Je ne sais pas pourquoi personne ne poste de reviews, sauf Sky et Malicia que je remercie grandement. Si vous avez des commentaires à faire sur l'histoire, n'hésitez pas, que vous aimiez ou que vous n'aimiez pas. Je vous en saurais gré. Merci !


Chapitre 5

Le jeune homme grogna pour la énième fois en regardant par la fenêtre. Où était cet imbécile de page ? L'aérogare n'était pas si éloignée que ça du Quartier des Viéras pourtant. Pourquoi mettait-il autant de temps ? Il avait juste à regarder si les aéronefs partaient pour Baie, et il revenait. Quoi de plus simple ? Il tourna les talons, et entreprit de rendre un peu plus ronde la table en bois de la cuisine. Assis sur une chaise, Roxas soupira.

- Arrêtez de martyriser cette pauvre table. Tourner en rond n'arrangera pas les choses ni ne fera revenir plus vite le garçon.

- Je m'ennuie et ça m'énerve, il faut bien que je trouve quelque chose pour me distraire ! Tout le monde n'est pas calme comme vous !

- Je ne suis pas calme puisque vous m'énervez à tourner en rond !

- Oh maintenant je vous énerve ? Eh bien ça tombe bien vous m'énervez aussi !

- Vous cherchez juste quelque chose à faire pour ne pas vous ennuyer.

D'accord, il marquait un point. Il aurait dû faire ça plus discrétement.

- J'espère qu'Hayner ne s'est pas fait attraper, souffla Roxas en introduisant son index dans un des trous de la table qui était certainement le fait d'une souris.

- Il n'a pas intérêt. Ce gamin n'a servi à rien jusqu'ici, à part vous reluquer.

- Vous êtes le seul à avoir vu ça.

- A moins que vous n'ayez des yeux dans le dos, je pense que c'est tout à fait légitime.

Roxas leva les yeux au ciel. Il planta son doigt dans le sac posé sur la table.

- Vous êtes idiot.

- N'inversez pas les rôles, ce n'est pas moi qui me laisse déshabiller du regard.

- Dans ma culture, on ne pense pas à ce genre de choses.

- Votre culture est complètement niaise.

- Et la vôtre perverse.

Ils se défièrent du regard. Finalement, Axel n'était pas sûr de vraiment apprécier ce jeune homme qui se prenait pour meilleur qu'il ne l'était. Il s'adressait à un prince comme à un égal. Et le roux n'aimait vraiment pas ça. Roxas fronça les sourcils et il fit pareil. Il n'allait pas se laisser dominer par un mioche qui faisait deux têtes de moins que lui et qui ressemblait à une femme ! Le blond se leva, et ils se firent face. Leurs visages se rapprochèrent. Celui de Roxas perdit tout son sérieux. Leurs lèvres se rapprochèrent et ils fermèrent les yeux. Ils sentaient leur souffle se mélanger, et Axel se laissa aller à sentir le doux parfum qui émanait de Roxas. Il sentait délicieusement bon, un peu comme du chèvrefeuille et du muguet. Il passa la main dans le cou du blond, satisfait par le frisson qu'il lui procura, et par la douceur de la peau sous ses doigts...

La porte qui claqua les fit se séparer d'un bond, et Hayner apparut à l'entrée de la cuisine, dégoulinant de sueur. Il s'essuya le front de sa manche et leur sourit de toutes ses dents.

- L'aérogare est ouverte ! Vous allez pouvoir partir pour Baie ! s'exclama-t-il en agitant les bras.

Sa joie tomba vite lorsqu'il vit les deux regards assassins dirigés vers lui. Est-ce qu'il avait interrompu quelque chose d'important ? Roxas prit son sac et le dépassa en le tuant de ses grands yeux bleus. Hayner resta estomaqué et se tourna vers Axel.

- Qu'est-ce que j'ai fait ?

Axel haussa les épaules et prit à son tour son sac.

- Ce doit être ses menstruations.

Hayner haussa un sourcil, puis renifla. Ces deux-là étaient bien mystérieux. Une scène d'amour qui avait mal tournée ? Il se frotta le nez, amusé. Ce serait amusant que ces deux-là se mettent ensemble.

°-~v~-°

Lorsqu'ils arrivèrent, l'aérogare était bondée. L'édifice était vieux, bâti en pierre rouge, et ouvert sur l'extérieur par de grandes arches. Les pavés colorés de mosaïques formaient de petits soleils qui composaient eux-mêmes un grand soleil à 6 branches. Chacune des branches menait à un comptoir de destinations, sauf un, qui menait à l'entrée.

Axel grimaça. Ils ne passeraient jamais. Il y avait des familles entières qui fuyaient. Des enfants pleuraient sur les genoux de leurs mères, d'autres dormaient sur les sacs de voyage. Sous les grandes arches, les adultes discutaient entre eux de manière animée. Certains jetaient des regards en coin aux gardes armés de hallebardes. La tension régnait dans l'aérogare et tous se faisaient contrôler à l'entrée de l'aéronef. Le jeune prince se tourna vers Roxas.

- Est-ce que vous avez prévu quelque chose pour ça au moins ?

Le regard que le blond lui lança le désespéra au plus haut point. Il avait prévu une fuite... mais pas les gardes. Très intelligent. S'ils ne devaient pas être discrets, Axel se serait bien mis à applaudir, au vu du comique de la situation. A la place, il soupira et se couvrit les yeux de la main. Roxas grimaça.

- Je ne m'attendais pas à ce qu'autant de gardes se mettent du côté de la rébellion, murmura-t-il, apparemment déjà au bord de la crise de nerfs.

Le silence tomba entre eux trois. Roxas soupira et secoua la tête.

- Je suis navré, je suis vraiment un imbécile.

- Ne dîtes pas ça, grogna Axel en scannant la pièce. Il doit bien y avoir un moyen de monter dans un de ces foutus engins.

- Pas avec les gardes..., gémit Roxas en fermant les yeux.

- Le défaitisme vous va très mal.

Le blond détourna le regard, et Axel se sentit mal de lui avoir dit ça. D'un geste calme, il posa la main sur son épaule, d'une manière qui se voulait rassurante.

- On va trouver un moyen. Est-ce que vous n'auriez pas une de ces bombes que vous avez utilisée au château ?

Roxas secoua la tête négativement. Elles étaient dans son sac et en faire exploser une au beau milieu du hall de l'aérogare ne les avançerait à rien, sauf à les mettre en prison. De son côté, Hayner se machônnait la joue et essayait d'échafauder un plan.

- Autre chose qui pourrait divertir les gardes ?

- J'ai des trucs qui font de la fumée colorée. Mais si nous le faisons nous-mêmes, c'est tout droit vers les cachots ou pire, chuchota faiblement le blond.

Hayner eut un éclair de génie. Eux-mêmes ? Quelqu'un d'autre pouvait le faire alors ! Lui n'avait pas à partir ! Il pouvait faire diversion. Il s'avança vers les fugitifs.

- Où sont ces machins-là ? demanda-t-il avec un sourire machiavélique.

- Hum... dans une sacoche à ma droite, pourquoi ? hésita le blond.

Le jeune page s'avança vers lui et le serra fort contre lui en souriant. Roxas leva les mains, comme pour ne pas le toucher, ne sachant pas quoi faire. Ce n'était pas tous les jours qu'on l'enlaçait comme ça. Il sentit une main se faufiler dans ses sacoches et attraper un bâton-bombe. Axel grogna.

- Eh, n'en profite pas.

- Roxas, ça a été une grande joie de te rencontrer, affirma Hayner en passant ses doigts sous la capuche de Roxas et en les appuya contre ses joues.

- Hum... merci...

Hayner sourit et lui agrippa sauvagement le visage, avant de l'entraîner dans un baiser fougueux. Pris de court, Roxas cria dans sa bouche, lorsqu'il sentit quelque chose d'humide lui caresser les lèvres. Axel jura et frappa Hayner à la joue, qui se retira en titubant. Il essuya ses lèvres, un sourire bienheureux scotché dessus.

- J'ai adoré, merci.

- Il m'a embrassé..., souffla Roxas d'un air choqué.

Le page prit le bâton, et arracha le fil qui pendait. Il y eut un craquement et des flammes commencèrent à sortir de l'arme. Hayner sourit. Axel se serra à Roxas, se demandant ce qui allait se passer. Derrière eux, les gardes remarquèrent la colonne d'étincelles et se ruèrent sur les deux jeunes gens, en leur hurlant de se reculer. Ils les poussèrent vers la porte d'embarquement vers Baie, et les gens commencèrent à s'égayer, en criant à l'attentat. Un garde empoigna l'épaule d'Axel et l'emmena vers le pont de l'aéronef.

- Vite, entrez là-dedans ! Il en veut à vos vies, vous devez partir ! cria-t-il au-dessus du boucan qui régnait dans l'aérogare.

Les gens se bousculaient, les enfants pleuraient plus fort, et les gardes avaient commencé à encercler Hayner. On voyait de la fumée bleue et rose qui sortait du bâton, et de grosses étincelles. La salle était presque totalement enfumée. Axel entoura les épaules de Roxas d'un bras, et lança un dernier regard en arrière. Il entendit le rire d'Hayner, sous le brouhaha. Le roux entraîna un Roxas statufié vers l'aéronef, où un soldat en armure les pressait de monter.

°-~v~-°

Axel s'installa près de Roxas, qui avait trouvé une place près de la fenêtre. L'aéronef était plein, et les gens étaient entassés entre les bancs. L'intérieur était très simple en soi, avec juste le sol couvert de lattes en bois, et la baie vitrée qui servait de coque au petit vaisseau. Une dizaine de bancs avaient été disposés en rang, mais il y avait trop peu de place pour que les gens puissent s'y asseoir. La plupart d'entre eux était par terre, allongés sur les sacs ou assis sur des tous petits tapis. Roxas avait ramené ses jambes sous lui, et regardait Tal'Amra qui s'éloignait peu à peu. Il semblait perdu dans ses pensées. A son tour, Axel contempla sa ville natale s'éloigner, elle et ses évènements tragiques. Elle n'était plus vraiment sa maison maintenant. Il n'avait plus de maison. Le chuchotement de Roxas le fit sursauter.

- J'espère qu'ils donneront des funérailles royales à votre père. Il ne mérite pas de finir dans un charnier...

- J'en doute, murmura en retour Axel. Ce type, qui menait la rébellion, avait l'air d'un beau salaud.

Roxas rit.

- Est-ce une manière princière de parler ? demanda-t-il, le visage tourné vers celui d'Axel.

Un moment, le roux fut de nouveau frappé par la couleur des yeux de son sauveur, caché sous sa cape et par son sourire resplendissant. Roxas était magnifique, enfin, pour quelqu'un du peuple. Axel s'éclaircit la gorge.

- Je ne sais pas, cette expression me paraissait appropriée à cet instant.

Il y eut un instant de flottement entre eux, et Roxas détourna de nouveau le visage pour regarder le désert de Tal'Amra défiler sous ses yeux. En bas, il vit un regroupement de Pampas, ces petits cactus verts qui écumaient le désert à la rechercher d'une victime à qui voler quelque chose de brillant. Le paysage était superbe. La ville qui s'éloignait était belle, tapis dans le creux d'une chaîne de montagne. Au loin, on voyait un peu de neige briller sur les sommets des Colonnes Blanches. Plus loin en avant, une grande forêt s'étendait. L'aéronef était le seul moyen de la traverser. On la disait maudite, hantée par une bête féroce. Roxas n'avait pas voulu tenter l'expérience en la traversant toute entière. Derrière lui, Axel toussota, dans l'espoir d'animer une conversation.

- Et hum, par simple curiosité, vous avez un amant, ou un fiancé, ou peut-être une je ne sais pas ? questionna-t-il nerveusement en se grattant l'arrière du crâne.

- J'ai un fiancé, en effet. C'est un très bel homme, et je l'aime vraiment beaucoup, affirma Roxas en croisant le regard d'Axel.

- Il a beaucoup de chance de vous avoir.

- Il ne s'en rend pas compte. Enfin, je ne pense pas.

- Je crois que n'importe qui doit se sentir bien avec vous. Même si vous me portez sur les nerfs, votre compagnie m'est agréable, dit très sérieusement Axel.

- Est-ce une déclaration d'amour que vous me faîtes là ? rit Roxas en se cachant la bouche de sa main.

- Pas le moins du monde. J'ai déjà un fiancé, malheureusement.

- Malheureusement ? questionna Roxas en haussant les sourcils.

- Eh bien oui, c'est une de ces idioties de mariage arrangé. Je ne l'ai rencontré qu'une seule fois, quand j'avais 13 ans. L'eau a coulé sous les ponts depuis, ça fait quand même 7 ans. J'ai eu le temps de l'oublier. Je sais juste que c'est le prince des Viéras, et que nous nous sommes échangés les colliers.

Il parlait du collier que Roxas lui avait montré le jour de leur rencontre, celui-là même qu'il avait offert à son fiancé. Le blond hocha la tête.

- Ces colliers ont quelque chose d'assez particulier. Ils prennent la couleur des yeux de celui ou celle qu'on aime. Le sien est resté vert malgré les ans. Le mien est devenu blanc au fil du temps. Je l'ai oublié. Et ç'aurait été mieux qu'il m'oublie. Je ne suis pas capable de rester amoureux d'un inconnu dont j'ignore tout.

Roxas détourna précipitamment le visage et se retourna complètement vers la fenêtre.

- Ce que vous dîtes est terrible vous savez, dit-il d'une voix où Axel pouvait déceler un léger trémolo. Je ne connais pas cette personne, mais si elle l'apprenait, elle en serait folle de tristesse, j'en suis convaincu.

Axel haussa les épaules.

- Le temps effacera ça. Les Viéras ne sont pas connus pour beaucoup aimer les humains de toute manière.

- Eh bien il ne faut pas se demander pourquoi, déclara Roxas en se levant et en partant, bousculant des gens qui étaient restés debout.

Le roux ouvrit la bouche pour rappeler et retenir le blond, mais il se ravisa. Il baissa les yeux sur ses mains, et ses doigts longs, fins et racés. Sous sa chemise, il sentait la pierre froide contre sa peau. Avec un soupir, il plongea la main sous le vêtement et en sortit le collier. Mais ce qu'il vit le tourmenta. A une époque lointaine, la pierre avait porté la couleur d'un beau lagon. Et aujourd'hui, il l'avait revêtu à nouveau, oubliant le blanc qui était quelques jours plus tôt son appanage. En face de lui, une petite vieille assise sur un banc sourit.

- C'est un très joli collier que vous avez là. Vous formez un joli petit couple, vous et ce garçon qui vient de partir.

Axel resta là, à regarder le médaillon en forme de coeur, tandis que la vieille dame retournait à son tricot en pestant contre les malpolis. Ses doigts se refermèrent dessus. Il devait en parler à Roxas. Tout de suite.