Chapitre 5: CRUEL DILEMME
Fersen était abasourdi, il avait réagi sous une impulsion: il avait tant désiré durant toute la soirée de goûter ses lèvres qui lui paraissaient si douces.
Que lui est-il arrivé ? Pourquoi avait-il agi ainsi ? Il aimait la Reine, il en était convaincu mais ce qu'il avait ressenti pour Oscar au moment où il avait posé sa bouche sur la sienne était complètement différent.
Il ne pouvait détâcher ses yeux de la jeune femme, perdu dans l'immensité de son regard. Non, il ne devait pas être hypocrite et reconnaitre que de l'avoir embrassé l'avait troublé beaucoup plus qu'il ne voulait bien l'admettre.
- Oscar, pardonnez mon geste, je ne sais pas ce qu'il m'a prit.
Oscar, quand à elle, était restée muette, incapable d'émettre un son, totalement surprise par ce que venait de faire Fersen. Il l'avait embrassé elle ! Elle, qui s'était toujours évertuée à ne jamais rien laisser paraitre de sa feminité, avait échoué lamentablement.
Elle baissa les yeux ne sachant comment réagir ni répondre...Elle devait fuir cet homme qui avait réussi à mettre tous ces sens en éveil. Elle devait se fuir elle-même...
- Oscar ...dites quelque chose ?
Sans lui laisser le temps de la retenir, elle se dégagea de son étreinte et sans un regard derrière elle, elle sortit du carrosse, affolée par toutes les émotions qu'elle ressentait en cet instant et partit se réfugier dans sa chambre seul refuge capable de calmer les tumultes de son coeur.
André furieux d'avoir assister à cette scène, jeta un regard sévère à Fersen.
- Monsieur, à quel jeu jouez-vous ? Vous connaissez les sentiments qu'elle éprouve pour vous. Cessez cette mascarade tant qu'il est encore temps, je vous en conjure.
- André, crois le ou non, je n'avais rien prémédité et je n'ai jamais voulu la blesser.
Lui dit-il en sortant du carrosse et reprenant sa monture.
- Je sais, monsieur de Fersen que vos intentions ont toujours été louables mais vous savez aussi bien que moi qu'elle s'est toujours servi de son uniforme comme d'une armure contre le monde extérieur, la protégeant de ce qui fait d'elle une femme. Sans cette armure, elle se sent désemparée et démeunie, et elle n'a jamais été préparé à cela. Ce que vous avez fait ce soir lui a rappelé la fragilité de sa condition de femme.
- Je le sais André, et je m'en veux terriblement d'être l'auteur de ce cruel dilemme. La nuit porte conseil, j'aviserais demain de ce que je vais faire.
- Bien, si vous le permettez, je vais aller voir Oscar. Bonne nuit monsieur de Fersen.
- Bonne nuit André.
André rentra à la maison des Jarjayes et se précipita devant la chambre d'Oscar et frappa à sa porte soucieux de l'état dans lequel elle devait se trouver.
- Oscar, c'est moi André. Est-ce que je peux entrer ? lui demanda-t-il en entrebaîllant la porte.
- Laisse-moi, je suis fatiguée. Je n'ai rien à te dire.
- Tu en sûre. Oscar, je m'inquiète pour toi tu sais.
- S'il te plait André.
Lui répondit-elle en lui tournant la tête.
- Bien Oscar, comme tu veux. Si tu as besoin de moi, tu sais où me trouver. Bonne nuit Oscar.
Elle resta là, allongée sur son lit, encore toute habillée, les évènements de la soirée se bousculant dans sa tête; elle passa une nouvelle fois sa langue sur ses lèvres, désireuse de savourer une nouvelle fois les douces sensations que lui avait procurer le baiser de Fersen...elle s'était senti frémir sous cette caresse intime et elle s'en voulait de sa réaction. Il l'avait embrassé, mais pourquoi ? voulait-il se moquer d'elle ? ou alors il pensait tellement à la Reine qu'il l'avait confondu avec elle ? Non ce n'était pas possible ...
Toutes ces questions qui restaient sans réponses l'empêchèrent de s'endormir et ce ne fût que tard dans la nuit qu'elle réussit enfin à trouver le sommeil.
André ne la voyant pas le lendemain matin pour le petit déjeuner comme à son habitude, alla la trouver dans sa chambre. N'obtenant pas de réponse au coup donné à sa porte, il l'ouvrit. Il la découvrit endormie, toujours vêtue de sa robe de bal, magnifique malgré ses yeux rougis par les pleurs.
Elle était si belle, si frêle ...quel homme ne serait pas tenter de vouloir la protéger et de la faire sienne à jamais.
Il s'approcha du lit:
- Oscar, réveilles-toi s'i te plait. Il fait jour et la Reine va s'inquièter de ne pas te voir à ton poste.
Oscar ouvrit les yeux, surprise de voir André dans sa chambre.
- Que fais-tu ici ? Ne sais-tu pas que cela est inconvenant d'entrer dans la chambre d'une dame sans y être inviter.
Lui affirma-t-elle en se redressant.
- Non seulement tu t'habilles comme elle, mais en plus tu te comportes également comme elle maintenant !
- Sottises ! s'exclama-t-elle en se redressant d'un bond hors du lit. Je suis toujours Oscar de Jarjayes, Colonnel de la Garde Royale ! Ne l'oublies pas !
- Moi je le sais, mais toi, il semble que tu l'ai oublié hier soir !
- Mesures tes paroles, dois-je te rappeler à qui tu parles ?
- Non, jee te parle en tant qu'ami Oscar, je ne veux pas te voir souffrir. Veux-tu au moins que nous en parlions ?
- C'est inutile. Mais si tu veux te rendre utile, demandes s'il te plait à grand-mère de venir m'aider à me dévêtir. Mais au fait, j'allais oublié...
- Oui Oscar...
- Pourquoi es-tu ici, je te croyais chez les gardes françaises ?
- Girodelle m'a donné une permission car je me fais du soucis pour toi. Apparemment, je n'avais pas tort.
- Je n'ai pas besoin de toi, je me suis égarée hier soir mais cela ne se reproduira plus !
- Tu as enfin décidé d'arrêter cette farce ?
- Non, mais dorénavant je mettrais plus de distance avec Axel et je lui en ferais part.
André se fît intérieurement la remarque qu'elle avait appellé Fersen par son prénom, ce qui ne présageait rien de bon.
- Comment vas-tu t'y prendre Oscar ?
- Cette conversation a assez duré André et je dois me préparer. Je te rejoins tout à l'heure.
- Je vais demander à Grand-mère de venir.
- Merci André.
- Je t'en prie. A tout à l'heure alors.
André sortit, refermant la porte derrière lui. La tournure que prenait cette aventure ne lui plaisait pas guère, et connaissant depuis de longues années Oscar, il savait que cela ne servait à rien de tergiverser avec elle. De part son statut hiérarchique et sa naissance, il se devait de se plier à ses volontés, que cela lui plaise ou non.
Mais il ne la laisserait pas se perdre ainsi, pas de cette façon, elle était sa meilleur amie quoiqu'elle en dise.
Grand-mère arriva un instant plus tard, à la vue du spectacle quand à la tenue qu'elle portait, Oscar n'eue pas besoin de lui expliquer ce qui avait du arriver la veille. Grand-mère était trise pour elle, car elle avait toujours su en son fort intérieur quand dévoilant sa véritable nature de femme, Oscar dévoilerait aussi son coeur et personne ne l'avait préparé à tant à cela. Elle choisit de ne rien dire, lui laissant le loisir de se confier à elle.
Quand elle eu finit de dégrafer son corset et qu'Oscar se tourna vers elle, elle vit que ses yeux s'étaient embués. Dans un geste de réconfort, elle l'entoura de ses bras, Oscar résista un instant, mais sa nouvelle condition de femme prenant le dessus, elle s'effrondra. Au bout d'un moment, laissant libre cours à ses sanglots, puis au bout d'un moment elle se ressaisit, et après une profonde inspiration et déclara:
- Excuses moi Grand mère, je me suis laissée submerger par mes émotions. Lui dit-elle tout en sèchant ses larmes qui ruisselaient le long de ses joues.
- Non, Oscar, tu n'as pas à t'excuser, il est tout à fait normal de se laisser aller de temps en temps.
- Pas moi, je n'en ai pas le droit, c'est indigne d'un Jarjayes. Donnes-moi mon uniforme s'il te plait grand-mère, mon devoir m'attend.
- Es-tu bien sûr d' être en état d'aller à la cour ?
- Je n'ai pas le choix de toute façon.
D'ailleurs personne ne m'a jamais laissé le choix, se dit-elle intérieurement, son esprit toujours préoccupé par les évènements de la veille.
Après avoir remis son uniforme, elle descendit au salon où elle prit son déjeuner dans un silence religieux puis elle demanda à André de préparer son cheval et ensuite elle se mit en route pour Versailles.
Tout le long du chemin, elle ne ressassa son attitude passée et celle qu'elle devra tenir dorénavant devant Fersen et la Reine.
Une fois arrivée au château, elle fut surprise d'apprendre que la Reine l'attendait dans son boudoir pour un entretien privé. Peu habituée à ce genre de proximité avec la Reine sans la présence d'un tiers, elle se demanda si celle-ci n'avait pas découvert son substerfuge avec Fersen et c'est avec une crainte qu'elle dissimula difficilement qu'elle pénétra dans la pièce.
- Bonjour Colonel Oscar.
- Bonjour votre majesté. On m'a dit que vous désiriez me voir, de quoi s'agit-il ?
- Colonel Oscar, il y a un sujet dont j'aimerais m'entretenir avec vous.
- Je vous écoute votre majesté.
- C'est à propos de votre cousine Isabelle je crois. Quels sont ses relations avec le Comte de Fersen ? Voyez vous, le Comte et moi-même, nous nous voyons de moins en moins depuis qu'il la fréquente lors des bals. Je sais que je ne devrais pas vous demander cela, et que je devrais être heureuse pour lui, au moins pendant ce temps, personne ne s'attarde sur mes liens avec lui ...mais, je vis une véritable torture depuis des semaines. Répondez-moi s'il vous plait Oscar.
Oscar était comme paralysée par le chagrin qui accaparait la Reine. Jamais elle ne s'était imaginé avoir ce genre de conversation avec elle. Que devait-elle lui répondre ? Est-ce son rôle d'avouer la supercherie ?
- Votre majesté, ma cousine et monsieur de Fersen sont très amis rien de plus.
C'est cela des amis, rien de plus, elle devait s'en persuader sinon elle courait à sa perte.
Fersen quand à lui était resté éveillé toute la nuit, cherchant sans relaches les motifs de sa conduite à cette soirée. Il devait trouver un moyen de s'excuser auprès d'elle car il ne voulait pas perdre son amitié et ni prendre le risque d'anéantir tous les efforts qu'ils avaient mis pour déjouer les rumeurs qui couraient sur lui et la Reine ...la Reine, comme elle lui paraissait insipide et glaciale comparé à Oscar. Il repensa à la délicieuse sensation qu'il avait ressentit en la tenant dans ses bras, cet extraordinaire rayonnement émanant de tout son être tel le feu de la passion auquel il avait été près à succomber.
A suivre ...
