Texte 4 du troisième challenge des penguins. ^^ J'ai choisi d'en faire une song fic sur les paroles de muse, Resistance. (Je rapelle pour certains que ces os comme précisé au premier post, sont indépendants les uns des autres. Ils ne se suivent pas.)

Resistance

I would rather have tasted her lips just once, touched her skin, one time, and made love to her for one night, than spend the rest of my life without ever knowing that.

~From City of Angels

Is our secret safe tonight ?

La salle de briefing était bondée de généraux croulant sous les décorations, de sénateurs et de diplomates en tout genre. Jack se frayait tant bien que mal un chemin dans la foule de cols blancs qui voulaient tous s'entretenir avec lui de sujets divers et variés allant du temps qu'il faisait au budget qui était alloué au programme Porte des Etoiles. Il dirigeait la dernière catégorie vers le Général Hammond, Daniel ou même Carter.

Bifurquant entre deux sénateurs et Daniel en plein mode : Docteur Jackson, archéologue, le Colonel parvint à atteindre la vaste baie vitrée qui surplombait la salle d'embarquement. Jouant des coudes, il rejoignit son second, en grande conversation avec le Général Kerrigan, le directeur de l'Académie.

« Jack. » accueillit amicalement le militaire.

Le Colonel sourit et salua son ancien supérieur d'un signe de tête.

« Monsieur. » répondit-il. « Est-ce que Carter vous a bien embrouillé ? »

Le regard mécontent que lui adressa la jeune femme cachait mal son amusement et Jack se surprit à sourire davantage encore.

« Avec autant d'habileté que d'habitude, Colonel. » plaisanta Kerrigan. « Je signerai ce qu'elle voudra sans en avoir compris la moitié. »

Jack secoua la tête. « Si je pouvais tout obtenir aussi facilement… »

« Ne rêvez pas, Jack. » grimaça le Général. « Vous êtes loin d'avoir son charme. »

Carter gigota, visiblement gênée par le tour que prenait la conversation. Réflexe idiot, sa main vint immédiatement se poser dans le creux de ses reins tandis qu'il fabriquait à la va-vite une excuse quelconque. Il perçut distinctement le moment où elle retint sa respiration alors que tout son corps se tendait en réponse à ce simple contact. L'air resta prisonnier de sa propre gorge et pendant une seconde, il regretta de l'avoir touchée.

Une seconde.

Après quoi, elle s'appuya légèrement sur sa main.

Acceptation tacite.

Invitation muette.

Il peina à garder une franche expression d'ennui tandis qu'ils traçaient progressivement leur route hors de la pièce.

And are we out of sight ?

Le laboratoire était totalement plongé dans le noir et le regard de Sam se posa par réflexe sur l'endroit où le voyant de la caméra était censé briller. Elle était éteinte bien entendu, c'était la première chose dont elle s'assurait toujours.

La bouche de Jack se posa sur sa gorge et elle laissa tomber sa tête en arrière dans un gémissement, les yeux fermés.

C'était risqué.

Probablement trop.

Mais elle ne pouvait pas réfléchir quand ses lèvres couvraient les siennes, quand ses doigts courraient sur sa peau…

Et les mains qu'ils avait glissées sous son chemisier étaient trop habiles pour que son cerveau ait une quelconque chance de fonctionner de façon normale. Elle était pressée contre le mur, son supérieur hiérarchique était en train de l'embrasser à en perdre la tête, alors que le SGC grouillait de personnes à la recherche du moindre prétexte pour mettre un terme aux activités du programme mais même ce vague sentiment de culpabilité ne pouvait la pousser à exiger qu'il arrête.

Au contraire, elle luttait pour le contrôle de leur étreinte. Luttait pour le contrôle de leur relation.

« Carter… » souffla le Colonel tandis qu'elle attaquait la chair délicate de son cou. Son corps trembla en réponse, chaque fibre de sa peau hurlant pour la sienne. Déchirée par cette douleur familière et attendue, elle se laissa aller contre lui, profitant de la tendresse soudaine dont il semblait déborder.

Il y avait des choses dont ils devaient parler. Des choses qu'elle devait dire mais qu'il ne voudrait pas entendre. Mais pas maintenant. Ce n'était pas le moment. Ce n'était jamais le moment.

Et elle se perdit une nouvelle fois contre ses lèvres offertes, dans ces sensations qu'il faisait naître en elle.

Or will our world come tumbling down ?

Jack se recula brusquement sans qu'elle comprenne pourquoi.

La seule chose qu'elle sentit fut le froid soudain qui l'entoura. Puis elle entendit l'écho de la voix de Daniel tandis que le Colonel bataillait pour rajuster ses vêtements tout en rallumant la lumière et la caméra.

Plus lente, Sam remit sa tenue en ordre et l'écarta sans ménagement de son ordinateur. Eteindre la caméra n'était pas une bonne idée car quelqu'un pouvait le réaliser à tout moment et le signaler. Ou enquêter. Le piratage qu'elle avait mis en place assurait que ça n'arrive pas. La caméra 'filmait'. Du moins elle croyait filmer. Les images qu'elle enregistrait étant d'anciennes vidéos datant en général de la journée où on ne voyait rien de compromettant. Un crime de plus à ajouter à sa liste.

La caméra se remit à marcher normalement au moment où Daniel pénétrait dans la pièce, accompagné du sénateur chargé du budget. La scientifique échangea un bref regard avec son supérieur.

Juste.

Trop juste.

« Ah, Sam, Jack… Tout le monde vous cherche. » lâcha Daniel, ses yeux bleus s'attardant légèrement sur la taille de la jeune femme.

Instinctivement, le Major tira davantage sur sa jupe. Elle descendit de deux bons centimètres. Refoulant l'élan de panique qui était monté dans sa poitrine, elle se força à agir comme si de rien n'était. Comme si elle n'avait pas été en train de briser un des règlements principaux deux minutes à peine auparavant.

Heureusement, le sénateur semblait distrait. Il ne parut pas remarquer quoi que ce soit de dérangeant et l'affabilité du Colonel aurait de toute façon endormit la méfiance de n'importe qui.

« Relax, Danny. » répliqua Jack en secouant la tête avec amusement. « Un des nombreux admirateurs de Carter voulait voir certains papiers. Des calculs ou je ne sais quoi… »

« Vraiment ? » rétorqua l'archéologue, visiblement partagé entre amusement et exaspération. Mais en aucun cas dupe de ce qu'il avait interrompu.

« Seulement je n'arrive pas à mettre la main dessus… » temporisa Sam. « Il devra faire sans, j'en ai peur. Pouvons-nous vous aider, monsieur le sénateur ? »

L'homme sembla émerger de la rêverie dans laquelle la conversation des deux coéquipiers l'avait plongé.

« En réalité, oui, Major. » répondit le sénateur avec un sourire poli. « C'est vous que je cherchais. Pourriez-vous m'expliquer une nouvelle fois cette histoire de tunnel et de pomme ? Je crains de ne pas bien saisir le concept du voyage interstellaire… »

Refusant de prêter attention à l'échange de regards qui opposait Daniel au Colonel, Sam plaqua un sourire engageant sur ses lèvres.

« Par ici, monsieur. » invita-t-elle l'homme à la suivre.

Ils avaient à peine atteint le milieu du couloir quand la voix du Colonel les atteignit, sèche et froide.

« La ferme, Daniel ! »

La réplique mécontente de l'archéologue ne fut qu'un vague grondement et Sam se dépêcha d'entraîner le sénateur, avec un sourire d'excuse.

« Le Colonel et Daniel sont deux grands enfants, monsieur. » lâcha-t-elle. « Ils se chamaillent sans arrêt, n'y prêtez pas attention. »

Charmé par l'attention qu'elle lui portait, l'homme haussa les épaules. La jeune femme recommença à respirer plus librement.

Will they find our hiding place ?

Un nouveau coup de sonnette vrilla l'air, suivi de près par un tambourinement ininterrompu sur la porte. Jack ignora l'un comme l'autre, le regard perdu dans le ciel nocturne qui les surplombait. Instinctivement, sa main fouilla l'espace à côté de lui et trouva celle de sa compagne. Des doigts fins s'enroulèrent immédiatement autour des siens.

« Jack ! » cria Daniel de frustration en contrebas, tout en s'acharnant un peu plus sur le battant de bois.

Allongés sur la petite plateforme d'observation que le Colonel avait installée sur son toit, ils étaient indétectables d'en bas. La voiture de Jack, en revanche, l'était et indiquait bel et bien qu'il était chez lui. Carter avait rentré la sienne dans le garage mais il se doutait bien que l'archéologue était passé chez elle avant d'atterrir chez lui.

Finalement, au bout de plusieurs minutes, la voix de Teal'c s'éleva. Jack ne comprit pas les mots mais il aurait parié que le Jaffa expliquait gentiment à Daniel pourquoi il devait laisser au militaire son intimité. Vu que le linguiste se remit à tambouriner sur la porte, le message ne dut pas passer.

A côté de lui, Carter lâcha un soupir. Il ne parvint pas à déterminer si elle était agacée ou simplement lasse de tout ça.

Il tira un peu sur sa main et elle se rapprocha de lui, se blottissant contre lui et posa la tête sur son épaule. Il entoura sa taille de son bras et ferma les yeux, simplement content de la tenir contre lui.

« Vous ne vous rendez pas compte ! » lâcha Daniel, au dessous d'eux. « Vous ne réalisez pas, Teal'c ! »

« Nous n'avons aucune preuve qu'O'Neill et le Major Carter s'adonnent à des activités répréhensibles, Daniel Jackson. » contra patiemment Teal'c, un zeste d'irritation dans la voix.

La mâchoire de Jack se contracta et il ne put ignorer le coup de poignard que la culpabilité lui assena. Le Jaffa le défendait et ça lui faisait mal de trahir sa confiance. Seulement…

« Mais, Teal'c… »

« O'Neill est sorti, Daniel Jackson. » interrompit le guerrier. « Retournons au SGC. »

Il fallut plusieurs autres minutes d'une conversation houleuse avant que Daniel ne cède finalement au Jaffa, mais leur voiture finit par démarrer. Ce fut le moment où le poing de Carter se referma sur sa chemise, comme si elle avait besoin de ça pour s'ancrer à la réalité du moment.

Is this our last embrace ?

« On ne peut pas continuer. » lâcha Sam avec difficulté, cachant mal les larmes qui lui nouaient la gorge.

Il y eut une seconde de silence puis le bras qui était passé autour de sa taille se retira et Jack se redressa. Elle en profita pour se rasseoir, mettant entre eux la distance nécessaire à cette discussion.

« Quoi ? » demanda-t-il quelques secondes plus tard, la fixant avec un mélange d'angoisse et d'incompréhension.

La jeune femme prit une grande inspiration et posa son regard sur le télescope. Tout plutôt que sur lui.

« On ne peux pas… continuer. » répéta-t-elle avec difficulté.

Seigneur, la seule chose dont elle avait envie était de se couler dans ses bras et de ne plus en bouger. Elle voulait ses lèvres contre les siennes afin de cesser de penser. Elle voulait juste… oublier. Oublier que quelque chose d'aussi bon était interdit. Oublier qu'elle était certaine qu'arrêter était une erreur tout en sachant que poursuivre n'était pas la chose à faire.

« Carter… » protesta-t-il faiblement.

Un peu trop faiblement.

Le petit cinéma de Daniel et Teal'c quelques secondes plus tôt avait peut-être été ce dont ils avaient besoin. Ce n'était pas simplement un règlement qu'ils brisaient. Sam ce serait accommodé d'une stupide règle… Non, c'était plus grave. Ils abusaient de la confiance d'Hammond, ils trahissaient celle de leurs meilleurs amis et… ils mentaient à leurs proches.

Peut-être que l'un d'eux devait avoir le courage de dire ce qui devait être dit. Peut-être que Jack était soulagé que ce soit elle qui fasse le premier pas.

La première fois qu'ils s'étaient embrassés avait été un accident dû aux circonstances et à l'épuisement moral d'une victoire amère. Il n'y avait eu aucun discours ou grands serments après la première nuit qu'ils avaient passée ensemble. Peut-être que cette liaison devait finir comme elle avait commencé, sans déclarations ou feux d'artifice… Peut-être devait-elle mourir dans un éclat de silence…

« Je ne peux plus, Jack. » déclara-t-elle avec plus de force qu'elle n'en ressentait en réalité. « C'est… C'est trop dur. »

Menteuse, glissa sa conscience. Ce n'était pas trop dur. Elle était prête à bien plus que ça pour lui. Peut-être avait-elle peur. Peut-être était-ce plus simple de céder au système que de chercher à l'ébranler…

Or will the walls start caving in ?

« Mais je… » commença Jack pour s'interrompre aussitôt. Les mots qui se bousculaient sur sa langue n'étaient pas de ceux qui passeraient ses lèvres avec facilité. « Carter, je sais que… Mais… »

Le Colonel se tut, réalisant que tous les arguments qu'il pouvait avancer se résumaient à trois mots. Rien de plus. Rien d'autre.

« Je… » tenta-t-il encore mais il n'y arrivait pas.

Elle lui sourit tendrement, un des sourires qu'elle lui lançait d'ordinaire au réveil. Pour l'amour du ciel, il ne pouvait pas renoncer à ça ! Il ne pouvait pas….

Et pourtant…

Pourtant l'attitude de rejet que Daniel réservait à leur relation illicite le blessait au plus profond. Savoir qu'il brisait la confiance d'Hammond et de Teal'c… Imaginer la tête de Jacob si Carter et lui étaient pris…

« C'est injuste. » lâcha brusquement Carter, et cette fois les larmes qu'elle s'efforçait de retenir discrètement depuis cinq minutes coulaient librement sur ses joues. « Je t'aime, Jack… Je t'aime tellement… »

Ne sachant comment réagir face à ses sanglots, il l'attira contre lui et enfouit son visage dans le creux de son cou, dissimulant son chagrin avec difficulté.

« Ne pleure pas, bébé… » supplia-t-il. « S'il te plait… Je déteste quand tu pleures… »

« Je t'aime… » répéta-t-elle encore et il se dégoutait de ne pas pouvoir répondre que lui aussi il…

« Bébé… » murmura-t-il, déposant une trainée de baisers sur son cou, sa gorge, ses lèvres…

Il ne savait pas comment la consoler. Il ne savait que l'aimer…

Alors il l'aimerait. Même si c'était la dernière fois.

It could be wrong…

« Sam n'a pas l'air bien en ce moment. » lâcha Daniel, du bout des lèvres, tandis que l'ascenseur les menait jusqu'à l'étage de la salle d'embarquement.

Jack haussa les épaules en serrant les dents, vérifiant pour la dixième fois que son P-90 était correctement sanglé. Ca faisait deux semaines que Carter et lui se contentaient des bonjours et bonsoirs amicaux qui étaient réservés aux simples coéquipiers. Ils n'osaient pas se retrouver seuls et aborder un sujet plus privé que les expériences de la scientifique et les bourdes de l'archéologue semblait exclu.

Il ne savait pas comment la jeune femme se sentait.

Mais si elle était comme lui, elle vivait en enfer.

But it should have been right.

« Etes-vous souffrante, Major Carter ? » s'enquit doucement Teal'c, tandis qu'ils attendaient leurs équipiers au bas de la rampe.

Comme elle en avait pris l'habitude récemment à chaque fois qu'on lui posait cette question, Sam plaqua un sourire sur ses lèvres.

« Pas du tout, Teal'c. » affirma-t-elle. « Je vais très bien. »

Le Jaffa leva un sourcil, visiblement peu convaincu. Nerveuse, Sam s'occupa en vérifiant que son sac était correctement fixé.

« Ne trouvez-vous pas qu'O'Neill semble préoccupé, ces derniers temps ? » demanda le guerrier.

Cependant, la jeune femme n'entendit pas. Daniel et Jack venaient de pénétrer dans la pièce et son regard rencontra celui de son supérieur. Le militaire lui adressa un faible sourire qu'elle se força à lui rendre tout en ignorant le besoin qui naquit dans son ventre et le regret qui assaillait sa poitrine. Elle détourna finalement le regard et le fixa sur la Porte qui s'enclenchait.

« Je vais très bien. » répéta-t-elle dans un murmure.

It could be wrong…

C'était la première fois qu'ils allaient off-world depuis leur… séparation et libéré du poids des caméras, la tentation était presque insupportable. Les regards qu'il lui lançait perpétuellement ne lui échappaient pas. Elle faisait de son mieux pour les éviter, pour prétendre ne pas les voir, mais… Son corps s'enflammait à chaque fois qu'il la regardait et ce n'était pas simplement du désir. Si ça n'avait été que ça, l'eau froide dont elle l'avait vu s'asperger le visage aurait remédié à la situation. Et celle qu'elle s'était malencontreusement renversée dessus aurait réglé son propre problème.

L'ennui c'est que ce qu'elle désirait tout au fond… c'était être dans ses bras. Même pour quelques secondes. Juste… quelques secondes. Elle ne voulait rien d'autre, elle ne voulait pas aller plus loin que ça… Peut-être un baiser… ou deux… Mais ce n'était pas que physique. Ce n'était pas qu'un simple appel de la chair…

C'était… tellement plus.

Let's our hearts ignite.

Elle perçut son soupir contre ses cheveux et eut du mal à réprimer un sanglot. Ses mains s'agrippèrent à ses épaules, ses ongles s'enfoncèrent sous sa peau mais il ne broncha pas. Au contraire, il la serra plus fort et elle aurait juré être sur le point d'étouffer. Mais elle n'aurait pas échappé à son étreinte. Pour rien au monde.

Daniel et Teal'c étaient à deux pas seulement, en train de monter le campement. Elle aurait dû chercher du bois et lui établir un périmètre de sécurité… Ils pouvaient être découverts à tout moment…

« Jack… » gémit-elle.

Il lui manquait.

Dieu, ça la tuait…

Elle ne survivrait pas à ça…

Elle ne survivrait pas…

« Je sais, bébé… » murmura-t-il. « Je sais… »

« Ca ne marche pas… » lâcha-t-elle. « Ca ne marche pas… »

Elle redressa la tête, capturant sa bouche avant qu'il ait pu reculer ou esquiver. Bien que vu l'ardeur qu'il mit dans le baiser, elle doutait qu'il aurait seulement pensé à le lui refuser.

« Carter… » souffla-t-il finalement quand ils se séparèrent, haletants et déchirés par ces émotions chaotiques dans leurs poitrines.

« Ce n'est pas juste. » répéta-t-elle pour ce qui semblait être la centième fois. « Ce n'est pas juste. »

« Ca ne l'est jamais. » répondit-t-il dans un sourire amer.

Avec un regret évident, il s'éloigna d'elle et reprit sa tâche initiale. Elle entreprit de ramasser le bois en ignorant les larmes qui lui montaient aux yeux. Une planète inconnue n'était pas l'endroit pour épancher leurs cœurs.

« Jack ? » entendit-elle l'archéologue appeler quelques secondes plus tard.

« La ferme, Daniel. » cracha le Colonel, sans la moindre chaleur.

Prenant une grande inspiration, elle ramassa le bois et traversa les quelques mètres qui la séparaient du campement. Elle déposa les branches à l'emplacement que Teal'c avait préparé pour le feu, sans un mot.

« Major Carter… » tenta le Jaffa « Etes-vous… »

« Je vais très bien. » coupa-t-elle sèchement.

La situation dans laquelle elle se trouvait était injuste et c'était peut-être tout aussi injuste de sa part d'en vouloir à leurs amis pour leur manque de soutien évident. Mais comme elle l'avait depuis longtemps appris, on ne contrôlait pas ses sentiments.

It could be wrong…

Daniel blablatait sur pourquoi les ruines qu'ils avaient découvertes étaient bien plus extraordinaires que celles du mois dernier et l'esprit de Jack dérivait impitoyablement. Le Général lui-même semblait ailleurs, son attention posée sur la scientifique de SG1. Le briefing s'éternisait et le regard soutenu que le dirigeant du SGC portait sur Carter rendait le Colonel progressivement fou.

Le Général n'avait pas l'air ouvertement contrarié, plutôt inquiet, mais qu'avait pu faire la jeune femme pour mériter une attention pareille ? Quelqu'un avait-il rapporté une des nombreuses rumeurs qui courraient sur eux deux ? Avait-on découvert le petit jeu auquel elle se livrait avec les caméras de son labo ? Etait-elle en danger quelconque d'être compromise ?

Finalement, elle leva la tête du bloc-notes où elle griffonnait depuis le début du briefing et s'aperçut que les yeux du Général étaient fermement posés sur elle. Confuse, elle fronça les sourcils. Jack ne rata pas la lueur effrayée qui passa l'espace d'une microseconde dans son regard.

Mais Hammond se contenta d'un sourire discret et d'une secousse de tête. Carter se détendit immédiatement, lui renvoyant un sourire franc.

Jack ne comprit pas tout. Il soupçonnait depuis longtemps que Carter connaissait le Général depuis son enfance, suspicion qu'avait confirmée Jacob par inadvertance une fois ou deux. Il supposait néanmoins que la scientifique n'avait pas d'ennuis.

Il perdit ses belles certitudes à la fin de la réunion quand le Général, après avoir invité les membres de SG1 à prendre un repos bien mérité, se tourna vers la jeune femme.

« Un mot dans mon bureau, si vous voulez bien, Major. »

La scientifique sursauta, comme prise en faute, et son regard croisa celui de son supérieur avant qu'elle acquiesce finalement. Jack n'hésita pas une seconde avant de voler à son secours.

« Y-a-t-il un problème, mon Général ? » s'enquit Jack aussi poliment qu'il le put.

Hammond sembla perplexe.

« Y en-a-t-il un dont je devrais être au courant, Colonel ? » répliqua le Général.

La question était peut-être piégée. Jack ne s'y trompa pas.

« Absolument pas, Monsieur. » répondit le militaire sans attendre. « Mais le Major est mon second, si elle a des ennuis je devrais être mis au… »

« Jack, je retiens souvent le Major et ça ne vous a jamais inquiété auparavant. » coupa Hammond. « En fait, vous n'avez jamais remarqué. » Le regard du Général passa de la jeune femme à son propre second et fronça les sourcils. « Si vous avez quelque chose à confesser tous les deux, peut-être devrions-nous passer dans mon bureau. »

« Confesser ? » releva Carter. « Confesser quoi ? Monsieur ? »

Jack devait lui reconnaître ça, Carter était une excellente actrice. Il n'y avait aucune trace de nervosité dans sa voix. Rien d'autre qu'une froideur insultée.

« Je regrette, mon Général. » intervint le Colonel. « Je pensais que vous étiez contrarié à cause du programme que Carter a planté la semaine dernière. Elle voulait simplement l'améliorer mais… »

« Vous aviez promis de ne pas parler de ça ! » riposta le Major, légèrement en colère.

Hammond sembla rassuré par la dispute amicale qui s'en suivit et y mit gentiment fin en invitant la jeune femme a passé dans son bureau.

Are we digging a hole ?

Sam maudit le Colonel pour avoir lâché le morceau à propos du programme. Mais quand elle eut fini d'expliquer à Hammond quel était le problème, comment elle allait le régler et pourquoi ce n'était pas une catastrophe planétaire, elle se sentait mieux. Plus confiante. La sueur froide qu'elle avait eue en étant convoquée dans le bureau du Général était passée et si elle en était encore un peu choquée, elle s'était ressaisie et pouvait affronter ce que l'homme avait réellement en stock pour elle.

Il se trouvait qu'il voulait simplement un rapport sur le département scientifique, ce qu'elle fit avec concision et précision, comme à son habitude. Quand elle eut terminé, elle attendit qu'il la libère mais il n'en fit rien, se contentant de l'observer avec minutie.

« Est-ce que tout va bien, Sam ? » demanda l'homme avec une gentillesse non feinte.

La jeune femme grimaça discrètement avant de se reprendre. C'était un de ces moments 'Oncle George' qu'elle avait appris à apprécier et à craindre à la fois. Hammond avait été une figure pivot dans son enfance et en l'absence de Jacob, c'était lui qui se chargeait de toutes les conversations d'ordinaire réservées aux parents. Sa fille avait le même âge que Sam et les filles s'entendaient bien. Quand Marc était parti… elle vivait pratiquement chez lui.

Et le fait qu'elle lui en soit très reconnaissante ne voulait pas dire qu'elle appréciait ses incursions discrètes mais incisives dans sa vie privée. Beth, sa fille, lui avait déjà fait remarqué qu'elle avait de la chance parce que la distance que leur imposait maintenant leur situation de travail la protégeait de tous les 'conseils' paternels qu'il pouvait prodiguer. Ils avaient empiré depuis la mort de sa femme. Sam avait simplement répliqué qu'elle avait droit à tous ces conseils de la bouche de Jacob et qu'elle s'en passait la plupart du temps.

« Oui, monsieur. » répondit-elle simplement.

« Samantha… » gronda gentiment Hammond.

« Je vais bien, Oncle George. » se reprit-elle, sans cacher l'impatience qu'elle ressentait.

« Tu as perdu du poids. » constata-t-il sans s'offenser de son ton. « Et ce n'est pas un compliment. Je t'ai prévenue que si tu ne te nourrissais pas correctement je t'interdirais l'accès aux labos la nuit… »

Elle s'empêcha avec difficulté de lever les yeux au ciel.

« Je sais. Je mangerai plus régulièrement. » promit-elle. « J'ai du travail, donc si c'est tout, je… »

« Sam, si, hypothétiquement bien entendu, Jack et toi aviez un problème d'une nature quelconque… » avança le Général. « J'espère que tu viendrais m'en parler avant qu'il ne soit trop tard pour que je puisse faire quoi que ce soit. »

Un sourire amer traça son chemin sur son visage. Ce n'était pas comme s'il y avait grand-chose à faire…

« Bien sûr. » acquiesça-t-elle. « Mais il n'y a aucun problème. Et il n'y en aura pas. »

Et un mensonge de plus… songea-t-elle.

It could be wrong…

Le bar était plein à craquer.

Evidemment en retard, Jack attrapa une chaise et se glissa à la table qu'avait prise ses coéquipiers. Il leva un sourcil à la présence incongrue d'SG3 au grand complet mais Daniel l'éclaira rapidement sur ce point.

« Vous étiez tous en retard et Kyle m'a offert un verre. » déblatéra rapidement l'archéologue. Le ton ne trompait pas, Daniel était déjà ivre.

« Tu cherches à souler les membres de mon équipe ? » lança-t-il à Reynolds, après avoir salué tout le monde d'un signe de tête. L'absence criante de Carter était étrange mais il se retint de demander après elle.

« Teal'c est le seul à résister pour le moment. » rétorqua le dirigeant de SG3, avec amusement.

A ça, Jack inclina la tête. « Dois-je comprendre que mon second est dans le même état que mon archéologue ? »

Il n'espérait sincèrement pas.

« Croyez-vous vraiment que je tienne aussi mal l'alcool que Daniel, mon Colonel ? » répliqua une voix amusée dans son dos. Sans attendre de réponse, elle s'assit entre Teal'c et Grant, alors que Hailey qui avait été jusque là sur ses talons prenait place entre Daniel et lui. L'échange de place ne lui échappa pas mais à sa question muette, la jeune femme se contenta de répondre par un sourire. « Ceci dit, je n'aurai rien contre un verre. »

Il n'en fallut pas plus pour que Grant bondisse, s'empressant de lui demander ce qu'elle voulait avant de disparaître en direction du bar sous les rires et les plaisanteries moqueuses de ses équipiers. Jack ne rit pas du tout. Surtout en voyant l'air satisfait qu'arborait Carter.

Le Marine revint et déposa devant elle un de ces cocktails bleutés à base de vodka et de mures qu'elle adorait. Elle le remercia d'un sourire charmeur qui déclencha en Jack une vague de fureur latente. Il se contint cependant, plongeant dans la bière que Reynolds avait sagement poussée vers lui.

Plus la soirée avançait et plus tous buvaient. Daniel était totalement ivre maintenant, débitant ineptie sur ineptie. Seul Teal'c avait la patience nécessaire à converser avec lui. Carter était relativement sobre mais Jack avait beaucoup trop bu. Il s'en rendait compte mais voir Grant flirter ouvertement avec elle… Et elle ne le décourageait pas assez à son goût.

Il devinait inconsciemment que la voir flirter avec quelqu'un d'autre devant lui apaiserait les rumeurs qui courraient sur eux. Mais, Dieu… Il valait mieux pour lui qu'il ne croise pas Grant seul ce soir. Parce que le Ciel lui en soit témoin, il lui exploserait sa…

« Cigarette ? » proposa Reynolds, le tirant de sa contemplation malsaine. Si Grant n'ôtait pas sa main du bras de son second, il se pouvait qu'il le lui coupe…

Machinalement, dans un vieux réflexe qu'il n'avait jamais véritablement perdu, il attrapa la cigarette que lui tendait Kyle avec pour seul remerciement, un grognement. Il s'empara d'autorité du briquet qui trainait sur la table, coinça la cigarette entre ses lèvres et approcha la flamme de sa bouche.

« Vous ne devriez pas, mon Colonel. » lança simplement Carter de l'autre côté de la table.

La main de Grant était fermement enroulée autour de son poignet. Jack serra les dents, écrasant légèrement la cigarette. Un gout désagréable de tabac envahit sa bouche.

« Sinon quoi, Major ? » défia-t-il, une lueur colérique dans le regard.

Elle ne répondit pas mais il pouvait dire qu'elle était furieuse. Frustrée peut-être.

« Hey, Jack… » temporisa Reynolds. « Peut-être que… »

« Peut-être que tu devrais tenir tes hommes en laisse, Kyle. » gronda Jack, quand les doigts de Grant se mirent à courir sur l'avant bras de Carter.

La jeune femme en avait visiblement assez parce qu'elle se détacha assez brutalement et à la complète stupéfaction du Marine.

Ca ne suffit pas à Jack. Le regard planté dans celui de Carter, il alluma la cigarette et exhala une bouffée de fumée.

Dans ce qu'elle considérait très certainement être une punition, elle attrapa la main du Marine et l'entraîna sur la piste de danse. Dès qu'elle fut hors de vue, Jack écrasa la cigarette dans le cendrier. Il s'était arrêté de fumer trop longtemps auparavant pour replonger maintenant. Ca ne l'empêcha pas de descendre son verre de bière d'une seule traite en voyant avec quelle ardeur elle cherchait à marquer son point de vue.

Grant ne s'en remettrait pas.

Teal'c choisit ce moment pour déclarer qu'il ramenait Daniel chez lui. Son départ fut suivi par celui d'Haley et par le dernier membre de SG3.

Jack ne s'en aperçut même pas, trop focalisé sur la façon dont Carter bougeait contre ce type. Sa seule consolation fut qu'elle sembla se fâcher lorsque les mains de Grant descendirent trop bas.

« Peut-être qu'on devrait rentrer, Jack. » proposa Reynolds. « Je vais te ramener. »

« Non. » trancha le Colonel.

« Tu n'es pas en état de conduire. » contra patiemment l'autre militaire.

« Carter me ramènera. » rétorqua-t-il.

L'homme jeta un regard incertain au couple enlacé sur la piste de danse.

« Jack… Je pense que… »

« Je le tuerai avant qu'il la touche. » coupa Jack, trop ivre et trop jaloux pour se soucier de qui l'entendait. Une part de son esprit, celle qui était claire et lui soufflait d'arrêter ce numéro, remerciait le ciel que ce soit Reynolds et pas quelqu'un d'autre. Reynolds était fiable et ferait comme si de rien était le lendemain. Il n'aurait pas d'explications à donner.

« Je ne crois pas qu'elle le laissera aller jusque là. » jugea le commandant de SG3, visiblement amusé. « Il est clair que tu n'aurais pas dû prendre cette cigarette, Jack. Tu vas dormir sur le canapé… »

Alarmé, Jack leva la tête vers l'autre homme. A quel moment Reynolds s'était-il levé ?

« Ce n'est pas… Je ne… Carter… » balbutia-t-il, horrifié de se découvrir trop soul pour être cohérent alors que le sujet était si important.

« Je vais m'en charger, Monsieur. » l'interrompit son second, sans lui jeter un regard.

Oubliant momentanément la raison de sa beuverie, il attrapa son bras.

« Carter, il croit que… »

« Je me doute de ce qu'il croit, mon Colonel. » coupa-t-elle une nouvelle fois. « Et il a tort de le croire. N'est-ce pas ? »

Le ton de la jeune femme était un avertissement à lui tout seul. Il n'avait pas intérêt à empirer davantage la situation.

« Oui. » articula-t-il distinctement, sachant qu'il était ridicule, mais incapable de se réfréner. « Tu as tort, Kyle. Essexciiiiiiva… Excessivement tort. »

La scientifique se passa une main sur le visage avant de se redresser et de se tourner vers Reynolds. Jack ne vit pas Grant dans les parages et espéra qu'elle l'avait viré…

« Je ne sais pas ce que le Colonel a pu dire, Monsieur, mais… » commença-t-elle.

« Je suis saoul, Major. » l'interrompit gentiment Reynolds. « Et je vais partir du principe qu'on l'est tous les trois et en conséquence, je ne me souviendrai absolument pas de ce qu'on a dit ou fait ce soir. »

Jack observa Carter lâcher un imperceptible soupir, soulagée.

« Je dois insister, Monsieur. » reprit-elle pourtant. « Il n'y a rien de… »

Reynolds leva la main.

« Je ne veux pas savoir, Carter. » déclara-t-il. « Jack est un ami et ce qu'il fait ne me regarde pas. Tant que vous n'avez pas de problèmes, ça ne me regarde pas. »

Un grand sourire apparut sur le visage de Jack. C'était exactement la réaction qu'il attendait de la part de Daniel et au moins maintenant, il savait que Reynolds était…

« Tant que nous n'avons pas de problèmes ? » releva Carter avant qu'il ait pu exprimer sa joie. « Est-ce une menace, Monsieur ? Hypothétique, cela va de soit. »

Alarmé, Jack voulut se lever. Il ne tolèrerait pas qu'on menace Carter. La poussée que la jeune femme exerça sur son épaule l'obligea à rester assis.

« Je vous assurais simplement de mon soutien hypothétique, Major. » contra calmement Reynolds. « Je suis marié et j'aime ma femme, Sam. Je comprends. »

La scientifique sembla rester sur la défensive quelques secondes puis se détendit finalement.

« Pouvez-vous m'aider, Monsieur ? » demanda-t-elle.

Avant que Jack ait compris comment, il se retrouva fermement entrainé vers la voiture de Carter par la poigne ferme de Reynolds.

This is out of control.

Lorsque Jack se réveilla, un marteau-piqueur jouait des castagnettes dans son crâne. Il ouvrit les yeux mais la lumière qui entrait à flot par la fenêtre ouverte agressa ses rétines et il plongea sa tête sous l'oreiller avec un gémissement qui sonna pathétique à ses propres oreilles. Il resta ainsi quelques minutes, tentant d'émerger pleinement du sommeil embrumé qui l'avait retenu prisonnier, puis, cédant finalement à ses besoins naturels, il se leva.

L'expérience était intéressante, décida-t-il tout en se dirigeant vers la cuisine. Il fallait absolument qu'il demande à Carter à quel moment elle avait transformé sa maison en péniche. Parce qu'il était à peu près certain que la dernière fois qu'il y avait été, le sol ne tanguait pas.

La jeune femme était assise au comptoir qui séparait la partie cuisine du salon et déjeunait tranquillement, visiblement absorbée par son magazine. Il tendit la main vers une des tartines déjà beurrée qui attendait qu'elle les mange mais elle l'a mis hors de portée avant qu'il ne s'en empare. A aucun moment elle ne leva la tête.

Déstabilisé, il chercha ce qui lui valait ce traitement. Le déroulement de la soirée d'hier lui revint en mémoire et il se figea, certain qu'elle n'avait que peu apprécié son comportement. A bien y repenser, plus les bières augmentaient en nombre et plus il la jugeait coupable de flirter avec Grant… Mais maintenant que l'alcool s'était dissipé, il se rappelait également qu'elle l'avait remis à sa place plus d'une fois avec irritation. Et lui s'était conduit comme ce qu'elle ne supportait pas. Mais elle ne devait pas être si contrariée que ça puisqu'elle l'avait laissée dormir dans son lit…

Oh, et il y avait Reynolds…

« Carter ? » appela-t-il avec prudence.

Son second avait le don de manifester son mécontentement de façon très claire mais sans pourtant dépasser les bornes de ce qui était politiquement correct. Elle se débrouillait pour qu'il n'ait jamais matière à la reprendre mais il finissait toujours par s'excuser platement quand elle était fâchée.

« Bébé ? » insista-t-il avec hésitation. Il était trop fatigué et avait trop mal au crâne pour s'indigner de son propre ton geignard.

Pour toute réponse, elle tourna la page. Avec tant de violence que le papier glacé se décolla sur la moitié de la longueur. Elle l'ignora avec application.

Lâchant un soupir, Jack prit place sur un tabouret à côté d'elle.

« Sam, je suis désolé. » s'excusa-t-il avec sincérité. Il ne voyait pas le besoin de lutter contre elle, ça finirait ainsi de toute manière et des jours de disputes n'était pas ce dont il avait envie quand leur relation était déjà si compliquée. Au jour d'aujourd'hui, il ne savait pas réellement où ils en étaient. Ils avaient officiellement mis un terme à leur liaison mais… il ne pouvait pas se passer d'elle et il était évident que la réciproque était vraie.

« Désolé de quoi ? » cingla-t-elle, sans lever les yeux de son magasine. « De m'avoir traitée comme un morceau de viande ? D'avoir fait un caprice digne d'un gamin de cinq ans ? Où d'avoir mis quelqu'un de plus gradé que moi au courant de quelque chose qui pourrait nous perdre tous les deux ? »

Il était évident que c'était le dernier point qui l'embêtait le plus.

« Carter… » tenta-t-il mais elle ferma brusquement son magasine et il grimaça.

« Fais bien attention à ce que tu vas dire. » prévint-elle sans prendre de gants. « Parce que je suis vraiment en colère. »

Agacé malgré lui, Jack grogna.

« Je n'ai pas le droit d'être contrarié que tu t'amuses avec un sac de muscles sans cervelle ? » attaqua-t-il avec irritation.

« Tu as surtout le droit de réfléchir avant d'agir, Jack. » cingla-t-elle en se levant pour débarrasser les restes de son petit déjeuner. « Une chance que ça ait été Reynolds et pas quelqu'un d'autre ! Et encore ! S'il change d'avis, s'il va voir Hammond… »

« Je dirais que je t'ai forcée ! » coupa-t-il, exaspéré « Tu sais très bien que je te couvrirai, Carter, alors arrête ce numéro. Ta précieuse carrière restera intacte. »

Il ne savait pas vraiment pourquoi il lui jetait sa carrière au visage. Il tenait autant qu'elle à sa carrière, ce n'était pas juste de l'accuser de ça…

La jeune femme s'immobilisa, sa tasse de café à moitié pleine serrée dans la main.

« Ma carrière ? » répéta-t-elle, surprise. « Tu crois peut-être qu'on en est encore là ? »

La question était visiblement piégée et Jack n'avait aucune intention de foncer dans le guet-apens qu'elle lui tendait. En fait, la raison qu'il retrouvait peu à peu à mesure que l'alcool quittait son système lui dictait de s'enfuir avant de dire ou faire quelque chose d'irréparable. Seulement, Jack n'avait jamais été doué pour prendre les bonnes décisions au bon moment concernant sa vie privée.

« Et on en est où dans ce cas ? » attaqua-t-il avec hargne.

« Apparemment nulle part ! » s'énerva-t-elle. « Bon sang, Jack, ma carrière je m'en fous ! Mais le SGC… Et on peut finir en prison ! En prison ! »

« Tu crois que je ne le sais pas ? » répliqua-t-il, à bout de nerf. Sa tête le lançait terriblement et la discussion le fatiguait. Il n'y avait rien de nouveau. Ils ne risquaient pas plus aujourd'hui qu'hier.

« Tu t'es comporté comme un enfant, Jack ! » Elle élevait la voix et ça ne faisait rien pour arranger sa migraine. « Et à cause de ton comportement immature, Reynolds est au courant ! »

« Je me suis peut-être comporté comme un enfant mais tu t'es comporté comme une… »

Il s'interrompit in extremis.

Trop tard cependant pour que des larmes n'apparaissent pas dans les yeux de Carter.

« Bébé… » tenta-t-il mais elle posa la tasse sur la table avec tant de force que la faïence se fissura.

« Dehors. » ordonna le Major.

« Carter… » protesta-t-il. « Je suis… »

« Je m'en fous. » coupa-t-elle. « Dehors. »

Il pensait sincèrement qu'elle était capable de le frapper à cet instant et bien qu'il ne soit pas de ceux à refuser un combat, il capitula en secouant la tête.

« Cette conversation n'est pas finie… » prévint-il.

« Oh que si, elle l'est. » contra-t-elle durement. « Et ce n'est pas la seule chose à l'être. »

Avant qu'il ait pu répliquer, elle avait quitté la pièce telle une furie. Le claquement sec de la porte de sa chambre brisa le silence pesant qui était tombé sur la maison.

It could be wrong…

« Ca semble sous-entendre que l'influence perse s'étend jusqu'à… Vous allez bien ? »

Sam cessa de massacrer ce qui était dans son assiette et leva la tête afin d'adresser à l'archéologue un sourire amer.

« Comme un charme. » répondit-elle sans même tenter de dissimuler le chagrin qui pesait sur ses épaules.

Elle en avait assez de mentir à tout bout de champ. Et puis, qu'est-ce que cela pouvait bien leur faire, à tous, qu'elle ne soit pas au mieux de sa forme ? En quoi était-ce important sur l'échelle universelle que si elle s'écoutait, Samantha Carter ne sortirait plus de son lit ? Si elle passait son temps libre couchée, à pleurer aussi pitoyablement qu'une collégienne émotive… qui cela pouvait-il bien intéresser ?

Daniel sembla hésiter une seconde, sa fourchette comiquement figée à quelques centimètres de sa bouche. Finalement, il la reposa dans son assiette et prit un air embêté.

« Est-ce que ça a un rapport avec… euh… Jack ? » tenta-t-il.

Allez savoir pourquoi, la simple question déclencha un rire nerveux qu'elle ne parvint pas à arrêter. Ce ne fut que quand elle sentit des larmes dégouliner sur ses joues qu'elle comprit que les spasmes s'étaient transformés en sanglots. L'archéologue se mordit la lèvre, indécis quant à la conduite à tenir, et elle s'appliqua à maîtriser ses émotions chaotiques avant que quelqu'un d'autre ne remarque la crise qui agitait la scientifique.

« Sam… » reprit Daniel, d'un ton désolé quand elle se fut contrôlée.

« Pardon, Danny. » s'excusa-t-elle, en repoussant son assiette. « J'ai du travail. »

« Mais vous n'avez rien avalé ! » protesta le linguiste. « Sam ! »

Mais elle était déjà à l'entrée du réfectoire, son esprit plus loin encore.

Ca faisait plus d'une semaine qu'elle évitait Jack, refusant de prendre ses appels ou de répondre quand il débarquait chez elle. Elle cherchait à se persuader qu'il finirait par se lasser, que de toute manière ça ne pourrait pas marcher. Que c'était la chose à faire.

It could never last.

« Je dérange ? » hésita Daniel sur le pas de la porte.

Jack répondit par un haussement d'épaule sans cesser l'activité passionnante que constituait le lancer de balle en plastique contre le mur.

« J'ai fait toute la base pour vous trouver. » déclara l'archéologue en se laissant tomber dans la chaise qui faisait face au bureau de bois. « Mais j'avoue ne pas penser vous trouver ici. Depuis quand n'aviez-vous pas mis les pieds dans cette pièce ? »

A nouveau, le Colonel haussa les épaules.

Son bureau n'était pas son endroit favori et il préférait de loin taper ses rapports dans les labos de Carter ou de Daniel. Celui de la scientifique était maintenant exclu. Daniel… Quand Daniel voulait savoir quelque chose, rien ne l'arrêtait et il n'avait pas particulièrement envie de s'épancher auprès de son meilleur ami à l'instant.

« Jack… » soupira l'archéologue.

C'était en théorie le moment où il lui ordonnait de la fermer.

Seulement il ne pouvait s'y résoudre. Peut-être avait-il envie de la compagnie de Daniel en fait de compte. Peut-être avait-il besoin d'un soutien amical.

Il ne savait plus.

Il ne savait rien d'autre que le fait que Carter ne voulait plus de lui.

Et Dieu que ça faisait mal…

« Sam et vous êtes dans un état pitoyable. » remarqua calmement Daniel. « Ai-je le droit de demander pourquoi mes deux meilleurs amis semblent fâchés l'un contre l'autre ? »

Jack eut un sourire amèrement amusé.

« Que vous ayez le droit ou pas, vous le ferez quand même. » répondit-il.

« Vrai. » jugea le linguiste. « Alors ? »

Pour la troisième fois, le Colonel haussa les épaules.

« J'ai fait un truc idiot, elle m'en a voulu. Ce qui fait que j'ai dit quelque chose de pire et maintenant elle refuse de m'adresser la parole. » Il lança la balle avec trop de force et échoua à la rattraper. Il ne fit pas un mouvement pour la ramasser. Comme le reste, il n'arrivait pas à s'en soucier. « Elle n'accepte pas mes excuses et je ne pense pas qu'elle les accepte un jour. Je suppose que je dois être reconnaissant qu'elle veuille bien continuer de travailler avec moi. »

Daniel garda le silence quelques secondes avant de croiser les jambes et de s'installer plus confortablement dans son siège.

« Qu'avez-vous dit ? » s'enquit l'archéologue.

Jack ferma les yeux et soupira.

« Je ne l'ai pas vraiment dit. Mais j'étais sur le point de le faire. » expliqua-t-il. « Mais on était en train de se disputer et… »

Il se tut. Il ne pouvait pas tout confier à Daniel, qu'importe qu'il en ait ou non envie.

« Vous faites ça souvent ces temps-ci, non ? » releva le linguiste. « Vous disputer ? »

Jack attrapa un stylo qui trainait sur le bureau et entreprit de le faire tourner aussi vite que possible.

« Pas vraiment, non. » répliqua-t-il.

« Est-ce qu'il a quelque chose que je devrais savoir, Jack ? » pressa son ami.

« Comme ? » esquiva le militaire.

« Je ne suis pas aveugle, vous savez ? » s'agaça l'archéologue. « Et loin d'être idiot. J'ai bien vu qu'il se passait quelque chose entre vous et… »

« Ne terminez pas cette phrase. » coupa tranquillement Jack.

Daniel secoua la tête et finit par se lever, visiblement vexé que son meilleur ami continue de nier.

« Ecoutez, je ne sais pas ce qui se passe entre vous. Je ne sais pas ce que vous avez fait ou dit. Mais Sam est malheureuse et je savais que ça finirait comme ça. J'ai essayé de vous prévenir mais est-ce que vous m'avez écouté ? »

Jack fronça les sourcils.

« Pourquoi est-ce que ça aurait dû finir comme ça ? » releva-t-il, trop abattu pour être blessé. « Hypothétiquement. »

Daniel eut un sourire triste.

« Ne vous méprenez pas, Jack, je suis persuadés que vous êtes faits l'un pour l'autre… mais pas dans ses conditions. Vous avez tous les deux un trop grand sens de l'honneur pour vous contenter de ça et vu l'état de la guerre, il n'y aura rien d'autre pour vous avant des années. Une liaison illicite comme celle là finira par détruire ce qu'il y a entre vous. »

Le discours de l'archéologue fut suivi d'un blanc que Jack utilisa pour digérer l'opinion de son ami. Quand il le fit finalement, une flamme furieuse s'embrasa dans sa poitrine.

« Vous avez tort. » contra-t-il avec un calme froid, dangereux. La fureur, la peur de perdre Carter et une certitude absolue pulsaient dans son être. « C'est plus fort que ça. Plus fort qu'un règlement stupide. Plus fort que cette dispute idiote. Vous avez tort, Daniel. »

« Je l'espère, Jack. » répondit l'archéologue, visiblement peu convaincu. « Je l'espère de tout cœur. »

La porte se referma sur ce souhait pieux et Jack alluma son ordinateur. Il la bombarderait de mails, de messages, d'appels et de fleurs si c'était ce que ça prenait, mais elle lui pardonnerait.

It could be wrong…

« Tout va bien au travail, Sam ? » demanda Jacob avec ce qui lui sembla être de la prudence.

La jeune femme arracha son regard du hublot pour sourire à son père. L'avion qui avait été mis à leur disposition était vide mis à part pour eux et les deux pilotes. Selmac ne pouvant passer par un aéroport traditionnel, se rendre à San Diego nécessitait la coopération de l'Air Force.

« Oui. » répondit-elle. « SG4 a ramené un appareil qui a l'air très intéressant. Je suis impatiente de pouvoir l'étudier plus en détails. Il a l'air de… »

« Je voulais parler de SG1, ma chérie. » coupa l'ancien Général.

Sam fronça les sourcils, feignant d'être perplexe. Evidemment, prétendre que l'équipe était au mieux de sa forme alors que l'homme avait assisté à la dernière mission atteignait un niveau de comédie qu'elle n'avait pas. Elle ne parlait plus à Jack qui persistait à quêter son avis et à lui adresser la parole, le Colonel semblait en froid avec Daniel qu'elle évitait elle-même depuis la scène du mess et Teal'c se tenait au milieu, peu enclin à s'impliquer dans les divers désaccords qui agitaient les membres du groupe. Ils étaient assez intelligents pour ne pas attirer l'attention d'Hammond à la base, mais en mission…

« Je ne vois pas ce que tu veux dire. » mentit-t-elle. Pas très bien, cependant.

« Il semblait y avoir des tensions. » explicita Jacob, perdant son expression neutre au profit d'une plus inquiète.

« Des tensions ? » répéta-t-elle, mais la nervosité dans sa voix trahit plus sûrement que le tremblement de ses mains.

« Que s'est-il passé entre Daniel et Jack ? » demanda-t-il avec curiosité.

« Aucune idée. » répondit-elle. Et au moins, c'était la stricte vérité. Elle ne pouvait pas se vanter de la dire très souvent…

Jacob garda le silence une seconde puis fronça les sourcils.

« Et entre Jack et toi ? »

La question resta suspendue dans l'air quelques secondes. Sam avait très bien perçu l'ordre tacite. Il ne voulait pas de mensonges. Ce n'était pas comme si elle pouvait lui donner ce qu'il désirait…

« On s'est disputés. » lâcha-t-elle à contrecœur.

« Pourquoi ? »

Agacée, elle haussa les épaules et retourna à la contemplation du ciel.

« Ca ne te regarde pas. » trancha-t-elle.

« Il me semble que si. » rétorqua Jacob, irrité. « Si ma fille passe en cour martiale, ça éclaboussera ma carrière autant que la tienne. »

Sam ferma les yeux, n'arrivant pas à croire qu'il ait pu dire quelque chose comme ça.

« Contente de voir que ta confiance en moi est si grande, papa. » cingla-t-elle. « Ca me touche. Mais ne t'inquiète pas, ta carrière ne risque pas plus que la mienne. »

Dieu, qu'est-ce qu'elle pouvait s'en foutre à présent de sa carrière… Il y avait plus important. S'ils n'avaient pas eu un travail aussi enrichissant et fascinant… S'ils avaient été stationnés n'importe où ailleurs… Elle aurait lancé sa carrière au feu depuis longtemps pour lui. C'était fou, et absolument pas quelque chose qu'elle se serait crue capable d'envisager un jour, mais elle l'aurait fait.

« Ne le prends pas sur ce ton là, Sam. » gronda Jacob. « Et arrête de me mentir. Je ne suis pas idiot. Ca fait des mois que j'ai compris ce qui se tramait entre vous. J'avais juste espéré que tu aurais l'intelligence d'y mettre fin un peu plus tôt. »

La jeune femme jeta un regard nerveux vers le poste de pilotage mais la porte était bien fermée. Elle se retourna vers son père, une lueur furieuse dans le regard. Rompre aussi définitivement avec Jack l'avait laissée triste et blessée. Mais même s'il n'y avait pas eu tous ces obstacles sur leur route… rien ne prouvait que ça aurait fonctionné entre eux. Ils étaient trop… différents.

« Et bien, rassure-toi. » siffla-t-elle. « C'est terminé. »

Les larmes qui brouillèrent sa vue tandis qu'elle admettait finalement ça à voix haute la surprirent et elle se remit à contempler sans les voir les nuages qui flottaient autour d'eux. Elle ignora résolument son père tout le reste du voyage. Elle n'avait jamais voulu aller à San Diego pour commencer.

Must erase it fast.

Ne trouvant pas la force de pousser la porte d'entrée et de pénétrer dans la maison de son frère, Sam fit le tour par le jardin et s'affala sur la balançoire qui occupait une bonne partie des journées de sa nièce. Elle ôta ses talons hauts et fouilla distraitement dans sa pochette.

La soirée avait été un désastre.

Marc avait tenu à ce qu'elle sorte avec l'un de ses amis. Un flic, sympathique au demeurant, avec qui elle aurait pu bien s'entendre si son cœur n'avait pas déjà été pris. Elle avait à peine réussi à sourire quand il le fallait et être assez aimable pour que son frère ne le lui reproche pas plus tard. Elle avait refusé de le revoir, prétextant être prise.

Et ce n'était même pas un mensonge.

Elle était prise. Elle pouvait ne pas vouloir l'admettre, elle pouvait se mentir mais la vérité n'en demeurait pas moins celle-ci : elle était amoureuse de Jack O'Neill.

Mettant finalement la main sur son portable, elle le ralluma. Il n'y avait aucun message. Surprise, elle attendit quelques minutes, pensant que peut-être le démarrage était lent mais elle dut finalement se rendre à l'évidence, il n'avait pas cherché à la contacter. Ca faisait des jours qu'il la bombardait de messages, de mails et d'appels… Elle avait droit à un message par heure en général. Et là… Il avait renoncé. Tout simplement.

Sam se mordit la lèvre, et baissa la tête, s'interdisant de pleurer une fois de plus. Elle n'avait jamais autant pleuré que pour cet homme. Elle poussa légèrement sur ses jambes et la balançoire oscilla doucement. Ca ne la consola pas.

« La dernière fois que je t'ai vue sur un de ces engins, tu devais avoir dix ans… » lança la voix de son père, neutre.

Elle émit un bruit amèrement amusé.

« J'en avais sept et on était allés au parc pour l'anniversaire de Marc. » répliqua-t-elle.

« Tu as une bonne mémoire. » constata Jacob en parcourant lentement la distance qui séparait la balançoire de la porte de derrière. « Je ne m'en souviens pas. »

« Il y a trop de peu de souvenirs de toi et d'évènements importants pour que j'oublie ceux que j'ai. » ironisa-t-elle. Méchante. Elle s'en voulu aussitôt. « Pardon… Je suis fatiguée. Je vais me coucher. »

Elle ne bougea pas pourtant et il ne commenta pas son attaque sournoise.

« Ta soirée n'a pas été bonne ? » demanda-t-il en s'asseyant sur la deuxième balançoire.

Dans un soupir, elle laissa glisser son sac sur le sol, conservant uniquement son portable à la main, et redonna une petite impulsion. Juste assez pour avoir la sensation que le vent la berçait…

« J'aimerai être un peu seule. » répondit-elle, fixant son téléphone comme si ça pouvait le faire sonner plus vite. S'il l'appelait maintenant… elle décrocherait. Elle s'excuserait. Elle avait besoin de lui. Tellement besoin de lui…

« Tu es malheureuse. » déclara Jacob avec prudence.

« Pas plus que d'habitude. »

Les mots claquèrent dans l'air, chargés de rancœur et de souffrance.

« Sam… » protesta doucement l'ancien Général. « Ce n'est pas sérieux… Tu ne peux pas te mettre dans un état pareil pour… »

« Pour quoi ? » s'énerva-t-elle. « Parce que ce que j'ai mis un terme à une liaison avec mon supérieur hiérarchique ? Ou parce que j'ai tellement mal que j'ai l'impression que je vais en crever ? Dis-moi, papa, pour quoi est-ce que je ne dois pas me mettre dans un tel état si j'en ai envie ? »

« Certaines personnes font passer l'amour avant le reste, Samantha. » déclara Jacob, avec conviction. « Ils ont de la chance de pouvoir le faire. Ce n'est pas notre cas. Nous sommes des soldats, Sam. Des soldats. Notre devoir, notre mission doit venir en premier. Le reste ensuite. Tout le reste. Aussi effroyable ou horrible que ça puisse paraitre. Tu sais que c'est la vérité. »

Elle secoua la tête, sans être véritablement surprise du discours que tenait son père. Une partie d'elle, celle qui appartenait strictement au Major Carter, à la militaire, était d'accord avec lui. Une autre, plus grande, trop grande, aspirait simplement à plus.

« Je sais que c'est un fardeau que je ne peux plus porter. » riposta-t-elle. « Je sais que j'aime un homme. Je sais qu'il m'aime. Je sais que je n'ai pas le droit. Et pourtant, ça ne m'empêche pas de l'aimer. »

Jacob se passa une main sur le visage, clairement fatigué par la conversation.

« Tu n'as plus seize ans, Sam. » gronda-t-il avec brusquerie. « Tu as passé l'âge des rebellions stupides. Prends une décision et tiens-toi-y. Mais à force de rester entre deux chaises, tu vas te retrouver par terre. »

Contrarié, Jacob l'abandonna là, retournant à pas vifs vers la maison. Sam lâcha un soupir et renversa la tête en arrière, observant sans les voir la myriade d'étoiles qui éclairaient le ciel. On les voyait mieux que de Colorado Springs. La zone était moins polluée.

Elle resta longtemps assise sur la balançoire, à contempler les étoiles, redonnant un coup de pied quand elle s'immobilisait. Quand le portable vibra contre sa paume, elle ne réagit pas immédiatement, perdue dans un rêve éveillé où elle aurait le droit d'avoir à la fois le travail qu'elle adorait et l'homme qu'elle aimait.

Mais quand elle souleva finalement le clapet, et que le nom de son supérieur l'accueillit, son rythme cardiaque accéléra. Elle n'hésita même pas avant de décrocher, un sourire déjà accroché aux lèvres.

It could be wrong…

Jack manœuvra rapidement sa voiture dans l'allée de son second, utilisant la clef magnétique qu'elle lui avait confiée pour se garer dans son garage. Il remonta ensuite le petit escalier et ouvrit la porte qui donnait dans le couloir.

La maison était silencieuse et ça le surprit parce qu'il savait très bien qu'elle était là. Fronçant les sourcils et légèrement alarmé, il vérifia d'abord le salon puis se dirigea vers la chambre.

Depuis qu'elle était revenue de San Diego, deux semaines plus tôt, ils avaient repris comme avant, décidant qu'ils gèreraient les choses au jour le jour. S'ils étaient découverts… ils aviseraient. Mais ils ne pouvaient pas arrêter. Ils ne pouvaient pas. Même si ça allait contre leur éthique, même s'ils s'en voulaient.

« Carter ? » appela-t-il en pénétrant dans la chambre de son second.

Un léger bruit dans la salle de bain attenante le poussa à se diriger par là. Elle était là, assise le dos à la baignoire, une boite dans la main.

« Ca ne va pas, bébé ? » demanda-t-il, pensant qu'elle était peut-être malade.

Elle ne tourna pas la tête vers lui, mais il pouvait voir l'angoisse primaire qui émanait d'elle. Il s'accroupit à côté d'elle et passa une main sur son front sans la trouver particulièrement chaude.

« Je suis en retard, Jack. » lâcha-t-elle en plantant finalement son regard bleu dans le sien.

« En retard ? » répéta-t-il sans comprendre. « En retard pour quoi ? »

La jeune femme ferma les yeux et laissa tomber sa tête sur son épaule. Perplexe, le regard de Jack tomba finalement sur ce qu'elle tenait entre les mains. Les mots 'test' et 'grossesse' lui sautèrent au visage. D'accroupi, il passa assis à une vitesse effrayante.

« Oh. » fut tout ce qu'il trouva à dire.

« Et si c'est positif ? » demanda-t-elle. La panique chez Carter était toujours calme. Paralysée.

Jack d'un autre côté, paniquait très rarement mais avec colère. Il ne trouva pas l'énergie de s'énerver. Son cœur battait trop fort, le sang pulsait trop vite dans ses tempes et il n'était plus aussi convaincu que tous les avertissements de Fraiser selon lesquels il devrait commencer à surveiller sa tension étaient si mal placés.

« Tu as fait le test ? » s'enquit-il avec autant de tranquillité qu'il put.

Elle secoua la tête.

« Ca me fait peur. » avoua-t-elle. « Je ne veux pas savoir. »

Un rire nerveux échappa au militaire.

« Personnellement, je préférerai être fixé. » ironisa-t-il. « Fais-le. Maintenant. »

Il avait conscience que le ton de commandement avec lequel il s'adressait à elle était probablement de trop mais il ne pouvait pas faire autrement à l'instant que de se retrancher derrière le Colonel O'Neill.

« Et si c'est positif ? » répéta-t-elle.

Devinant que c'était un moment clef de leur relation, Jack attrapa sa main et la serra brièvement. Aussi rassurant qu'il pouvait l'être.

« On assumera. » répondit-il.

« Comment ? » voulut-elle savoir. « Ils vont nous jeter en cellule, Jack… Ca va être une catastrophe… Oncle George… Et papa… Et… »

Elle paniquait totalement et Jack n'était pas loin du même stade.

« Carter. » coupa-t-il avec fermeté. « Fais ce test. On verra après. »

Il se leva et la remit debout avant d'aller attendre dans sa chambre, fermant la porte derrière lui. Ses mains tremblaient et il avait du mal à le cacher.

But it could have been right.

Assis sur le lit, ils fixaient tous les deux avec insistance la languette. Jack était persuadé que le temps avait ralenti. Les cinq minutes d'attente ne pouvaient passer aussi lentement, c'était impossible.

« Peut-être… Peut-être que tu devrais partir, Jack. » bredouilla Carter, brisant le silence pour la première fois.

« Quoi ? » lâcha le Colonel. Elle voulait qu'il s'en aille ? « Pourquoi ? » Si c'était une façon de rompre, ce n'était pas réellement le moment…

« Tu as déjà perdu un… » commença-t-elle pour s'interrompre. Elle s'exprimait avec difficulté, comme si ce qu'elle disait lui coûtait. « Si c'est positif… On n'aura pas d'autre choix que de… Tu ne devrais pas avoir à… »

« Non. » l'interrompit-il fermement. Non, il ne la laisserait pas avorter. Parce que c'était bien par là qu'elle voulait aller. A moins que… « C'est ce que tu veux ? »

Des larmes plein les yeux, elle secoua la tête avant de croiser les bras sur sa poitrine. Sans réfléchir, il l'attira contre lui. Immédiatement, il sentit ses bras venir s'enrouler autour de son cou.

« Ca ne devrait pas arriver. » lâcha-t-elle et jamais, jamais il ne l'avait vue aussi vulnérable. Aussi terrifiée. « Pas maintenant. Pas comme ça. Jack… »

Mais même s'il aurait donné n'importe quoi pour accéder à sa supplique, il n'en avait pas le pouvoir. Il se contenta donc de la tenir, en fermant les yeux et en comptant les secondes qui semblaient s'égrener avec une lenteur insupportable.

« On partira. » conclut-il tandis qu'elle s'accrochait à lui, perdue et trop paniquée pour prendre une décision rationnelle. « Si c'est positif, on partira. J'ai assez de contacts… On pourra se cacher… Ou aller ailleurs… Sur une autre planète… Je trouverai une solution, Sam. Je te protégerai. Je vous protégerai. »

La seule réponse qu'elle trouva fut de plaquer sa bouche sur la sienne et de la dévorer avec ardeur. Elle n'était pas d'accord et elle ne le suivrait pas, il le savait. Comme il savait aussi qu'ils finiraient par affronter ce qui les attendait ici. Mais pour l'instant, il voulait oublier.

Merde, ce genre de choses n'était pas censé se passer comme ça…

« Je… » murmura-t-il, se faisant violence pour prononcer ces mots qui pulsaient dans son être mais ne voulaient pas sortir. « Je… »

« Je sais. » répondit-elle dans un sourire triste. « Moi aussi. »

A cette seconde de cette minute précise, il réalisa que qu'importe le résultat de ce test, il ne voulait jamais être séparé d'elle. Jamais. Parce qu'il l'aimait de toute son âme. Plus que ça, elle était son âme…

Il ouvrit la bouche mais avant qu'il ait pu finalement avouer ces émotions troublantes, le minuteur qu'elle avait réglé sonna.

Leurs regards tombèrent sur le test qu'elle avait toujours à la main.

La languette n'avait pas changé de couleur.

« C'est bon ou mauvais ? » demanda Jack.

Sam expira lentement, ses traits se détendant légèrement.

« Je suppose que ça dépend de la façon dont on le voit. » répondit-elle. « Pour nous, c'est plutôt bon. »

« Tu n'es pas enceinte. » traduisit-il, et il s'en voulut d'être soulagé.

« Non. » confirma-t-elle. « Je ne suis pas enceinte. »

Le silence retomba sur la chambre tandis qu'ils contemplaient tous deux le test qu'elle tenait encore.

« Tu devrais peut-être en faire un autre ? » hasarda-t-il. « Juste pour être sûr ? »

Elle parut sur le point de répliquer puis acquiesça lentement avant de se glisser dans la salle de bain.

Love is our resistance.

Une demi-heure plus tard, et trois tests de plus, Sam respirait nettement plus librement. Elle se laissa tomber sur le lit où Jack était déjà allongé, à moitié endormi, et se blottit contre lui. Elle ferma les yeux et s'autorisa à se détendre. Elle avait rarement eu aussi peur qu'aujourd'hui. Réaliser qu'elle avait plus de deux semaines de retard, déduire qu'elle était peut-être... acheter un test… tout ça l'avait laissée fébrile et paniquée. En réalité, elle était surprise que le militaire ait pris la chose aussi calmement.

« Ca va ? » demanda l'homme pile au moment où elle allait s'enquérir de la même chose. Il avait été affreusement silencieux depuis que le second test avait confirmé qu'elle n'attendait pas d'enfant. Elle craignait que tout ça lui fasse penser à Charlie et ne ramène de mauvais souvenirs.

« Je crois. » répondit-elle doucement. « Et toi ? »

Un rire bref et amusé secoua la poitrine sur laquelle elle était appuyée.

« Je pense que j'ai eu au moins deux attaques cardiaques. » déclara-t-il.

Le terrain était glissant mais Sam se sentit forcée de s'y aventurer.

« Tu… n'en veux pas d'autres ? » déduisit-elle. « D'enfants ? »

Elle n'avait jamais réellement réfléchi à la question, elle-même. Si Jack n'en voulait pas… Et bien elle ne voulait pas d'autres enfants que les siens, supposait-elle, donc ça ne faisait pas grande différence ce qu'elle désirait.

« Je ne sais pas… » déclara-t-il honnêtement. « Avec toi… L'idée n'est pas aussi… effrayante. Mais je n'étais pas un bon père, Carter… Je ne sais pas si… »

« Tu as tort, Jack. » contra-t-elle doucement. « Tu étais un très bon père, j'en suis certaine. »

« Comment pourrais-tu le savoir ? » ironisa-t-il, mais la fêlure était perceptible sous le sarcasme. L'élan d'amour et de tendresse qui la poussait vers lui enfla encore.

« Parce que je te connais. » répondit-elle simplement.

Elle savait par exemple que si Sarah avait eu un accident de voiture et n'avait pas survécu, il aurait tout lâché pour Charlie. Les Black Ops, l'Air Force si nécessaire… Il n'aurait jamais laissé son fils livré à lui-même ou chez son meilleur ami, quand bien même aurait-il eu un enfant du même âge…

Il y eut un silence, puis le bras qui s'était automatiquement enroulé autour d'elle quand elle s'était allongée se resserra légèrement.

« Carter, quand on pourra… » Il ne termina pas sa phrase, se raclant la gorge. « Non, rien. C'est ridicule. »

« C'est toi qui es ridicule. » jugea-t-elle. « Que voulais-tu dire ? »

« Rien. » lâcha-t-il immédiatement. Beaucoup trop vite.

« Jack. » gronda-t-elle.

Il soupira puis tira légèrement sur son épaule pour qu'elle se redresse. Fronçant les sourcils, elle s'appuya sur son coude de façon à pouvoir le regarder en face.

« Quand ce ne sera plus illégal… » reprit-il. « Tu crois que tu… Je… Nous… » Il s'interrompit une nouvelle pour lever les yeux au ciel. « Oh, pour l'amour du Ciel ! » grogna-t-il finalement. « Epouse-moi. »

Il semblait à la fois soulagé et anxieux de sa réponse. Cependant, Sam avait trop de mal à croire ses oreilles pour noter tout cela.

« Pardon ? » demanda-t-elle, presque certaine d'avoir été prise d'une hallucination auditive. Ca arrivait parfois en cas de stress intense.

Jack se passa une main sur le visage, visiblement gêné.

« Oublie. » exigea-t-il. « Je ne sais pas ce qui m'a pris. »

« Non ! » protesta-t-elle. « Enfin, oui. »

Jack eut un sourire amusé. Faussement amusé. Il tentait de se protéger déduisit-elle.

« Je ne pensais pas que viendrait le jour où je verrais Samantha Carter incohérente. » plaisanta-t-il.

Elle balaya sa blague d'un revers de la main et s'assit complètement. Sérieuse.

« Recommence. » ordonna-t-elle, un sourire irrépressible sur les lèvres. « Je suis prête, cette fois. »

« Prête à quoi ? » demanda-t-il en s'asseyant lui aussi, clairement confus.

« A accepter. » répliqua-t-elle comme si c'était l'évidence même.

Et ça l'était.

They keep us apart and they won't stop breaking us down…

« A quoi vous jouez, Danny ? » attaqua Jack, à peine eut-il mis un pas dans le labo de l'archéologue. La conversation qu'il venait d'avoir avec Hammond l'avait perturbé. Il ne voyait pas pourquoi l'équipe devrait se diviser pour la prochaine mission et il ne voyait pas pourquoi il devait accompagner Daniel visiter des ruines à l'autre bout de la galaxie quand Carter partait avec Teal'c rendre visite à Ishta et Ryac.

« Vous avez parlé au Général. » déduisit le –oh, tellement intelligent- archéologue, en jetant à peine un coup d'œil à Jack. Trop concentré sur le caillou qu'il était en train d'examiner.

« Et il a bien précisé que tout ça était votre idée. » assena Jack, espérant au moins un signe de culpabilité. Mais non, Daniel se contenta de soupirer en ôtant ses lunettes pour se masser l'arrête du nez.

« Jack, ce n'est pas ma faute si les Ourondals sont misogynes. Sam n'aurait pas pu nous accompagner de toute manière et Teal'c a envie de retourner sur Hak'tyl depuis des semaines. Ishta lui manque. Vous n'avez rien remarqué ? »

Jack fut celui à masquer une grimace coupable. Il était vrai qu'il n'avait pas fait attention à grand-chose à part Carter dernièrement.

« Mais vous ne pouvez pas prétendre avoir besoin de moi, Daniel ! » protesta-t-il. « Qu'est-ce que je vais faire, là-bas ? Tenir vos pinceaux et vos lampes en attendant que vous dénichiez un caillou plus gros ? »

« Les Ouronlals se sentiront menacés si on débarque en nombre et ils respecteront plus un homme comme vous, qu'un homme comme moi. » expliqua patiemment Daniel. « Tout ça est dans le rapport qui poirote sur votre bureau depuis une semaine et demie. »

Capitulant finalement, Jack battit en retraite vers la porte mais pivota au moment d'en franchir le seuil.

« Je sais que vous avez une idée derrière la tête. » accusa-t-il. « Vous désapprouvez alors vous tentez de faire Dieu seul sait quoi… »

L'archéologue secoua la tête avec une expression compatissante mais sérieuse.

« Ne me donnez pas le rôle de votre conscience, Jack. » prévint le linguiste. « Je n'en veux pas. Vous avez fait vos choix, je les accepte. Ca ne veut pas dire que je dois les aimer, mais je les accepte. »

Jack étudia un instant ces paroles puis fronça les sourcils.

« Donc, il n'y aura pas de grands discours interminables sur pourquoi le règlement et tout ce qui va avec est si important ? » insista-t-il.

Daniel lui lança un sourire amusé.

« Je n'ai jamais dit ça. » répliqua l'archéologue. « Nous aurons des heures et des heures pour discuter… »

Grognant sa frustration, Jack quitta le bureau sans un mot d'au revoir.

And hold me, our lips must always be sealed.

« Je ne veux pas que tu t'en ailles… » protesta Jack tandis que Sam tentait d'échapper au bras qui la retenait gentiment prisonnière. Comprenant qu'elle n'irait nulle part, elle se détendit et se laissa aller contre le torse nu de son supérieur.

« Il va bien falloir pourtant… » rétorqua-t-elle avec amusement. « Le départ est programmé pour neuf heures et il est déjà tard. Le temps de retourner à la base… »

« Tu pourrais téléphoner et dire que tu es malade… » suggéra-t-il.

« Et tu expliqueras à Janet pourquoi je n'ai aucun symptôme quand elle débarquera ? » se moqua-t-elle, plus attendrie qu'elle aurait aimé l'être par son comportement.

« Je n'aime pas l'idée que tu partes sans moi. » lâcha-t-il, sérieusement cette fois.

« Teal'c sera là. » répondit-elle. « Je ne risquerai rien. C'est toi et Daniel qui me faites peur. Vous arrivez toujours à vous mettre dans le pire des pétrins, tous les deux. »

« Lui, Carter. » corrigea-t-il. « Il casse un truc, trébuche ou insulte malencontreusement quelqu'un… »

« Et toi, jamais. » ironisa-t-elle en capturant brièvement sa bouche. Profitant du fait qu'il soit distrait, elle échappa à son étreinte, gloussant légèrement au bruit dépité qu'il émit.

« Bébé… » plaida-t-il, mais elle secoua la tête, enfilant rapidement ses vêtements épars. Elle était en retard et devrait se doucher à la base. Si elle avait le temps de le faire…

« Je t'aime ! » lança-t-elle en guise d'au revoir, quittant la chambre en sautillant pour enfiler sa deuxième chaussure.

Elle entendit à peine le 'moi aussi' qu'il lança mais ça la fit sourire. Il finirait bien par le dire vraiment…

If we live our life in fear…

Jack descendit la rampe avec empressement, un très mauvais pressentiment enflant dans sa poitrine. Les deux jours avec Daniel ne s'étaient pas si mal passés, il avait même apprécié l'hospitalité un peu brusque des Ouronlals. Du moins il l'avait apprécié jusqu'à ce qu'un message urgent d'Harriman ne les rappelle à la base.

Hammond n'était ni dans la salle de contrôle, ni dans la salle d'embarquement et Jack ne prit pas la peine de s'arrêter pour demander ce qui se passait, décidant de se diriger droit vers le bureau de son supérieur et de questionner Walter. Il n'y avait pas cinquante raisons qui pouvaient justifier le rappel d'une équipe et la seule qui lui venait à l'esprit n'était pas bonne.

Il crevait d'inquiétude.

Evidemment, rien n'indiquait que Carter était en danger ou même blessée mais… Il y avait ce pincement dans sa poitrine. Ce pincement qui lui soufflait que c'était exactement l'explication…

Le fait que la première personne qu'il croisa dans le couloir fut Bratac ne le rassura pas.

« O'Neill. » salua le vieux guerrier, une tristesse nette dans le regard. « Docteur Jackson. »

Daniel s'immobilisa au côté du Colonel, légèrement essoufflé par le rythme que lui avait imposé le dirigeant de SG1.

« Bratac. » lâcha finalement l'archéologue, comprenant sans doute que Jack ne parlerait pas. Le militaire avait le cœur au bord des lèvres, devinant à l'expression du Maître Jaffa et à ses vêtements déchirés qu'il n'aimerait pas ce qu'il allait entendre.

« Que s'est-il passé ? » pressa le Colonel. « Où sont Carter et Teal'c ? »

« Hammond du Texas ne peut quitter votre infirmerie pour le moment, O'Neill. » déclara Bratac. « Vous devez l'y rejoindre. Je dois retourner sur… »

Jack n'avait pas attendu la fin pour s'élancer, Daniel sur les talons. Le trajet fut bref et silencieux. Les deux hommes débarquèrent dans l'infirmerie sans se soucier de masquer leur inquiétude. Teal'c fut la première personne que Jack repéra. Assis sur le lit, les épaules légèrement voutées, il était en train de résumer d'une voix morne ce qui semblait être le compte rendu d'une attaque pour Walter qui prenait des notes.

« Teal'c. » soupira le militaire avec soulagement. « Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est Carter ? »

Un silence éloquent lui répondit. C'est là qu'il remarqua la présence de Jacob, l'homme, assis dans un coin, semblait défait et tenait une compresse pressée contre son épaule. Un infirmier lui tournait autour mais il ne cessait de le repousser.

Il voulut redemander où était son second mais ne trouva pas sa voix. Il ne pouvait que constater l'ampleur des dégâts. L'épaule de Jacob, l'expression de Teal'c, les nombreux soldats, Jaffas et amazones qui se faisaient recoudre ça et là… L'inquiétude sur le visage d'Hammond qui s'entretenait vivement avec Fraiser dans un coin.

« Où est Sam ? » répéta Daniel.

Jack sentit la main de l'archéologue se poser sur son épaule et la serrer brièvement. Mais tout était flou. Comme s'il évoluait dans un brouillard cotonneux.

« Au bloc. » répondit finalement Harriman quand personne ne se décida à répondre. « Je regrette je ne sais rien d'autre, Monsieur. Mais… ça n'avait pas l'air… bon. »

Sur cette nouvelle, le Sergent présenta ses excuses et prit congé. Ses jambes menaçaient de lâcher et Jack s'assit sur le lit à côté de Teal'c. Daniel resta debout à côté de lui, prêt à le soutenir en cas de besoin. Il aurait voulu s'en agacer mais la vérité était qu'il était reconnaissant.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » réitéra-t-il une troisième fois.

« J'ai échoué à protéger le Major Carter, O'Neill. » déclara Teal'c, d'une voix où la souffrance se disputait au chagrin.

Jack cligna des paupières et secoua la tête.

« Elle va s'en sortir. » répondit-t-il simplement.

Personne ne commenta et Daniel exigea une fois de plus des explications.

« La Tock'Ra a eu vent d'une attaque imminente sur Hak'tyl. » lâcha Jacob, en se passant une main sur le visage. « Le temps que j'y arrive… C'était trop tard. »

« Une grande partie des amazones et des Jaffas rebelles ont été massacrés. » enchaina Teal'c. « Ceux qui n'avaient pas besoin de soins ont rejoint Chulac. Ryac est parmi eux. » Le guerrier ferma les yeux et ses épaules s'affaissèrent davantage. « Ishta n'a pas survécu à l'attaque. »

« Je suis désolé. » offrit immédiatement Daniel.

Jack garda le silence. Sa tête tournait et il avait beaucoup de mal à continuer de réfléchir correctement. Il se foutait totalement de l'attaque ou des pertes. La seule chose qui importait était Carter. Constatant qu'Hammond et Fraiser revenaient vers eux, Jack sauta sur ses deux pieds.

« Doc' ? » demanda-t-il avec angoisse avant même qu'elle soit à leur niveau.

« L'état du Major Carter est critique. » répondit Janet, dissimulant sa peine sous un ton professionnel à l'extrême. Jack savait qu'elle essayait de se distancer. Il essayait aussi. Mais échouait. « La blessure qu'elle a reçue à la tête est en train de la tuer. »

« Il doit bien y avoir… » commença Jacob, uniquement pour être coupé par le médecin.

« J'aimerai tenter une opération. » continua Fraiser. « Mais les risques sont élevés, j'ai besoin d'une autorisation. Elle pourrait rester sur la table, subir de nombreux dommages cérébraux ou finir sa vie dans le coma. Les chances qu'elle supporte l'opération sans séquelles sont faibles mais les résidus du symbiote qu'elle a porté pourraient l'aider à se remettre si elle y survit. »

Son exposé fut suivi par un silence.

« Et si vous ne l'opérez pas ? » s'enquit Daniel.

« Elle meurt. » répliqua Fraiser.

« Faites-le. » ordonna immédiatement Jack, se souciant peu des regards inquiets qui étaient posés sur lui. Il avait parfaitement conscience d'être à la limite de l'hyperventilation et il était tout aussi conscient du tremblement qui agitait ses mains.

« Avez-vous bien compris les risques, monsieur ? » insista le médecin. Mais Jack lisait dans son regard que c'était ce que la jeune femme voulait. Tenter l'opération avec tous les risques plutôt que de regarder son amie mourir.

« Oui. » affirma-t-il. « Faites-le. »

« Attendez. » intervint Jacob alors que Fraiser tendait vers le Colonel un dossier et un style. « Sam ne voudrait pas d'une vie attachée à un lit. Elle ne voudrait pas non plus devenir un légume… Je ne suis pas sûr que… »

« Moi je suis sûr. » coupa Jack, en attrapant le papier que le Docteur voulait qu'il signe. Il parapha le tout et le lui rendit.

« Le fait que vous vous envoyez ma fille ne vous autorise pas à décider de ce genre de choses, Colonel… » explosa le Tock'Ra.

Hammond détourna la tête, feignant visiblement de ne pas avoir entendu, et Janet disparut rapidement en direction du bloc opératoire. L'infirmerie était très bruyante due au grand nombre de patients principalement constitués de Jaffas ou d'amazones. Jack jugea que les dégâts étaient minimes et quand bien même ne le seraient-ils pas, il s'en foutait. Carter était sa priorité. Son père pouvait aller se faire foutre s'il n'était pas content.

« Sam a fait de Jack son responsable légal au cas où elle serait incapable de décider pour elle-même, Jacob. » lança Daniel avec tact. « Et c'était il y a des années. On a tous désigné un autre membre de l'équipe, en fait. C'était plus… pratique. »

« Je sais que tu es inquiet. » lança Hammond à Jacob, avec un air de reproche. « On l'est tous. Mais évite ce genre de propos ici, tu veux ? »

Jack se désintéressa de la conversation, retournant s'asseoir auprès du Jaffa dont la douleur silencieuse miroitait la sienne.

Il attendait.

I will wait a thousand years…

Somnolant sur sa chaise, Jack laissait son esprit dériver. Il fixait le jardin sur lequel donnait la fenêtre sans vraiment le voir. Il avait cessé d'observer des semaines plus tôt. C'était toujours la même chose. Tous les jours. Le vieil homme en chaise roulante faisait un tour entre huit et neuf heures, puis c'était la jeune capitaine qui bataillait pour regagner l'usage de ses jambes… Il pouvait réciter de mémoire l'emploi du temps de la majorité des patients de cet hôpital.

Ils avaient transféré Carter à l'hôpital de l'Académie un mois plus tôt, quand il avait été clair qu'elle ne se réveillerait pas immédiatement. Jack, comme le reste de SG1, avait eu droit à un congé spécial. Daniel partageait son temps entre la base et l'hôpital même s'il ne venait plus aussi régulièrement qu'au début. Durement touché par la perte d'Ishta, Teal'c avait choisi de passer quelque temps sur Chulack où il aidait son peuple à se remettre d'aplomb.

Le Colonel vivait au chevet de Carter.

Il partait tard le soir et revenait tôt le matin, exaspérant Fraiser et distrayant les infirmières. Il refusait le pronostic du Doc' selon lequel son second ne sortirait peut-être jamais du coma. Jacob, lui, était parti en mission secrète un peu après qu'elle ait été admise à l'hôpital. Hammond et sa fille, Beth, étaient les seuls autres visiteurs réguliers et Jack avait un peu mieux compris les critères avec lesquels Sam avait jugé qu'il ferait un bon père. Il était clair que Jacob aurait pu faire mieux. Mais c'était sa nature…

« On a reçu un message de Teal'c. » lâcha Daniel en pénétrant dans la chambre sans s'annoncer, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Jack secoua la tête et tenta de reprendre contact avec la réalité. Ce qu'il pouvait être fatigué, en ce moment…

« Bonjour à vous aussi, Danny. » marmonna-t-il.

« Les Jaffas se remettent, visiblement. » enchaîna l'archéologue en se laissant tomber sur une chaise de l'autre côté du lit. « Il vous salue et il espère que Sam ira mieux. »

« Elle ira mieux. » affirma Jack, dans un grondement. Il détestait la façon dont les gens essayaient patiemment de le convaincre du contraire, récemment.

Daniel sembla hésiter une seconde, puis entreprit de nettoyer ses lunettes avec des gestes précis qui trahissaient sa nervosité.

« Janet ne pense pas qu'elle va se réveiller, Jack. » lâcha l'archéologue. « Elle dit que vous refusez de l'entendre, mais… il est probable que Sam ne reprenne jamais connaissance. »

Le Colonel accueillit cette annonce avec une sérénité blasée. Sa vie s'était mise en stase à partir du moment où Carter était tombée dans le coma, rien ne l'atteignait. Le regard fuyant de Daniel semblait indiquer que ce n'était pas tout.

« Et ? » pressa-t-il, souhaitant en finir avec cette part de la conversation.

« Hammond voudrait qu'on réintègre le service actif. » cracha Daniel, sans masquer son air coupable à cette idée. Travailler au labo était une chose, retourner sur le terrain sans Sam en était une autre. Jack comprenait tout à fait.

« L'équipe phare ne peut pas rester à la base beaucoup plus longtemps. » répondit simplement le militaire. « Le Général sait ce qu'il fait. C'est politique. Il a raison. »

« Vous êtes d'accord pour reprendre un emploi du temps normal ? » s'exclama son ami, ouvertement surpris.

« Je pense qu'SG1 doit reprendre les missions. » explicita Jack, son regard revenant se poser sur la jeune femme dont le corps était relié à tant de machines. Elle paraissait si fragile… Ses fonctions cérébrales étaient intactes, il n'aurait jamais autorisé qu'ils la laissent vivre comme un légume. Mais elle ne se réveillait pas pour autant.

« Je ne crois pas que je commanderai à nouveau l'équipe, Daniel. » assena-t-il finalement. C'était une décision qui avait été dure à prendre et probablement plus dure encore à accepter. Mais si Sam finissait par se réveiller, elle aurait besoin de lui. Et il voulait avoir le droit d'être là.

L'archéologue soupira.

« Je me doutais que vous diriez ça… » déclara Daniel. « Hammond n'acceptera pas votre démission. Il me l'a dit. »

« Alors qu'il me trouve un remplaçant. » Jack haussa les épaules. « Reynolds ferait l'affaire. »

Le jeune homme ne répondit pas mais le militaire savait qu'il transmettrait. Un silence tomba entre eux, mais il n'était pas désagréable. Au bout d'un moment, Daniel vérifia sa montre et Jack conclut qu'il ne resterait pas beaucoup plus longtemps. Il s'en irait et Janet passerait peu après. Puis ce serait Hammond. Ou Beth. La routine était peut-être une des choses qu'il acceptait le moins.

« Elle va vraiment s'en sortir. » affirma brutalement Jack, sans même savoir pourquoi. Il avait besoin que quelqu'un d'autre y croie, en soit convaincu… Il en était tellement persuadé…

« Teal'c m'a dit qu'il aurait préféré ne jamais connaître Ishta. » lança Daniel en retour, suivant sa propre ligne de pensée.

« Il a mal. » jugea le militaire, un peu mal à l'aise. Parler des sentiments du Jaffas n'était pas vraiment son affaire. Il respectait trop Teal'c pour cela. « On en est tous là. »

« Ca aurait été plus simple pour vous si vous n'aviez pas… » L'archéologue s'interrompit, réalisant probablement que ce qu'il allait dire était légèrement déplacé dans la circonstance.

Jack sentit la fureur monter en lui et s'évanouir aussitôt. La souffrance et l'inquiétude qui remplissaient sa vie anéantissaient tout le reste. Comme s'il était anesthésié en permanence.

« Vous le croyez vraiment ? » demanda-t-il, vaguement intéressé par la réponse.

Daniel se racla la gorge, visiblement gêné de répondre. Il le fit finalement. Avec incertitude.

« Il y aurait eu plus de distance… » hasarda son équipier. « Vous n'auriez pas été aussi directement touché. »

Jack consentit à un demi-sourire triste.

« Vrai. » acquiesça-t-il. « Mais il y aurait eu les regrets. »

« Reste à savoir si les regrets de ce que vous auriez pu avoir aurait surpassé ceux d'avoir perdu ce que vous aviez. »

C'était tellement philosophique que Jack dut s'y reprendre à deux fois pour décortiquer la phrase. Il ne mit pas plus de deux secondes à répondre pourtant. Certain que ce qu'il disait était la vérité.

« Peut-être que je suis dingue, Danny… » déclara le Colonel. « Mais j'aurai préféré ne l'embrasser qu'une seule fois… Effleurer sa peau, juste une seconde…. Ou n'avoir qu'une nuit avec elle… Plutôt que de ne rien connaître de tout ça. »

« 'L'amour est une fumée faite de la blancheur des soupirs'… » cita Daniel.

Jack eut un bref rire amer.

« Shakespeare était visionnaire. » conclut-il.

Just to see your smile again.

Le monde n'était que son.

Bruit.

Voix.

Incompréhensible.

Ses paupières tressautent.

Se referment.

La lumière est aveuglante.

Plus de bruit.

Brouhaha.

Beaucoup de voix.

Une voix par-dessus les autres.

Murmures.

Familiers.

Rassurants.

Encourageants.

Elle essaye de rouvrir les yeux.

Echoue.

Se rendort.

La fois suivante, elle parvient à rouvrir les paupières. Le monde est éblouissant de lumière. Elle ne reconnaît rien. Ni l'endroit où elle se trouve, ni l'homme qui bondit de sa chaise pour la prendre dans ses bras.

« Tu es réveillée. Tu es réveillée. » répète-t-il encore et encore dans ses cheveux.

Elle voudrait refermer ses bras sur lui parce que son étreinte lui donne envie de pleurer. Elle voudrait lui demander pourquoi il a l'air si triste et si heureux à la fois. Mais ses muscles refusent de répondre. Sa voix est perdue pour elle. Son identité même lui échappe.

Sans même le réaliser, elle se rendort.

Quand elle se réveille, la nuit est tombée mais elle se souvient de qui elle est. Elle ne comprend toujours pas ce qu'elle fait là, mais elle suppose que la main de Jack dans la sienne veut dire que tout va bien. C'est ce que les murmures qu'il ne cesse de répéter à son oreille disent en tout cas. Ca et qu'il l'aime et qu'elle n'a pas intérêt à lui refaire un coup comme ça.

Elle est choquée d'entendre ces mots là dans sa bouche.

Mais il les répète.

Il l'aime.

Alors tout va bien.

Kill your prayers for love and peace…

« Je vais aller voir Hammond. » lâcha Sam avec nervosité. Elle n'était pas certaine de comment Jack prendrait la chose. La situation avait été un peu étrange pour eux récemment et ils revenaient à peine à un rythme de vie plus régulier.

Après deux mois de coma, le corps ne se remettait pas du jour au lendemain. Bien que Janet ne cessait de répéter que sans les résidus de Jolinar, Sam aurait eu beaucoup plus de difficultés. Il avait fallu des semaines avant que ses muscles ne répondent à nouveau à ses commandes et bien qu'elle ait repris son poste au labo, les missions lui étaient toujours interdites. Ce qui dans l'absolu ne la dérangeait pas.

SG1 était finalement retourné sur le terrain quand Daniel avait appris à la jeune femme que Jack refusait pour elle. Elle l'avait flanqué à la porte de sa chambre d'hôpital sans attendre.

« Pourquoi ? » demanda le militaire, d'une voix ensommeillée, sans cesser de lui caresser les cheveux. « Le Doc' ne te laissera pas revenir plus vite. »

Elle déglutit péniblement et ramena le drap sur eux dans un besoin de s'occuper les mains.

« C'est ça justement, Jack… » hésita-t-elle. « Je ne veux pas revenir. »

« Hein ? »

Le Colonel se redressa brusquement et Sam roula sur le dos en soupirant. Elle avait su que ça n'allait pas être facile mais annoncer sa décision était peut-être pire que ce qu'elle avait imaginé. Et ce n'était que Jack… Expliquer aux autres…

« On savait que viendrait un moment où il faudrait faire un choix, Jack. » déclara-t-elle posément. « J'ai fait le mien. »

« Tu veux quitter l'équipe ? » traduisit-il. « Ils ne te laisseront jamais faire. »

« Je vais tout expliquer au Général. » répondit-elle. « L'Air Force n'est plus vraiment ma priorité. »

« Ok, il est clair que tu es encore perturbé par ton coma, alors laisse-moi te récapituler la situation… » ironisa le militaire. « Règlement. Cour martiale. Prison. »

Sam secoua la tête et se retourna dans le lit, ramenant la couverture sur elle avec détermination.

« Tout ira bien. » affirma-t-elle, définitive. « Je vais voir Hammond. »

You will wake the though police…

« Sam… » plaida une nouvelle fois Jack, tentant de maîtriser la colère et l'agacement qui montaient en lui depuis la veille au soir. Il ne comptait plus le nombre de disputes et de cris qui avaient volés entre eux depuis qu'elle avait calmement déclaré la nuit précédente, comme si ça n'avait aucune importance, qu'elle désirait quitter l'armée.

Et confesser toute la vérité à Hammond par-dessus le marché…

« J'ai pris ma décision. » siffla Carter en réponse, quittant l'ascenseur quand il atteignit le bon étage.

S'il n'y avait pas eu du monde dans le couloir, il l'aurait volontiers attrapée et secouée pour la ramener à la raison.

« Carter, si tu fais ça, Hammond va devoir le rapporter à ses supérieurs. » répéta-t-il pour la millième fois. « Laisse-moi démissionner si tu veux à ce point qu'on s'affiche, mais ne va pas gâcher nos deux carrières et la sienne pour… »

« Il ne nous dénoncera pas, Jack. » coupa-t-elle. « On en a déjà parlé. Je ne veux plus… Bon sang ! » s'énerva-t-elle. « Quand on est enfermée dans une chambre, clouée au lit, on a rien d'autre à faire que réfléchir ! Pourquoi tu ne veux pas comprendre que je puisse vouloir plus que des médailles et des promotions ? Je veux ça, Jack ! » Elle agita la main entre eux, frappant finalement sa poitrine avec colère. « Alors, si tout ça n'était qu'un jeu pour toi, dis le maintenant. Mais si tu veux plus alors laisse-moi faire ce que je veux et laisse-moi tranquille ! »

Elle était partie avant même qu'il ait pu répliquer. La rattraper ne lui prit que trois grandes enjambée.

« Ne sois pas ridicule. » gronda-t-il en se maintenant à sa hauteur. « Tu sais très bien que je… Bordel, Carter ! Démissionne, laisse-moi démissionner… mais tout raconter ? C'est… »

« Je sais ce que je fais. » trancha-t-elle en accélérant l'allure.

Le temps qu'il la rejoigne, elle frappait à la porte de leur supérieur. Agacé, Jack décida qu'il pouvait aussi bien attendre les MPs ailleurs.

We can hide the truth inside

Jack se laissa tomber dans le siège qui faisait face au bureau de Daniel avec un soupir irrité.

« Quel est le problème ? » s'enquit l'archéologue sans lever les yeux de sa traduction.

« Vous m'apporterez des oranges en prison ? » répliqua le Colonel, en s'emparant d'un objet alien qui trainait sur le bureau et en l'examinant sous toutes les coutures.

Daniel le récupéra dans la seconde et se leva pour le poser sur une étagère, hors de portée de son meilleur ami.

« Jack, tout le monde sait déjà que vous et Sam êtes ensembles. » raisonna tranquillement le linguiste. « Si Hammond avait dû vous faire arrêter, vous seriez à l'ombre depuis des mois. »

« Elle est allée tout avouer. » rétorqua le militaire. « Elle veut quitter l'Air Force. »

L'autre homme haussa les épaules.

« On l'a tous vu venir. » répondit Daniel comme si rien ne clochait avec cet état de fait. « En fait, vous êtes probablement le seul qui n'ait rien remarqué. »

Etait-il le seul à comprendre les dangers qu'une confession en bonne et due forme engendrerait ?

« Croyez-moi, je n'ai rien contre le fait qu'elle ne veuille plus aller en première ligne. La question n'est pas là. » s'énerva le Colonel. « Mais pourquoi tout raconter au Général ? Il sait tout ce qu'il a besoin de savoir. »

« Hammond est important pour elle. » rationnalisa l'archéologue. « Peut-être a-t-elle besoin de vider sa conscience. »

« En nous faisant jeter en prison ? » ironisa-t-il.

« Jack… » soupira Daniel. « Personne n'ira en prison. Sam vous aime. Vous aimez Sam. Tout le monde est plus ou moins au courant et ça n'a pas déclenché l'apocalypse. Qu'est-ce qui vous embête vraiment ? »

Jack faillit s'entêter sur son idée puis réalisa que ce n'était pas vraiment ce qui l'inquiétait.

« Elle laisse tout tomber, Daniel. » avoua-t-il finalement. « Ses rêves, son travail… Pour moi. J'ai peur qu'elle regrette. »

« Vous dramatisez. J'ai un contrat civil et je travaille quand même ici, dans SG1. Je suis à peu près certain que c'est ce qui se passera pour Sam. Et puis… peut-être qu'elle a d'autres rêves maintenant. »

« Peut-être… » répéta Jack sans être réellement convaincu.

The night has reached its end.

Les lèvres de Jack dévoraient les siennes et Sam ne pensait plus, ne respirait plus…

Elle existait.

« Je pense toujours que tu es folle. » gronda-t-il tandis que sa bouche descendait sur sa gorge. « Et qu'on a une chance extraordinaire. »

« Pas de chance. » rétorqua Sam. « Juste de la logique. »

« Logique… » ironisa-t-il en la faisant basculer sur le lit. « … qu'Oncle George ne poursuive pas sa nièce chérie et son supérieur ? J'appelle ça de la chance. »

« Appelle ça comme tu veux, mais tais-toi. » exigea-t-elle en capturant une nouvelle fois ses lèvres. Ca ne suffit pas pourtant, parce qu'à peine s'étaient-ils séparés qu'il reprenait.

« Je suis sûr que tu n'as même pas eu droit à un savon. Alors que j'ai cru qu'il allait me tuer. »

Sam émit un bruit amusé.

« Pauvre bébé. » se moqua-t-elle. « Personne n'a vu George Hammond en colère tant qu'il ne vous a pas surpris en train de fumer sous le porche à trois heures du matin. »

Le Colonel leva un sourcil étonné.

« Période rebelle ? » s'enquit-il avec intérêt.

« Beth et moi avons failli être assassinées plusieurs fois. » répliqua-t-elle. « Maintenant que ce point est clair… Peut-on passer aux choses intéressantes ? »

Il ne se fit pas prier, ses mains trouvant sa peau avec une facilité déconcertante.

Un sourire éclaira le visage de Sam. Ils l'avaient fait.

Ils avaient gagné.

Resistance

THE END