Note de l'auteur : Je suis désolée du délais de publication. Ce chapitre est centré sur Legolas et Jaime.
Disclaimer : Rien n'est à moi.
Chapitre 2 :
Peu de temps après la mort d'Eddard Stark
Le soleil se leva sur un monde qu'il ne connaissait pas. Dans ses rêves, il voyait la terre inconnue cracher le sang des soldats en ruisseaux plus immenses que les coulées de lave de la Montagne du Destin. Il était tellement loin de la Terre du Milieu que les chants des Elfes, qui sans cesse apaisaient son esprit du mal grondant sous terre, qui étaient devenus nécessaires à ses pairs comme à lui, n'atteignaient plus son esprit. Et pourtant il sentait encore l'oeil se poser sur lui parfois, menace lointaine mais toujours présente. Son influence était estompée, bien entendu, mais le fait même qu'il pût s'infiltrer si loin dans les Sept Royaumes ne pouvait signifier que la perte de celui-ci. Car seul un lieu si profondément marqué par la mort pouvait accepter la présence de l'Oeil comme Westeros le faisait.
Legolas pouvait sentir la pourriture des êtres autour de lui. Il avait attendu que ses hôtes fussent levés pour se manifester. A présent, il descendait dans la salle principale du palais. Nul doute qu'Elrond serait déjà là.
Seul un homme était là, cependant. Il était immobile devant une tasse fumante, un bras sur le dossier du siège à côté du sien – une allure étrangement décontractée. Il sourit en voyant Legolas, d'une façon qui, pour un instant, éblouit Legolas par sa beauté. Mais il y avait quelque chose – un sentiment impur et noir – caché dans les pupilles, dans le carré de la mâchoire, qui mit Legolas sur la défensive. Une mèche de cheveux blonds tomba devant ses yeux une seconde, et il se leva.
Tout chez lui lui rappelait que Westeros n'était pas la Terre du Milieu. Ses vêtements étaient luxueux, son port, royal, mais la légère barbe et la couleur trop sombre de ses cheveux dévoilait le guerrier qui était en lui.
-Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour des cheveux pareils !
Le sarcasme était palpable, mais Legolas se trouva happé par la voix de l'inconnu. Celui-ci s'avança de quelques pas et se tint là, à quelques mètres de Legolas.
Un roi, pensa l'elfe. Un roi-guerrier. Il en avait la prestance, le charme, le venin.
Legolas s'inclina légèrement et se présenta.
-Et je suis Jaime Lannister, fils de Tywin.
Le frère de la régente, donc.
Jaime fit un geste, et on servit à Legolas ce qu'il voulait.
Jaime Lannister n'avait rien en commun avec Aragorn et pourtant Legolas ne pouvait s'empêcher de les comparer l'un à l'autre. Il savait bien ce qui était attendu de lui : rester ici, à Westeros, pour consolider une alliance entre les elfes et les Lannister.
Legolas était perplexe : cette famille n'était pas celle qu'il aurait choisie pour former une alliance. Les Lannister ne lui inspiraient que peu de confiance. Mais il respectait les choix d'Elrond : si celui-ci estimait la présence de Legolas ici nécessaire, il resterait, et les remarques sarcastiques de Jaime Lannister n'y changerait rien.
oOo
La salle sentait la sueur et le renfermé, et la vue des hommes à moitié dénudés, dont beaucoup n'étaient visiblement très propre, donna à Legolas l'envie de tourner les talons. Ici et là, des femmes dont les robes de ne cachaient presque rien déambulaient en lançant des regards lourds de sens aux hommes aux poches pleines. Une demoiselle vint saluer Legolas, qui demanda à voir Jaime Lannister.
Il monta à l'étage – Jaime était dans une pièce privée, dans laquelle il n'y avait que lui et une bouteille de vin.
-Ah, Legolas !
Il fit un grand geste de la main. Il avait visiblement bien bu.
-C'est le meilleur endroit que j'ai pu trouver.
Puis il ricana.
Tout s'était enchaîné, après l'arrivée de Legolas dans ce nouveau royaume. Jaime Lannister avait été fait prisonnier par les Stark, ou ce qu'il en restait. Deux semaines auparavant, Tywin Lannister, occupé à sauver le trône de son petit-fils, avait envoyé Legolas dans le camp ennemi. Legolas avait mené la charge, accompagné d'une dizaine d'elfes et de deux cent soldats à la solde des Lannister. Et contre toute attente, cela avait fonctionné.
Legolas essaya d'occulter le fait que soixante dix-neuf hommes et quatre elfes étaient morts pour sauver la loque ivre devant lui.
-Vous avez reçu une lettre, Monseigneur, dit Jaime.
Et en effet, une lettre était posée sur la table, ouverte.
-J'ai pris la liberté … Expliqua Jaime avec un sourire innocent.
Legolas, comme à son habitude, décida d'ignorer la remarque, et se saisit de la missive. Un instant, avant de la lire, il regarda à nouveau l'homme qu'il venait de sauver. Les ordres de Tywin Lannister avaient été clairs : il fallait récupérer son fils, à n'importe quel prix. Et Legolas, qui avait tenté de parler de l'Ombre, de convaincre le seigneur de prendre en considération le danger qui rampait vers eux, n'avait eu d'autres choix que d'accepter la mission.
Il avait le sentiment que Jaime Lannister n'avait aucun respect pour lui : il était en permanence en train d'user de sarcasme, de tout prendre de haut.
-Je déteste qu'on me sauve la vie, murmura le concerné comme s'il avait perçu les pensées de Legolas.
Celui-ci déplia la lettre.
Legolas,
la compagnie de l'anneau est formée. J'ai foi en Frodon Sacquet, un hobbit. L'accompagneront Gimli le nain, Sam, Pippin et Merry les hobbits, votre ami Aragorn, Boromir, et moi-même.
Gandalf
Il replia la lettre, calmement. Si tout se passait comme prévu en Terre du Milieu, il pouvait en être heureux. Il ignora le pincement au cœur qu'il ressentit à l'idée de ne pas être aux côtés de son ami Aragorn.
Jaime Lannister lui servit un verre, et dit :
-Merci quand même.
Ils ne parlèrent plus du fait que Legolas avait sauvé la vie de Jaime.
oOo
Il regardait le soleil – d'un rouge peu naturel – se coucher quand l'idée lui vint à l'esprit.
Jaime Lannister lui sauverait la vie, un jour.
oOo
La terre était sèche et la vie était dure et Jaime Lannister s'entraînait plus durement que jamais. Il pointa son épée vers Legolas et ils engagèrent un face à face qui attira tous les yeux. Lannister était un des meilleurs duellistes qu'il avait jamais rencontrés – mais pas encore assez bon, pas pour un elfe.
Une chose avait changé, chez lui, cependant. Un peu plus de respect, peut-être. Legolas n'aurait pas su dire avec certitude. Il ne se battait pas contre Legolas comme il le faisait au combat. Sur le champ de bataille, beaucoup d'ennemis avaient peur de lui à cause de la réputation qui le précédait. Jaime en usait et en abusait il se battait d'un air presque désinvolte, comme s'il ne se souciait pas de sa vie – comme si personne ne pouvait l'abattre. À l'entraînement, face à l'elfe, cependant, il était concentré, ses yeux enregistraient chaque mouvement que Legolas faisait. Il apprenait.
Legolas se recula d'un pas léger et se décala brusquement à gauche avant d'avancer à nouveau. Il attrapa le bras de Jaime Lannister avant que celui-ci ne pût frapper et utilisa la force de son bras pour désarmer l'homme. Face à Lannister, son torse collé au sien, il faillit presque ne pas remarquer que son cœur battait trop vite et qu'il se sentait un peu fatigué – trop fatigué pour un simple entraînement. Il fronça les sourcils, respira profondément et son cœur se calma presque immédiatement. La sensation de légère fatigue ne le quitta pas tout de suite, pourtant.
Jaime Lannister le regardait d'un air intrigué, comme s'il ne comprenait pas quelque chose. Legolas desserra lentement son emprise sur le bras de l'homme et fit un pas en arrière. Ils se saluèrent et Jaime choisit un autre adversaire. Legolas préféra se retirer.
Les lettres de la Terre du Milieu ne lui parvenait plus et l'Ombre s'agrandissait sur le monde. On murmurait que les orques marchaient vers Westeros. Il voulait bien le croire.
Une servante entra dans sa chambre pour verser de l'eau chaude dans le bassin et, une fois qu'elle fut sortie, Legolas retira sa chemise et entra dans le bassin. Ses mains s'attardèrent sur son ventre, sur lequel un bleu, trace d'un entraînement qui avait eu lieu deux semaines plus tôt, après que Legolas eut sauvé Jaime, subsistait. La captivité ne semblait pas avoir changé Jaime, mais il s'entraînait de façon plus studieuse que jamais. Ses coups étaient plus durs, et nombreux furent les hommes qui durent abandonner à cause d'un os cassé. Le coup qu'il avait porté au ventre de Legolas avait été particulièrement douloureux, mais pas dangereux.
Et pourtant, le bleu était toujours là.
Il se lava avec soin, et tressa ses cheveux. Puis il enfila une nouvelle tenue, prit son arc, des flèches, et quitta la ville. Il essayait, depuis qu'il était là – il n'avait pas la même perception du temps que les humains, dont la vie était plus limitée, mais il lui semblait tout de même être là depuis des années – de communiquer avec la nature. D'entendre. Il avait fini par trouver un endroit calme, où il pouvait méditer et écouter la vie autour de lui. Le son s'épuisait, pourtant, comme si, petit à petit, la nature s'éloignait. Il s'assit dans l'herbe, ferma les yeux, et attendit.
Il ouvrit les yeux en sentant quelqu'un arriver derrière lui. Sa vue mit quelques secondes à se réhabituer à la lueur du soleil, puis il saisit son arc, une flèche, et se tourna, pour trouver Jaime Lannister appuyé contre un arbre.
-Alors c'est ici que vous venez vous perdre …
Legolas reposa son arme. Il regarda le ciel – une heure avait passé.
-Vous m'avez trouvé.
-Toujours.
Le sens de ce mot, la profondeur qu'une telle déclaration aurait pu avoir furent démentis par le sourire suffisant qui s'étirait sur les lèvres de l'homme.
-Qu'est-ce que vous cherchez, en venant ici ?
-La nature.
Il rit, fit un geste pour désigner ce qui les entourait.
-Non, répondit Legolas en secouant la tête. Je veux dire que je cherche à …
Il chercha le bon terme, là. Expliquer une telle chose à un humain n'était pas facile.
-Je cherche à parler avec elle. Ou plutôt, à … A essayer d'écouter pour voir ce qu'elle peut m'apprendre.
-Vous apprendre ?
-Oui, sur la marche des orques, par exemple …
-Et qu'est-ce qu'elle vous dit, la nature ?
Son ton était railleur mais dans ses yeux brillait une lueur d'intérêt.
-Malheureusement, elle est de moins en moins perceptible. Comme si quelque chose la grignotait de l'intérieur. Quoi que ce soit, ce n'est pas bon signe.
Il ramassa ses affaires.
-Les elfes sont des créatures étranges, Legolas.
-Les hommes ne le sont pas moins.
Il avait dit cela sans inflexion particulière et pourtant Jaime Lannister s'avança jusqu'à lui, jusqu'à ce qu'il pût sentir le souffle de sa respiration sur sa joue, et murmura :
-Ne nous prenez pas de haut, parce que vous êtes mignons et plus forts que vous ne le paraissez et que vous mangez des légumes à longueur de journée.
-Je n'ai rien dit de tel. Mais cela …
Il pose son index sur le torse de Jaime.
-Cela, continua-t-il, est la différence entre vous et nous : vous êtes pleins d'une colère que vous ne pouvez pas maîtriser.
-Et vous ne sentez rien.
-Bien au contraire.
-Vraiment ? Et que ressentez-vous, maintenant ?
-Une immense fatigue.
Et c'était vrai.
oOo
Legolas n'était pas quelqu'un qui se complaisait à vivre dans le déni. Quelque chose n'allait pas et il le savait. Il sentait le contrôle dont il faisait preuve normalement couler entre ses doigts et il était dans l'incapacité de le retenir.
Les émotions qu'il avait sous contrôle couraient librement à travers son corps. Comment les hommes faisaient-ils ? Il ressentait intensément – il l'avait toujours fait – mais à présent il ne pouvait plus garder ce tourbillon sous clé.
-Vous devenez humain, lui dit Jaime en souriant.
L'idée était stupide et pourtant ... cela faisait plus d'un mois maintenant et le bleu n'était pas parti. Il tenta de garder son calme, mais Jaime n'y crut pas. Jaime savait trop bien le lire, maintenant (il se demanda comment c'était arrivé, comment un homme avec lequel il n'avait presque rien en commun sût si bien voir en lui, tout comme lui-même pouvait à présent comprendre sa manière d'être d'une façon que ceux qui l'avaient connu toute leur vie ne le pouvaient pas).
-Ca n'a rien de grave. Être humain n'est pas la pire chose au monde. Rien ne peut être pire que le simple fait de vivre.
oOo
Il entra dans sa chambre, attendit que la servante mît de l'eau dans le bassin, se lava, se rhabilla, prit son arc et ses flèches, quitta la ville.
Il s'assit dans l'herbe. Souffla. Ferma les yeux.
Que m'arrive-t-il ?
Il ne sentait plus. Comme s'il n'y avait plus de nature. Mais elle était là – il l'avait vue, la nature ne pouvait pas disparaître. La seule autre explication était que lui-même n'était plus là. Ses mains se crispèrent sur ses genoux et il se força au calme.
Il chercha, au plus profond de lui, la force de ramener la nature à lui.
Et tout d'un coup elle fut là, criant sa douleur et celle de Legolas dans le cœur de l'elfe. Tout d'un coup tout fut là.
Puis plus rien.
Plus rien du tout.
Legolas ne rouvrit pas les yeux.
oOo
Quelques soldats accompagnèrent Jaime quand il déclara qu'il partait à la recherche de Legolas. Il savait où le chercher. On murmurait dans les couloirs qu'il avait déserté, qu'il était rentré chez lui mais Jaime savait bien que l'elfe avait trop d'honneur pour cela.
Il retrouva la clairière facilement.
Legolas était au sol, l'air parfaitement paisible. Il crut d'abord qu'il était toujours en train d'écouter.
Il secoua son épaule une fois, deux fois.
Rien du tout.
