Ca fait maintenant deux jours que je cours, deux jours que je suis en loup, deux jours avant que je finisse enfin par m'arrêter.
Pas par fatigue, ni par désorientation. Simplement parce que je ne vois aucun sens à fuir. Je me demande même pourquoi je suis parti… Oui Léah m'a poussé à bout. Oui Sam m'impose ses choix. Oui Bella et Edward sont toujours ensembles. Mais tout ça fait partie de mon quotidien. Rien de neuf à l'horizon… Je me sens stupide. Je suis stupide.
Ca fait deux jours que je cours comme un dératé pour rien au final. Je ne sais même pas où je suis. Je sais juste que La Push m'appelle, je sens l'attraction de la meute. J'entends leurs appels aussi, leurs voix, et ça me fait me sentir chez moi.
En fait, peu importe où je me trouve, ça n'a pas d'importance. Ce qui importe, c'est que je retourne auprès de mes frères. Quil a raison, c'est tout ce qu'il me reste.
Je crois que je vais rentrer…
Et Sam, il n'a pas tord non plus, je dois aider. Je ne peux pas me permettre de perdre un frère par simple caprice. Je dois être présent, je suis une force majeure dans la meute. Sans me vanter, c'est un fait !
Non, il faut que je rentre. Quil a raison, je dois me reprendre en main. Et puis, Léah est une vipère, elle crache son venin à qui est à sa portée. Mais au fond, elle a tord. Tout n'est pas perdu ! Bella, ma Bella ne veut plus épouser son buveur de sang. Quelque chose s'est fragilisé entre eux. Et même si elle n'est venue me voir qu'une fois lors de ma convalescence, elle tient à moi, j'en mettrais ma main au feu… Non tout n'est pas perdu.
Je dois aider, je dois rentrer. J'y vais !
Et je fis demi-tour, courant encore plus vite que ces deux derniers jours, pour rejoindre les voix de mes frères fous de joie à l'idée de mon retour.
« Bella ? »
« A la cuisine papa ! »
J'entendis Charlie descendre lourdement les escaliers alors que je nettoyai notre vaisselle du midi. M'essuyant les mains, je me retournai vers la porte où apparu mon père.
« Je vais pêcher avec Billy, tu veux venir ? »
« Non, j'ai des devoirs à faire et… »
« Et Edward doit passer ? »
« Oui, il a promis de m'aider pour la dissertation de mardi »
« Et c'est tout ? Vous n'allez rien faire d'autre ?... », demanda-t-il timidement, la figure rougissante.
Je mis un moment avant de comprendre le sous-entendu qui fit virer mes pommettes à l'écarlate.
« Mais non ! Charlie, non ! Ce n'est absolument pas dans mes plans. On n'a pas besoin de parler de ça, ok ? En plus, je t'ai déjà dit qu'Edward est de la vieille école. Et puis… non ! »
« D'accord, d'accord. Je te fais confiance, tu es une fille responsable, Bella. »
Encore gênée du tournant que la conversation avait prise, je retournai à ma vaisselle et entrepris de frotter maladroitement une assiette.
« Tu es sûre de ne pas vouloir venir ? Je pourrais te déposer à La Push pour que tu passes du temps avec Jacob. Tu lui manques, tu sais. Vous vous entendiez si bien… »
Ca me fit mal d'entendre ces paroles. Pas parce que Jacob et moi étions fâchés, loin de là. Mais tout simplement parce qu'il me manquait aussi, à un tel point que je trouvais ça anormal, malsain, immoral… moi qui le considérait encore quelques semaines plus tôt comme un frère…
A cette pensée, mon cœur se mit à battre plus fort. Ca aussi c'est anormal…
« Non, papa. J'ai du travail. Et on s'entend toujours aussi bien, j'ai juste moins de temps pour aller le voir. Va pêcher, je vais bien. »
« D'accord, d'accord. Pas de bêtises avec Edward, j'irai lui botter les fesses s'il se comporte mal ! »
Je rigolai, Charlie ne portait pas Edward dans son cœur.
« Ne t'en fais pas, je suis une grande fille et je sais poser mes limites. On ne va faire que travailler une dissertation et peut être discuter un peu. Il sera parti bien avant que tu ne reviennes. »
« Tu ne comptes pas finir la journée chez les Cullen alors ? »
« Sauf en cas de force majeure, je reste à la maison. Content ? »
« Très, la pêche sera bonne aujourd'hui ! »
Et il partit avec un rire discret. Ca me fit sourire, Charlie ne rigolait pas souvent. Surtout depuis le retour d'Edward… Enfin soit.
Je terminai la vaisselle en pensant à ce dernier, et à Jacob aussi. Ca faisait un moment, un mois peut-être que je me sentais mal à l'aise en présence de l'un ou de l'autre. J'ai essayé d'arranger les choses, vraiment, mais ça a échoué…
Tout ça depuis ce fameux jour de la bataille contre les nouveau-nés, ce fameux jour où Jacob m'a une fois de plus déclaré son amour, ce fameux jour où j'ai laissé Jacob m'embrasser… pire, ce fameux jour où j'ai embrassé Jacob.
Il m'a fait miroiter un futur avec du bonheur, de la chaleur, des rires, … et des enfants…
Il m'a fait miroiter un futur que je crève d'envie d'obtenir, qui occupe mes rêves, qui ne me lâche plus.
Et quand il m'a laissée pour aller se battre, je suis retournée dans les bras de glace de mon petit ami, de mon fiancé, figé dans l'âge, sans aucune possibilité d'évolution…
Oui, Jacob me manque. Mais j'ai besoin d'éloignement pour faire le point. Ca me déchire de devoir choisir entre l'homme de ma vie et mon meilleur ami, mais c'est peut-être mieux ainsi. Par égard pour Edward et tout ce que nous avons vécu jusqu'à aujourd'hui, je me suis éloignée de Jacob. Je dois faire un effort pour me sentir bien dans les bras de mon petit ami, comme avant. Faire un effort pour sourire à ses paroles, comme avant. Faire un effort pour le serrer dans mes bras la nuit alors que j'ai froid, comme avant. Mais rien n'est comme avant. J'essaie simplement, j'essaie, je le jure !
DING DONG
Je regardai l'horloge de la cuisine : 13h00. Pile à l'heure, comme d'habitude.
J'essuyai mes mains sur l'essuie de cuisine avant de remettre mes cheveux en place pour ensuite aller ouvrir la porte.
Edward attendait, souriant, beau comme un dieu. Il se pencha légèrement et je l'embrassai, par habitude. Cependant, je ne me perdais plus dans la perfection de ses traits, ni même dans l'intensité de son regard. J'étais comme lassée. Et Dieu merci, il ne le remarquait pas. Du moins, je n'en avais pas l'impression.
« Tu as passé une bonne matinée ? », demanda Edward, comme à son habitude.
« Longue »
« La mienne aussi. »
Sans plus un mot, je montai dans ma chambre et entrepris de ranger les vêtements que j'avais repassés le matin même.
Edward s'assit sur le lit, me regardant faire et le silence s'installa jusqu'à ce que j'aie terminé.
« Tu ne dis rien… », lui murmurai-je.
« Tu sembles tendue. »
Touchée !
« Edward, dis-moi ce que tu sais. Quelque chose s'est passé ? Alice va bien ? »
« Tout le monde va bien. Alice a détecté une menace. Un vampire que nous ne connaissons pas approche de Forks. »
« Est-il… comme vous ? »
« Végétarien ? Je ne pense pas. »
Je le regardai droit dans les yeux, il paraissait soucieux. Je m'approchai et lui pris la main.
« Edward, quelque chose te tracasse… »
« Et bien… oui, en effet il y a quelque chose. »
« Autre que le vampire inconnu ? »
« Autre que le vampire inconnu ! »
« Et bien dis-moi. », proposai-je doucement.
« Je me demandais si… tu as bien réfléchi à propos du mariage. »
Tout mon corps se tendit suite au dernier mot de sa phrase. Je me refermais, les bras croisés sur la poitrine. Fermée à tout échange, sourde à ses paroles.
« Bella, j'ai la bague dans la poche. Tu n'as qu'un mot à dire et je te la repasse au doigt. Tout a été précipité ces derniers temps et je pense que tu as agi sous le coup de l'adrénaline, de la surprise ou même de la peur. Je sais que tu m'aimes et que je t'aime aussi. Ce mariage est important pour moi, et je suis prêt à laisser tomber ma condition. Si tu tiens à ce qu'on fasse l'amour avant le mariage, j'estime que nous sommes prêts. Bella, veux-tu m'épouser ? Je t'en prie. »
Mon attitude s'était inconsciemment changée. De l'écoute fermée, j'étais passée à la fermeture totale, à la limite de la répulsion. Comment Edward pouvait-il penser au mariage ? Comment pouvait-il remettre la condition sur le tapis ? Pas après ce qu'il s'est passé ! Mais où a-t-il été chercher tout ça.
Il n'a donc pas remarqué la distance que je lui impose et ma réserve quand il est là ?
Non, non je ne veux pas l'épouser. Non vraiment pas.
Quand il parle mariage, tout ce que je vois, ce sont ces enfants bruns qui s'enfuient dans la forêt sous le rire tonitruant de Jacob… Non, je ne peux pas, je ne peux plus.
Nous deux, c'était tellement…
Mais malgré tout, je tiens à Edward. Je l'aime. Mais il me faudra du temps, peut-être. Il n'a pas l'air de comprendre. Par respect pour lui, pour nous, pour tout ce qu'il a pu représenter dans le passé mais aussi pour ce qu'il est aujourd'hui, je ne peux décemment pas accepter de l'épouser. Alors que mon esprit pense à un autre, ce n'est pas possible. Je ne suis pas guérie de Jake, pas encore… Du temps, donnez moi du temps !
« Oh Edward… »
« J'ai compris, c'est non ! ».
Son visage se ferma et pendant un instant, je pus le voir si malheureux que j'en eus les larmes aux yeux. Mais il se cacha vite derrière une façade impacible.
« Laisse-moi t'expliquer… »
«Bella, il y a un mois, je pouvais comprendre que tu me rendes la bague. Avec ce qu'il s'est passé, les nouveau-nés, Jacob. C'était beaucoup pour toi. Mais maintenant ? On s'aime et je … je ne comprends pas. »
« C'est plus compliqué que ça Edward. Bien sûr que je t'aime. Mais un mois, tu ne te rends pas compte comme c'est court. J'ai encore l'impression que c'était hier. Et je ne sais pas, tout ça me fait un peu peur. Les Volturi, t'épouser, devenir vampire,… »
« Qu'est-ce qui te rebute le plus ? M'épouser ou devenir vampire ? »
« … »
« Bella ? »
« Devenir vampire je crois… »
« Tu crois ? Mais, ce n'est pas ce que tu as toujours voulu depuis que tu me connais ? »
« Si, mais je me rends compte de l'importance de ma famille et de mes amis. La vie est tellement courte. Je ne peux pas envisager de me séparer maintenant de Charlie et Renée. »
« Il n'y a que ça ? Tu es sûre ? »
La sonnerie de son portable sonna comme un soulagement pour moi, je ne me voyais pas répondre à cette question maintenant. Pas après tout ce qu'on a traversé. Pas quand il a l'air si malheureux. Je m'enfonce, je m'enfonce…
La conversation dura moins d'une minute.
« Bella, Alice voudrait nous parler. »
« On va à la villa ? »
« Tu veux rester ? »
« Je viens, je laisse une note à Charlie et on part. »
Papa, c'est un cas de force majeure !
Je suis chez les Cullen.
B.
Voilà les amis, le chapitre 3 est enfin en ligne. C'est un grand chapitre par rapport aux précédents mais je pense que j'aurais pu faire mieux^^.
J'espère que ça vous plaira même si ça manque clairement d'action pour le moment!
Je ne mets pas de titres à mes chapitres, je devrais peut-être. En tout cas, si celui-ci en avait un, ça serait :remise en question!
Bisous bisous
