les yeux en jurant entre ses dents tandis que la mine de Quistis devint glaciale.
« Qu'est-ce que vous nous voulez ? demanda sèchement la jeune fille aux récents arrivants.
- À toi, rien, mais on pensait qu'il serait bon de prévenir le nouveau que le garçon avec qui il traîne est un suceur de bites. Ça serait con qu'il l'apprenne quand ton pote aura voulu le tripoter un peu, non ?
- Je vais vous tuer, siffla le blond en serrant les poings, ce qui fit un peu reculer la grande gueule qui se reprit rapidement.
- Et tu comptes faire quoi, seul contre quatre ? À moins que tu ne veuilles te faire défendre par une fille, après tout, t'as les mêmes goûts qu'elle, non ?
- Il ne sera pas seul, de toute manière, intervint Irvine dont la voix était devenue glaciale ce qui surprit tout le monde. Je vous remercie de vos conseils, ils étaient très instructifs mais je crois que j'ai déjà choisi avec qui je vais rester. Maintenant, si vous n'avez rien d'autre à faire, vous pouvez dégager, vous gâchez le paysage.
- J'y crois pas, tu es du côté de la tapette ? s'étonna la brute. À moins que tu n'en sois aussi une... » Il aurait continué longtemps si le poing d'Irvine n'avait pas rencontré violemment son nez et l'avait projeté à terre, le visage sanguinolent.
« Et de toute façon, on est là nous aussi, fit une autre fois derrière le groupe d'homophobes.
- Putain, Raijin et Fujin !
- Ouais, ça vous pose un problème ? Bob, je pense que tu ferais mieux d'écouter ce qu'on te dit et de dégager, tu sais ? » remarqua un grand black très baraqué. Les autres abrutis ne demandèrent pas leur reste et détalèrent, la grande gueule qui s'était relevée en tête du groupe.
« Lâches ! s'exclama une petite albinos borgne dont le contraste avec son acolyte à la peau foncée était surprenant.
- Vous faites quoi là ? demanda Seifer.
- On te cherchait, tu sais, mais on ne t'a pas trouvé. Alors on a demandé à des gens du même groupe que toi où tu étais et ils nous ont répondu que tu faisais visiter le campus à un nouveau avec Quistis et que tu étais dans les jardins et comme on a vu que c'était bientôt l'heure de manger, on s'est dit qu'on avait plus de chance de te retrouver à la cantine, tu vois ?
- Tais-toi ! fit la jeune fille aux cheveux argentés en lui envoyant un coup de pied dans le tibia.
- Irvine, voici Fujin, c'est l'albinos, et le grand noir c'est Raijin, les présenta Seifer en riant franchement devant le tableau de Fujin en train de fusiller du regard un Raijin gémissant qui se tenait la jambe en sautillant sur place. Ne fais pas attention à leur manège, ils font ça constamment. Fujin, Raijin, voici Irvine, le nouveau.
- Enchantée ! répondit mécaniquement la plus petite tandis que le brun continuait ses jérémiades.
- T'inquiètes, ça aussi c'est normal. Fujin ne fait de vraies phrases que lorsque la situation est critique.
- On va manger ? proposa Quistis d'un air embarrassé. On sera mieux pour discuter une fois installer, non ? »
Le groupe maintenant agrandi se posa à une table et commença à manger mais l'ambiance était désormais pesante car chacun remâchait l'incident qui venait de se passer. Ce fut finalement Irvine qui brisa la glace.
« Ce qu'ils ont dit, c'était vrai ? Je veux dire, tu préfères les garçons ?
- Ouais je suis gay, répondit Seifer en haussant les épaules. Pourquoi, ça te gêne ?
- Hé ! Du calme. C'est plutôt leur comportement qui me gêne. J'arrive pas à croire qu'on puisse être con à ce point.
- C'est pas parce que toi, tu es ouvert d'esprit que les autres le sont tous, soupira Quistis d'un air malheureux. Par chance, ils ne sont vraiment pas nombreux mais ils aiment bien revenir pourrir la vie de Seif' de temps en temps.
- Je suppose qu'ils pensaient pouvoir te convertir à leur cause, remarqua Raijin. Ils le font à chaque nouveau. Ils ont tenté aussi le coup avec nous, fit-il en désignant fièrement Fujin et lui, mais on a refusé. Seifer est notre ami.
- Ce sont des crétins ! lâcha Fujin, furieuse.
- Oui, en effet. Ils harcelaient à peu près tous les gays de cette université jusqu'à ce qu'ils se fassent sérieusement remonter les bretelles par le doyen. Depuis, ils se tiennent à peu près tranquilles.
- Vous m'en voudriez beaucoup si je vous disais que je ne me sens absolument pas coupable d'avoir tenté de péter le nez de l'autre con ? demanda Irvine d'un ton sarcastique.
- Tu peux par contre te sentir coupable de l'avoir raté, » se désola faussement Seifer, ce qui fit rire tout le groupe.
Le reste du repas se déroula dans l'insouciance de la jeunesse et l'incident avec le groupe d'homophobes fut rapidement oublié. Les cinq jeunes gens se levèrent rapidement avant de se séparer pour rejoindre leurs salles de cours respectives et Seifer, Quistis et Irvine se dirigèrent vers les laboratoires pour leur TP de chimie qui leur prendrait tout l'après-midi, ce qui inquiéta le roux, qui n'avait pas pensé à prendre de blouse. Ses compères le rassurèrent, il y avait toujours quelques blouses dans la salle, à disposition des élèves qui auraient oublié la leur. Il fallait juste se dépêcher car le choix était limité et les derniers se retrouvaient souvent avec des blouses trop petites et dans lesquelles ils avaient parfois l'air bien ridicules. Les deux garçons se mirent ensembles tandis que la blonde se retrouvait avec une de ses amies et l'expérience qui consistait à séparer les composants d'un sirop à la menthe se passa rapidement. À la fin, le binôme masculin se retrouva avec deux liquides, l'un jaune fluo et l'autre d'un beau bleu bien écoeurant. Le roux les observait tandis que le second membre du tandem finissait de compléter le compte-rendu pour le rendre à la fin de l'heure. Puis Seifer reposa son stylo plume et se redressa en s'étirant de toute sa longueur.
« Ah, enfin fini ! s'exclama-t-il en faisant craquer avec précaution ses épaules, ce qui lui valut un désapprobateur et un peu écœuré d'un binôme de filles se trouvant juste à côté.
- Je ne boirais plus jamais de sirop à la menthe, déclara d'un ton dégoûté Irvine en faisant tourner précautionneusement entre ses doigts un des deux récipients.
- Petite nature, va, ricana le blond. Moi, je trouve que ça lui donne un petit côté psychédélique assez intéressant.
- Tu veux goûter ? demanda d'un ton moqueur son vis-à-vis en lui tendant le bêcher.
- Non merci, je suis gay, pas suicidaire. Bon, tu ranges la paillasse, décida-t-il avant d'enlever ses gants en plastique et ses lunettes de protection tandis que le professeur annonçait la fin du TP.
- Et pourquoi moi ?
- Parce que j'ai déjà rédigé le compte-rendu de l'expérience et que toi t'as rien fait à part faire joujou avec les éprouvettes pour admirer leurs jolies couleurs pendant que je grattais alors bouge-toi pendant que je vais lui remettre la copie.
- Pff, tortionnaire, » râla le roux en se mettant au travail avec un léger sourire. Il était heureux de s'entendre aussi bien avec le jeune homme.
Les deux garçons rejoignirent Quistis à la sortie de la salle et les trois étudiants quittèrent ensemble le campus pour finalement se séparer, la blonde rentrant chez elle tandis que Seifer et Irvine discutait devant l'établissement.
« Tu viens chez moi pour prendre les cours ? demanda le blond.
- Pourquoi pas ? Et puis, faut aussi que je te rende tes livres que j'ai dans mon sac à dos, fit-il remarquer en tapant dans sa besace.
- Ouais. Tu prends le bus ?
- J'ai une moto, t'as qu'à monter derrière moi.
- Une moto ? T'as du bol, ma mère a jamais voulu que j'en ai une, soupira Seifer.
- Et bien, t'as qu'à passer ton baptême de la route avec moi. Tu viens ?
- Pas la peine de me le demander deux fois ! Bien sûr que j'accepte. »
Les jeunes hommes mirent leurs sacs dans le petit coffre du véhicule, d'où Irvine tendit deux casques dont il en tendit un à son passager. Le blond monta derrière le pilote de la moto pour se serrer à lui, surpris, quand le roux démarra à plein tube. Le nouveau ria franchement avant de se concentrer sur les indications de Seifer pour trouver le chemin jusqu'à sa maison et s'arrêta devant elle dans un crissement très désagréable de freins. Les deux jeunes gens sautèrent à terre et Seifer ôta avec soulagement son casque tandis que le roux finissait de garer sa moto sur le trottoir. Puis ils se dirigèrent ensemble vers la maison et enlevèrent leurs chaussures sur le seuil. Irvine regarda un peu timidement autour de lui. Le salon dans lequel il venait d'entrer était confortablement aménagé et dégageait une impression de chaleur et de bienveillance. Mais ce qui le surprit par dessus tout fut le piano droit collé contre le mur du fond et qui semblait l'appeler. Il se tourna vers son ami.
« Tu joues du piano ? demanda-t-il en montrant le fier instrument qui trônait dans la salle.
- Hein ? Ah non, c'est ma mère. Pourquoi, tu sais aussi en jouer ?
- Ouais, mais j'en ai plus touché un depuis mon déménagement, soupira le roux. Je peux jouer un morceau ?
- Oui, bien sûr. »
Le rouquin ne se fit pas prier et s'installa sur le banc devant l'instrument. Puis il prit une profonde inspiration, cligna des yeux et laissa courir ses doigts sur le clavier blanc et noir. Aussitôt, une magnifique mélodie résonna dans la pièce. De toute évidence, il était très doué. Seifer sourit en s'adossant un peu plus au mur afin de ne pas perdre une miette du morceau joué. Si il ne s'y trompait pas, le roux faisait une interprétation assez libre de la marche turque de Mozart. Les dernières notes moururent dans l'air et des applaudissements se firent entendre depuis la porte de la pièce, surprenant le jeune pianiste. Dans l'embrasure se tenait une femme d'un certain âge et dont la ressemblance avec Seifer ne faisait aucun doute. Il se leva précipitamment pour saluer la maîtresse de maison, assez gêné toutefois de s'être fait surprendre.
« Bonjour, madame.
- Ne m'appelle pas Madame, j'ai l'impression d'être une vieille, le reprit-elle gentiment. Tu es un ami de Seifer ? Tu peux m'appeler Émilie ou ma Dincht. Vous avez faim les garçons ?
- Non, c'est bon M'man, on va monter, faut que je lui montre mes cours, se déroba son fils avant d'entraîner l'autre garçon vers l'étage. Tu viens, Irvine ? »
Le blond tira assez vivement son ami dans sa chambre avant de fouiller dans ses couloirs pour récupérer ses anciens cours tandis que le pianiste regardait autour de lui. Sur une étagère trônaient toute une collection de médailles et de coupes. Il s'approcha pour les examiner et se rendit compte qu'elles étaient toutes décernées à Seifer pour ses victoires en natation. Mais quelque chose clochait. Il les regarda de plus près et se rendit compte qu'elles dataient toutes d'il y a déjà quelques années. Apparemment, le blond avait arrêté de nager ou du moins de concourir dans cette discipline.
« Pourquoi tu n'as aucune médaille récente ? finit-il par demander.
- Parce que j'ai arrêté la natation de haut niveau, lui fut-il répondu avec un haussement d'épaule.
- Pourquoi ? Tu avais l'air plutôt doué, remarqua Irvine. Champion cadet département, champion régional, vice-champion de Balamb des moins de 17 ans...
- J'ai eu un accident et j'ai dû arrêté la compétition, ça te va ? » Le ton s'était fait plus sec.
« Désolé, s'excusa le roux. Je ne savais pas.
- Pas ta faute. C'est juste que je n'aime pas beaucoup me souvenir cet accident et que parfois les compétitions me manquent.
- J'aurais pas dû te demander quand même.
- Si tu l'dis, fit Seifer en haussant les épaules avant de tendre plusieurs classeurs à son compagnon. Voici les cours des deux mois que t'as loupé. Tu peux les garder quelques temps mais j'aimerais bien les récupérer avant les partiels.
- Ils sont dans plus de trois mois ! protesta le roux.
- Je sais mais on m'a déjà fait le coup. Et comme je suis délégué, je peux pas vraiment refuser de prêter mes cours.
- Pas de bol. Tu as toujours vécu à Balamb ?
- Ouais, c'est une ville sympa. Tu veux qu'on regarde les cours ou tu préfères qu'on perde l'après-midi à discuter ?
- Si ça ne te dérange pas, je préfère discuter, répondit Irvine sans se démonter. Je regarderai les cours chez moi et j'irai te voir après en cas de problème.
- Bien dit, approuva le blond en tapant sur l'épaule de son camarade. Par contre, ne le dis pas à Quistis, elle nous tuerait. Alors, que veux-tu savoir sur moi ?
- Je ne sais pas trop... Ah si, pourquoi ta mère s'appelle Dincht alors que ton nom de famille est Almassy ?
- Parce qu'elle s'est remariée avec le père de Zell, mon demi-frère. Et toi, depuis combien de temps fais-tu du piano.
- Depuis mes huit ans... »
Les deux garçons passèrent la plus grande partie de l'après-midi à discuter et à nouer sans trop s'en apercevoir de solides liens d'amitié entre eux. Ce fut ainsi que Irvine apprit que le blond était son aîné d'un an, qu'il avait été renversé par une voiture et était resté trois mois à l'hôpital et qu'il continuait toujours sa rééducation car ses jambes avaient été durement touchées. Il avait aussi perdu une année de cours et avait dû redoublé sa terminale tandis que Quistis avait fait une année de fac de psychologie pour finalement s'orienter dans le même domaine que lui. Si les deux jeunes gens étaient d'ailleurs meilleurs amis, c'était parce que leurs parents étaient voisins quand ils étaient enfants, avant que ceux de la blonde déménagent dans centre-ville de Balamb. Seifer, quant à lui, apprit qu'Irvine avait quitté l'université après qu'un grave scandale impliquant le recteur n'ébranla ses géniteurs qui décidèrent de le changer d'établissement et de le parachuter à Balamb. Le roux avait par ailleurs laissé une petite amie derrière lui et l'appelait souvent, ce qui fit doucement ricaner le blond, peu ému par cet élan de romantisme. Ce rire déclencha la guerre entre les deux gens, qu'ils se livrèrent à coup d'oreillers, de coussins, de couvertures et de sacs et elle fut interrompue par l'arrivée surprise et intempestive de Ma Dincht qui venait leur dire qu'il était temps de passer à table à la grande surprise d'Irvine. Tout d'abord parce qu'il ne s'était pas rendu compte qu'il était si tard et ensuite parce qu'il ne s'attendait sûrement pas à ce qu'il soit invité à dîner. Il profita du fait que la quarantenaire fût partie devant pour le faire remarquer à son ami, qui haussa les épaules. Sa mère adorait inviter ses amis à dîner à la fois car elle aimait avoir de la jeunesse à sa table et ça lui permettait aussi de leur tirer les vers du nez, ce en quoi elle était très douée. Comme lui même ne lui disait pas grand chose sur ses journées, ça faisait à sa mère une autre source de renseignements. Les deux jeunes gens rirent en descendant l'escalier pour se rendre à la salle à manger, où le frère de Seifer était déjà à table. Ce dernier fit rapidement les présentations puis Émilie apporta les plats et la petite famille commença à manger. Zell et sa mère ne perdirent d'ailleurs pas beaucoup de temps avant de commencer à poser des questions au roux, afin de tout savoir sur le nouvel ami de leur Seifer. Ce fut finalement lui qui dut leur demander d'arrêter d'harceler Irvine. Le dîner finit rapidement mais le rouquin ne put échapper au pensum de jouer quelques morceaux de piano pour « payer » son repas et fut aussi vivement applaudi par ses deux questionneurs qui le félicitèrent pour son talent. Il prit rapidement congé car il commençait à se faire tard et qu'il devait rentrer chez lui et rata la façon étrange qu'avait Seifer de le regarder au moment de son départ, ce que ne firent ni son frère, ni sa mère. En effet, dès qu'ils entendirent la moto démarrer dans la rue, ils se retournèrent vers le blond qui les maudit intérieurement.
« Toi, tu as la mine de quelqu'un qui est amoureux, mon chou, lui fit remarquer sa mère en souriant tendrement.
- Non !
- Sisisisi, c'est vrai, ria de bon coeur Zell, ravi de voir son cher grand frère embarrassé. Tu l'as regardé avec des yeux de merlan frit pendant tout le repas, d'ailleurs... Aïe !
- Ça t'apprendra, conclut son aîné en se massant le poing. Je remonte.
- Attends, Seifer !
- Bonne nuit. »
Le blond claqua la porte de sa chambre et tira le verrou pour éviter d'être dérangé, puis sortit son casque audio, mit du Rammstein à fond avant de sortir son carnet de dessin et de tourner les pages jusqu'à s'arrêter à un portrait inachevé de Quistis. Il tenta de le continuer mais à chaque fois qu'il fermait les yeux pour se concentrer sur le visage de son amie, c'était une autre personne qui apparaissait, un grand roux aux magnifiques yeux violets. Il n'avait d'ailleurs pas remarqué jusqu'à présent à quel point cette couleur était belle. Le jeune homme sortit de ses réflexions, se donna un coup sur la tête avec son carnet et gémit en se souvenant de ce que sa mère venait de lui dire. Non, il ne pouvait pas être amoureux d'une personne qu'il connaissait depuis un jour à peine, n'est-ce pas ? Si ? Mais qu'avait-il fait pour mériter ça ? D'accord, le fait qu'il était gay ne semblait pas rebuter le roux mais il doutait que ce dernier prenne aussi bien le fait que le blond en pince pour lui. Surtout qu'il avait déjà une petite amie ! Seifer soupira une nouvelle fois de désespoir avant de tourner une nouvelle page de son cahier et de commencer à esquisser frénétiquement le visage qui semblait vouloir rester graver dans ses rétines. Puis le blond s'endormit sans même s'en rendre compte sur son dessin.
Le lendemain matin, il fut réveillé par sa mère qui, inquiète de ne pas l'entendre prendre sa douche, était montée le voir et avait ouvert sa porte avec le trousseau de clés de secours, ce qu'elle faisait rarement. Elle comprit immédiatement le problème en voyant le dessin à peine commencé et les larmes qui avaient séchées sur les joues de son enfant. Elle prit Seifer dans ses bras, comme après son accident et qu'il faisait une dépression suite à l'annonce qu'il ne pourrait jamais refaire de la natation à haut niveau, et le berça dans ses bras. Sans hésiter, le garçon fondit en larmes en balbutiant entre deux sanglots que de toute manière, Irvine ne pourrait jamais l'aimer et qu'il avait déjà en plus une petite amie. La crise dura une dizaine de minutes avant que le blond ne se reprenne et ne file sous la douche avant de se précipiter prendre son bus. La journée se déroula normalement, comme toutes celles des deux semaines qui suivirent, si ce n'était que le blond, une fois rentré de cours, passait le plus clair de son temps à dessiner le roux sous divers angles et postures sur son cahier. Quistis, Fujin, Raijin et même Irvine sentaient bien que quelque chose n'allait pas avec Seifer mais ce dernier restait muet et se renfermait sur lui-même à chaque fois qu'on lui posait la question.
Cela dura presque trois semaines puis le dernier jeudi avant Noël, il se mit à neiger. Avant de prendre son bus, Seifer glissa son cahier à dessin dans son sac histoire de pouvoir faire quelques rapides paysages de la ville sous le doux manteau blanc qui la recouvrait. Les cours se déroulèrent comme à leur habitude, si ce n'était que Seifer était plus occupé à regarder par la fenêtre et à gratter les tableaux qu'il observait. Cependant, à la sortie, Irvine lui proposa de passer d'abord par chez lui avant de rentrer à la maison, histoire de pouvoir récupérer les cours qu'il lui avait prêtés. Le blond hésita en se mordant la lèvre. Depuis qu'il avait compris les sentiments qu'il éprouvait à l'égard du pianiste, il essayait de passer le moins de temps possible seul avec lui afin d'évite d'être tenté, mais il se voyait mal expliquer au roux son refus d'aller chez lui. Finalement, il accepta, grimpa derrière lui sur sa moto et senti son coeur battre plus vite lorsqu'il dût s'accrocher au pilote pendant le trajet, heureux néanmoins que le casque cachât le fait que ses joues rougissaient.
Les deux jeunes gens montèrent deux étages à pied, l'ascenseur étant en panne, jusqu'au deux pièces dans lequel Irvine vivait. Un agréable fouillis régnait sur les lieux mais rien de réellement important, de toute façon, le propriétaire des lieux passait plus de temps chez madame Dincht à étudier avec Seifer ou à jouer du piano que chez lui. D'un tiroir de sa chambre, le roux tira les cours de Seifer et les lui remit avant de repartir avec lui chez sa mère. Le blond sentit son ventre se nouer encore une fois lorsqu'il mena son ami dans sa chambre. Sans paraître remarquer le malaise chez le blond, Irvine se laissa tomber et rebondir sur le grand lit de son ami avant de relever les yeux vers lui.
« Alors, quoi de beau ?
- Rien de spécial, pourquoi ? s'étonna le blond.
- Peut-être parce que tu passes ton temps à éviter nos questions, à moi et aux autres. Je sais que je n'ai pas été très présent cette semaine, mais ma copine vient de me larguer, alors...
- Tu t'es fait larguer ? ne put s'empêcher de relever Seifer avec une pointe d'espoir.
- Ouais, elle en avait marre de cette relation à distance.
- Merde, désolé pour toi.
- Oh, ça va, j'en étais plus spécialement amoureux, répliqua le roux en haussant les épaules.
- Mais quel romantisme, mon ami.
- Et puis, j'ai quelqu'un d'autre en vue.
- Vraiment ? Qui ça ? demanda le blond en sentant son ventre se nouer, la désillusion était dure même si il n'avait pas beaucoup d'espoir.
- Ha, ha ! Surprise, refusa de répondre Irvine en souriant. Bon, on le commence, cet exposé ?
- Mouais, t'es pas drôle... »
Les deux garçons planchèrent rapidement sur le devoir qu'ils devaient avoir fini pour la rentrée. Ils avaient choisi de travailler sur le passage d'une thèse de chimie sur certains composants organiques et leurs utilisations dans l'ingénierie industrielle. Au bout d'un moment, le blond se redressa et annonça qu'il allait en bas chercher des sodas. Le roux hocha la tête et attendit que son ami soit sorti de la chambre pour fouiller dans son sac à la recherche du cahier dans lequel il dessinait tout le temps. Pour être honnête, il avait été surpris au départ par le talent du blond car ses dessins étaient à la fois magnifiques et réalistes. Il trouva rapidement ce qu'il cherchait et commença à feuilleter les pages. Au début, c'étaient des portraits, le plus souvent de Quistis, Raijin ou Fujin, et quelques paysages qu'il ne connaissait pas tous, puis, à sa grande surprise, les dernières pages étaient presque toutes des représentations de lui. Il se sentit sourire. Se pourrait-il que... ? Le propriétaire du carnet entra en ce moment et parut sur le point de lâcher les bouteilles qu'il portait lorsqu'il s'aperçut de ce que feuilletait le roux.
« Seifer, tu es amoureux de moi ? demanda Irvine en regardant son vis-à-vis rougir et bégayer, ce qui signifiait plus que toutes les déclarations qu'il aurait pu faire.
- Je suppose que tu es dégoûté, maintenant, soupira le blond en évitant son regard.
- Je ne te l'ai jamais dit ? Je suis bi.
- Hein ? ne put s'empêcher de s'exclamer Seifer en regardant cette fois-ci avec des yeux ronds le roux.
- Oups, j'ai l'impression que j'ai oublié de le faire. Et en fait, ça tombe même bien, parce que la personne (il mima à ce moment des guillemets avec les doigts) qui m'intéresse, c'est toi.
- Que... ? »
Irvine ne sut jamais la fin de la phrase de Seifer car, trouvant le blond trop mignon lorsqu'il rougissait ainsi, il l'embrassa avec passion. Le plus âgé répondit sans hésitation au baiser et entrouvrit les lèvres pour laisser passer la langue mutine du roux qui demandait le passage. Les deux muscles buccaux s'enroulèrent l'un autour de l'autre dans un ballet brûlant et fervent que connaissent tous les amoureux depuis la nuit des temps. À court d'air, les deux jeunes gens durent se séparer et se dévisagèrent avant de recommencer à s'embrasser. Irvine ne put s'empêcher de trouver Seifer magnifique, avec ses lèvres gonflées, ses joues rougies et ses yeux brillants de bonheur et de plaisir. Il mordilla doucement la lèvre inférieur du blond et sentit son sang quitter son cerveau pour se diriger beaucoup plus bas lorsqu'il entendit son amant gémir doucement. Ses mains, indépendamment de sa volonté, quittèrent le cou du dessinateur pour parcourir le corps qui leur était offert. Haletant, Seifer se sépara doucement d'Irvine qui légèrement frustré, poussa l'autre jeune homme sur le lit avant de l'embrasser à nouveau encore et encore. Il sentait contre sa cuisse la dureté du blond et ça l'excitait. Mais lorsqu'il laissa sa main errait vers cette zone de l'anatomie de Seifer, le garçon sous lui la saisit et se dégagea de l'étreinte.
« Je ne crois pas que ça soit une bonne idée, gémit-il malgré son désir évident.
- Pourquoi ? se moqua le roux en léchant doucement le cou de son ami, lui arrachant un frisson de plaisir.
- Mon frère est dans la chambre juste à côté, c'est pas une bonne idée, j'ai pas spécialement envie de le traumatiser.
- J'imagine que tu as raison, soupira Irvine en mordant légèrement l'épaule de son compagnon, frustré. Mais tu as une idée pour ça ? fit-il en désignant le problème évident qui les touchait tous deux.
- Une douche froide.
- T'es pas drôle.
- Je sais mais on n'a pas d'autre choix, » répliqua Seifer en s'échappant des longues mains fines du rouquin qui étaient décidemment bien trop tentantes à son goût avant de sortir de la chambre, laissant Irvine régler seul son problème sur le lit.
Le jeune homme revint cinq minutes plus tard, la peau glacée à cause de la douche et retrouva son petit ami en train de bouder sur son lit, déçu de l'abandon du blond qu'il voyait comme une trahison.
« J'espère juste que tu ne t'es pas soulagé dans mon lit, fit remarquer Seifer en s'asseyant à une distance prudente du roux.
- Rassure-toi, je l'ai pas fait et t'es un lâcheur.
- Pour avoir refusé de traumatiser mon frère ? Il a quatorze ans ! Je ne pense pas que ce soit une bonne idée qu'il entende son frère s'envoyer en l'air avec un autre mec.
- Mouais... Mais j'ai dû couper mon envie en imaginant madame peau de vache avec le doyen.
- Eurk, merci pour l'image mentale, grimaça le blond.
- Bien fait.
- Tu boudes ?
- Nan !
- Marrant, j'ai bien l'impression que si.
- Tu m'as lâché !
- Tu comptes revenir longtemps là-dessus ?
- Ou-mmm ! » Irvine fut coupé dans ses râlements par Seifer qui l'embrassa pour le faire taire. Les garçons auraient bien continué de s'embrasser mais la voix d'Émilie les coupa dans leur occupation pour les appeler à table. Le blond s'apprêta à sortir lorsqu'une paire de bras le ceintura par derrière et que deux lèvres gloutonnes lui dévorèrent le cou. Puis les bras le libérèrent et il se retourna pour voir Irvine sourire d'un air satisfait. Et il comprit.
« Tu m'as fait un suçon ! l'accusa-t-il.
- On ne devrait pas faire attendre plus longtemps ta mère, non ? » répondit innocemment le roux en plaquant un baiser rapide sur ses lèvres pour l'empêcher de râler avant de détaler.
Seifer s'apprêtait à suivre son petit copain lorsque son regard tomba sur un vieux journal froissé qui traînait sur son bureau. Il sourit et l'ouvrit à une certaine page.
Santé : Faites attention aux chutes.
Amour : Une belle rencontre qui marquera peut-être le début d'une grande histoire d'amour. Ne laissez cependant pas votre caractère risquer de tout gâcher, contrôlez vos sautes d'humeur.
Voilà ! Alors, vous en pensez quoi ? Moi, je l'aime beaucoup. ^^
Au début, je ne voyais pas du tout la fin comme ça, j'imaginais que le deuxième jour, Seifer passe dans l'appart' d'Irvine et tombe sur une photo du roux avec Squall et les deux garçons se seraient rendus compte qu'ils avaient le même ex... Et de fil en aiguille seraient sortis ensemble.
Mais finalement, je préfère cette dernière version...
Et puis, n'oubliez pas les éventuelles menaces et tout et tout si vous n'appuyez pas sur le petit bouton-qui-n'est-plus-vert.
Signé : la folle au parapluie vert pomme.
