Auteur : Ryuh'

Disclaimers : Tous les personnages OC sont à moi, ça ne change pas! ;) D'ailleurs, vous verrez mais la créature que je nomme existe vraiment dans la mythologie grecque!

Message : Oui, oui, je sais... J'ai pas écrit depuis une paye! Pour changer... Mais voilà la suite, enfin! Donc pour répondre aux questions... Oui, il y aura les vrais persos! Ils ne tarderont pas à faire leur apparition... Dans quelques chapitres! Je remercie d'ailleurs tous les gens qui lisent et me donnent leur avis, ça fait chaud au coeur! Si vous avez des idées, des conseils, ou quoi que ce soit à me donner, je prends. Alors n'hésitez pas à me donner votre avis, il est très précieux! Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture!


SF General Hospital était un établissement public de San Francisco. Ses grandes façades d'une blancheur immaculée semblable à un ensemble d'immeubles juraient avec la végétation aménagée en parterres des était blanc, asceptisé, froid... Morbide. Je n'avais jamais compris la tendance de l'espèce humaine à vouloir se soigner dans des endroits où tous les murs transpiraient la mort et l'appel de l'Enfer. Il fallait clairement être masochiste. Ou suicidaire. Un nombre incalculable de chambres alignées, de services aux noms compliqués qui ne dissimulaient que l'horreur de la réalité. C'était assez paradoxal n'empêche. Fils du Dieu des Enfers, je voyais des morts à la pelle – au tractopelle même – tous les jours... Et pourtant, je haïssais ce type de lieu où la mort y était pourtant la plupart du temps naturelle et fréquente. Sûrement trop. Je n'avais pas besoin de renifler à gauche et à droite pour sentir l'ombre de la Mort – de Cupidon/Eros enfin ce que vous voulez – planer au dessus des lits de certains mortels. Et le fait que j'attende dans ce hall beaucoup trop vaste et vide ne m'aidait pas non plus à apprécier les lieux et l'apparente douceur que le personnel essayait d'y faire transparaître. Un peu à tort cependant.

Avachi proprement sur les fauteuils en cuir alignés en rang d'oignons près de la porte coulissante, je jetai un coup d'oeil morne à la personne à mes côtés. A mon presque assassin. C'est qu'elle avait du cran la mère de l'autre débile. Bon okay, débile qui m'avait tout de même sauvé la vie. Au péril de la sienne soit dit en passant. Ce qui n'était pas très très malin ma foi. Allez expliquer aux urgentistes pourquoi l'humaine s'était pris un coup de couteau... J'aurais aimé vous y voir!

La matriarche avait enfoui son visage entre ses mains tremblantes et ses épaules semblaient supporter la voûte étoilée à l'instar d'Atlas. Je la sentais terrorisée, incertaine et terriblement coupable. Quoi de plus normal après avoir poignardé son enfant? ... Hop hop hop! Je vous arrête là, je vous vois venir. Je n'y suis extrêmement pour rien! Je n'ai jamais – ô grand jamais – demandé à ma sauveuse – merde ça me faisait donc deux dettes? - de se jeter sous le couteau de cuisine gentiment tenu par sa toute aussi adorable mère!

- Je savais que cela finirait par arriver...

La voix faible de la femme à mes côtés me tira de ma torpeur qui se calquait sur l'ambiance morbide de l'hôpital. Avec un désintérêt feint, je levai mon visage de mon – ô combien sexy – tee-shirt « mon petit poney », accessoirement couvert du sang d'Azar... De la demeurée, pour ancrer mes pupilles vermillons dans celles chocolat de sa mère. Cette dernière semblait visiblement hésitante à me fixer, comme si elle craignait que je ne la... Mange. Et c'était pas l'envie qui me manquait. Enfin, de la terroriser j'entends. Je ne suis pas cannibale non plus.

- Qu'est-ce qui finirait par arriver Madame? Demandai-je innocemment.

Mais mon ton et le sourire vampirique qui ne collait pas avec l'âge qu'elle devait se faire de moi ne correspondaient pas vraiment avec mes dires. Et son tremblement me confirma ce que je pensais déjà. Cette femme avait peur. Elle était terrorisée. Par un gamin de dix ans aux yeux rouges, à la peau d'albâtre et aux cheveux de couleur corbeau. Et elle n'avait pas tort ma foi. Il ne me fallait qu'un remuement du petit doigt pour la... Enfin, il m'aurait fallu que d'une pichenette puisque présentement, mes doigts dépourvus de la moindre étincelle de pouvoir n'étaient bons qu'à se tortiller d'ennui.

- Ce n'est pas gentil d'avoir voulu me poignarder Madame. Insistai-je ostensiblement.

J'avais bien envie de la faire craquer. Histoire de me défouler. Avec un peu de chance elle pleurerait? Ah! Cruauté quand tu nous tiens...

- J... Je ne voulais pas... Je suis désolée, je ne voulais pas vous blesser m... Mon Seigneur. Couina-t-elle misérablement, ce qui accentua les traits fatigués de son visage pâle et émacié, comme si elle n'avait pas bien mangé depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

Et là, je restai baba comme deux ronds de flan. Vouvoiement, excuses et... Titre honorifique? J'étais décidément bien gâté! Un rictus vint étirer mes lèvres et j'adressai alors à l'impudente humaine un regard hautain. Enfin aussi haut que je pouvais paraître avec mon mètre trente-cinq. Avachi sur un fauteuil. Autant entretenir le mythe non?

- Je vois qu'on se montre un peu plus... Respectueuse. C'est bien.

J'aurais voulu à cet instant lui extorquer un maximum d'informations mais un médecin – celui qui avait pris en charge Azaria – revint vers nous, interrompant ce petit jeu qui ne faisait que commencer. Arf, il me cassait mon délire là le gros bonhomme dont la blouse ne pouvait sans aucun doute même pas être fermée...

- Madame Black? Croassa l'insignifiant docteur en remontant ses lunettes sur son petit nez écrasé. Azaria Black donc. Merci doc'.

- Oui?! En moins de temps qu'il n'en faut pour dire « ouf », la mère de ma geôlière-sauveuse-emmerdeuse – ça commençait à faire beaucoup - s'était levée d'un bond, toute frayeur envolée et le regard empli d'espoir. Ca va, pas la peine d'en faire de l'ambroise, elle n'allait pas s'envoler ta gamine.

- Votre fille vient de sortir du bloc. Sa vie n'est pas en danger, elle se réveille de l'anesthésie dans l'une de nos chambres. Aucun organe vital n'a heureusement été touché et nous avons décidé de recoudre la plaie après l'avoir nettoyée. Il y a donc neuf points de suture. Pour ce qui est des soins à venir, je vous enverrai l'infirmière de garde pour qu'elle vous explique tout hum?

- Oh merci... Dieu merci... Soupira de soulagement la mère de la barge. Je grimaçai face à sa prière. Les Dieux n'y étaient pour rien, oh non...

- Heureusement qu'en tombant sur votre lave-vaisselle, elle a seulement glissé et a entaillé son dos car si elle était tombée de face, les dégâts auraient été probablement irréversibles...

Non. Evidemment que non ce n'était pas moi qui lui avait suggéré ce petit accident de parcours. Pas du tout... Je n'aurais pas osé! Voyons! Vous me connaissez... Et puis niveau originalité... J'estimais être légèrement au dessus de la moyenne tout de même! Enfin, au moins, je m'étais rendu compte que mon pouvoir de charisme, et donc d'attraction, fonctionnait encore même s'il était amoindri. Enfin, il marchait sur les personnes à faible volonté. Et ce docteur était un benêt fini. Manipuler l'autre bizarroïde hospitalisée, que je soupçonnais de ne pas être totalement humaine – ce qui allait vite se vérifier -, allait donc être un peu plus difficile que prévu au vu du caractère de cochon qu'elle possédait et qu'elle ne se gênait pas pour me faire subir depuis que j'étais « réveillé » de ma petite sieste forcée de deux années et demie consécutives.

Suite au monologue du médecin, ponctué par les exclamations rassurées de la femme, il nous indiqua le numéro de la chambre d'Azaria et sa matriache courut presque jusqu'à cette dernière, non sans avoir vérifié que je la suivais. Je lui avais vaguement glissé qu'il allait falloir que l'on parle sérieusement car je n'avais aucune mauvaise intention à leurs égards – pour l'instant - et qu'un danger planait. Je le sentais comme Cerbère aurait senti un vivant se glisser à l'insu de tous dans les Enfers. Et les poils de mes bras ne cessaient de se hérisser, envoyant de glacials frissons parcourir le long de mon échine au fur et à mesure que nous nous rapprochions de la pièce désirée. Et pourtant, je n'étais plus qu'un humain sans pouvoir... A croire que mon détecteur de dangers – lorsqu'ils me concernaient – n'était pas totalement hors service.

Une fois encore j'observais Madame Black – Océane de son petit nom – marcher devant moi tandis que je trottinais derrière elle sans me presser outre mesure. Pardonnez-moi l'expression mais elle avait une chute de reins... Divine. Elle avait une démarche chaloupée et empressée et ses cheveux châtains, se balançant négligemment sur ses épaules et son dos, valdinguaient à chaque pas qu'elle esquissait en direction de sa fille. Je l'aurais croisée il y a quelques années j'en aurais probablement fait mon encas ~ ... Si l'on exceptait qu'elle avait essayé de me tuer, qu'elle ressemblait à une âme tant elle était pâle et que je la terrorisais... A vérifier sur l'autre gamine. La chute de reins j'entends!

L'ascenseur de métal nous conduisit jusqu'au cinquième étage de l'aile Nord avec rapidité et efficacité. Lorsque les battants automatiques s'ouvrirent, nous débouchâmes dans un hall éclairé et fleuri. Les couleurs, fades, étaient à vomir et mes pupilles rubis s'accrochèrent avec insistance aux talons d'Océane afin de ne pas divaguer sur le mauvais goût de ces humains. Après quelques mètres interminables – et pourtant, la mère d'Azaria courrait presque – nous arrivâmes enfin devant la porte où le nom tant désiré était inscrit. Après une grande inspiration visant à se donner un minimum de courage pour affronter sa fille, Madame Black appuya avec une lenteur exagérée sur la poignée avant d'entrer dans la pièce. Cette dernière était éclairée par un néon au dessus de nos têtes qui diffusait une lumière blafarde sur les murs colorés d'un vert pâle, bien qu'entêtant. La chambre était sobre et peu équipée – le strict minimum donc – et en son centre la demoiselle bornée était étendue, allongée sur un lit aux draps blancs. Son teint était beaucoup plus terne qu'il aurait dû l'être mais sa respiration régulière témoignait de son état de santé stable. Sa mère tira la seule chaise présente près du lit pour s'y asseoir et prendre la main de sa fille qui remua un instant en gémissant avant d'ouvrir lentement ses paupières, les faisant cligner deux-trois fois.

- Ma... man? Croassa-t-elle d'une voix absolument abominable.

J'eus une grimace et sans un mot, je me postai près de la fenêtre, à l'autre bout de la pièce – puisque tout le monde m'ignorait, non non, je n'étais pas le moins du monde vexé... - afin de guetter l'extérieur à travers les stores vénitiens. J'étais toujours un fugitif après tout. Et être un fugitif qui se balade les mains dans les poches sans rien connaître de la situation relevait vraiment de la pure folie. Je m'étonnais encore de ne pas avoir été poursuivi depuis mon réveil. Mais ne parlons pas de malheur. Mon karma plus que pourri serait encore capable de faire des siennes.

Du côté des deux femmes, la conversation allait bon train – quoi qu'avec plus de difficultés pour la plus jeune des deux – tandis que je tergiversais dans mon coin. Et ça chouinait, et ça s'excusait, et ça rassurait, et ça tombait dans les bras l'une de l'autre dans la mesure du possible... De vraies filles. Yep. Machiste à fond. Un profond silence s'installa au bout de quelques minutes et je fus obligé de laisser là ma contemplation pour tourner la tête et ainsi capter les deux regards suspicieux des Black posés sur moi.

- Quoi? Grognai-je machinalement en leur jetant un regard noir. Enfin, rouge sang pour être exact. Enfin, on va pas chipoter hein!

- Maman? ... Pour... rais-tu aller nous chercher à m... anger? Demanda difficilement Azaria en grimaçant de douleur tandis qu'elle actionnait la télécommande de son lit électrique afin de se surélever sur ses oreillers bien rembourrés. S... Te plaît...

Océane Black se tapa un aller-retour visuel entre moi et sa progéniture si bien que l'on aurait pu penser qu'elle suivait un match de tennis du regard. Ce qui était pour l'instant bien loin du compte. Puis voyant l'air déterminé et presque suppliant de sa fille, et malgré le fait qu'elle soit terrorisée de nous laisser seuls tous les deux, la femme s'exécuta en promettant de revenir très très vite. Elle se leva donc et passa la porte avec résignation non sans m'avoir jeté un regard d'avertissement. Okay, pas touche à sa fifille si je voulais pas me retrouver avec un couteau dans la tronche ou ailleurs. Quoi qu'elle ne devait pas avoir un couteau sur elle. En théorie. Mais vu sa détermination, je ne doutais pas un seul instant qu'un support de perfusion ou qu'une chaise lui suffirait à se montrer plus... Convaincante. Aussi, je hochai une dernière fois la tête lorsqu'Océane referma la porte derrière elle. Elle était où la p'tite dame effrayée par le gamin que j'étais – ou pas -?

- Dépêche-toi, viens t'asseoir, on a peu de temps!

Elle était où la p'tite chieuse mal en point à cause du gamin que j'étais – ou pas-?

- S'il te plaît. Finit par ajouter Azaria en tapotant le bord de son lit pour m'inciter à venir la rejoindre, le visage beaucoup moins morne et le regard plus vivace que précédemment.

- Ouh la vilaine comédienne... Ricanai-je sans aucune gêne en m'approchant, les mains glissées dans le ridicule short r... Non. Mieux valait que je cesse de penser à cette stupide tenue. En deux secondes, j'avais traversé la petite chambre et m'étais installé en tailleur sur la chaise en plastique. Tu es plutôt bonne actrice... Je me suis presque laissé avoir. J'insistai sur le presque. J'allais quand même pas lui dire qu'elle m'avait berné! J'ai une fierté tout de même!

- Emmène-moi avec toi. Me coupa-t-elle dans mon monologue interne alors qu'elle replaçait vivement une mèche châtain derrière son oreille.

- Hein? Très intelligente comme réponse. Ah oui. 10/10.

Aurais-je raté un pégase ou bien... Cette petite disjonctait proprement?

- Deux et à trois on recommence. Emmène-moi avec toi. Réitéra-t-elle à nouveau. Je n'étais donc pas sourd.

- Pourquoi? ... Et où? C'est surtout ça la question! M'exclamai-je en la fixant, les yeux ronds. Mais cette folle ne s'y laissa pas prendre car aussitôt, ses prunelles émeraudes se plissèrent pour me regarder d'un air plus perçant.

- Je sais que tu n'es pas humain. Ah ah... Douce constatation. Mettons donc les choses au clair, plus la peine de jouer.

- Et tu as le cran de me balancer ça à la figure alors que tu es en position de faiblesse, sans savoir ce que je peux bien être? Suicidaire. Ca m'avait manqué.

- Si tu avais voulu me tuer tu l'aurais déjà fait... A partir du moment où tu t'es réveillé. 1-0 pour Azaria. Grrr!

- Je ne m'occupe pas du menu fretin. Encore moins des parasites dans ton genre. Et paf! Un point partout sale peste!

- Y a un truc. Une chose qui me traque. L'année dernière... Cette.. Ce monstre a... Il a... Son regard se voila et j'eus la nette impression qu'elle m'avait vaguement oublié car elle se reprit aussitôt. Je suis moi aussi un monstre. On a déménagé sept fois... Mais rien à faire. Je fais des trucs que personne ne fait, je suis poursuivie par des machins qui ne devraient même pas exister, j... La machine mesurant son rythme cardiaque s'emballa tout comme devait le faire son coeur.

La demoiselle face à moi semblait soudainement bien faible et surtout, elle cherchait une façon de me convaincre de ne pas la laisser là et ses dires confirmaient mon intuition. J'avais face à moi une sang-mêlé. Karma pourri bonjouuuur ~ !

- Et si j'étais l'un d'eux? L'un de ces monstres qui te traquent? Pas la peine de faire l'imbécile « Hein? Quoi? Mais tu es folle? ».

- Je te l'ai dit... Tu m'aurais déjà tué. Et... Elle avait beau s'être vaguement calmée, je sentis sans peine son hésitation ainsi que son regard fuyant.

- Et quoi?

- Tu causes pas comme un gamin de dix ans. Et puis... Tu ne sens pas pareil. Azaria grimaça un petit peu et... Machinalement je sentis mes aisselles. Je sentais le savon et le sang. Le sien d'ailleurs. Je fronçai alors les sourcils.

- T'insinues que je pue sale peste? Grondai-je, vraiment vexé. Attendez! Y avait de quoi en même temps!

- Déjà la sale peste t'emmerde freluquet et je parlais de ton aura imbécile! Deux insultes dans une phrase. Alors là... Alors là! Si elle croyait que j'allais laisser passer ça elle se fourrait le doigt dans le c...

CLONG!

Non. Pas le doigt dans le clong. Et le bruit ne provenait pas de moi. Ni d'elle. Pas de la chambre non plus et il ne sembla pas affecter Azaria. Le genre de bruit qui m'oblige à me figer, les sens aux aguets tandis que l'autre imbécile – toi-même poufiasse! - se remet à me crier dessus – c'est que ça allait mieux -. Le genre de bruit qui me glace le sang. Enfin façon de parler. Le genre de bruit inhabituel qui annonce généralement toutes sortes de problèmes en perspective. Pour moi. Et une partie de mon entourage.

Je me retournai subitement, fixant la porte avec insistance, cherchant à capter un bruit qui pourrait me renseigner sur l'origine du « clong ». Rah! Et l'autre qui n'arrêtait pas de beugler...

- Bon tu la fermes? Pestai-je entre mes dents alors que je bondissais sur son lit, mes mains plaquées sur sa bouche un peu trop volubile à mon goût. Sous la surprise, elle se tut, les yeux écarquillés. Làààà... Que je t'explique un peu là... Tu sens quelque chose? Elle me jeta un regard moqueur. Oui, je lui demandais de « sentir ». Et oui, j'avais mes mains sur ses lèvres, l'empêchant de parler. Je les retirai donc prestement.

- Humph.. Qu'est-ce que tu voudrais que je s... Ses traits se figèrent et avec une lenteur exagérée et ses prunelles s'ancrèrent dans les miennes, horrifiées.

- Quoi?

J'aurais tout aussi bien pu dire « Hein? », « Pourquoi tu me regardes comme ça? », « J'ai un truc sur la tronche? »... Mais non. Ma bouche s'était ouverte et... Refermée aussi sec. Toujours un pied posé sur ma chaise et l'autre sur le lit de ma tortionnaire dans un équilibre précaire... Je préférais ne pas me retourner. Pas tout de suite. Non. Histoire d'encaisser. De prendre mon courage à deux mains. Ne pas me retourner pour avoir à identifier à qui appartenait le souffle putride qui me titillait la nuque avec insistance. Aaah... Quelle douce flagrance. La chair de poule s'installa sur ma peau puis j'inspirai longuement. Et un, et deux... Et un, deux, trois!

Je me retournai.

Ah. Par la barbe de Zeus. L'adorable, la narcissique, la délirante Lamia. Amante de Zeus et rivale d'Héra. La femme-serpent. A vingt misérables centimètres de ma tronche. Mais contre toute attente, ses deux yeux fendus en leur centre se fermèrent tandis qu'elle faisait onduler son corps écailleux afin de l'éloigner de nous, se postant ainsi à égale distance entre nos deux corps et la porte, seule sortie de secours. Son buste, humain, était seulement couvert d'une étoffe turquoise qui réhaussait le lien bleu qui maintenait ses longs cheveux bruns en un chignon compliqué et accompagné d'anglaises. De temps en temps, sa langue sortait, parcourait ses lèvres et sifflait, comme une menace latente. Entre-temps, j'étais descendu de la chaise et du lit et, sans délicatesse, j'avais arraché la perfusion d'Azaria qui se mit bien vite debout. Autant ne pas s'entraver de choses non existentielles. Je la plaçai machinalement derrière moi – elle ne broncha pas d'ailleurs – et j'avisai notre échappatoire. Risqué. Mes doigts se lièrent à ceux de la graine de Dieu et j'adressai à notre adversaire un sourire éclatant, presque innocent. Je savais qu'elle aimait la traque... Autant y donner un peu de piment.

- Ô Lamia... Que vous avez un long corps! Généralement l'intonation frisant l'adoration marchait bien avec les nanas. Alors espérons que celle-ci n'était pas trop regardante. Surtout avec un gamin – en apparence – d'une dizaine d'années. Enfin, à mon avis, elle devait savoir qui j'étais. Vu son regard gourmand. La croque-mitaine. Génial.

Ma petite boutade allait-elle prendre où les monstres ne prenaient-ils plus plaisir à la chasse?

- Hm... C'est pour mieux vous étreindre mes mignons. Utilisation du pluriel. Di Immortales! Elle en avait donc après nous deux. En crabe, Azaria et moi nous rapprochiions de la porte sans quitter du regard le monstre qui sifflait dans notre direction à l'aide de sa langue fourchue.

- Ô Lamia... Que vous avez un magnifique visage...

- C'est pour mieux vous ensorceler mes mignons... Sa voix était sifflante... Et attirante. Hypnotisante à souhait. Mais la main aggrippée à la mienne me permettait de ne pas laisser mon humanité se faire bouffer.

Fais? ... Fais pas? Fais? Fais... Fais.

- Ô Lamia... Que vous avez de grandes dents pointues...

Il y eut un silence soudainement intenable et un sourire étira ses lèvres gercées. Je venais de lui donner une raison de cesser enfin notre petite joute verbale fort amusante.

- C'est pour mieux vous lacérer et vous dévorer mes mignons.

Et comme un seul homme, enfin femme... Bref, je tirai subitement sur la main d'Azaria et d'un bond... Nous avions franchi la porte – que je lui claquai à la face, aha! ... De Lamia, pas d'Azaria! - tandis que la créature, ex-compagne du Seigneur des Dieux, hurlait, dissimulée par la brume sous l'apparence d'une jolie infirmière. Et pour la deuxième fois en un laps de temps réduit – pour mon cerveau en tout cas puisque cela me semblait être la veille -, une course-poursuite où j'étais la proie s'engagea. Où nous étions les proies.

J'vous ai déjà dit que j'avais un karma pourri?


Course-poursuite (n, f) : 1. Principe selon lequel tu cours – puisque tu es la proie - et tu es poursuivi – parce que le prédateur a faim -. Ce serait vraiment sympathique d'inverser les rôles de temps en temps. 2. Promenade de santé aussi bien diurne que nocturne où, la plupart du temps, ton agresseur te rattrape. Heureusement qu'on ne court pas au ralenti comme dans les cauchemars. Quoi que là s'en est un. Synonyme : Footing.

Source : Nathanaël.