Chapitre 2
L'homme contemplait avec délectation la porte du château se faire enfoncer par le bélier. Les gardes mutins étaient très zélés lorsqu'ils s'y mettaient. Le bois craquait sous les coups et les murs tremblaient. Les hommes gardaient une cadence soutenue pour faire tomber le portail le plus rapidement possible. Certains se relayaient pour laisser la place à des compagnons plus frais. Bientôt, il serait à l'intérieur.
Il s'avança vers les soldats.
- Plus fort mes amis ! Ne laissez pas le temps à ce roi minable de s'enfuir ! les harangua-t-il en faisant de grands gestes.
Les hommes lancèrent des cris de guerre et le bélier se cogna avec plus de force contre le bois. Encore quelques coups, et la porte céderait. Tout n'était plus qu'une question de minutes.
Avec un dernier craquement, la porte vola en éclat, et les gardes se dispersèrent à l'intérieur. L'homme s'avança dans le hall. Le palais était luxueux, et cette petite fontaine lui plairait bien... remplie du sang du roi. Aujourd'hui, il se ferait plaisir. Pas de pitié. Juste du sang et des hurlements des terreur pure.
D'un mouvement du bras, il désigna le fond de la salle, où quelques gardes commençaient à se regrouper pour prôtéger la salle du trône. Les hommes se jetèrent sur eux et très vite, le sang couvrit le carrelage blanc et bleu. Les soldats résistèrent jusqu'au dernier, mais face au nombre de rebelles, des hommes entraînés qui plus est, ils n'avaient aucune chance. L'homme rit de bon coeur en enfonçant son épée dans le ventre d'un blessé.
- Allons mes frères ! Entrons dans cette fichue salle, et mettons un terme à la vie de Son Altesse !
Plusieurs hommes rirent grassement, tandis que d'autres enfonçaient la porte de la salle du trône. Dans l'ombre, un petit page tremblait en regardant les cadavres. Ces gens étaient des monstres. Ils avaient tué tout le monde. Et ils voulaient assassiner le roi. Il devait prévenir le prince. Montrer qu'il était un peu courageux. Doucement, il s'enfuit à quatre pattes vers les étages. Il devait se dépêcher.
Il monta les volées de marches et atteignit le troisième étage. Il n'y avait personne malgré le chahut qui régnait en bas. Le garçon vit un jeune homme blond habillé de noir sortir de la chambre du prince. La porte se ferma d'elle-même, comme par magie, et le blond parla dans le vide. Le petit page s'approcha. Cette personne avait l'air gentille.
- Sire ! Est-ce que vous avez vu le prince ? Est-il là ?
- Il est parti. As-tu quelque chose à lui dire enfant ? questionna le blond en le fixant de ses grands yeux bleus irréels.
- Le château est assiégé, il doit partir ! Vous aussi vous devez vous en aller !
Le blond s'agenouilla devant lui et sourit.
- Ne t'en fais pas, Son Altesse est en sécurité. Viens avec moi, nous partons. Ces hommes n'hésiteront pas à te tuer. Ne me lâche pas d'une semelle, sinon je ne garantis pas ta sécurité.
Le petit page hocha la tête. Le jeune homme lui offrit un sourire éclatant et se releva. Le garçon ne put s'empêcher de s'émerveiller face à la beauté de l'inconnu. Il lui prit la main et le suivit. Sa paume était chaude et réconfortante. Il oublia les gardes qui s'étaient faits tuer en bas dans le hall.
- Nous devons repasser par le hall pour sortir du château. Il faut se dépêcher et sortir avant qu'ils n'entrent.
- Sire, ils sont déjà entrés ! Je les ai vus ! Ils ont tué les gens devant la salle du trône ! Quand je suis parti ils forçaient la porte !
Le page entendit un grognement derrière lui et se retourna, mais il n'y avait rien. Juste le vide. Le blond attrapa quelque chose dans les airs.
- Espèce d'imbécile, où croyez-vous partir comme ça ? Si vous voulez mourir, dîtes-le moi, je me ferais un plaisir de vous étriper ! cria-t-il en serrant ses doigts contre ce qu'il tenait.
- Je ne resterais pas sans réagir alors qu'ils vont pénétrer la salle du trône ! Mon père y est ! répondit hargneusement une voix qu'il reconnut.
- Votre Altesse ? Vous êtes tout transparent !
- C'est la faute de ce maudit blondinet qui ressemble à une femme et qui ne sait rien faire d'autre que me hurler dessus !
- Oh oui, bien sûr ! Je veux vous sauver, et je ne reçois même pas une once de reconnaissance ! cracha le blond.
- Me sauver ? Qui est-ce qui s'est jeté sur moi en premier pour m'agresser ?
- Vous vous êtes jeté sur moi en croyant que j'étais un cambrioleur !
Le prince invisible poussa un cri indigné, et le petit garçon ne comprenait plus rien. Qui est-ce qui s'était jeté sur qui ? Le prince avait l'air de connaître l'autre jeune homme. D'habitude, il n'adressait pas la parole aux gens qu'il ne connaissait pas.
- Ca suffit ! Vous m'agacez ! On va sortir, et personne ne râle !
- Oh que si je vais râler ! Je vais sauver mon père, que vous le veuillez ou non !
Un garde choisit ce moment-là pour apparaître. Il se mit à crier pour alerter ses camarades.
- Il y a une femme qui a l'air dangereuse devant la chambre du prince !
- Neutralisez-la et trouvez le prince !
Le blond lâcha la main du prince et du page et se mit en position défensive. Le garde rebelle se jeta sur lui, épée levée. Le jeune homme se baissa vivement et lui faucha les jambes d'un coup de pied. L'homme chuta, mais se rattrapa vite en roulant sur le côté. Il se redressa et fonça sur son adversaire. Ce dernier arma sa jambe, et lorsque le garde fut à sa portée, il le cueillit à la nuque en effectuant une rotation sur son autre jambe. L'homme s'écrasa au sol, sonné par la violence du coup. D'autres gardes arrivaient de l'autre côté du couloir. Le blond attrapa la main du page et appela le prince. Seuls les cris dehors lui répondirent. Il jura entre ses dents. Cet homme allait être sa mort.
Avec le garçon, il dégringola les escaliers, ne rencontrant personne d'autre en chemin que des servantes qui fuyaient le château. Un homme se jeta par la fenêtre du deuxième étage et son hurlement resta longtemps dans leurs oreilles. Il y avait un vacarme monstre au rez-de-chaussée. Les gens se poussaient pour atteindre vite la sortie. Mais dans le hall régnait un silence religieux. Le blond se glissa entre les gardes et entrevit un homme aux cheveux rouges allongé au sol, devant la fontaine. C'était le portrait craché du prince. Ou bien était-ce l'inverse ?
L'homme qui semblait mener l'attaque tournait autour de lui, épée dégainée. Il souriait méchamment, et une lueur sadique brillait dans ses yeux.
- Eh bien eh bien, pour un roi, vous vous battez comme une fillette. Ma grand-mère aurait pu faire mieux que vous.
Le roi ne répondit pas. Il serra la mâchoire et attendit. L'homme continua son petit manège.
- Je vais donc formuler ma demande. Abdiquez, et il ne vous sera fait aucun mal, à vous et à votre fils. Résistez, et ce sera votre mort certaine à tous les deux.
-Ca ne laisse pas beaucoup de choix tout ça, rit le roi, ironiquement.
- J'ai toujours eu des idées très arrêtées. C'est mon père qui m'a appris à faire ça. A trop nuancer ses propos, on obtient jamais vraiment ce qu'on veut n'est-ce pas ? dit-il sur le ton de la conversation en tâtant la pointe de son épée.
- Je suis entièrement d'accord, répondit le roi, espérant faire gagner du temps à son fils.
L'homme se retourna entièrement, et le jeune homme put le voir. Il avait les cheveux bleu électrique et un regard doré glacé. Il se dégageait de lui une aura à glacer le sang. A la lueur des bougies, son visage semblait féroce. Le petit page couina de terreur, mais le blond le fit taire. Ce n'était pas le moment de se faire repérer.
- Bien, maintenant que nous nous sommes gentiment raconté nos vies, que diriez-vous d'en venir aux faits ? Que choisissez-vous ? La vie ? Ou la mort ?
- Pourquoi pas un peu des deux hm ? Je meurs, mais mon fils vit pour pouvoir vous botter le cul !
Le roi lança un regard vers la direction du jeune blond et sourit. De ses deux mains, il empoigna l'épée de l'homme et se la planta dans la poitrine. Le rebelle hurla et retira sa lame du roi. L'homme roux s'affaissa totalement au sol, et le sang commença à se répandre autour de lui. Ses yeux se fermèrent, et un dernier sourire se peignit sur ses lèvres. Son fils était en sécurité. Le roi s'éteint. Il y eut des cris de terreur parmi les servantes. Le page hurla.
- Papa !
- Silence ! Silence je vous dis ! hurla le rebelle en brandissant sa lame. Il me semble que nous ayons un autre invité de marque parmi nous !
Tout le monde se tut. Le régicide s'avança vers la foule, droit vers le blond. Ce dernier sortit un bâton rouge de sa ceinture. C'était le moment où jamais d'utiliser ce truc. Cet imbécile de prince avait réussi à attirer l'attention sur lui.
- Bloquez les portes ! Le prince est dans cette salle !
Plusieurs gardes mutins se jetèrent sur les arcades pour coincer le prince dans la salle. Tous s'écartèrent vers les murs et le blond ne tenta même plus de se faire discret. C'était maintenant ou jamais pour sortir l'artillerie lourde. Il se redressa pour faire face au chef des rebelles. Celui-ci haussa un sourcil en voyant le jeune homme. Il s'arrêta à quelques centimètres de lui.
- Eh bien, n'avons-nous pas là une jolie créature égarée ? Que fais-tu là, au beau milieu d'un coup d'Etat ?
Il s'approcha plus du jeune homme et lui releva le menton de deux doigts.
- Quel joli minois. Tu es adorable. Saurais-tu par hasard où se trouve le prince ?
- Oui je le sais.
- Me le diras-tu jeune beauté ? demanda l'homme en rapprochant ses lèvres de celles du blond.
- Je ne pense pas.
- Oh et pourquoi donc ? s'amusa-t-il.
- Parce qu'il faudra bien quelqu'un pour honorer les dernières paroles de feu Son Altesse, murmura le blond dans l'oreille du chef de la rébellion.
Ce dernier n'eut même pas le temps de répondre qu'il se prit un coup de genou entre les jambes. Il grogna de douleur et tomba au sol en se tordant. Il pouvait dire adieu à sa progéniture. Il releva les yeux vers le blond, qui avait allumé le bâton de dynamite et qui le surplombait de toute sa hauteur.
- Ca a été idiot de concentrer votre attaque sur le château. Vous n'avez personne pour nous arrêter dehors.
Le rebelle se releva avec difficulté, mais le blond avait déjà lancé la dynamite sur les gardes qui bloquaient l'entrée défoncée. Les gardes se dispersèrent en hurlant et en se marchant dessus, ne voulant pas finir en purée. Ca explosa, et le blond profita du nuage de fumée pour partir. Il retrouva le prince près de l'ancienne porte, recroquevillé sur lui-même, et le força à le suivre. Derrière eux, le petit page courait avec toute la force de ses jambes.
Dans le chaos de la ville, ils n'eurent aucun mal à se fondre dans la masse. La plante d'invisibilité avait cessé de faire effet sur le prince au moment de l'explosion. Ils devaient vite rejoindre la planque, ou bien quelqu'un trouverait forcément l'idée de les trahir s'ils restaient trop longtemps dehors. Ils s'éloignèrent vers le Quartier des Viéras, et le prince jeta un dernier regard embrumé de larmes au palais. En l'espace d'une soirée, il avait perdu son foyer, et le dernier membre de sa famille. Il se retrouvait avec un blond au caractère tempêtueux, et un page qui ne servait strictement à rien. Mais la paume chaude de son princenappeur était la dernière chose qui pouvait le raccrocher à la réalité.
