2. The singing bird is not known if understood

Sa jolie montre en or, d'une marque bien connue, lui indiquait qu'il était passé dix neuf heures. L'heure de s'en aller où elle serait de nouveau en retard. Elle se devait de retourner dans son beau quartier qu'était l'Upper East Side, dans son bel appartement au dernier étage qui offrait une vue imprenable sur la ville. Le portier lui sourirait comme toujours en lui ouvrant la porte, il la saluerait chaleureusement en lui souhaitant une excellente soirée. Comme une dame bien élevée, elle lui rendrait son sourire, un sourire certes forcé mais qui paraitrait d'un tel naturel. C'était comme un automatisme.

En effet, Sansa s'entrainait souvent à sourire devant son grand miroir même quand ses yeux étaient brouillés de larmes et que son visage n'était plus qu'un monstrueux gâchis... Elle se devait d'être une jeune femme heureuse et épanouie, et cela en toute circonstance même quand au fond d'elle, elle n'avait qu'une seule envie, hurler au monde entier sa détresse.

Passer le portier était une tâche aisée tout comme prendre l'ascenseur jusqu'au dernier étage mais une fois arrivée devant la porte recouverte de fioritures qui portait le numéro 39b, le courage s'en allait, toujours. C'était le seuil de l'enfer ni plus ni moins. Le diable y était abrité. Ce n'était pas un diable caricaturé avec une grande fourche qui l'attendrait là, non, c'était plutôt un démon d'une autre espèce déguisé en bel ange.

Son «extraordinaire» fiancé serait comme d'habitude allongé sur leur canapé de couleur crème, un verre de bordeaux à la main. Il lui lancerait un regard suffisant et méprisant lui ordonnant de lui donner une explication claire et précise sur ce qui avait bien pu lui prendre autant de temps.

La jeune femme pourrait bien lui répondre qu'il y avait des bouchons sur la route, une longue file à la parfumerie, qu'elle s'était casé un des talons de ses escarpins, … Elle pourrait bien dire n'importe quoi, il ne la croirait de toute manière pas. Non, pour Joffrey Baratheon, son insolente fiancée l'aurait tout simplement fait exprès pour l'irriter et l'embêter.

S'il fallait reconnaître une qualité au jeune «prince», c'est qu'il était plutôt doué pour inventer de nouvelles punitions, il aimait expérimenter mais il avait également ses préférées, des infaillibles à tous les coups. Mais étant joueur, il attendrait, patiemment, qu'elle s'excuse. Ce n'est pas comme si la jeune femme n'avait pas l'habitude de le faire. Elle passait beaucoup de temps depuis ces dernières années à s'excuser, elle ne savait d'ailleurs pas toujours le pourquoi mais l'habitude était là, encore. Donc, d'une voix brisée, tentant de mettre le plus de conviction possible, elle lui demanderait pardon.

S'il était convaincu, par jour de chance, elle n'aurait qu'une réprimande ou une gifle mais si c'était le cas contraire, tout était permis. Main, poing, pied, objet contondant, n'importe quoi pourrait effleurer son corps. Une fois qu'elle n'en pourrait plus et qu'elle le supplierait d'arrêter, ses coups de poings se transformeraient en douces caresses, sa langue les joindrait pansant les blessures infligées. Elle en aurait la nausée mais serrant ses dents, elle encaisserait.

Voilà ce qui l'attendait ce soir comme tous les autres soirs. Les journées et les nuits se répétaient inlassablement

Un jour peut-être…

Après avoir vidé sa seconde choppe, Sandor savait qu'il était tant pour lui de lever l'ancre pour rejoindre son petit trois pièces de Brooklyn. La journée avait été des plus pénibles, il méritait de se relaxer devant une abrutie de «série b» avant de s'endormir comme une masse sur son canapé bon marché. Il s'endormait souvent après la cinquième bouteille de bière et la moitié de son paquet de cigarettes light fumé.

Un billet de vingt dollars posé sur la table, sa veste de costume jetée négligemment sur son épaule, il se dirigeait d'un pas assuré mais lourd vers la sortie quand quelque chose ou plutôt quelqu'un le percuta de plein fouet. Il n'avait été qu'à peine secoué tandis que son «assaillant» avait perdu légèrement l'équilibre se rattrapant tant bien que mal à une chaise.

Un faible «Je vous demande pardon Monsieur» lui parvint aux oreilles. Baissant les yeux, il reconnut la jeune femme aux cheveux de feu. Celle-ci se figea quelques secondes avant de se mordiller discrètement la lèvre inférieure. Ce mordillement n'était pas passé inaperçu aux yeux du grand homme, il l'avait vu tellement de fois depuis que cette beauté du diable était rentrée dans le cercle très fermé de «Baratheon Compagny».

Il se rappelait encore le premier jour où il l'avait vue. Il l'avait trouvée directement jolie mais totalement inintéressante, le genre de personne qu'il tentait d'éviter comme la peste. Cette catégorie de gens dont la beauté est bien souvent égale à la stupidité ou à la méchanceté. Il avait eu cependant tord, son flaire l'avait trompé et cela ne lui arrivait pas souvent.

La jeune femme avait toujours été polie et courtoise envers Sandor même quand celui-ci se moquait ouvertement d'elle. Il lui lançait bien souvent de vulgaires boutades dont il était le seul à en rire. Ce n'était pas vraiment méchant de son point de vue, c'était juste que cela lui faisait du bien. La jolie petite chose ne le remettait jamais à sa place, elle lui souriait et tournait les talons. Elle devait simplement avoir peur du monstre qu'il était. Oui, cela devait être ça…

Il est vrai qu'au début Sansa le trouvait terriblement effrayant et n'osait le regarder dans les yeux en lui parlant. Ce n'était pas tant sa moitié de visage déchirée qui lui donnait des frissons, non, c'était plutôt ses yeux noirs, son regard impénétrable et perçant. Comme si un seul de ses regards pouvait la transpercer mille fois mais, aujourd'hui, elle n'était plus vraiment apeurée. L'expérience lui avait apprit que la laideur pouvait bien se cacher derrière des visages parfaits, de même que la beauté d'âme pouvait être dissimulée…

Il avait été bon pour elle ou du moins gentil, une ou deux fois par le passé. L'avait-elle d'ailleurs déjà remercié?

La première fois, sa maladresse oblige, de grosses boîtes à archives en mains qui lui cachaient la vue, elle avait trébuché du haut de ses dix centimètres de talons en sortant de l'ascenseur. Les boîtes avaient volées dans tous les sens et un bras fort l'avait agrippée avant que son visage ne touche le sol. Elle ne put s'empêcher de lâcher un cri, on aurait pu croire que celui-ci était dû à la peur mais c'était à la douleur. Sandor reconnaissait se genre de gémissement entre mille, il en entendait tellement souvent quand il avait pour mission d'intimider quelques gros poissons en leur brisant un poignet ou un autre membre à sa convenance.

Il savait que sa poigne avait été certes ferme mais pas de quoi lui faire du mal. Il l'avait regardée sévèrement avant de jurer: «Maudit enfer! Jeune fille êtes-vous faite de sucre?».

Elle avait blêmit se confondant en excuses tout en frictionnant doucement son bras meurtri. Il fut curieux. Ni d'un, ni de deux, il attrapait de nouveau son petit bras, le plus délicatement possible mais ne lui laissant pas l'opportunité de le retirer. Remontant la manche de son chemisier, le satin blanc avait laissé place à des traces de doigts violacées. Pour une fois dans sa vie, il se tut et l'aida à ramasser les quelques feuilles échappées des boites avant de lui tourner le dos et de vaquer à ses occupations. Elle le remerciait mentalement de n'avoir fait aucun commentaire, elle n'aurait pas su quoi répondre à un énième sarcasme.

De toute façon, Sandor Clegane s'en fichait bien de Sansa Stark et de ce qui pouvait lui arriver avec son prince charmant ou qui que ce soit. Pourtant, il se souviendrait toujours de ses prunelles bleu azur ce jour là, son regard était empreint de gêne et de peur comme si elle avait été attrapée entrain de faire quelque chose d'irrépréhensible. Il ne fallait tenter de le prendre pour un imbécile, elle ne s'était pas infligé ses odieuses marques toute seule.

La seconde fois, le garde du corps avait été directement spectateur de la violence de son patron. C'était pour une broutille, une putain de robe.

La jeune femme devait accompagner Joffrey à un gala de charité pour une association quelconque, la soirée était organisée par les Tyrell. C'était une famille ayant des parts et actions un peu partout dans la ville, c'était tout ce que Sansa connaissait d'eux et cela lui suffisait. Elle n'était pas friande des galas, il y avait beaucoup trop de monde, trop de regards posés sur elle, des chuchotements ici et là qui racontaient à quel point elle avait de la chance de laissé bientôt tomber son nom pour celui de Baratheon.

Il avait été convenu qu'elle devait porter une longue robe rouge écarlate choisie par sa future belle-mère. La couleur devait soit disant la mettre en valeur et montrer sa beauté. La robe était certes jolie mais elle ne correspondait en rien à ses goûts, il y avait trop de froufrous. C'est pour cela qu'après l'avoir essayée et observée sous toutes les coutures, elle avait décidé de ne pas la porter. Une véritable folie en soit. Imaginez une jeune personne de vingt-cinq ans qui choisit, elle-même, ce qu'elle veut enfiler…

Elle essayait tant bien que mal de dompter sa chevelure quand son promis s'étant lassé de tambouriner à la porte et de beugler comme un animal décidait de lui laisser dix minutes et pas une de plus pour le rejoindre en bas dans leur hall.

Cinq minutes plus tard, elle avait soupiré de soulagement en jetant un coup d'œil à sa montre, elle avait été rapide. Ils passeraient peut-être une bonne soirée après tout…

Erreur. Quand il aperçut sa compagne sortir de l'ascendeur légèrement moulée dans une robe d'un vert émeraude qui soit disant passant mettait le beau roux de ses cheveux en valeurs, il explosa.

Elle était pourtant magnifique. Même aux yeux du grand homme qui l'observait du coin de l'œil, appuyé près de la porte de service. Il l'aurait volontiers comparée à une de ces starlettes sur la croisette.

Ne s'attardant pas plus qu'il ne le fallait, le regard impassible de Sandor s'était posé sur son patron qui virait au rouge tomate. Il fut surpris par les braillements, typique d'un nouveau né, qu'il poussait.

Il avait du mal entendre… Tout cela pour un bout de tissu? Il ne comprendrait jamais ces riches, une vraie bande d'imbéciles.

Alors qu'il pensait que c'était encore un caprice de merde de Joffrey et qu'après cinq minutes, il finirait par l'affermé pour le bien de ses propres oreilles, il vu le garçon assener une gifle monumentale à sa douce avant de se retourner vers lui et de lui hurler de le suivre.

Sansa n'avait pas pu empêcher quelques larmes de couler sur ses joues. Elle avait été humiliée encore une fois et ce devant un des employés de son amant. Elle s'attendait à ce que l'homme défiguré pouffe de rire se moquant d'elle ou qu'il la regarde avec un certain dégoût mais il n'en fit rien.

Il s'était simplement approché d'elle en lui tendant un mouchoir, il lui fit remarquer qu'elle saignait légèrement de la lèvre et qu'elle n'aurait pas l'air convenable sur les photos si elle ne s'arrangeait pas un peu dans la voiture. Il demanderait au chauffeur de prendre le chemin le plus long pour qu'elle ait le temps de rattraper le fiasco de son visage. Puis, il s'en était allé rejoindre son patron qui trépignait déjà sur le siège arrière de la grosse berline.

Sandor rêvait, depuis ce jour là, de foutre son poing dans la figure de son patron et de lui montrer comme c'était aisé de s'attaquer à plus faible que soit.

Un jour peut-être…

- «Ce n'est rien, inutile de vous excuser. Ce n'est pas comme si vous aviez une chance de me faire mal» répondit l'homme d'un ton plus bourru qu'il ne l'aurait voulu.

La jeune femme lui sourit timidement et le regarda droit dans les yeux. Ils restèrent un bon moment à se fixer en silence. Il n'y avait rien à dire après tout. C'était simplement deux personnes qui étaient venues boire un verre, séparément, après le boulot et qui s'étaient accidentellement cogné, rien de plus. Ce n'est pas comme s'ils étaient amis ou une autre connerie dans le genre.

- «Je ferai bien d'y aller» lâcha subitement Sansa.

- «Oui, moi aussi. Vous feriez bien de vous dépêcher avant de rater le diner» répliqua l'homme.

Après un bref signe de la tête, ils se séparèrent sur le pas de la porte. L'un s'en alla sur la gauche et l'autre sur la droite.

La jeune femme marchait d'un bon pas et malgré le col de son manteau bien relevé sur sa nuque, elle avait terriblement froid. On était en automne, la saison qu'elle détestait le plus, le mauvais temps se faisait ressentir. Les paysages étaient tristes à mourir et transpiraient une certaine mélancolie. Pour ne guère faciliter sa soirée, la pluie s'annonçait accompagnée de coups de tonnerre. Elle devait réellement être maudite par quelqu'un là haut.

Alors qu'elle tentait en vint d'accélérer le pas malgré ses chaussures inadaptées à la marche, un grand 4x4 dont la fenêtre était ouverte s'arrêta à sa hauteur.

- «Je doute que Monsieur Baratheon soit heureux de voir un petit oiseau tout mouillé tremper son beau planché. Montez, je vais vous ramener»

Sansa resta interdite quelques secondes, des gouttes de pluies parsemant son doux visage. Pourquoi voudrait-il la ramener? Allait-il monter avec elle et dire à Joffrey qu'il l'avait trouvée entrain de rêvasser dans un café à la place de s'affairer à lui préparer un repas après une journée de dur labeur…

- «Ça vous évitera des problèmes » dit-il simplement, l'impatience trahissant sa voix.