Disclaimer : Rien n'est à moi.
Chapitre 1 :
Peu de temps avant la mort d'Eddard Stark
Tu entends ? Tu entends ce son ? Cette douce mélodie effroyable et si belle ? Tu sens, sur tes avant-bras, le froid geler ta peau ? Tu sens le souffle froid de la mort ?
Tu vois, Eddard Stark, tu vois ce que tu as fait ? Ce corbeau que tu vois voler au-dessus de la plaine, c'est le corbeau que tu as laissé partir, un jour, les serres vides, pour le Gondor, alors qu'il avait besoin d'aide. Il est noir comme la mort, comme le spectre de ta propre mort, Eddard. Car cet autre corbeau que tu vois voler au dessus de la plaine, c'est la réponse de ce même Gondor à ton cri du cœur, à ton appel au secours.
Où est la Tour, Eddard ? Où est la Haute Tour dont les feux devraient illuminer le monde en cas de danger ?
Tu vois ce que je te montre, Eddard ? Tu vois ce que le corbeau parlant te montre ? Il te montre ce qui est : et tu es, mais tu es seul. Et bientôt, tu ne seras plus. Et alors que se passera-t-il ? Tu vas mourir, Eddard Stark, et les ténèbres vont recouvrir la terre de tes frères et tu n'auras rien fait. Si tu n'avais pas renvoyé ce corbeau sans réponse quand ils avaient besoin de toi, tes frères, tu trouverais le salut. Mais rien de tout ça n'arrivera et un par un tu verras ta famille te rejoindre et quand le sang de ton jumeau coulera tu devras, là haut, au-delà, faire face à tout ce que tu n'as pas fait. La Terre du milieu est liée aux Sept Royaumes, plus que tu n'as pu le penser. Elles sont jumelles, comme toi et Boromir, et comme vous deux, elles n'auraient jamais du oublier que l'autre existait. Ce qui arrive à l'une, arrivera à l'autre tôt ou tard.
Tu vas mourir, Eddard Stark, et Boromir mourra à ta suite. Et si les Sept Royaumes meurent, alors la Terre du Milieu mourra. Et si la Terre du Milieu meurt, les Sept Royaumes mourront.
Tu entends ? Tu entends ce son ? Cette douce mélodie effroyable et si belle ? Ce son que tu entends, c'est le son du sang des bêtes qui s'écoule en Terre du Milieu. Plus de cachette face au grand œil qui voit tout.
Eddard Stark se réveilla en sursaut. Quelques heures plus tard, il mourait.
oOo
Peu de temps après la mort d'Eddard Stark
C'était la fierté de Rickard Stark qui l'avait poussé à accepter. C'était la fierté et l'envie d'avoir un autre enfant. Il aurait pu se contenter de Brandon, en fin de compte. Il aurait pu et il ne l'avait pas fait, et pour toujours le regard accusateur de sa femme, quand on avait pris le jumeau sans nom et qu'on l'avait emmené au loin, pour toujours ce regard le poursuivrait.
Rickard avait failli être tué, peu après la naissance de Brandon. Et on lui avait dit qu'il ne pourrait plus jamais avoir d'enfants. Puis l'Intendant du Gondor était arrivé, et avait promis un nouvel enfant. « Donnez-moi un fils, et je vous en donnerai un ». Et Rickard, persuadé qu'il était impuissant à donner un nouveau garçon à sa femme, avait accepté.
Des jumeaux.
Eddard, et – il l'apprendrait plus tard – Boromir.
Cinq ans plus tard, Rickard lui-même demanda un autre enfant à Denethor. Alors il revint.
Des jumeaux.
Lyanna, et – il l'apprendrait plus tard – Faramir.
Denethor partit avec le garçon.
Et puis Rickard réussit à mettre sa femme enceinte – Benjen Stark.
Quelle ironie, pensa Jon Snow en entendant cette histoire, que le seul vrai Stark encore vivant fût perdu quelque part par-delà le Mur.
Jon avait été rappelé à Winterfell par Robb, pour un sujet de grande importance, lui avait-on dit. Le corbeau était arrivé des jours avant au Mur. Le Commandant s'était opposé à son départ, jusqu'à ce qu'il reçût, à son tour, une lettre. Alors ses sourcils s'étaient froncés, et il avait dit à Jon d'une voix bourrue et troublée de partir.
Le voyage avait été long et contraignant, et le visage fermé de Robb l'avait froidement accueilli à Winterfell – son frère, demi-frère, semblait troublé.
Il avait retrouvé sa vieille chambre, et elle lui semblait étrangère. Froide, malgré le feu qui brûlait dans l'âtre. Il avait pris le temps de regarder chaque détail. Les objets personnels qu'il avait laissés ici avaient été placés dans une boîte, qu'on avait mise sous le lit. Il avait retrouvé ses anciens vêtements, qui lui semblèrent si petits qu'il lui parut incroyable d'avoir pu entrer dedans un jour. Il n'était pas parti longtemps, pourtant.
Ghost avait sauté sur le lit, et Jon avait ri doucement en voyant qu'il prenait presque toute la place. Lui avait visiblement grandi et grossi, et les servantes qui autrefois souriaient et le caressaient serraient aujourd'hui leurs bras contre elles et passaient rapidement, tête baissée. Même Catelyn Stark avait grincé des dents en voyant Ghost. Elle était habituée, pourtant, mais Ghost avait quelque chose de différent.
Puis on l'avait appelé à l'heure du repas, et Jon avait rencontré un homme à l'air étrangement familier. Un certain Faramir, fil de Denethor, intendant du Gondor. Et devant le visage pâle de Catelyn Stark, on lui avait raconté la vérité sur la naissance de son père.
Quelle ironie, pensa Jon à nouveau.
Il observa encore Faramir. Il ressemblait à Eddard – c'était son frère. Mais il avait un air plus raffiné que son père, et Jon l'imagina en train de lire dans un château aux murs blancs, sous un soleil brillant – un endroit sans neige.
Et un instant, alors que le silence était retombé sur la table, un instant, il pensa que peut-être, cet homme devant lui pourrait être …
Quelle autre raison y avait-il ? Pour quelle autre raison l'aurait-on appelé à Winterfell ?
Il y avait un air de famille entre Faramir et lui, il le savait au regard étonné de Bran qui passait sans cesse de l'un à l'autre, à la mâchoire trop crispée de Catelyn Stark, au fait que Robb refusait de le regarder.
Il n'avait, jusqu'à présent, jamais mis en doute le fait qu'il était le fils d'Eddard, mais toute cette histoire ouvrait d'autres possibilités.
Catelyn le renvoya dans sa chambre avant qu'il eût pu demander quoi que ce fût. La nuit était tombée, et de la pièce Jon pouvait voir l'obscurité qui entourait Winterfell. Il n'avait été que brièvement présenté à Faramir, mais il sentait que son oncle – parce que c'était ce qu'il était, pour l'instant – pourrait lui apporter de nombreuses réponses.
Il avait honte de l'avouer mais il aurait aimé voir cet inconnu entrer dans sa chambre et lui dire « je suis ton père ». Etre le fils de Faramir, cela pourrait vouloir dire avoir une mère. Et le visage de Catelyn Stark se manifesta à son esprit il soupira. Elle avait su pendant des années que son mari n'était même pas un vrai Stark, et pourtant elle n'avait jamais pu accepter Jon Snow comme un fils.
Famille, Honneur, Devoir.
Famille, Honneur, Devoir.
Il lança son épée sur le lit d'un geste rageur.
Plus tard, il se coucha mais ne dormit pas, et quand le soleil se leva, on tapa à sa porte.
Robb entra sans attendre.
Il avait un air de Seigneur, maintenant, et Jon savait que les bannières au service de la famille Stark se rassemblaient, pour la guerre.
-Le Seigneur Faramir veut te prendre avec lui.
-Pourquoi moi ?
-Je ne sais pas. Jon, n'y va pas.
-Pourquoi pas ?
Robb ouvrit la bouche mais ne dit rien, parce que Jon savait bien ce qu'il allait dire. « Tu es un Stark, comme moi ». Mais il n'était plus un Stark, pas plus que Jon, pas plus que son père, pas plus que Faramir. Le seul Stark encore vivant était quelque part perdu dans la neige.
-Il n'y a plus de Stark, Robb.
-Ne dis pas ça.
Et avec cela, le Seigneur, le Lord, disparut et le frère reparut. Jon vit toute l'innocence encore dans les yeux de Robb, et son désespoir.
oOo
Jon,
j'ai écrit cette lettre parce que ma sœur me l'a fait promettre. Tu n'as jamais connu Lyanna. Elle te ressemblait, un peu. Ce que j'ai à dire est difficile.
J'ai plusieurs frères, vois-tu. Plusieurs frères encore en vie, je veux dire. Il y a Benjen, mon frère du Mur, bien entendu. Mais il y a aussi Boromir et Faramir. Faramir est le jumeau de Lyanna. Elle le connaissait, et ils ont été plus proches que Boromir – mon jumeau – et moi-même, ne l'avons jamais été. Elle m'a fait promettre, Lyanna, sur son lit de mort, de parler d'eux à mes enfants.
L'hiver arrive, et si je t'écris à toi, c'est parce que tu es un Snow. Tu as été trouvé dans la neige. Je ne sais pas trop pour quoi commencer, pardonne moi. Je vais essayer de raconter tout cela du mieux que je peux.
Il y a une autre terre, loin d'ici, nommée la Terre du Milieu. Comme ici, il y a des Seigneurs, et des Rois. Le Royaume du Gondor a perdu son Roi il y a bien longtemps. Mon père a bien connu Denethor, l'intendant du Gondor. Par deux fois, Denethor a donné à ma mère des jumeaux. Boromir et moi-même et Faramir et Lyanna. Benjen et Brandon étaient de vrais Stark.
Je suis désolé, tu sais, parce que Catelyn n'a pas été la meilleure des mères avec toi, parce que tu es un bâtard. Mais j'en suis un. Le sang des Stark est perdu au Nord, en haut du Mur.
Le jour où on t'a trouvé dans la neige, on a dit que la femme qui t'amenait n'arrêtait pas de répéter « c'est Son Fils ». On a cru que tu étais le mien. Catelyn l'a cru aussi. Elle a découvert quelques années plus tard le fait que je n'étais pas un Stark, et mes frères. Mais jamais je ne lui ai dit que tu n'étais pas mon fils. Tu es le fils de mon frère, Boromir. Je n'ai jamais été infidèle à Catelyn, mais je sais ce qu'il se passe en Terre du Milieu. On parle d'une ombre. Cela aura été mon seul acte de bienveillance envers mon frère : je t'ai gardé près de moi pour t'éviter d'avoir à connaître la guerre là-bas. J'écris cette lettre en partant pour devenir la Main du Roi, donc je sais que l'hiver arrive, que la guerre arrive. Elle est peut-être déjà là.
J'ai demandé au Maester de te remettre la lettre quand la situation serait désespérée. Tu es le lien entre ces deux terres, Jon, et j'espère que ce ne sera pas un fardeau trop lourd à porter.
Quand Lyanna est morte, elle m'a fait promettre de dire la vérité un jour à mes enfants. Tu es le plus âgé d'entre eux, car je te considère comme mon fils même si tu ne l'es pas. Tu es le mieux placé pour apprendre la nouvelle – et tu sauras aider Robb à comprendre. Je ne peux pas prédire ce qu'il va se passer, mais quoi qu'il arrive, n'oublie pas ta famille. Tu seras un bon ranger, au Mur.
Eddard Stark
-Tu n'es pas notre frère, alors, murmura Bran.
Il était prostré à côté de Jon, et il parlait en regardant dans le vide.
-Je te considérerai toujours comme mon frère, tu sais, continua-t-il, mais si j'étais toi, je voudrais quand même connaître mon vrai père.
Il y eut un silence.
-Ca ne te fait rien, de savoir qu'il n'était pas ton père ?
-Ca ne te fait rien, rétorqua Jon d'une voix douce, de savoir qu'il n'y a que des faux Stark ?
Bran haussa les épaules.
-On reste une famille malgré tout.
-Et je reste une famille avec vous.
Là, Bran tourna son regard vers lui. Il ne semblait pas convaincu par les paroles de son presque-frère. Il avait grandi, pensa Jon. Il avait grandi et mûri et n'était pas facile à berner comme avant. Malgré les cernes qui s'étalaient sous ses yeux, ses pupilles étaient vives.
-Tu dis ça, répondit Bran, mais en vérité tu te demandes ce que ça peut être, d'avoir un vrai père et une vraie mère.
-Et pourtant je suis ici, non ? Ils m'ont abandonné.
-Tu ne peux pas savoir ça.
Les direwolves vinrent se rouler en boule aux pieds de Bran. Ils étaient collés l'un à l'autre, comme s'ils voulaient se mélanger, mais la fourrure de Ghost se détachait toujours de celle de l'autre. Il était d'une blancheur telle qu'il ne lui était pas possible de se mêler à quoi que ce fût d'autre que la neige la plus pure.
-Tu ne peux pas savoir pourquoi ils t'ont abandonné, mais tu peux toujours demander au Seigneur Faramir. Il sait sûrement des choses que tu ne sais pas. Et si on allait à la bibliothèque ? Hodor !
Une voix derrière eux répondit « Hodor » et Jon regarda Bran être soulevé. Il soupira et le suivit. Le dédale d'escaliers était vide Jon entendait le cliquettement des griffes des loups derrière eux. Ils arrivèrent rapidement à la bibliothèque. Tout était éteint – un garde leur dit que le Maester était à la Tour Nord avec les invités et Lady Stark.
-Terre du Milieu … murmurait Bran en passant dans les rayons. Terre du Milieu …
-Tu crois vraiment, demanda Jon avec doute, qu'on trouvera quelque chose là, sous notre nez ?
Mais Bran continua sans rien dire d'autre que « Terre du Milieu ». Ils restèrent là plus d'une heure, à fouiller les rayons.
Le soleil était haut dans le ciel et Jon avait faim quand ils trouvèrent quelque chose. C'était un livre énorme, écrasé par une pile de livres tout aussi impressionnants. Sur sa tranche, on pouvait lire le titre de façon incomplète : Cartes et ...aphie des … Terre … Milieu. Hodor aida Bran à s'assoir sur une chaise, et enleva tous les livres qui n'intéressaient pas les jeunes garçons. Jon tira le livre à lui, et le dépoussiéra, pendant que Bran revenait dans la bras d'Hodor.
-Cartes et géographie des Royaumes de la Terre du Milieu, déchiffra Jon.
Il ouvrit l'ouvrage une carte d'une monde qu'il ne connaissait pas, d'un monde bien différent, s'étalait sur deux pages. Ses yeux trouvèrent immédiatement le Royaume du Gondor.
Bran laissa échapper un murmure d'étonnement.
-C'est immense !
Il se pencha au dessus de l'épaule de Jon et ses doigts glissèrent sur les lignes à l'encre qui traversaient la carte.
Quelque chose changea dans la posture de Bran. Il sembla se tendre, et s'affaisser, et vieillir. Ses paupières se baissèrent un peu sur ses yeux, et son doigt tendu se transforma en poing.
-Jon, je ne pourrai jamais faire ça … Je ne pourrai jamais partir à l'aventure comme ça. Tu dois aller là-bas.
Sa voix était redevenue celle que Jon avait connue avant de partir pour le Mur. Il se demanda pour la première fois à quel point la vie avait été difficile pour eux tous depuis le départ de leur père. Ils jouaient tous à être plus âgés qu'ils ne l'étaient réellement.
Jon referma le livre, et promit à Bran :
-Je vais parler au Seigneur Faramir.
Alors on sonna le repas.
Quand Jon et Bran arrivèrent à table, tout le monde était déjà installé. Une place était libre à côté de Robb, en face de Catelyn, et une autre un peu plus loin, à côté de Faramir. Lady Stark fit signe à Hodor de poser Bran à côté de Robb, et ignora Jon, qui s'installa donc à côté de son oncle – que c'était étrange !
La conversation était polie, et menée de façon distinguée par les gens du Gondor. Catelyn semblait froide et mal à l'aise – il sembla à Jon que ce second repas était un choc entre deux vies de cour totalement différentes. Néanmoins, Faramir n'y prenait pas trop part. Il semblait être un homme silencieux, calme, et effacé. Jon le surprit à l'examiner, une ou deux fois, et lui fit un petit sourire.
-Vous ressemblez à votre père, Jon Snow.
-Et vous le connaissez, si je ne me trompe pas.
Faramir eut l'air d'avoir été frappé au visage. Il blêmit, yeux écarquillés, main tremblante. Il se pencha vers Jon.
-Vous êtes au courant ?
-Mon père … Enfin, Ned, m'a écrit une lettre. Il me donne quelques explications. Mais pas beaucoup. Je … Vous êtes mon oncle ?
Cette phrase semblait tellement capitale. Là, au milieu du bruit et de l'indifférence, sa vie arrivait à un tournant. Le temps se suspendit le temps d'un regard, et Faramir hocha la tête, une main posée sur l'épaule de Jon. Brièvement, en tournant la tête, celui-ci vit Bran sourire, d'un sourire un peu triste. Robb ne le regardait pas.
-J'ai cru, tenta d'expliquer Jon, ou du moins j'ai eu l'intuition que quelque chose allait changer. Je pensais que peut-être vous étiez mon père.
-Grands Dieux non, rit Faramir, visiblement plus détendu.
-Et ma mère ?
Le sujet était toujours délicat, pour Jon. Le visage de Faramir se ferma et il se pencha un peu plus.
-Nous en parlerons plus tard. Avec Boromir, notamment. Mais c'était une femme admirable.
-J'aimerais vraiment, j'aimerais en parler, oui.
Faramir hocha la tête, comme s'il avait compris quelque chose qui avait échappé à Jon.
oOo
Quelques jours plus tard, Royaume du Gondor.
Boromir,
j'ai rencontré Jon Snow. Nous avons passé de longues heures à discuter. Il m'a posé beaucoup de question, sur toi, et sa mère, et le Gondor. Je ne m'attarde pas : nous allons nous mettre en route très rapidement. Jon semble pressé de partir je le comprends : la situation, ici, est tendu. Lady Stark ne lui adresse même pas la parole. Deux de ses enfant sont prisonniers à la Capitale. Des trois enfants restants, l'un est trop petit pour comprendre ce qu'il se passe. L'aîné, le nouveau Lord Stark, semble refuser tout contact avec Jon. Ne reste que Bran, celui qui ne peut pas marcher. Jon et lui passent beaucoup de temps ensemble, et Bran me pose de nombreuses questions également.
Visiblement, nous ne sommes pas les bienvenus à Winterfell. Catelyn Stark a osé me demander de joindre mes bannières aux siennes pour marcher sur les Lannister. Je suis resté fidèle à ce que père et toi avez dit : j'ai refusé. La guerre se prépare, tout de même, ici. Les bannières se rassemblent. Le Magicien Saroumane avait raison quand il nous a dit que la mort de notre frère serait rapidement exécutée et que la guerre gronderait tout aussi vite.
Nous partirons dès demain. J'espère chevaucher plus vite qu'à l'aller, et atteindre le Gondor en deux mois.
Faramir
Les yeux de Boromir se détachèrent de la lettre pour se poser sur la carte. Pour revenir en Terre du Milieu, Faramir et ses hommes devraient descendre loin au Sud, dans les zones de conflit, et prendre un navire dans un port attaché aux Lannister. Le voyage serait sans aucun doute périlleux et il ne faudrait pas compter sur Catelyn Stark pour leur offrir une escorte. Après la traversée en navire, ils devraient contourner la forêt de Fanghorn, pour pouvoir revenir en Gondor.
On racontait qu'il fut un temps où la forêt n'était pas aussi hostile, et où un pan de terre liait la Terre du Milieu aux Sept Royaumes. Ceci avait eu lieu bien avant le règne de Robert, bien avant le Roi Fou, et la mort de Rickard Stark. On disait qu'à cette époque, les deux terres vivaient en harmonie, commerçant ensemble puis les dragons, le feu et la guerre avaient éclaté et les deux terres amies étaient devenus deux mondes inconnus l'un de l'autre.
Boromir quitta sa chambre et arpenta les allées de Minas Thirit, la lettre de son frère toujours en tête. Il se refusait à penser à ce qu'on disait – un jumeau meurt, l'autre suit bien vite. Il savait que ceci n'était pas vrai : Faramir était le frère de Lyanna, la jeune fille qui avait été enlevée par Raeghar et qui avait fini par déclencher la guerre entre Robert Baratheon et les Targaryen. Lyanna était morte des années auparavant, et pourtant Faramir était toujours là, en bonne santé.
Il n'y avait aucune raison que Boromir mourût demain.
Il regarda à l'horizon l'ombre se propageait, au loin. Le Gondor avait toujours été le premier rempart des hommes face à la menace de Sauron. Mais aujourd'hui, Boromir se demandait si le Gondor serait assez fort. Il n'y avait plus de roi, après tout, juste un intendant qui, de plus en plus, semblait perdre conscience de toute réalité – il aimait son père, mais de plus en plus, celui-ci paraissait s'égarer dans son esprit.
Il ne restait plus qu'à espérer que son frère arrivât vite – et son fils …
Jon Snow. C'était un nom étrange – un nom étrange pour un monde étrange. Westeros n'était pas un endroit dans lequel Boromir eût voulu que son fils grandît mais il n'avait pas eu le choix – l'ombre, déjà, s'étendait, et l'esprit de la mère de Jon avait été saisi par elle. Boromir, encore aujourd'hui, tentait de se convaincre qu'éloigner son fils du Gondor avait été la meilleure solution. Mais il n'était plus temps de penser à la protection des enfants. Jon était doué à l'épée, disait-on. Eddard l'avait souvent décrit comme étant quelqu'un de calme et de raisonnable. Ils auraient besoin de cela – Denethor avait eu vent il y a bien longtemps de l'existence de Jon, et c'était lui qui avait exigé son retour. Il avait des plans pour son petit-fils – un poste élevé dans l'armée, du prestige, de l'honneur. Mais Faramir avait suggéré autre chose – une idée peut-être périlleuse, mais qui méritait qu'on s'y attardât.
Le monde changeait vite – deux mois ne seraient pas de trop pour réfléchir à la situation.
