Auteur : Ryuh'
Disclaimers : Toujours pas à moi sauf Nath'.
Message : Merci à toutes vos reviews qui m'encouragent, merci à mon maître vénéré et puis... Merci tout simplement! Je vous souhaite une bonne lecture pour ce deuxième chapitre assez... Fuyant je dois dire! 8D Nath' est assez... Excentrique, gamin, tête en l'air et tête brûlée... Mais que voulez-vous... On choisit pas son héros! 8D Et puis surtout, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques, conseils, etc... Merci d'avance pour ça! ^^
Le seul avantage que j'avais pu trouver, à ce jour, à vivre aux Enfers, était que la seule porte d'entrée, outre celle qu'avait utilisé Orphée, et qui me servait actuellement et accessoirement de sortie, se situait en plein centre de Los Angeles. Los Angeles... Sans y avoir vraiment mis les pieds, cette ville me fascinait. Peut-être parce que tous ces mortels ne voyaient pas à travers la Brume et ne pouvaient donc deviner qui j'étais, me laissant comme un semblant de liberté m'étourdir allègrement. Enfin, vous me direz, c'est dans toutes les villes pareilles. Mais là... La porte de l'ascenseur s'ouvrit. Il me suffisait de réussir à passer Charon et paf, non ça ne faisait pas des chocapics, mais ça me permettait de disparaître loin, très loin. J'entendis d'ailleurs le Passeur du Styx rugir dans mon dos quelque chose comme quoi il voulait une augmentation tandis que je fonçai et bondis dans les rues de la ville animée qu'était Los Angeles. Personnellement, je le plaignais. Sincèrement. Être obligé de faire ce travail éreintant et ennuyeux à mourir en étant payé moins que le SMIC... C'était carrément de l'esclavage. Surtout qu'on ne pouvait pas dire qu'en matière d'argent mon père soit pauvre. Cela faisait un moment déjà qu'il était en vie, si on peut dire, et il avait amplement eu le temps d'amasser des montagnes et des montagnes d'or, d'argent et de toutes sortes de métaux et de pierres précieuses. Ce n'est donc pas que mon paternel n'avait pas les moyens de payer son Passeur pour les Enfers. Il était juste... Étonnamment radin.
Je me faufilai avec habileté entre les passants, les bousculant parfois et me confondant en excuses. L'avantage, c'est que je déposai ainsi mon odeur de Dieu sur eux ce qui allait, sans aucun doute, dérouter les monstres qu'Hadès enverrait à ma poursuite.
- Seigneur Nathanaël! Arrêtez-vous!
Qu'est-ce que je disais. Derrière moi, une petite femme replète et habillée d'un tailleur deux pièces me courrait après tout en furetant à droite et à gauche, cherchant parfois ma piste lorsqu'elle me perdait de vue. Enfin, ça, c'est ce que les humains distinguaient avec la Brume. Moi, ce que je voyais était nettement moins rassurant : Alecto la furie me talonnait.
Alors que le feu de signalisation passait au rouge, je bifurquai sur la droite, passant devant les voitures qui freinaient brutalement pour ne pas m'écraser, et ce à grand renfort de coups de klaxon. La furie n'eut, malheureusement pour elle, pas cette chance. Une Audi noire toute flambant neuf la faucha et elle rebondit plusieurs fois sur le capot puis sur la route avant de se relever, comme si de rien n'était, sous les cris de panique et les coups de klaxon toujours plus retentissants.
Cela m'avait permis de gagner du temps. Pas beaucoup, mais c'était déjà ça.
J'amorçai alors un dérapage digne d'un tacleur au football, et je me mis à enchaîner les zigzag, tourner à droite, puis à gauche, passer sous un pont, tourner à gauche, encore à gauche, puis à droite... Jusqu'à ce qu'une petite échoppe à l'allure vieillotte et poussiéreuse ne m'interpelle. Le nom, qui en grec ancien signifiait « Tout ce que tu cherches est ici! », m'incita à entrer tandis qu'Alecto s'écrasait sur la porte que je venais de refermer violemment.
- Seigneur Nathanaël! Veuillez sortir de cette misérable échoppe! Seigneur! Gronda de sa voix criarde et rauque à la fois l'immonde furie qui tentait de m'attraper de ses doigts crochus et pourvus de griffe.
Puérilement, je lui tirai la langue. Il était hors de question que je la laisse entrer dans ce poussiéreux magasin d'antiquités. Je pris soin de placer des meubles devant la porte, ce qui ne l'empêcha pas de casser une des vitres du battant et de tenter de me saisir par le col. Persuadé que la furie n'était pas venue seule, je m'armai d'un sabre japonais de l'Ere Edo afin de me défendre, un peu inutilement il fallait le reconnaître, surtout que, tenter d'utiliser une arme humaine contre des monstres, pas humains comme l'indiquait leur nom, c'était un peu comme de faire danser des claquettes à Zeus. Autrement dit : impossible. Père apprécierait donc moyennement que je zigouille les monstres qu'il m'envoyait mais... Au Tartare les bonnes manières! Un craquement résonna le long des lattes de parquet et me renseigna sur la position de mon potentiel adversaire. Je quittai donc la porte barricadée, abandonnant là la furie qui pestait, pour me glisser derrière une armure ayant appartenu à un chevalier du Moyen-Âge. Grâce à mes sens plus aiguisés que la moyenne, ma cachette sûre me permit de distinguer sept hommes baraqués que je devinai être l'Hydre de Lerne dissimulée par la Brume. C'était bien ma veine tiens. Père tenait tant que ça à me voir à cette fichue colonie? Au risque d'être découvert et d'encourir le châtiment divin de mon Oncle? J'avais déjà pris le risque, lors de la Seconde Guerre Mondiale, de me battre aux côtés de mon père et j'avais failli y laisser la vie. Sans l'intervention de ma tante, Héra, de ma mère, Perséphone, et de ma grand-mère, Déméter... J'aurais été cuit. Et ce dans tous les sens du terme. Et même avec cela, Hadès n'avait jamais daigné m'adresser une quelconque marque d'affection ou de reconnaissance. J'avais voulu lui montrer, oui, lui montrer à quel point je voulais qu'il soit fier de moi, même si pour cela j'avais dû tuer, découper, démembrer et faire couler le sang de nombreux innocents, qu'ils soient mortels ou non. Bien mal m'en avait pris : je n'avais récolté que le mépris des autres Dieux et celui, plus déroutant, de mon propre père, ce qui m'avait valu d'être traité en paria.
Pour changer.
Un des sept hommes passa juste à ma gauche et je retins ma respiration, comme si cela pouvait l'empêcher de me voir. Le magasin était tellement sombre, et sûrement abandonné, si bien qu'il n'était pas facile de s'y repérer à moins d'être doté de sens plus sensibles que la normale. Je me reculai donc lentement tout en lorgnant sur mon unique sortie, à savoir celle de secours. Mais entre moi et mon échappatoire, il devait y avoir une dizaine de mètres, trois des « têtes » de l'Hydre et un bon paquet d'objets plus ou moins identifiés qui ne demandaient qu'à être renversés. Je pris cependant mon courage à deux mains et je m'élançai, tel un cabri en quête de liberté et, contrairement à ce que je craignais, j'atteignis sans peine la sortie de secours où je me propulsai, non sans avoir auparavant cassé deux vases du XVIème siècle, une chaise ayant appartenu à Louis XIV, mon sabre, qu'une des têtes de l'hydre apprécia moyennement, un étalage de vieilles cartes marines et... Encore énormément de choses qu'il serait futile, et surtout fastidieux, de nommer. Je débouchai ainsi dans une petite ruelle, une de celles que les mortels ont tendance à surnommer de « mal famée ». Il est clair que les effluves malodorantes des poubelles, l'obscurité et les débris de bouteilles éparpillés sur les pavés ne devaient en rien aider à changer cette image.
Je me décidai, après une brève hésitation, à continuer mon chemin par les petites rues adjacentes plutôt que par celles bondées de foule, tout en espérant que mes poursuivants penseraient que je me mêlerai aux humains dans le but de dissimuler et mon odeur caractéristique divine, et ma silhouette un peu trop atypique.
Au bout d'un temps qui me parut interminable, je m'arrêtai au coin d'une autre ruelle dont je ne me souvenais même plus le nom. Je posai mes mains sur mes genoux, me courbant, le regard irrémédiablement plongé vers le sol et je cherchai difficilement à reprendre mon souffle. J'avais des pointes de côté et je transpirais à grosses gouttes. Il faut dire aussi que je n'avais pas tous les jours l'occasion de courir autant. Excepté lorsque mon très honorable père voulait me foutre une raclée divine parce que j'avais encore fait une connerie. Ce qui arrivait beaucoup plus souvent que vous ne le croyez. J'avais toujours été un enfant turbulent et donc très inventif en matière de conneries. Et dans ces cas-là, mieux valait courir, et vite.
- Et bien... Mais qui voilà? Souffla une voix derrière moi.
Je fus si surpris que je bondis sur le côté rapidement, me causant ainsi des étourdissements qui troublèrent momentanément ma vue. Avant que je n'ai le temps de me ressaisir, deux bras puissants me clouèrent contre le mur et un avant-bras musclé vint entraver ma gorge, de sorte à me couper la respiration. Je haletai déjà d'avance mais là... C'était carrément pire. Je me sentais presque défaillir, moi, un Dieu! Di Immortales! Luttant contre l'évanouissement, j'ouvris lentement et difficilement mes prunelles pourpres afin d'apercevoir mon agresseur. Un sbire de mon père?
- Serais-tu perdu? Fit l'inconnu d'une voix suave tandis que sa capuche me dissimulait son visage.
Non. Ce n'était décidément pas un sbire de mon père. Trop familier.
- Que dirais-tu de faire une petite sieste mon petit Dieu? Ça te détendra. Une loooongue sieste bien reposante. Une sieste... Dont tu ne reviendras... Pas! Me susurra-t-il de sa voix grave mais chantante.
- Pas... J... Veux... Veux pas... D... Dormir... Balbutiai-je tant bien que mal en tentant de lutter contre l'engourdissement qui s'emparait de mes muscles et de mon corps tout entier.
C'est alors que les brumes de sommeil se mélangèrent avec de soudains picotements dans le bas de ma nuque. Mon agresseur ne semblait pas l'avoir remarqué. Ces picotements commencèrent alors à s'intensifier et à se propager dans mon corps, comme des milliers de fourmis dans une fourmilière. D'un brusque sursaut, je propulsai ma tête vers celle de l'inconnu qui, sous l'impact, recula d'un pas et me relâcha. Je me reculai alors le plus loin que je pus, vers ce fichu cul-de-sac qui m'empêchait de ficher le camp. Je tentai de reprendre mon souffle tandis que les picotements se transformaient en vague de chaleur qui ne cessaient de monter en température. Je brûlais littéralement de l'intérieur. Je gémis en sentant le genoux de mon assaillant s'écraser contre mon estomac ce qui me força bien malgré moi à poser les deux genoux à terre. J'avais l'impression que des langues de feu me dévoraient de l'intérieur. J'avais l'impression que mon corps... Changeait. Se modelait. Une brusque pression et prise sur mes cheveux bruns me força à relever la tête alors que je frôlai l'embrasement et l'évanouissement.
- C'est moi ou bien tu fuyais quelque chose, fils d'Hadès?
- Mêle-toi de... Ce... Qui te... Regarde!
- Les Dieux sont devenus bien couards ma parole pour fuir ainsi la queue entre les jambes...
- Di Immortales! Jurai-je en tentant de mes mains de desserrer l'emprise de celle de mon agresseur.
- Oh oui, tu peux jurer mon enfant. Quel gaspillage, un si joli visage associé à la peur et à la fuite... Soupira-t-il en feignant de se désoler.
- Fuis pas... Repli...
- Repli?
- S... Traté... Gique...
- Un repli... Stratégique. Alors c'est ça l'armée olympienne? Un ramassis de loques qui se terre sur l'Olympe et qui appelle la fuite un repli stratégique? Ricana l'homme, ou plutôt, le Dieu mineur qui me faisait face. Il faut appeler une chimère une chimère mon enfant! Je vais pouvoir dormir sur mes deux oreilles si c'est le cas!
- Morphée... Réussis-je à articuler alors que le mot « dormir » tourbillonnait dans ma tête, comme pour m'avertir du danger que représentait mon indésirable interlocuteur.
- Oh! Ben ça alors! Le petit Dieu vient de se réveiller! Il est temps mon bonhomme.
- Es... Espèce... D... Enflure...
- C'est bien ça... Tu me renvoies une image bien pitoyable des Dieux, fils d'Hadès. Je pense que, pour toi, le repos éternel ne sera pas de trop.
Il leva la main et la posa sur mes yeux vitreux. Je n'eus pas le temps de répliquer ou de tenter quoi que ce soit que le sommeil et les flammes, pires que celles des Enfers, embrasèrent mon corps, pendant que je sombrais inévitablement dans les méandres de l'inconscience.
Repli stratégique (n, m) : 1. Technique courageuse et héroïque visant à assurer, avant tout, la survie de l'utilisateur de cette technique. 2. Autre manière d'exprimer par l'action les bouffées de peur, pardon, de faiblesse qui envahissent tout son être au moment où le stratège s'y attend le moins. Synonyme : Fuite.
Source : Nathanaël.
