Il se précipita dans les escaliers sous le rire de sa protégée. Il avait lui-même envie de se joindre à elle dans la joie, mais se retint, il avait une mission à accomplir. Elle le savait aussi et ne tarderait pas à grimper les marches quatre à quatre pour le rejoindre.

Cette maison avait vraiment un pouvoir sur lui : il se sentait comme sur un nuage alors qu'il aurait dû être terrifié par cette idée de se retrouver entre les mains d'il ne savait trop qui lui faisant il ne savait trop quoi. Ce ne fut qu'arrivé en haut de l'escalier qu'il se rendit compte que quelque chose clochait. Le rire cristallin de son amie n'envahissait plus la cage d'escalier. Il se retourna. L'escalier était toujours là, sa moquette en velours grenat réfléchissant les lumières venant des appliques le long du mur, mais plus de Jenny.

« Jenny ? »

Pas de réponse.

Il redescendit une poignée de marche. Rien. L'escalier était pourtant apparemment le même. Seule la présence de Jenny manquait.

« Impossible ! » pensa-t-il avant de recommencer : « Jenny ? »

Ce fut alors qu'il entendit une voix murmurer à son oreille.

« Remontez cet escalier » dit-elle d'un ton monocorde.

« Quoi ? » s'étonna-t-il.

« Montez l'escalier et tournez à gauche. »

« Quoi ? » réitéra-t-il.

La voix était monocorde mais douce et non autoritaire. Quelque chose lui disait qu'il ferait bien de suivre ses indications. Dans ce dédale qui changeait sans arrêt, pire que les escaliers qui n'en font qu'à leur tête de Poudlard (Martha aurait des choses à dire à propos d'Harry Potter d'ailleurs)… il se doutait qu'il serait encore en train de tourner dans cette maison à l'ère de la Grande Persévérance s'il s'engageait là-dedans sans suivre un guide. Il grimpa donc à nouveau les quatre ou cinq marches et se retrouva sur le palier. Il tourna à gauche.

« Toujours tourner à gauche ! » pensa-t-il et son esprit l'emmena vers Donna. Elle avait vraiment bien fait de tourner à gauche ce jour-là !

Il suivit un couloir qui lui sembla interminable. Pourtant, il en avait vu de plus longs. Mais seul, dans le silence (la voix s'était tu), sans personne avec qui plaisanter ou à qui expliquer ce qu'il pensait de ce qu'il était présentement en train de faire, ce chemin lui semblait encore plus long que lorsqu'il avait dû se rendre à l'autre bout de la mine de rubis chauffants de la planète du Petit Chat Doré. Oh, que le président de la direction de Catounet était drôle, avec sa petite moustache et ses yeux en amende…

Il s'arrêta un instant. Comme c'était bizarre. Depuis qu'il était seul dans ce couloir, il avait la drôle sensation de se remémorer précisément plusieurs de ses aventures. Chaque élément de réflexion le rapportait à un évènement qu'il avait rangé dans un coin de sa mémoire quasiment infinie. « Ils » (qui que soit ce « Ils ») devaient être en train de fouiller dans sa tête et cela était un effet secondaire. Entre le Petit Chat Doré, Donna et l'ère de la Grande Persévérance… et même Harry Potter…c'était vraiment comme si il ne pouvait s'empêcher de mêler ses pensées actuelles à ses aventures. Cela lui rappelait la fois où il s'était engouffré dans la salle aux mille ans de réflexion de Tratian et que la porte s'était refermée, se retrouvant seul avec ses pensées les plus…

Hey…mais… il n'avait jamais pénétré dans la salle aux mille ans de réflexion. Tout juste avait-il assisté au tournage de 7 ans de réflexion… et puis, de toute manière, quiconque y entrait y restait mille ans, et il n'avait que 909 ans. Pourtant, tout dans sa tête lui donnait la sensation qu'il avait réellement visité cette salle. Il ne comprenait plus…

« Continuez tout droit ! »

« Oh ! » s'exclama-t-il. Sans ajouter quoi que ce soit, il obtempéra. Ses Converse sur la moquette lui donnait pas moment la sensation de marcher sur la neige craquante, comme le jour où il s'était retrouvé sur la réplique exacte du mont Blanc, sur la lune nacrée de Miror. Oh, mais, ça y est, ça recommençait. Bon, il était bien allé sur cette lune, mais tout de même, cela l'intriguait.

Il continuait néanmoins à marcher, et pourtant, il n'en voyait pas le bout.

« Mais cette maison est plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur… »

Le son de ces mots dans sa propre bouche le fit sursauter.

Il était dans un TARDIS. Rien ne pouvait expliquer mieux comment agissait cette maison. Il s'arrêta à nouveau et inspirant profondément, essaya de mettre de l'ordre dans ses pensées. L'idée qu'il puisse se trouver dans un TARDIS lui glaça le sang. Cela donnait lieu à plusieurs possibilités, mais laquelle était la bonne, il n'en avait pas la moindre idée.

« Vous êtes sur la bonne voie. » dit la maison toujours sur le même ton.

« Mais quelle voie ? La voie physique ou la voie mentale ? » demanda-t-il.

La maison ne lui répondit pas.

Il essaya donc de poser à plat ses possibilités.

1-Ils étaient tous dans un TARDIS virtuel, calqué sur les capacités de son vaisseau, que ses geôliers (ou bourreaux) avait trouvé dans sa tête. Et cette explication ne lui plaisait pas du tout.

2-Il était dans son TARDIS. Sa chère boite bleue. Et celle-ci avait brusquement décidé de n'en faire qu'à sa tête. Peut-être avait-elle attrapé un virus et que la fièvre la faisait délirer. Elle avait calqué son aspect sur leur dernière destination et retenait tout le monde en son sein. Cela n'était pas impossible, bien que peu réjouissant. Comment soigner un TARDIS malade, on a beau s'appeler le Docteur, ce n'est pas évident de trouver un antibiotique (enfin, pas pour un virus…ça ne serait pas efficace) pour sa chère amie.

3-Il était dans un TARDIS. Pas son TARDIS. Mais cette éventualité semblait la plus improbable, pour ne pas dire impossible. Tous les TARDIS étaient soit bloqués sur Gallifrey soit détruits. Il était persuadé que son vaisseau était le dernier TARDIS voyageant encore à travers l'espace et le temps. Alors comment imaginer que cette demeure soit aussi un TARDIS. Malheureusement, cette possibilité était certainement la moins risquée pour l'ensemble de personnes présentes. Un TARDIS perdu ou abandonné était bien moins grave qu'un TARDIS virtuel servant de prison ou une amie malade. Il lui suffirait de trouver la salle de commande, y entrer et rassurer ce bon et brave vaisseau.

« Vous êtes sur la bonne voie. » reprit la voix.

« Bon, alors, si je suis sur la bonne voie, allons-y! » et il recommença à avancer.

Il continua à penser à ces trois probabilités. Elles n'étaient guères engageantes. Mais il était évident qu'il n'abandonnerait pas. Il trouverait le moyen de sortir de tout ce charivari.

« Regardez à gauche. » lança la voix.

Il tourna la tête. Une porte en bois vernis se trouvait face à lui. Deux tableaux l'entouraient. Il les inspecta de plus près. Le premier montrait la maison telle qu'elle devait être à l'extérieur. Il ne l'avait jamais vu, mais imaginait bien qu'un jour de printemps ensoleillé, elle devait être aussi majestueuse. Le second le figea sur place.

« La citadelle des Seigneurs du Temps… »

Il ne s'était pas trompé. Même si il ne savait pas laquelle de ses idées était la réalité, ce tableau était la preuve que cette maison avait un lien avec Gallifrey.

« Ouvrez la porte. »

Il l'ouvrit et comprit devant la colonne grésillante qu'il ne s'était Absolument pas trompé.