CHAPITRE 4: DANSE, DANSE PETIT PAPILLON

- Relaxez-vous Oscar, je ne vais pas vous manger;

- Mais je n'ai pas peur de vous Fersen, c'est juste que je me sens ridicule dans cet accoutrement.

- Non vous n'êtes pas ridicule, au contraire, vous êtes magnifique Oscar, vraiment.

- Alors pourquoi me dévisage-t-on ainsi ?

- Parce que la plupart des femmes ici présentes sont jalouse de votre beauté. Vous êtes si naturelle alors qu'elles sont, pour la plupart fardées et disgracieuses, les unes plus que les autres. Ce sont elles qui sont ridicules pas vous. A dire vrai, vous me faites penser à une rose exquise, qui vient d'éclore après la rosée du matin, fraîche et délicate comme elle.

Oscar regardait Fersen, abasourdie par tant de compliments à son égard, et tout droit sortis de la bouche d'un homme qui se dit épris de la Reine.

- Fersen, vous vous jouez de moi ?

- Non, je suis sincère. Ne reniez pas votre vrai nature Oscar, elle ne demande qu'à s'exprimer.

Oscar ne savait que répondre à tant d'éloges, elle, qui s'était évertuer toute sa vie à se comporter et à agir comme un homme, devait reconnaître qu'elle se sentait prisonnière de ce corps façonné contre nature.

- Fersen, est ce que la Reine est au courant de ce subterfuge ?

- Non, j'ai jugé préférable de ne pas lui en faire part. J'avais peur que dans un moment d'égarement elle ne révèle la véritable raison de notre relation. D'ailleurs, à ce sujet, je pense plus approprié que vous m'appeliez par mon prénom, vous ne trouvez pas ?

- Oui bien sûr...Axel.

- Voilà qui est mieux.

Et ils continuèrent ainsi à converser de tout et de rien, faisant abstraction du reste du monde puis tard dans la soirée chacun rentra dans son foyer.

Pour chaque occasion Fersen faisait livrer une nouvelle robe plus belle encore que la précédente et qui devait coûter une véritable fortune, ce qui la gênait énormément étant donné les difficultés que traversaient la France actuellement. Oscar en avait fait part à Fersen qui lui assurer qu'il s'agissait en fait d'un prêt effectué grâce à l'une des amies de sa soeur Sophia. En tant que Colonel de la Garde Royale, elle n'avait jamais remarqué que les bals se succédaient à un rythme aussi effréné entre courbettes, révérences, baise-main et autres sourires polis... Tout cela faisait tourner la tête à Oscar, elle commençait à se prendre au jeu et cela ne lui ressemblait pas. De même, plus elle passait du temps auprès de Fersen, plus son amour pour lui grandissait. Qu'allait-elle devenir quand tout ceci serait terminé ? car à un moment ou un autre Fersen reviendra vers la Reine, elle en était convaincue, il ne pouvait en être autrement. Elle décida donc de profiter des instants présents sans penser aux répercussions possibles à la fin de cette aventure, persuadée que tout redeviendrait comme avant ...l'héritier des Jarjayes, condamné à vivre une vie solitaire par la faute de l'ambition démesuré et aveuglante de son père. Fersen, lui, guettait à chaque fois sa venue, appréciant de plus en plus les longues conversations qu'il échangeait avec elle sur la politique, la musique, le monde au général, ce qui le changeait énormément de celles avec la Reine qui se bornait à parler des derniers commérages et de ses derniers achats en bijoux et autres accessoires.

Deux semaines s'étaient écoulés déjà, Oscar devait encore une fois se préparer pour rejoindre Fersen pour un nouveau bal. André, las des sorties nocturnes d'Oscar et triste de sa conduite, s'était résolu à rejoindre les gardes françaises; il ne voulait pas non plus qu'elle découvre qu'il était en train de perdre la vue et qu'elle est ainsi pitié de lui. Aussi, ce soir là, essoufflée d'avoir tant dansé avec Fersen, elle se réfugia dans le petit jardin attenant au château pour prendre un peu l'air. Elle admirait les roses qui en bordaient l'allée, se rappelant les paroles de Fersen: " une rose exquise ...à la rosée du matin". Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas remarqué qu'un homme à la voix très grave s'adressait à elle:

- Madame, que diriez-vous de retourner au château et de m'accorder une danse ?

Cette voix n'était pas celle de Fersen, et piquée au vif par celui qui interrompait son moment de liberté, elle leva les yeux vers lui et fût surprise de voir le Duc de Germain qui la fixait:

- Madame ?

Oscar se leva et lui fit non de la tête avec une révérence qui lui coûta beaucoup tant elle détestait cet homme qui était responsable de la mort de ce petit garçon il y a quelque temps alors qu'il avait tenté de le détrousser.

- Puis-je savoir le motif de votre refus ?

- Monsieur, il se trouve que j'ai déjà beaucoup dansé et je souhaiterais me reposer.

Lui dit-elle en essayant de déguiser sa voix.

Le Duc de Germain lui empoigna alors fermement le bras et lui refit une nouvelle fois sa demande en insistant lourdement. C'est le moment que choisit Fersen pour réapparaître.

- Si vous le permettez votre grâce cette jeune personne vous déjà répondu.

- Je voulais juste en être sûr. Lui dit -il se retournant.

- Votre grâce, il me semble pourtant que sa réponse était assez claire. Sur ce, je ne vous retiens pas. Lui affirma-t-il tout en lui jetant un regard sombre plein de colère, une main à son épée, prêt à le défier en duel.

Le Duc de Germain ayant vu son geste, jugea préférable de ne pas insister ne voulant pas provoquer d'incident diplomatique même si cela lui démangeait de remettre à sa place celui qu'il considérait comme l'amant de la Reine.

- Ce n'est que partie remise je suppose Mademoiselle. Répondit-il avec le même regard tout en la relâchant

Après que le Duc de Germain se soit retiré, Fersen inquiet, s'adressa à Oscar.

- Oscar, vous allez bien ? vous êtes toute pâle.

- Axel, je dois vous avouer que je ne suis jamais sentie aussi impuissante habillée ainsi. Si j'avais revêtu mon uniforme, j'aurais pu me défendre et rien de tout cela ne serait jamais arrivé. Lui dit-elle, furieuse de s'être laissée piéger par son apparence tout en sachant de quoi était capable le Duc.

- Oscar, je comprend votre désarroi et je m'en veux de vous avoir laissé seule ne fut ce qu'un court instant. Lui affirma-t-il lui prenant les deux mains, un voile de tristesse dans les yeux.

- Axel, j'aimerais rentrer, veuillez m'excuser. Lui répondit-elle en lui retirant ses mains.

- Oscar, si vous le permettez, je vous raccompagne à votre demeure.

- Non, ce n'est pas la peine.

- J'insiste Oscar car tout ce qui arrivé est de ma faute, j'aurais du vous protéger.

- Comme vous le voudrez Axel.

Elle posa sa main sur celle de Fersen et repartirent vers la salle de bal, un murmure se faisant entendre derrière eux à l'instant où ils franchirent le seuil de la pièce, mais ils n'y firent pas attention et continuèrent leur chemin.

Une fois sortis et parvenus au carosse, Fersen attacha son cheval à l'arrière, préférant monter pour s'installer à côté d'elle.

La voyant frissonnée, il passa son bras autour de ses frêles épaules et pris ses mains dans les siennes pour les réchauffer. Oscar fût troublée par ce geste mais ne dit rien, puis à mi-chemin elle s'endormit, confiante et rassurée.

Quand ils arrivèrent à la propriété des Jarjayes, Fersen caressa la joue d'Oscar en espérant la réveiller, ce qu'elle fit quelques minutes après. Ils se toisèrent du regard et avant qu'Oscar ne puisse réagir, Fersen se pencha vers elle, déposant sur ses lèvres un baiser tendre et délicat à la fois. Elle referma les yeux, savourant cet instant qu'elle avait maintes fois vécu en rêve. Ce fût à ce moment là qu'André, à l'affût de leur retour, ouvrit la porte du carrosse; telle ne fût pas sa surprise de voir ainsi Oscar, son Oscar enlacée dans les bras de Fersen, ses lèvres soudées aux siennes.

Ne sachant comment réagir, il choisit de refermer la porte, honteux de les avoir trouvés réunis d'une façon aussi intimes.

A SUIVRE ...