Pairing : Le Rat x Aster
Rating : K+, et franchement je pense que ça changera pas.
Note de l'auteure : Je sais, je sais, j'accuse un retard incommensurable. Deux ans, quoi. Je suis vraiment désolée pour ceux(ou plutôt celles, j'imagine)qui attendaient la suite(surtout avec la fin du chapitre précédent...)Pour expliquer un peu ce retard, j'ai dû tourner mes deux films pour le bac avec toute la préparation que ça implique(le prochain que j'entends dire que les L bossent pas je lui balance une hache)et ensuite, des concours à préparer pour différentes écoles. Je me suis remise sérieusement à l'écriture de ce chapitre après avoir eu les résultats...C'est-à-dire, il y a quelques semaines.
Pour me faire pardonner, j'ai essayé de faire un chapitre bien construit, du moins, j'ai fait de mon mieux j'imagine...Il est plus long que le premier chapitre, mais un peu plus court que le second. J'espère de tout cœur ne pas vous décevoir .'
Parce que, oui, j'ai beaucoup hésité. Pour être honnête je savais dès le départ quelle fin je voulais à peu près donner – parce que c'est ce que je préfère écrire – mais je n'avais aucune idée concernant la trame du chapitre, j'ai beaucoup changé, écrit et effacé...Et avant d'arriver au résultat final, j'ai eu un dilemme sur comment commencer le chapitre, puisque le premier paragraphe décidait de l'ordre des actions par la suite...En bref ! Je sais que l'agencement de ce chapitre va vous paraître un peu...Bizarre, par rapport à ce que j'avais commencé, mais vous comprendrez assez rapidement mon choix je pense ^^ Donc pour la construction, tout ce qui est structure, en fait vous comprendrez à la fin...Alors n'abandonnez pas parce que ça vous semble bizarre ^^'
Réponses aux reviews :
Comet : Eh bien, pour tout t'avouer, j'y ai pensé xD Mais bon, je me suis dit qu'Aster ne ferait pas ça et puis, de toute façon, qui pourrait le supporter ? Un démon sous un masque d'ange, c'est invivable j'imagine xD
Bon et puis, en plus de l'improbabilité de la chose de mon point de vue, j'ai lu une fic anglaise il y a un moment, où c'est ce qu'il s'était passé...Même si quand j'ai eu l'idée je ne l'avais pas lue, cette fic, ça aurait été du plagiat x) [Ouais, j'ai lu pas mal des fics No.6 du coin XD]
Je suis ravie que mon texte te fasse cette impression, ça me donne confiance pour la suite. Merci donc ^^
J'espère que ce qui suit te plaira autant :)
Sovay : Déjà, merci, ça fait toujours plaisir de voir son travail apprécié ^^
A proprement parler, je m'inspire plus des livres jusqu'au cinquième tome, après forcément j'ai dû passer à l'anime. Je ne sais pas si je réécrirai quelque chose sur No.6 que je destinerai à , mais si je le fais ce ne sera pas avant longtemps : je veux lire les autres tomes ! (je les lis en anglais, sur internet)
Voici donc la fin...Je pense qu'elle est assez différente des attentes qu'on pouvait en avoir, mais après ce n'est pas moi qui peux vraiment en juger.
Mallowee : Muwahaha, je force encore et toujours ton cerveau à s'allumer et je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin. Promis, la prochaine fois je te fais le combo tête bizarre + torture à la philo. Tu voudras peut-être que je t'explique l'allégorie des pierres pensantes cette fois ? =D *sourire sadique*
Par contre, je t'en supplie. Je bouffe déjà assez de jeux de mots pourris tous les jours avec Jacqueline, alors s'il te plaît n'en rajoute pas T.T
/!\ Le site m'a fait un gros délire que je viens de remarquer, à savoir la mise en page...J'ai fait l'erreur de ne pas vérifier. Voilà, c'est réparé, je suis désolée .
-Le Rat.
Il le regarde. Il le reconnaît. Combien de temps s'est écoulé depuis leur séparation ? Il n'ose même pas compter. Autant de temps qu'il n'a plus conscience de lui-même en tant qu'individu, et qu'il n'est plus qu'attente. Autant de temps qu'il lui aura fallu pour trouver sa réponse, et agir enfin. C'est ça. Agir. C'est pour le voir qu'il a laissé sa fierté de côté, et a surpassé le dégoût que lui inspire la ville. Car l'espoir qu'il place en Aster se tient bien au-dessus de tout cela. Les oreilles sifflantes, il amorce un pas dans la direction du jeune homme. Son cœur hésite pourtant entre la hâte et l'appréhension. Il connaît le caractère d'Aster, et sait que les chances sont grandes pour qu'il l'accueille à bras ouverts. Et c'est justement pour cette raison que tout ça l'effraie un peu. Son absence a duré tellement longtemps que personne ne devrait en être capable. Pas même le jeune homme face à lui. Et d'ailleurs, il sent bien qu'il y a quelque chose de brisé en lui.
Il déglutit avec difficulté, lutte pour le regarder dans les yeux. Ouvre la bouche, mais la referme finalement. Que pourrait-il dire, de toute façon ?
OoO
Quelque chose de doux et de tiède. Une présence rassurante. Une présence ? Le Rat sort de sa torpeur pour finalement se rendre compte qu'Aster est juste à côté de lui. Un sourire lui échappe presque malgré lui. A croire que l'inconfort de Bloc Ouest est devenu une tradition entre eux. Pourquoi dormir à deux dans un lit une place autrement ?
Le Rat dégage une mèche du visage d'Aster, qui remue dans son sommeil au contact. Tentant de ne pas le réveiller, l'acteur se lève discrètement. Il sait qu'il est encore tôt, et il avait senti son ami fatigué lors de leurs retrouvailles. Pour la première fois depuis si longtemps, il a l'occasion de partager un repas avec lui. Autant en profiter pour s'en charger lui-même.
OoO
-Tu sais la première chose qu'elle m'ait dite lorsque je l'ai retrouvée ?
Le Rat leva les yeux vers son interlocuteur, signe qu'il l'écoutait. Il comprenait instinctivement qu'il parlait de sa mère. Ironique, les premières paroles que prononçait Aster depuis leurs retrouvailles la veille, concernaient elles-mêmes des premières paroles.
-Elle m'a demandé pardon. (1)
Cette phrase provoqua un air interrogateur dans les yeux gris du jeune homme. De quoi Karan s'excusait-elle ?
Aster sourit :
-Je n'ai pas compris tout de suite...
Il planta ses yeux dans ceux du rat.
-D'avoir été incapable de faire quoi que ce soit. Pour moi, pour Safu...
Le Rat se tut. Il savait qu'il n'y avait rien à répondre. Il se rendait compte qu'Aster endurait, en plus de ses souffrances personnelles, celles de sa mère. Il y avait sa culpabilité et celle de la femme qu'il n'avait quittée que le temps de son séjour à Bloc Ouest. Et en plus de tout ça, il y avait les responsabilités qui lui incombaient désormais.
Il ne lui prit pas la main, ne lui caressa pas la joue ni n'ébouriffa son abondante chevelure. Être là suffisait sans doute. Ou plutôt, Aster n'avait pas besoin d'une quelconque réponse. Pas de sa part en tout cas. Cette hypothèse blessa le Rat dans son orgueil. On lui avait envoyé un ange, des années auparavant, et maintenant qu'il le retrouvait, l'impression de le perdre lui serrait le cœur. C'était une émotion confuse qui lui comprimait les poumons, mais qui pour autant ne laissait rien transparaître. Le Rat détourna les yeux. Comme au moment de leurs retrouvailles, assumer le regard d'Aster lui était difficile. Ou étaient-ce ses décisions qu'il n'acceptait pas ?
OoO
Comme souvent, Aster souriait. Mais pas pour les mêmes raisons que d'habitude. Cette fois, il s'agissait plutôt d'un rictus, pour commencer. Oui, Aster était en colère. Et le Rat aurait préféré être n'importe où qu'en sa présence à ce moment précis. Il n'était jamais parvenu à oublier les quelques accès de colère du jeune homme auxquels il avait assisté. Ça l'effrayait un peu. Son incapacité à passer outre ces événements si rares, mais aussi par ce que cette incapacité impliquait. La raison profonde qui gravait ces souvenirs dans sa mémoire. Il craignait de la connaître. Plus que la rage destructrice d'Aster, ce qu'il conservait de ces moments, c'était ce qu'il avait ressenti en voyant ce spectacle si atypique. De la peur, oui. Plus que de la peur même, une angoisse sourde. Comme toujours, les actes ne l'effrayaient pas tant que ce qu'ils impliquaient. Ici encore, ce n'était pas la violence passagère d'Aster qu'il craignait, mais le désir insatiable de destruction qui l'accompagnait.
Oui, Aster lui faisait peur. Ce clown que personne ne craignait. Et lui, le Rat, dérogerait à la règle ? A la réflexion, il se dit que rien ni personne d'autre ne suscitait de telles émotions en lui, sans doute parce que l'ambivalence d'Aster restait sans égale.
-Je viens avec toi.
Le sens de cette phrase lui échappait. Prononcée avec force, elle faisait plutôt office d'ordre. Couplée avec cette colère si caractéristique d'Aster, elle prenait une envergure effrayante. Pour cette raison, le Rat essayait réellement de comprendre ce qu'elle impliquait. Mais l'initiatrice de l'ire de son ami ne parvenait pas à se faire jour dans son esprit. L'incompréhension devait se lire dans son regard, car des yeux rouges le fusillèrent :
-Ton voyage.
L'incrédulité du Rat ne fit qu'augmenter. De quel voyage parlait-il ? Certes, il n'était pas resté oisif avant de rejoindre No.6, et s'était de ce fait beaucoup déplacé, mais il n'avait pas spécialement prévu de repartir. Aussi resta-t-il interdit, alors qu'Aster tournait les talons dans un geste vif et qui se voulait impétueux.
Il partit pourtant. Un matin, sans trop savoir pourquoi, il avait mécaniquement rassemblé quelques affaires et avait pris la route, sans même laisser un mot à l'égard de son compagnon. Lui-même ne comprenait pas ses agissements. Il se rendait pourtant compte qu'emmener Aster n'était pas une option, et que ce dernier avait devancé sa décision de plusieurs semaines. C'était une sensation assez étrange, comme si sa liberté d'action lui avait été tronquée. Une pensée lui traversa l'esprit, rapprochant ce sentiment de l'emprise qu'avait joué sur Dorian Gray le petit livre jaune. Etrange, lui sembla-t-il, ce rapprochement qui s'était effectué comme un automatisme. Il n'avait retrouvé aucun de ses livres, mais sa connaissance elle, ne s'était pas évanouie comme ceux-ci, détruits par une force visant pourtant les vivants.
La fatalité de son départ lui apparut pleinement, alors qu'il en était là de ses réflexions. No.6 restait No.6, malgré Aster. Une ville décimant tout ce qu'elle pouvait, annihilant la pensée en premier lieu. La vie qui résistait juste après.
Oui, son départ était inévitable. Il partait se ressourcer, pour être en mesure de revenir auprès d'Aster. Et ainsi voir l'espoir refleurir doucement. Oui, vraiment, tout était pour le mieux.
OoO
Ses certitudes s'évanouissent lorsqu'Aster baisse les yeux et secoue lentement sa tête en signe de dénégation.
Une brûlure. C'est ce que provoque cette réaction chez le Rat. L'air lui manque, il croit étouffer. Il ne comprend pas ce qu'il se passe, la situation peine à s'inscrire dans son esprit. Pourquoi le demi-sourire d'Aster lui avait-il semblé si mélancolique, solitaire, déçu presque ? Il ne comprend pas, mais son cœur le brûle. Et bientôt, ses poumons et ses yeux subissent le même sort.
-Pardonne-moi...
La voix n'est qu'un murmure. Mais ce souffle aussi faible que la respiration d'un mourant achève les défenses du Rat. Une perle cristalline s'échappe et roule lentement sur sa joue, sans qu'il parvienne à l'arrêter ou à la masquer. Il ne saisit pas le sens exact de cette demande, mais, pourtant, il sent ce qu'elle a de cruel et le laisse abattu. Il ferme les yeux.
OoO
Même Karan est étrange depuis son récent retour. Son air réticent et quelque peu triste ne lui a pas échappé. Alors qu'elle était auparavant si heureuse de trouver en lui de l'aide pour la boulangerie. Le Rat commence à se demander sérieusement quels changements ont été opérés durant son absence. Cette résignation qu'il lit chez Karan n'est pas propre à elle seule, il ignore si c'est une illusion de son esprit mais il lui semble bien que la ville entière est entrée dans une sorte de deuil. Alors qu'à son départ, elle était en plein essor ? C'est improbable. Il ne n'est pas absenté si longtemps.
Aster lui, n'a pas changé. Un simulacre de rancœur de sa part a rythmé les premières heures de son retour, mais le Rat sait comment effacer, du moins en surface, la détresse de son ami.
Ou plutôt, si. Aster a changé. Il parle beaucoup moins. Mais il avait déjà effectué cette constatation lors de sa précédente visite. S'il avait d'abord cru à une maturation de l'esprit de son compagnon, ce silence commence à l'inquiéter. Il avait vaguement espéré que le temps arrangerait les choses et que, le travail relatif à la reconstruction de la ville – ou plutôt, des reconstructions, No.6 n'ayant pas besoin d'une renaissance seulement unilatérale – s'allégeant, Aster serait de ce fait plus enclin à recouvrir l'insouciance qui était sienne.
Il commence à évoquer la possibilité de sa culpabilité dans ce changement. Il a conscience d'avoir abandonné Aster au moment où il avait le plus besoin de lui. Lui a-t-il vraiment pardonné ? Lui en veut-il toujours ? Ou se sent-il coupable de ne pouvoir lui pardonner ? Cette dernière hypothèse lui arrache un faible sourire. C'est improbable, et pourtant elle ne veut disparaître de son esprit.
Sans doute No.6 est loin d'être devenue le havre de paix qu'espérait le jeune garçon. La criminalité est en fait plus élevée qu'avant la chute du mur – mais la répression étant moins forte en ces temps de passation de pouvoir, ce n'est rien d'anormal – bien que le nouveau gouvernement ait mis l'axe sur l'éducation tous azimuts du peuple.
Le Rat est sorti de ses pensées par l'arrivée d'un Aster souriant. Voir ce sourire sur ses lèvres réchauffe le cœur du Rat, une éternité semble avoir passé depuis la dernière fois qu'il a pu s'offrir cette vision.
-Je croyais que ton voyage t'avait fatigué ?
Le Rat fit mine de s'affaler sur le comptoir, pour accorder son comportement avec ce qu'il aurait dû être. Son geste tira un soupir à Aster. Ce n'était même plus une habitude, c'en était devenu un réflexe. Ils se connaissaient par cœur. Etonnant d'ailleurs que la lassitude qui accompagne généralement le savoir ne les aie pas encore touchés. Peut-être n'était-ce qu'une questions de temps, mais le Rat comptait bien profiter de ce répit qui lui avait été accordé.
-Si c'est ce que vous désirez, je vous laisse la place, votre majesté ; sourit l'acteur de son air dramaturgique.
C'était devenu un jeu entre eux. Reproduire toutes les habitudes qu'ils avaient contractées à Bloc Ouest. Un jeu d'abord inconscient, presque logique. Un peu comme leur relation d'ailleurs. C'est donc aussi par une sorte de rituel que le Rat se prit à déclamer :
-« I am but mad north-north-west: when the wind is southerly I know a hawk from a handsaw »
Dès sa phrase achevée, Aster répondit de but en blanc :
-ça ne prend pas avec moi... Je sais bien que tu n'es pas fou, et j'ai cru remarquer ta capacité à reconnaître tes ennemis.
L'acteur arbora une moue satisfaite. Si Aster n'avait pas continué la citation, il lui avait néanmoins montré que, non seulement il la connaissait, mais qu'en plus il l'avait comprise. Un progrès dont il ne lui avait que rarement fait part. Et la moue sarcastique avec. De mieux en mieux.
L'ancienne élite se rapprocha de l'acteur, qui se raidit. Il connaissait cette situation. Il l'avait déjà vécue, longtemps auparavant. Une pression exercée sur sa nuque. Des mots susurrés. Mais cette fois, son incompréhension demeurait totale. Il avait modifié son attitude aussi, et les circonstances différaient totalement. La présence d'Aster était éblouissante, souvent, étouffante, quelquefois. Comme maintenant.
Le Rat resta longtemps sans mot dire après le départ de son ami. C'était comme si tout lui échappait à certains moments. Confus, il décida de quitter la boutique un moment. Il ne subsistait que peu d'invendus, et il se sentait le besoin de parler à Karan pour savoir ce qu'il arrivait à Aster.
OoO
Un instinct prend le Rat alors qu'il erre simplement dans la ville en quête d'une quelconque occupation. Aster est avec lui, mais ils ne parlent pas. Ça lui semble étrange mais cette situation persiste depuis un moment déjà. Il essaye de s'y habituer mais quelque chose ne colle pas, et tout lui devient pesant.
Une angoisse lui serre la gorge. Presque mécaniquement, il prend la direction d'un lieu qu'il n'a jamais visité, qu'il pensait ne jamais fréquenter. Ce trajet lui apparaît comme nécessaire en cet instant qui lui nie toute pensée. D'une lente marche, il passe à une course effrénée, ralentie pourtant par des arrêts arbitraires provoqués par la lutte engagée entre son désir de savoir et la peur que lui inspire cette potentielle vérité. Sa pensée annihilée par ce désaccord reste dans son état confus et ne lui est d'aucune aide.
Mais sans doute l'incertitude dans laquelle il se trouve lui est plus insupportable encore que la réalité qu'il s'apprête à découvrir. Il continue sa route, malgré sa course hésitante.
Une grille.
Sa détermination inconsciente vacille.
Le portail est mal entretenu. Un fait qui n'étonne pas le Rat. No.6 est loin d'avoir recouvert son éclat d'avant la chute du mur et il y a des dépenses plus importantes à faire que celle-ci.
Il se moleste intérieurement, sa fuite est ridicule. Il est trop tard pour reculer. Le grincement du portail le fait sursauter, comme en écho à son âme tressaillante.
L'air hagard, il erre d'un pas lourd dans des allées encombrées. Une odeur nauséabonde émane de ces lieux. Pourtant, un détail attire son attention.
Une fleur. Ou plutôt, une montagne de fleur.
Le Rat titube. Il succombe à son souffle rauque et s'effondre devant le parterre fleuri. Les yeux et la gorge brûlante, à genoux, il tend une main tremblante dans la direction de la construction, si frêle. Si réductrice.
Il en effleure la pierre, découvre une inscription derrière le manteau d'asters.
Une présence fugitive le frôle. Il sent qu'on l'enlace.
-Pardonne-moi...
Le Rat ne répond pas à la voix familière. Il se contente de clore ses yeux, et les imagine ainsi à jamais.
Il sent un souffle effleurer ses lèvres, une brise lui caresser la joue.
-Je t'aime.
Alors que l'ombre d'Aster s'estompe définitivement, le Rat laisse finalement couler ses larmes. Les perles cristallines coulent sans interruption sur ses joues, et il ne se refuse pas cette faiblesse, parce qu'il sait que c'est la dernière.
Extérioriser sa douleur le calme un tant soit peu. Il sait qu'il se relèvera – mais combien de temps ? Combien de temps avant ce retour à la vie, combien de temps avant une nouvelle chute, il en a bien une vague idée. Il sent quelque chose de brisé en lui.
Cette agonie qu'il vit une seconde fois. C'est sans doute trop pour un seul homme.
Surtout pour lui.
Surtout dans cette situation.
Son cœur balbutiant le sait. N'avoir pas été à ses côtés pour sa véritable fin le blesse tout autant que l'aspect définitif de sa perte.
Il ressent une sorte de mélancolie alors qu'il reste là, avec un cœur meurtri et un corps chancelant d'avoir subi trop d'épreuves.
Cette fois encore, il perd toute notion du temps. Cette fois pourtant, aucun espoir ne viendra le libérer.
La nuit est déjà tombée quand il entend des bruits de pas venir à sa rencontre. Il entend son nom, il sent qu'on le soulève.
Il se laisse faire.
Cette présence est douce, et lui rappelle un peu celle d'Aster. Il peut bien rêver encore quelques instants.
OoO
Le Rat se lève de bonne heure. Il est resté amorphe trop longtemps. Il n'a pas d'autre choix que de reprendre son errance.
Karan se tient à côté de la porte. Elle ne dit rien mais il connaît son regard douloureux. Il sait qu'elle pleure le même que lui. C'est sans doute la raison qui l'a empêché de partir avant. Même dans le silence, il était bon d'avoir quelqu'un avec qui partager les souvenirs d'un être aimé.
Il la salue d'un signe de tête. Il sait aussi qu'il la blesse en partant, car sa présence représentait aussi beaucoup pour elle. Encore aujourd'hui, elle lui est reconnaissante pour le soin qu'il a pris de son fils.
Mais son départ signifie aussi que la dernière preuve vivante de ce fils tant aimé la quitte. Elle craint que sa mémoire s'altère dans l'absence.
Elle s'inquiète aussi. Elle sait que cet homme qui part va seul. Cet homme qui s'asphyxie de plus en plus chaque jour. Cet homme qui ne vit plus que physiquement et n'est que douleur et culpabilité. Elle sait qu'il ne cherche pas l'espoir mais la mort en se forçant ainsi. Elle sait aussi que malgré sa détresse, il n'ira pas au-devant de sa fin pour rejoindre Aster au plus vite. Ce qu'elle ignore, c'est son propre sentiment face à cette certitude. Elle ne parvient pas à se décider sur le sujet. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose, au final ?
Le Rat passe la porte aussi silencieusement que d'ordinaire. Il entame une marche solitaire et sans retour. Au fond de lui, il espère disparaître avant de se sentir obligé de revenir auprès de son compagnon. Comme toujours, il fuit cette ville maudite. Mais cette fois, il n'abandonne pas de réconfort dans ce geste.
Il est seul, comme il l'a été la majeure partie de sa vie. Mais cette fois, peu importe combien il veut changer ce fait, il est impuissant. Son esprit n'est plus peuplé que des révélations de Karan. Cette maladie qui a emporté Aster.
Ni la joie, ni le malheur ne peupleront plus ses jours désormais. Coquille vide bercée par des vents contraires, le Rat suit une route invisible tracée par d'autres avant lui. Une blessure béante qu'il ne parvient pas à fermer résume ses actions, décide pour lui. Il sent pourtant qu'il doit vivre.
Après tout, il a déjà perdu une fois. Rien ne l'empêche plus d'errer sans autre but que celui de renouer avec sa condition. Quantité négligeable. Lui, mais Aster aussi.
Il ignore si son errance doit venir à un terme un jour. Mais il est certain de se coucher près de son compagnon au terme de son existence.
Il sourit à cette idée.
-Attends-moi, Aster...
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(1)Dans le tome 5 si je ne m'abuse, Karan se promet de demander pardon à Aster quand elle le retrouvera. Me souviens plus du contexte exact, mais il me semble que c'est après avoir reçu sa dernière petite missive.
Et voili voilou, vous comprenez pourquoi c'était incohérent tout du long maintenant ? Théoriquement, il y avait beaucoup d'allusions, je vous ai pas fait tomber ce dénouement dessus comme ça hein. Vous pouvez relire le chapitre si vous en avez le courage, et si vous trouvez pas un seul indice je suis prête à...Je sais pas mais je verrai bien. Sinon je suis pas spécialiste des hallucinations, mais je sais que les souvenirs sont de toute façon altérés par le temps. En gros, le Aster que voit le Rat est tout simplement fait selon les souvenirs qu'il a de lui. Donc c'est logique que ce soit pas logique. *kof* Je m'explique. Les souvenirs altérés conduisent à une altération de la réalité dans ces souvenirs, donc si la fic semble comprendre des incohérences du côté du temps et surtout de l'enchaînement des scènes, c'est voulu et normal. Vous l'aurez remarqué, le chapitre se construit par ellipses, et il est parfois difficile de faire un lien entre deux passages.
Oui, c'est assez déprimant.
Tenez, bon j'ai décidé de ça avant de voir ce film mais si cette vision des choses vous intéresse, je vous conseille Solaris de Steven Soderbergh, un film que j'ai trouvé très intéressant pour un blockbuster ^^
Ensuite, vous me pardonnerez j'espère, j'ai écrit une partie de cette fic en écoutant Send me an Angel de Scorpions en boucle...Et je crois que ça se voit O_Ô Très belle chanson, porteuse d'espoir sur un rythme déprimant...C'est à peu près ce que je voulais faire ici. Même si, pour être honnête, je ne suis absolument pas satisfaite de ce que ça a donné. Mais comme je suis incapable(étant atteinte de flemmardise aiguë)de trouver concrètement le problème, eh bien, je vous laisse le sale boulot. Eventuellement, j'envisage d'écrire une fin alternative(je ne mettrai pas autant de temps, c'est pas possible)si vous pensez que c'est vraiment nécessaire. Je me demande du même coup si je devrais changer le genre de la fic, romance ne me semble plus suffire...
Pour me frapper ou me poignarder – ou quoi que ce soit qui y ressemble – prenez un ticket et faites la queue, c'est la première à droite(comment ça ce sont les commodités?). Chacun son tour et pas de bousculade !
