Love has no desire but to fulfil itself. To melt and be like a running brook that sings its melody to the night. To wake at down with a winged heart and gives thanks to another day of loving.
Kahlil Gibran.
L'air était empli d'une fumée âcre qui lui brûlait les poumons. Le regard de Sam fouilla anxieusement les environs mais elle ne repéra aucune présence humaine, qu'elle soit hostile ou amicale. Ses yeux retombèrent sur le village à présent presque totalement détruit. Les flammes montaient haut et la chaleur qui s'en dégageait était à la limite du supportable, mais le Colonel ne bougea pas. Elle maintint sa position, espérant entrevoir la tenue kaki de l'un de ses coéquipiers.
La mission n'était pas censée mal tourner. Mais d'un autre côté, elles ne l'étaient jamais. Rien n'aurait dû déraper aujourd'hui. Pas quand deux Généraux et un diplomate avaient passé la Porte avec eux. Qu'importe qu'un des deux haut-gradés ait été le leader de l'équipe phare du programme pendant sept ans. Un escadron de soldats Oris n'aurait pas dû débarquer en plein milieu des négociations délicates visant à obtenir l'autorisation d'étudier cette fameuse machine qui pourrait leur donner l'avantage sur leurs ennemis.
Peut-être que la décision qu'avait prise Cameron en ouvrant directement le feu n'avait pas non plus été la plus sage.
Le monde avait explosé en déflagrations et en cris effrayés. Les premières flammes avaient jailli des toits de chaume et la panique avait emporté le semblant d'ordre qui régnait encore. Cameron, détaché à la sécurité du Général Jensen, était passé par-dessus la cohue et avait fait signe de se replier. Teal'c s'était lui-même rapproché de Julian Terell, la diplomate totalement terrifiée, qu'il avait pour tâche de défendre en toute circonstance. Daniel et Vala étaient déjà hors de vue et Jack ne l'avait pas attendue pour riposter.
Elle avait cherché à se rapprocher du Général puisqu'elle était censée être son garde du corps pour la mission. Seulement, une maison s'était effondrée sur sa droite, la séparant efficacement du reste de son équipe. Après quoi, sa priorité avait été de sortir du village avant que le piège ne se referme.
Le « paquet » gigota dans ses bras et Sam jeta un coup d'œil inquiet à ce qu'elle avait miraculeusement ramassé dans les décombres. Deux grands yeux gris étaient braqués sur elle et elle fut frappée par l'innocence et la fragilité qui y dominaient. Une branche craqua à sa gauche et son cœur s'emballa furieusement, tandis qu'une nouvelle décharge d'adrénaline ravageait ses veines.
Elle pivota et repérant un reflet entre deux buissons, tira sans se poser de question. Le soldat Ori s'écoula, mort avant même d'avoir touché le sol.
Elle devait sortir de là.
Les habitants du village avaient mentionné des grottes en contrebas de la falaise… C'était sans doute là bas que les survivants s'étaient rassemblés. Là aussi qu'elle retrouverait son équipe. Seulement l'enfant entravait ses mouvements. En cas de danger, elle serait gênée et cela pourrait bien leur coûter la vie à tous deux.
Sans réellement hésiter, elle déclipa son arme, ouvrit son pare-barre et tenta de le coincer du mieux qu'elle put entre sa poitrine et son gilet. Le bébé lâcha un cri surpris et mécontent qu'elle tenta d'apaiser par des petits bruits calmants. Elle ne parvint à rien, les hurlements de l'enfant retentirent plus forts et menaçaient d'attirer à eux tous les ennemis qui rôdaient dans les parages.
Le cœur battant, elle s'enfonça dans les bois en direction approximative du nord. Elle devait s'éloigner des Oris et du sinistre.
Love has no desire but to fulfil itself
« On se replie ! Allez, allez ! » cria Jack, en direction des villageois qui suivaient maladroitement les directions de Jensen et Mitchell.. « Allez ! »
Il stoppa sa course et ordonna à Cameron, d'un coup de menton, de prendre la tête de la file. En marge, il observa les visages avec anxiété mais ne repéra ni regard bleu, ni boucles blondes. La mâchoire contractée à l'extrême, agrippant son P-90 avec une poigne meurtrière, il repéra finalement le Jaffa, Terell sur les talons. La pauvre femme était livide.
« Teal'c ! » beugla-t-il. « Où est Carter ? »
Le guerrier lui jeta un regard inquiet et stoppa sa progression, arrêtant Terell d'une main sur l'épaule.
« Je pensais que le Colonel était avec vous, O'Neill. » répondit le Jaffa.
« Visiblement pas. » répliqua Jack, à bout de patience.
Les derniers fuyards les avaient atteints, et toujours aucune trace de Carter. Daniel et Vala en revanche, fermaient la marche, progressant avec difficulté. L'archéologue s'appuyait lourdement sur la jeune femme, tentant de soulager de son poids la jambe qui saignait abondamment. Le Général grimaça en voyant l'état dans lequel il s'était mis.
« Jack, Sam n'est pas là. » lança immédiatement –et inutilement- Daniel.
Teal'c ne perdit pas une seconde avant de décharger la jeune femme de leur équipier.
« Il faut retourner la chercher. » déclara Vala, plus sérieuse qu'il ne l'avait jamais vue.
Jack hésita l'espace d'une seconde. L'homme en lui désirait plus que tout revenir sur ses pas et retrouver sa compagne. Le militaire savait que c'était imprudent. Le silence radio devait être respecté sous peine de la faire repérer et tenter de la dénicher entre les soldats Oris et le début d'incendie serait plus dangereux que productif. Si elle avait été en danger immédiat, elle les aurait contactés. De plus, elle connaissait l'existence des grottes vers lesquelles ils se dirigeaient.
« Trop risqué. » jugea le Général. « Elle nous rejoindra. »
Il mit autant de force et de conviction que possible dans ses paroles.
Ca ne convainquit ni Vala, ni lui-même.
Mais ils devraient faire avec.
« On y va. »
To Melt
La nuit tombait vite et Sam n'avait aucune idée de l'endroit où elle était. Le bébé avait pleuré pendant des heures avant de céder à la fatigue et de s'endormir. Le silence était assommant.
Sa main se porta à la radio puis elle la laissa retomber. Contacter les autres pouvait leur attirer des ennuis.
Et elle ne savait toujours pas où était Jack.
Etait-il avec les autres ? Avaient-ils été séparés ? Etait-il toujours en vie ?
L'odeur de l'incendie était toujours présente dans l'air, indiquant que les flammes avaient probablement gagné le bois. Elle devait à tout prix atteindre la falaise et trouver le chemin qui lui permettrait d'aller jusqu'aux grottes en contrebas.
Et elle devait arrêter de penser à Jack.
Jack était capable de s'en sortir seul.
Elle ferma les yeux et chassa du revers de la main la sueur qui coulait sur son front.
Elle n'était pas convaincue.
Mais elle devrait faire avec.
and be like a running Brook that sings its melody to the Night
Le regard fixé sur le ciel sans étoile, Jack tentait de juguler sa panique. Une heure qu'ils étaient là, le soleil était tombé et Carter ne les avait pas rejoints.
Il devait la retrouver.
Il devait aller la chercher.
« Combien de temps mettront les renforts ? » lança le Général Jensen dans son dos.
C'était sans doute à lui que la question s'adressait mais Mitchell prit le relais avec aisance, expliquant avec un tact tout à fait sudiste que jusqu'à nouvel ordre, ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Et Carter était toujours perdue dans la forêt. Pour ce qui semblait être la centième fois en moins d'une heure, sa main agrippa sa radio. Mais il ne l'enclencha pas. Ca pourrait la mettre en danger.
Son regard tomba sur Daniel et Vala. La pirate tentait depuis plusieurs minutes de soigner l'archéologue récalcitrant. Le bruit étouffé de leur dispute faisait tourner plusieurs têtes mais ils n'en avaient cure. Prenant soudain une décision, Jack se planta devant Mitchell, interrompant les discours inutiles de Jensen et Terell.
« Je pars à sa recherche. » annonça-t-il calmement.
« Je vous accompagne, O'Neill. » déclara immédiatement le Jaffa.
Mitchell ouvrit la bouche mais Jensen intervint avant que le Colonel ait pu donner son avis. Quoi qu'il n'y avait pas grande surprise de ce point de vue là. Le militaire allait sans doute approuver.
« Est-ce que ce n'est pas inutilement dangereux ? » demanda Jensen. « Je veux dire, Jack… Je sais qu'elle a fait partie de votre équipe pendant longtemps, mais… Je suis désolé, elle est sans doute… »
« Qu'elle ait été séparée du groupe ne veut pas dire qu'elle soit morte. » coupa Mitchell. « Elle est peut-être blessée ou… »
« Je pars à sa recherche. » répéta Jack sans le laisser finir. « On ne laisse personne derrière, Jensen. Vous avez oublié ? »
« Jack, c'est complètement… » reprit l'autre Général.
Mais Jack en avait assez entendu.
Il crevait d'inquiétude pour Sam. Il savait qu'elle était capable de se défendre. Il savait qu'elle affrontait des trucs comme ça tous les jours. Mais il était mort d'inquiétude.
« C'est de ma femme qu'on parle ! » lâcha-t-il dans un grondement menaçant.
Personne n'osa répondre. Il n'était pas certain que Jensen ou Terell soit véritablement au courant, mais au vu de leurs expressions, ils ne l'étaient pas.
« Teal'c. » ordonna-t-il finalement. « Restez ici. Montez un périmètre. Mitchell, avec moi. »
Il quitta l'abri de la grotte sans attendre.
To wake at Dawn
Elle avait beau le bercer, le bébé dans ses bras refusait de cesser ses hurlements. Elle avait marché la nuit entière mais était presque certaine d'avoir tourné en rond. L'enfant avait faim et elle aussi à vrai dire. Elle était épuisée, avait sommeil mais tenait toujours bon, parce qu'il était clair qu'ils étaient en danger.
Tout son corps le lui hurlait.
Son instinct la prévenait.
Et pourtant, malgré tout cela, elle fut trop lente.
Quand elle se retourna, le soldat Ori la tenait en joue et ses bras étaient trop pleins du bébé pour qu'elle puisse attraper son arme.
Le coup était presque parti et elle se tourna à moitié, tentant de protéger l'enfant de son corps.
C'était tout ce qu'elle pouvait faire.
Ca et penser à Jack.
With a winged Heart
Ils avaient marché toute la nuit et bien qu'ils aient repéré des traces de rangers, ils n'avaient pas mis la main sur Carter. Plus ils progressaient et plus la nervosité de Mitchell devenait palpable. Jack n'était pas nerveux, il était à la limite d'une panique qui le terrifiait.
Perdre Carter.
Il ne pourrait pas perdre Carter.
Jamais.
Preuve qu'il était totalement distrait, il fallut le geste de Mitchell pour qu'il ralentisse et prête attention à ce qui les entourait. Il répara immédiatement le soldat embusqué. Il lui fallut une seconde de plus pour apercevoir Carter.
Il ne comprit pas pourquoi elle ne leva pas son arme alors qu'il était clair que le soldat s'apprêtait à tirer. Il ne chercha pas à comprendre.
Il fit feu.
Mitchell l'imita et assez vite, il ne resta plus grand-chose du soldat Ori.
Carter eut un mouvement de surprise, puis un sourire soulagé fendit son visage.
« Contente de vous voir, les gars. » lâcha-t-elle.
Il fut une époque où Jack se serait contenté d'une petite tape sur l'épaule et d'un regard lourd de sens. Ce temps là était révolu. Il avait besoin de plus. Et simplement parce qu'il le pouvait désormais, il avança jusqu'à elle et l'attira contre sa poitrine.
Il ne s'attendait ni au cri de reproche ni à être durement repoussé par la jeune femme.
Un instant confus, son regard tomba finalement sur ce qu'elle tenait dans les bras et qui s'époumonait. Jack leva un sourcil.
« Tu as quelque chose à m'annoncer ? » plaisanta-t-il.
Mais la fatigue évidente sur ses traits atténua quelque peu l'effet. Mitchell accueillit Sam d'un sourire et à sa demande, la déchargea de son précieux fardeau.
Jack pensait qu'elle voudrait se remettre en route immédiatement, mais elle s'appuya simplement contre lui quelques secondes.
« Je deviens trop vieux pour ça. » murmura doucement le Général.
« Je me dis ça tous les jours. » répondit-elle, sans sembler trouver la force nécessaire pour s'éloigner de lui.
Il effleura sa tempe de ses lèvres.
« Tant que tu me reviens à la fin de la journée… »
Elle sourit, et ça lui suffisait.
And give thanks for another day of loving
