Hey! Sixième challenge! Pour cette citation sur les hallucinations j'ai choisi de faire des incursions dans quelques épisodes dont j'ai conservé les titres en anglais. Il s'agit de : La fin de l'union, Héros, Le quatrième cavalier de l'apocalypse, la première vague, la grande illusion et le temps d'une vie.

Je rappelle que ces os ne sont suivis que chacun marche seul.



Do you believe in hallucinations?
Silly dreams or Imagination?
Don't go away 'cause I feel you this time
Don't go away 'cause I need you here this time

~ Angels and Airwaves, Hallucinations

Awakening

Death Kneel

Le sang battait à ses tempes avec une douloureuse régularité qui la laissait à bout de souffle. Sa jambe était presque inutilisable et plus les minutes passaient plus les efforts qu'il lui fallait faire pour dissimuler ses traces à la vue du Super Soldat qui la poursuivait paraissaient ne pas valoir le coup. Sam était épuisée, nerveusement à bout et n'avait plus le courage nécessaire à fuir.

Sa cuisse protesta une nouvelle fois et son genou céda sous l'assaut de la souffrance. Prostrée au sol, elle se traina jusqu'au tronc d'un arbre proche et s'y adossa. Des larmes lui brûlaient les yeux, coulaient sur ses joues sans qu'elle cherche à les effacer.

Le combat était fini.

Anubis vainquait par forfait.

Laissant sa tête partir en arrière, elle ferma ses paupières lourdes. Elle était si fatiguée… Nul doute qu'elle aurait dû dormir la veille et non passer la moitié de la nuit à plancher sur l'arme dont elle n'avait qu'une recharge, inutile sans le fusil modifié… Ca ne sauverait pas sa vie. Au contraire. La caféine dans son sang et le manque d'énergie qui pesait sur ses épaules causeraient probablement sa perte.

« Tu ne devrais pas rester assise là. » lança une voix fluette au dessus de sa tête.

Alarmée, Sam rouvrit instantanément les yeux. Uniquement pour les écarquiller quelques secondes plus tard quand son regard tomba sur la fillette d'environs huit ans qui la dévisageait tranquillement en souriant.

« Je ne me rappelle pas avoir pris de coup sur la tête… »

Parce que c'était la seule explication logique à la présence de Grace à cet endroit. La jeune femme ignorait pourquoi elle persistait à lui donner un nom, une appellation. L'enfant n'avait après tout été qu'une hallucination parmi tant d'autres et c'était pourtant celle qui l'avait le plus marquée durant son séjour sur le Prométhée. Parce que contrairement aux autres, elle n'était pas issue d'un souvenir réel… Parce que la scientifique n'avait toujours pas déterminé ce que la fillette représentait…

« Tu n'as pas besoin d'un coup sur la tête pour que j'apparaisse. » se moqua l'enfant comme si c'était la chose la plus ridicule qui soit jamais sortie de la bouche de la militaire. Et peut-être que ça l'était, parce qu'ensuite, Grace se pencha et appuya sa petite main sur sa poitrine. « Je vis ici. »

Sam se contenta de cligner des yeux sans contester la véracité de l'information. Sans même douter de la véracité de l'information.

« Plus pour longtemps. » ironisa la jeune femme avec fatigue. « Parce que je doute de pouvoir sortir de là. »

La fillette haussa les épaules.

« Il viendra nous chercher. » répondit simplement Grace, comme si c'était l'évidence même.

La scientifique fronça les sourcils, sans comprendre à qui elle faisait référence.

« Il ? » releva-t-elle.

Un sourire éclaira le visage, irradiant tellement de certitude et de joie que le Major eut le souffle coupé.

« Tu sais qui. » affirma la petite.

Le visage de son supérieur se dessina immédiatement dans son esprit mais Sam l'ignora résolument. Un coup d'œil à Grace, cependant, et elle comprit que la fillette avait suivi son raisonnement. Réalisant que de toute façon, il n'y avait pas grand intérêt à mentir à une partie dérangée de son esprit, Sam secoua la tête.

« Il ne me trouvera pas à temps. » contra-t-elle. « Il ne trouvera qu'un… »

« Il ne serait pas très content s'il t'entendait dire des choses comme ça… » coupa la petite fille, ses yeux bruns pétillants de malice.

Il fallait admettre qu'elle marquait un point. Le Colonel O'Neill lui aurait botté les fesses s'il l'avait entendue aussi défaitiste. Mais elle était fatiguée… Tellement fatiguée…

« Tu sais… » reprit Grace « Il est très inquiet pour toi. Il est toujours très inquiet pour toi. Il t'aime, tu vois ? »

Un rire avorté secoua sa poitrine, laissant douleur et amertume sur son passage. Voilà où elle en était… Elle tentait d'oublier Jack O'Neill et son subconscient, le même subconscient qui deux mois plus tôt voulait qu'elle passe à autre chose, tentait de la convaincre qu'elle devait s'accrocher à lui. Une jolie cellule capitonnée l'attendrait probablement quelque part à son retour sur Terre. Si elle revenait du moins.

« Et comment sais-tu ça ? » demanda Sam, tentant de réprimer son agacement.

Grace fronça les sourcils, accordant à la question une réflexion sérieuse.

« Je le sais, c'est tout. » finit-elle par répondre. « Comme je sais que tu l'aimes. »

Cette énonciation simple déclencha un mouvement de panique chez la jeune femme. Elle l'endigua de son mieux, se forçant à respirer profondément et à ne pas laisser son rythme cardiaque s'emballer.

« C'est faux. » protesta-t-elle faiblement. « Je… »

Ses pensées dévièrent vers Pete avant de revenir à Jack.

Comme toujours.

Et elle se tut.

Dire que c'était faux serait mentir. Pour l'instant ce serait mentir. Mais avec le temps…

« Tu dois bouger, maintenant. » déclara doucement Grace. « Sinon il ne te retrouvera pas à temps. Et ça le brisera. »

Elle savait que la dernière partie n'était pas un euphémisme. La disparition de Daniel deux ans plus tôt avait failli leur coûter l'équipe… Le Colonel gérait mal les deuils et le sien…

Poussant sur ses mains et puisant dans ses maigres forces, Sam se remit sur ses pieds. Grace lui adressa un sourire ravi.

« Tout ira bien. » affirma la fillette.

Sans savoir pourquoi, elle la crut.

Néanmoins, un dernier point nécessitait un éclaircissement…

« Qui es-tu ? » demanda Sam.

La question l'avait tenue éveillée des nuits entières, nettement plus dévorante qu'elle aurait dû l'être. Une part de son esprit, la mince part d'elle ouverte à ce qui n'était pas tout à fait rationnel, était persuadée qu'il y avait plus en Grace qu'une simple hallucination. Une hallucination n'était jamais aussi précise, aussi claire… Et une hallucination classique ne lui serait pas réapparue une deuxième fois. Le plus étrange étant qu'elle n'avait pas peur de Grace ou de ce qu'elle signifiait, quoi que cela soit. C'était presque comme si l'enfant était réelle en un sens. Ou comme si elle avait voulu qu'elle le soit…

Pour toute réponse les lèvres de la fillette s'étirèrent en un sourire familier mais qu'elle ne put replacer.

« Twinkle, Twinkle, little star… » chantonna l'enfant.

Un oiseau battit des ailes au dessus d'elle et par réflexe, Sam leva la tête, en position de défense. Quand son regard revint vers l'endroit où Grace se tenait quelques secondes plus tôt, la fillette n'était plus là.

« How I wonder who you are… » compléta Sam avec regret.

Secouant la tête, le Major se remit en marche. Dix minutes plus tard, un UAV passait au dessus de sa tête, synonyme d'espoir.

Heroes

Les bruits de la bataille s'étaient fondus dans un brouillard cotonneux. Tout d'ailleurs semblait être fait de brume. Du monde qui l'entourait à son propre corps. Avait-il seulement encore une consistance physique ? Et était-ce cela être mort ? Sans doute l'avait-il été trop de fois pour éprouver autre chose qu'une désagréable sensation d'inachevée.

Il avait pris une décharge, était tombé, avait à peine entrevu le regard désespéré de Carter et… Et quoi ? Il était mort ou presque. Aussi bêtement que ça.

« Tu ne peux pas mourir maintenant. » lança une voix fluette dans son dos et Jack pivota brusquement sur ses talons.

Le brouillard blanchâtre dans lequel il flottait se découpait nettement autour de la frêle silhouette d'une enfant de sept ou huit ans. Les cheveux couleur miel, un visage fin et deux yeux chocolat.

Et une familiarité dérangeante.

Dans les traits, dans le regard… Il revoyait Charlie dans certaines parties de son visage, il retrouvait le nez de sa propre mère… Mais il y avait autre chose. Une autre influence dans la silhouette de la gamine qu'il ne parvenait pas à remettre.

« Ah ? » finit-il par répondre, cherchant toujours qui d'autre elle pouvait bien lui rappeler.

« Non. » déclara la fillette avec un sourire chaleureux. « Tu ne peux pas maintenant. Elle va avoir besoin de toi. Et moi aussi. »

Jack fit un pas vers l'étrange apparition, intrigué.

« Et tu es ? » demanda-t-il, étudiant avec une attention plus soutenue encore les expressions qui passaient sur le visage de l'enfant. Il était sûr de se retrouver dans certaines mais dans d'autres…

« Je m'appelle Grace. » annonça fièrement l'enfant.

Le militaire ne s'accorda pas le luxe d'être surpris. Il était mort ou sur le point de l'être, malgré tout ce que cette enfant pouvait dire, pourquoi s'étonner de son prénom ?

« Comme ma grand-mère. » commenta-t-il simplement.

« Oui ! » acquiesça joyeusement la petite dans un nouveau sourire. « J'aimerai bien qu'on ait le temps de jouer… »

Jack haussa les épaules, charmé par ses manières enfantines, et avide d'en apprendre davantage sur elle.

« Je n'ai pas vraiment autre chose à faire dans l'immédiat… » dit-il mais Grace secoua la tête.

« Tu ne peux pas rester. » protesta-t-elle. « Si tu restes, elle sera très triste. »

« Qui ça 'elle' ? » demanda-t-il, perplexe, avant de regarder autour de lui. « Et où sont tes parents ? »

C'était un peu stupide de demander ça parce que dans une situation pareille la seule chose qui compte devrait être lutter pour revenir dans le monde réel. Mais cette gosse l'intriguait sérieusement. Principalement en raison de ce que son instinct lui hurlait.

« Elle est triste parce que Janet est partie et que tu ne veux pas te réveiller. » insista la petite.

« Janet ? » s'alarma le Colonel. Janet n'était pas censée aller où que ce soit… Grace avait certainement mal compris.

« Elle a besoin de toi, tu sais ? » reprit la fillette. « Tu dois vraiment te réveiller maintenant. »

Retourner dans le monde des vivants semblait une bonne chose mais l'idée d'abandonner l'enfant ici lui tordait les tripes.

« Non. » répondit Jack, pressé par une impression d'urgence. « Qui es-tu ? »

« Grace. » répondit-elle aussitôt.

Son cœur s'emballa sans raison valable et la prise qu'il avait sur les choses diminua. Il tenta néanmoins de contrer cette sensation, sachant qu'il était vital qu'il perce le secret de l'enfant.

« Grace comment ? » persista-t-il.

Elle inclina la tête sur le côté et lui adressa un sourire resplendissant. Le genre de sourire qu'il n'avait jamais vu que sur une seule et unique personne. Une scientifique aux yeux bien trop bleus qui lui avait ravi son cœur.

Quelque chose s'apaisa dans sa poitrine.

Oui… Oui, cette étrange fillette apparue d'il ne savait où était bien celle qu'il pensait être. Et quand bien même était-ce impossible, et bien… c'était.

Grace était peut-être une illusion ou le fruit d'un rêve idiot induit par trop de calmants mais…

Elle serait désormais l'image vers laquelle il se tournerait en temps de coups durs. Parce qu'elle était un morceau de lui. Et bien plus important, elle était aussi un bout d'elle

La brume se refermait sur lui à présent mais il ne voyait que le sourire et la frimousse de Grace. Grace

« A bientôt, papa ! » lança-t-elle avec entrain avant de disparaître.

Le mot le cueillit à la poitrine et se répandit en lui en distillant une douce chaleur, guérissant pas mal de blessures toujours à vif.

Etait-elle un délire d'un jour ou un présage venu du futur ?

C'est sur cette question épineuse que Jack O'Neill rouvrit finalement les yeux, tombant sans surprise sur le plafond grisâtre de l'infirmerie.

Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are.
Up above the world so high,

Horseman

La gorge sèche, Jack s'humecta péniblement les lèvres.

Il détestait l'odeur du désinfectant.

Qu'importe l'hôpital, l'infirmerie ou le centre médical, ça sentait toujours le désinfectant.

Le rang de Général lui avait octroyé le privilège d'une chambre individuelle dans la section médicale bondée qui était attachée au Pentagone. Ca ne durerait pas cependant. Plus la grippe Oris faisait de victimes et moins de place il aurait.

Au moins, c'était Hammond qui était au SGC et pas un incapable qui aurait aggravé la situation au lieu de laisser faire SG1. La dernière chose dont il se rappelait avant de s'être réveillé ici, outre une légère température et une migraine apocalyptique, était l'arrivée providentielle d'Orlin. Bien qu'il ait des sentiments mitigés sur ce point…

Il s'était retrouvé là sans savoir comment, comme une bonne part de la population, terrassé par l'épidémie. Aucun des médicaments que les infirmières injectaient dans sa perfusion n'était réellement efficace sur sa fièvre. Il divaguait, somnolait, et passait parfois dix minutes à fixer un point sur un mur.

Il avait eu Hammond au téléphone quelques heures plus tôt et, même si la conversation n'avait pas été des plus claires, il se rappelait avoir ordonné à George de ne pas prévenir les autres de son état. Il ne voulait que ses anciens coéquipiers s'inquiètent pour lui en prime.

Il espérait simplement que la partie où Orlin était redevenu adolescent n'était pas qu'une vague espérance due à sa température élevée. Carter avait beaucoup apprécié l'extra-terrestre à l'époque et il n'y avait rien d'assez officiel entre eux pour qu'il ait le droit d'être jaloux. Rien que des mails, de longues conversations et quelques baisers volés et aussitôt enterrés ne pouvaient excuser.

Le sergent Olsen, l'homme qui lui servait de secrétaire, d'assistant et de défouloir quand le besoin s'en faisait sentir, se planta dans l'encadrement de la porte avec incertitude.

« Mon Général ? » appela-t-il et Jack se força à relever la tête et à se concentrer sur le jeune homme qui le fixait.

« Etes-vous en état de prendre des décisions, Monsieur ? » s'enquit Olsen.

Jack était sur le point d'acquiescer quand son regard fut attiré par un mouvement à sa gauche. Il ne put s'empêcher de sourire en voyant la petite fille se diriger vers son lit et l'escalader sans la moindre hésitation.

« Gracie… » murmura-t-il, heureux de constater qu'elle n'avait pas changé. Elle était exactement telle qu'il l'avait rêvé deux ans plus tôt. « J'ai cru que tu ne reviendrais jamais… »

« Je ne suis jamais partie. » se moqua gentiment la fillette.

Du coin de l'œil, il nota qu'Olsen soupirait et se détournait avec un air inquiet. Sans doute parti chercher une infirmière ou un docteur.

« Tu m'as manqué… » avoua-t-il sans même y penser. Combien de nuits de solitude avait-il passé à rêver qu'elle était finalement réelle ? Il ne pouvait pas oublier Carter. Il avait essayé. Il avait vraiment essayé. Mais elle avait rompu avec Pete et les choses entre eux étaient soudainement devenues compliquées. Compliquées parce qu'ils n'avaient eu que quelques mois avant qu'elle retourne au SGC et que cela l'avait replacée sous ses ordres. Indirects, oui. Mais néanmoins sous ses ordres.

Et ils étaient retombés dans les travers qu'ils avaient si laborieusement quittés. Un couple sans être un couple. Du flirt de plus en plus poussé. Et parfois, au hasard d'une soirée un peu trop arrosée, un baiser arraché dans un coin.

Rien qui ne garantisse que Grace existerait bel et bien un jour.

« Je ne suis jamais partie. » répéta la fillette.

Il avait vaguement conscience de parler à quelqu'un qui n'était même pas là mais les mots se bousculaient sur sa langue sans qu'il ait le moindre contrôle sur eux.

« Carter me manque. » lâcha-t-il. En d'autres circonstances, il aurait été alarmé d'avoir déclaré ça tout haut, à porté d'oreille de n'importe qui. Pas aujourd'hui. Si Grace était là…

« Va la voir. » conseilla la petite en haussant les épaules. Comme si c'était si simple. Jack aurait aimé que ce soit si simple.

Il y eut quelques secondes de silence pendant lesquelles Grace s'amusa à faire des bulles. Il ne l'avait pas vu sortir son jouet mais était simplement content de l'observer, de prétendre que Carter était allée faire des courses et ne tarderait pas à revenir pour les embrasser sa fille et lui. Imaginer que la vie n'était pas celle qu'ils menaient. Rêver d'une existence banale et normale où Grace n'aurait été que l'ainée de plusieurs enfants…

« Tu sais… » reprit finalement Grace, une expression sérieuse sur le visage qui aurait été comique s'il n'y avait pas eu cette lueur inquiète dans son regard. « Si tu ne lui dis pas bientôt, je ne pourrais plus revenir. »

Le cœur de Jack se serra.

« Lui dire quoi ? » tenta-t-il de dévier, mais sachant très bien de quoi l'enfant voulait parler.

« Elle a peur de toi. » affirma Grace sans se soucier de répondre à sa question. « Elle a peur d'elle aussi. Mais elle t'attend. Elle t'attend toujours. »

Le militaire s'humecta les lèvres, la gorge sèche.

« Je ne peux pas, Gracie. » offrit-il. « On ne peut pas. Pas pour le moment. »

Et dieu sait qu'ils avaient assez attendu…

La petite sembla contrariée et sauta finalement au pied du lit.

« Alors je dois m'en aller. » déclara-t-elle tristement.

Le rythme cardiaque du Général accéléra.

« Quoi ? Pourquoi ? Reste un peu, s'il te plait… » bredouilla-t-il, égaré par la fièvre qui lui vrillait les tempes.

« Je ne peux pas. » répliqua la fillette. « Tu abandonnes. Tu l'abandonnes. Et tu m'abandonnes. »

« Non ! » protesta-t-il au moment où Olsen revenait dans la pièce, un infirmier dans son sillage. « Jamais, Grace ! Je te promets. »

Mais la petite secouait la tête d'un air déçu. La seconde suivante, elle avait disparu, laissant Jack avec l'horrible impression qu'il ne la reverrait jamais.

Like a diamond in the sky.
Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are!

Camelot

L'espace l'avait toujours fascinée.

Depuis qu'elle était enfant, elle se l'imaginait comme un refuge. Un lieu paisible, une destination de rêve…

Bien entendu, depuis elle avait traversé de multiples fois la Porte et avait découvert qu'il n'y avait rien de réellement paisible là haut.

Et flotter dans l'espace, coupée de tous, au milieu de débris n'était pas réellement une bonne expérience. D'autant plus que l'arrivée d'oxygène de son scaphandre devait être endommagé car l'air se raréfiait. Se concentrer devint de plus en plus dur et bien que sa bouche continue d'appeler à l'aide d'éventuels survivants, Sam sentait son esprit dériver davantage à chaque minute.

La sensation était réellement étrange.

Comme avoir deux corps à la fois.

L'un était bel et bien là, tentant d'assurer sa survie. L'autre… L'autre était ailleurs…

La jeune femme détailla avec attention la pièce dans laquelle une part d'elle se trouvait. Elle fronça les sourcils, surprise de se retrouver au SGC. Ni les murs gris, ni la grande glace qui permettait l'observation d'une pièce annexe ne laissaient planer le doute. Curieux. Elle n'aurait jamais pensé que c'était là que son esprit se replierait avant de mourir.

« Tu l'as enfermé ici. » déclara une voix familière.

Sam se retourna pour affronter le regard attristé de Grace. Ca faisait très longtemps qu'elle n'avait pas revu la fillette. Rien n'avait changé dans son apparence physique cependant. Elle était toujours la même petite fille, aux mêmes yeux rieurs. Sauf qu'aucune étincelle ne dansait dans ses prunelles… Et aucun sourire ne jouait sur ses lèvres.

« Quoi donc ? » demanda la militaire bien qu'elle ait depuis longtemps compris que l'hallucination –et en était-ce vraiment une ?- ne révélait jamais rien sciemment.

Grace haussa les épaules.

« Ton cœur. » répondit la petite comme si c'était l'évidence même.

Une répartie se formait déjà sur les lèvres de la jeune femme quand elle reconnut brusquement la pièce où elle se trouvait. Etonnant qu'elle n'ait pas réalisé avant d'ailleurs…

Parce que je tiens à elle… Beaucoup plus que je ne suis censé le faire…

Ses pensées dérivèrent immédiatement vers l'homme qui avait probablement déjà reçu la nouvelle de leur cuisante défaite et qui préparait assurément la contre offensive. Sans surprise, son cœur se serra. Comme toujours.

Un an plus tôt, elle avait cru que tout était possible. Elle avait cru qu'ils auraient enfin droit à leur happy ending… Mais finir leur vie ensemble n'était visiblement pas leur destin. Et elle avait malheureusement compris qu'aucun homme autre que Jack O'Neill ne la rendrait heureuse, ce qui ne facilitait pas la situation. Chaque jour qui passait la voyait plus aigrie et plus furieuse vis-à-vis de cette armée qu'elle servait. Elle continuait de servir pourtant. Trop consciente que c'était son devoir.

Elle aimait le Général.

Elle l'avait admis.

Elle l'avait même déclaré à haute voix deux ou trois fois pour mieux l'intégrer.

Mais elle ne pourrait jamais le lui avouer. Jamais. Et ça finirait par la tuer.

Néanmoins, ce n'était pas le propos du moment.

Sam dévisagea la fillette dénuée de joie de vivre avec intérêt.

« Comment se fait-il que tu fasses toujours référence au Général ? » s'enquit-elle sans douceur.

Le mystère de Grace la dévorait, comme à chaque fois. Qui était-elle, à la fin, cette enfant pour qui elle ressentait un tel attachement ? Un tel besoin de protéger ?

« Tu lui manques. » répondit la fillette et Sam aurait voulu hurler que ce n'était pas la question qu'elle avait posé, qu'elle ne voulait pas savoir cela. Quel bien cela lui ferait-il de savoir qu'elle n'était pas la seule à ressentir ce trou ardent à l'intérieur de sa poitrine ? Que lui aussi se consumait de regrets ?

« Qui es-tu ? » réattaqua le Colonel. Comme à chaque fois.

Grace soupira, comme lasse de toutes ces questions.

« Je ne suis personne. » répondit la petite. « Je ne suis personne parce que c'est ici que ton cœur est resté. »

Confuse, Sam secoua la tête.

« Je n'ai pas choisi. » répliqua-t-elle, sur la défensive.

« Si. » contra Grace. « Ton chemin a pris de nombreux tournants et ta route comportait de nombreux carrefours… Tu as toujours choisi d'aller tout droit. »

Un sourire amer étira les lèvres de la militaire.

« Que peux-tu connaître à la vie ? » lâcha-t-elle. « Tu n'es qu'une création de mon esprit. Tu n'existes pas. »

« Je suis tellement plus que ça. » rétorqua la petite, et brusquement Sam eut l'impression de s'adresser à une adulte et plus à une enfant. Incertaine, elle recula.

« Qui es-tu ? » ordonna-t-elle.

Grace cligna des paupières et son regard triste se planta dans le sien. La scientifique retint à grand peine un frisson devant les émotions qui s'y disputaient.

« Ca n'a plus vraiment d'importance… » répondit la fillette. « Bientôt, je n'existerai plus que dans la brume de souvenirs vaporeux. »

Sam dut se répéter la phrase avant de la comprendre. A croire que cette enfant prenait des cours avec Oma Dessala.

« Que veux-tu de moi ? » enchaina la jeune femme tandis que le décor se dissolvait progressivement autour d'elles.

« Rien que tu ne puisses m'offrir tant que tu n'auras pas compris qui je suis. » offrit Grace.

Les ténèbres dansaient entre elles maintenant, menaçant de les avaler.

« Alors dis le moi ! » s'exaspéra la jeune femme.

« Tu lui manques. » répéta une dernière fois la petite avant de disparaître.

Sam se retrouva à fixer l'espace jonché de débris devant elle. Il lui fallut plusieurs secondes pour parvenir à se réjouir d'entendre la voix de Mitchell dans son oreillette.

When the blazing sun is gone,
When there's nothing he shines upon,
Then you show your little light,

Twinkle, twinkle, through the night.
Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are
!

Line in the Sand

Jack gigota dans la chaise en plastique toujours aussi inconfortable après tant d'années. Son esprit était assommé par l'envie de dormir mais il résistait pourtant. Il continuerait de résister tant que Carter ne serait pas sortie du coma, il se l'était promis. Qu'importe que cela fasse plus de quatre jours, il attendrait. Comme pour compenser son sommeil par son éveil. C'était un peu stupide sans aucun doute mais c'était la seule chose sur laquelle il avait un contrôle quelconque.

Dans deux jours, trois au mieux, on lui ordonnerait de regagner Washington. Si Laam ne le mettait pas à la porte avant. Seul son grade avait convaincu le médecin de ne pas lui administrer un somnifère…

Son regard dériva jusqu'à la chaise opposée à lui où Mitchell ronflait sans aucun remord. SG1 avait organisé des tours de garde auxquels il s'était plié pour ne pas provoquer de questions sur l'attention qu'il dévouait à la jeune femme. Il prenait soin, néanmoins, de rester au pied de son lit au moins vingt-heures par jour mais s'accordait de multiples pauses pour être aperçu ailleurs. Deux minutes au mess, deux vers le bureau de Landry… et personne n'aurait l'impression qu'il ne quittait pas Carter.

Seul Teal'c n'était pas dupe de son manège mais le Jaffa ne l'avait jamais été après tout et la disparition de Daniel était un coup dur pour tous. Vala avait un air grave qui ne lui allait pas.

Ses paupières traitresses menaçaient de tomber et Jack secoua la tête, désirant à tout prix rester éveillé au cas où elle sortirait de ce drôle de sommeil. Il ne savait plus depuis combien de temps il ne s'était pas allongé et n'avait pas pris une vraie nuit de repos…

« Coucou… » murmura Grace en glissant sa petite main dans la sienne. Aussitôt, un sourire attendri étira les lèvres du Général.

« Salut. » chuchota-t-il en réponse, observant avec regret la fillette qui se tenait devant lui. Elle aurait pu avoir à peu près cet âge s'ils n'avaient pas enterré leurs sentiments après le test Zatarc.

Mais Jack avait accepté qu'elle n'était qu'un possible désormais révolu. Grace était un miracle qu'ils ne vivraient pas.

Et comme si elle en était consciente, la petite lui sourit tristement. N'était-elle pas un peu trop pâle ?

« C'était près cette fois. » déclara l'enfant. « Elle a vraiment failli mourir. »

Jack ferma les yeux, son rythme cardiaque s'emballant furieusement sous le simple effet de ces mots. Dieu, il n'en était que trop conscient…

« Elle a pensé à toi. » continua Grace. « Quand elle croyait que c'était la fin… Elle ne pensait qu'à toi. Et à combien elle t'aimait. »

Il n'avait aucun moyen de savoir si c'était la vérité et pourtant, il n'en doutait pas. La mort les avait frôlés bien souvent mais cette fois… Peut-être était-ce la fois de trop. Il refusait de recevoir un autre appel de ce genre et de ressentir la même brûlure ardente de regrets. Il refusait de repartir pour Washington sans lui avoir dit qu'il l'aimait. Envers et contre tout. Toujours. Il refusait d'imaginer qu'elle ne voudrait pas tourner la page et en commencer une autre. Il refusait.

Quand elle se réveillerait, il lui dirait que ça avait assez duré.

Ils avaient assez longtemps laissé l'armée, les circonstances, un destin auquel il ne croyait même pas, décider pour eux.

Il était temps que Sam et Jack aient leur histoire. Ils l'avaient mérité.

Comme si elle lisait dans ses pensées, Grace eut un sourire heureux. Tremblant cependant. Et Jack savait pourquoi. Les mots de Laam résonnaient toujours à ses oreilles.

« Ca ne te sauvera pas, n'est ce pas ? » demanda-t-il.

Ils avaient dû retirer l'ovaire gauche et étant donné l'âge et les multiples blessures du Colonel… Les chances qu'elle puisse un jour avoir un enfant étaient faibles. Trop faibles pour être prises en compte.

Grace haussa les épaules.

« Certaines choses ne sont pas destinées à arriver. » lâcha-t-elle.

« Foutaises ! » protesta Jack, son regard se perdant sur la frêle silhouette allongée dans le lit d'hôpital. Si tout était écrit pourquoi se donner la peine de prendre des décisions.

« Je voulais te dire au revoir. » reprit Grace, dans un nouveau sourire. « Tu n'as plus besoin de moi. »

Jack caressa la joue de sa fille, remettant en place une mèche qui s'était égarée sur son front.

« Bien sûr que si. » murmura-t-il. « Tu es mon espoir. »

« Ca n'a pas d'importance que je devienne réelle ou pas. » déclara la petite fille. « Je serai toujours en toi. Et en elle. »

« Gracie… » supplia-t-il. Il sentait qu'elle allait partir. Partir pour ne plus revenir.

« Au revoir… » murmura la fillette.

« Gracie ! » cria-t-il en se levant à moitié pour la retenir.

Une main s'abattit sur son épaule, le forçant à tourner la tête.

« Désolé, mon Général. » s'excusa Mitchell. « Je crois que vous faisiez un cauchemar. »

Ses yeux quittèrent le Colonel pour chercher sa fille. Mais à part eux, l'infirmerie était déserte.

« Vous devriez aller vous coucher, Monsieur. » reprit Mitchell avec hésitation. « On dirait que vous avez vu un fantôme… »

In the dark blue sky so deep
Through my curtains often peep
For you never close your eyes

Til the morning sun does rise
Twinkle, twinkle, little star
How I wonder what you are

Unending

Les ombres familières dansaient tout autour du labo de Sam et elle se perdait dans leur contemplation sans parvenir à déterminer pourquoi elle était plus fascinée par elles aujourd'hui que pendant les cinquante dernières années.

Il était étrange de se dire qu'en un sens, cette nuit serait la dernière. Bien sûr si le plan réussissait, tout ça n'aurait jamais existé. Sauf que bizarrement ce n'était pas l'impression que Sam avait. Elle n'avait pas l'impression qu'elle allait rajeunir et leur éviter une vie solitaire et triste par bien des aspects… C'était comme si elle allait mourir. Comme si elle allait mettre fin à une existence entière.

Cinquante années.

Cinquante années quand ils n'avaient eu que quelques mois. Quelques semaines même…

Le pire était de se dire qu'il lui avait manqué à chaque seconde, à chaque minute de chaque journée… et qu'il n'avait même pas réalisé qu'elle avait passé la moitié de sa vie sans lui. Combien de temps s'était écoulé de l'autre côté de leur bulle temporelle ? Quelques heures ? Quelques jours au plus…

Et pourtant ça faisait cinquante ans que son cœur saignait pour Jack.

Elle était vieille à présent. Vieille, ridée et certainement pas la femme attirante qu'elle avait autrefois été. Et pourtant… elle enviait à Daniel et Vala leur tendresse tranquille. Elle voulait Jack. Son Jack.

« Tu le retrouveras. » affirma tranquillement Grace, de là où elle était perchée sur la console Asgards, les bulles qu'elle ne cessait de souffler voletant autour d'elle.

La présence de la petite fille était devenue pratiquement constante avec l'âge. Daniel perdait parfois la mémoire, la vue de Vala consistait à discerner des ombres et Cameron peinait à bouger… Elle, elle voyait des choses qui n'étaient pas là. Grace. Mais elle ne s'en plaignait pas. L'enfant avait mis du baume sur ses blessures, lui offrant l'assurance dont elle manquait parfois.

« Je l'espère. » répondit Sam, observant une des bulles de savon se poser sur le meuble devant elle et y demeurer quelques secondes avant d'exploser.

« Tout ira bien, tu verras. » offrit encore la fillette. « Joue avec moi. »

Avec un sourire, Sam entreprit de souffler dans le produit à bulles qu'elle avait synthétisé grâce à la matrice Asgards. Ca sembla ravir la petite et la militaire s'adonna à ce jeu simple pendant plusieurs minutes.

« Est-ce que tu es réelle ? » demanda finalement la vieille femme. « Ou est-ce que tu es simplement qui j'aimerai que tu sois ? »

Il n'y aurait pas d'autres occasions de poser la question. A partir de demain, le monde changerait d'axe et l'identité de Grace retournerait à nouveau au néant. C'était pourtant une incertitude qui l'avait poursuivie la moitié de son existence et Sam refusait de laisser passer une opportunité de vérifier ce qui palpitait dans sa poitrine depuis maintenant des mois.

« Qui veux-tu que je sois ? » lança Grace, dans son habituelle manie de renvoyer les questions au visage de celui qui les posait.

Il lui avait fallu du temps pour trouver la réponse. Beaucoup de temps. Mais avec les années venait la sagesse et Sam avait beaucoup d'années derrière elle à présent.

« Je devais être aveugle pour ne pas l'avoir remarqué avant. » commenta la scientifique en soufflant une nouvelle bulle. « Tu as ses yeux, ses lèvres aussi… Tu t'exprimes comme lui parfois… »

« Ton cœur était aveugle. » rétorqua Grace dans un sourire. « Mais il voit maintenant. »

« Oui… » répondit-elle avec regret. « Il voit. »

Et aurait-elle compris plus tôt, peut-être n'aurait-elle jamais passé cinquante ans sur ce vaisseau… Peut-être aurait-elle été en train de dorloter sa fille…

« Laam a dit que… » reprit-elle sans parvenir à terminer. Cette douleur là, elle n'avait jamais réussi à passer dessus. Particulièrement parce que cette annonce avait été suivie de la déclaration de Jack. Certes, il se moquait qu'elle puisse ou pas avoir des enfants, il prendrait ce qu'il pourrait, il le lui avait affirmé plus d'une fois… Mais…

« Je ne sais pas. » déclara Garce en haussant les épaules. « Peut-être et peut-être pas. »

Sam posa le jouet et prit une grande inspiration.

« Mon ancien moi… » commença-t-elle. « La femme que j'étais, celle que je vais redevenir demain… Je crois qu'elle a besoin de ça. Besoin de toi. »

Le regard brun qui se posa sur elle était tendre. Un peu comme celui de Jack quand il la regardait dormir, ou du moins qu'elle faisait semblant de dormir.

« Ca fait des années que tu as besoin de moi, maman. » répondit doucement la fillette. Et Sam sentit son souffle se couper sous le titre tandis que des larmes idiotes s'agglutinaient à ses yeux. Elle avait quatre-vingt dix ans et avait attendu sans le savoir toute sa vie pour ce mot unique.

« Alors, tu dois exister. » supplia-t-elle quand elle eut maîtrisé ses émotions traitresses. « Pour Jack et moi. On serait des parents merveilleux. Je le sais. »

« Je le sais. » affirma gentiment l'enfant.

La scientifique se mordit la lèvre, un regret plus mordant que les autres attaquant son cœur.

« Si seulement il pouvait te voir… » murmura-t-elle.

Un sourire énigmatique étira les lèvres de Grace. « Il a fait aussi souvent appel à moi que toi… »

Sam ne comprit pas mais elle ne chercha pas, s'abreuvant des traits de sa fille.

« Tu devrais aller dormir, maintenant, maman. » encouragea la petite. « Demain, tout sera fini et tu seras de nouveau avec lui. Comme cela se doit. »

Les mots lui prodiguèrent une telle sérénité qu'elle hocha la tête. Elle ne bougea pas pourtant, observant la silhouette de sa fille se fondre doucement dans les ténèbres qui rôdaient dans les coins.

Bientôt, tout ce qui resta d'elle fut l'écho d'une comptine enfantine…

Then the traveller in the dark,
Thanks you for your tiny spark,
He could not see which way to go,
If you did not twinkle so.

Little Star

« Et comment appellerons-nous ce petite ange ? »

La question de Laam obligea Sam à quitter son petit miracle des yeux. Elle était épuisée, avait perdu suffisamment de sang pour que sa tête tourne un peu et tous ses muscles tremblaient sous l'effort soutenu qu'elle venait de fournir mais aucune force au monde n'aurait pu l'empêcher de fixer sa toute petite fille avec adoration.

Le regard bleu de la jeune femme remonta du bébé à l'homme qui tenait prudemment le nouveau-né. Le sourire sur les lèvres de Jack semblait ne jamais pouvoir disparaître et la lueur dans ses yeux… Secouant la tête, la militaire se força à se concentrer.

Ils n'avaient jamais discuté prénom aussi étrange que ça puisse paraître. Le fait qu'elle soit tombée enceinte était un accident miraculeux et ils s'en étaient contentés. Il y avait ça et le fait qu'au fond d'elle, Sam avait toujours su que le bébé qu'elle portait serait une fille et que dans son esprit cette petite fille avait déjà un prénom.

En revanche, elle n'avait jamais rien expliqué de tout ça à son mari.

L'expression de Jack était légèrement incertaine et il ne cessait de regarder tour à tour leur enfant et Sam.

Finalement, le Colonel se tourna vers Laam qui attendait, légèrement perplexe. La scientifique savait que SG1 était très certainement en train de harceler le personnel médical pour qu'on les laisse entrer et que le docteur préfèrerait que cela se fasse au plus vite. Il aurait été facile de dire qu'ils n'avaient jamais prévu de prénoms mais…

Cette enfant avait un prénom.

Et si Jack ne l'aimait pas… Et bien… Elle ne savait pas bien ce qu'elle ferait si Jack n'aimait pas mais ils pourraient toujours discuter… En choisir un autre…

Cependant, l'idée d'appeler sa fille autrement était perturbante.

Prenant son courage à deux mains, Sam planta son regard fatigué dans celui de Carolyn.

« Grace. » déclara-t-elle, surprise d'entendre Jack lâcher la même chose au même instant.

Elle tourna la tête alors qu'il la dévisageait avec une surprise intriguée. Laam en revanche ne parut s'apercevoir de rien.

« Grace O'Neill. » annonça-t-elle dans un grand sourire. « Et bien si vous êtes d'accord je vais emmener Grace et des infirmières vont venir s'occuper de vous, Sam. »

Son cœur s'emballa furieusement quand Carolyn enleva sa fille des bras de Jack mais elle était trop fatiguée pour suivre ce que son instinct lui dictait et se jeter sur l'autre femme afin de protéger son bébé. Elle n'irait pas bien loin de toute manière… Elle pourrait surveiller…

« Pourquoi Grace ? » demanda brusquement Jack.

Lasse, Sam se frotta les yeux. Elle aurait bien voulu dormir un peu…

« Je te retourne la question. » lança-t-elle néanmoins, tandis que la main de Jack venait écarter de son visage les cheveux que la sueur y avait collés.

Il l'observa une minute puis lui sourit.

« Ca n'a plus d'importance. » affirma-t-il. « Elle est là, maintenant. Pour de vrai. »

La dernière phrase fit se demander à Sam si elle n'avait pas été 'vraie' tout du long mais elle tint sa langue.

« Je t'aime. » lâcha-t-elle à la place, parce qu'elle le disait trop rarement et qu'il méritait de l'entendre plus.

Jack ne répondait jamais à ses 'je t'aime' par des moi aussi. Jack le lui témoignait par ses caresses et ses baisers…

Il se pencha pour poser ses lèvres sur son front mais elle ne voulait pas d'un contact chaste. Levant la tête, elle captura sa bouche sous la sienne. De longues secondes plus tard, il recula et recommença à sourire.

« Grace est là. »

As your bright and tiny spark,
Lights the traveller in the dark,—
Though I know not what you are,
Twinkle, twinkle, little star.

The end