4. The wolf and the hound
La jeune femme à la chevelure de feu commençait doucement à émerger de ses «plumes», elle dû faire un effort surhumain pour ouvrir un œil et puis l'autre, il lui fallait s'accommoder à la lumière du jour qui pénétrait la pièce. Combien de temps avait-elle bien pu dormir? Pourquoi diable les tentures n'étaient-elles pas fermées? Et surtout pourquoi ne reconnaissait-elle pas sa chambre? La pièce était petite et piètrement aménagée. Il n'y avait là, qu'un lit démesuré, qui pouvait facilement accueillir en son sein un géant, une vieille table de chevet qui paraissait bancale, une minuscule penderie et une chaise. Aucune décoration n'ornait les quatre murs autour d'elle et le tapis qui avait dû être jadis blanc tirait sur un crème douteux.
Un mal de tête transperça, oui c'était le mot adéquat, le crâne de Sansa et elle mis un soin tout particulier à déménager sa tête entre ses deux mains. Celle-ci était devenue brusquement pesante, lourde des souvenirs de la veille. Elle tenta d'empoigner un chandail, abandonné négligemment sur l'unique chaise de la chambre, ses gestes se voulaient aussi rapides que possible malgré son mal de tête et ses membres engourdis. Son portable tomba de sa poche et fut amorti par la rustique moquette, elle l'attrapa et examina l'écran. Une vingtaine d'appels manqués. Un rappel qu'elle n'avait pas rêvé.
Elle marmonna une malédiction, elle était dans de beaux draps…
Les fêtes de fin d'années incarnèrent un seul et unique mot: désastre. Le seul point positif, s'il en eut un, était sa famille, incomplète, qui s'était déplacée. Même si leur mentir et feindre le bonheur avait été un véritable crève-cœur.
La veille:
Il aurait été ridicule de croire que sa «splendeur» Robert Baratheon, premier du nom, se serait contenté d'un simple repas en famille pour les fêtes. Il n'aspirait qu'à l'abondance dans tous les domaines, c'était un trait de sa personnalité plus que prononcé. Des douzaines de bouteilles de vin furent remontées avec précaution des caves familiales, toutes exportées directement des plus grands domaines d'Europe. Il était inutile de préciser que ce n'était pas du pinot à deux sous, le liquide âpre valait des milliers de dollars et il vous faisait tourner la tête en quelques lampées. Pour les amateurs de bulles, des dizaines de bouteilles de champagne, les plus grands magnums, furent ouvertes. D'autres liqueurs, plus fortes et coûteuses les unes que les autres s'ajoutèrent à la jolie liste. Il y avait de quoi se prendre une cuite monumentale. Ne parlons pas de la nourriture, celle-ci était tout aussi riche. Du foie gras, du canard, des tourtes à la dinde, des gâteaux aux mille saveurs, du sorbet, il y en avait pour tous les goûts et couleurs.
Du côté des invités, il devait y avoir au moins une bonne moitié de la ville, tout le gratin new-yorkais avait répondu présent. Sansa n'en vu qu'un quart que sa tête en tournait déjà, elle n'osait imaginer ses pauvres parents parmi tous ces inconnus.
Ses parents, où étaient-ils d'ailleurs? Elle n'eut pas le temps de les chercher du regard que Joeffrey la trainait déjà d'un bout à l'autre de la grande salle prévue aux galas. Il ne prit même pas la peine de la présenter aux invités de son père qui lui étaient inconnus. Elle se devait juste d'être présente et sourire. Une jolie petite poupée de porcelaine souriante qui cachait sa misère sous une robe à dix milles dollars et des bijoux éclatent. Une jolie petite poupée qui ne devait que hocher la tête et rire aux blagues grasses des invités. Une pauvre idiote en soit.
Sa délivrance vint en la personne de Margaery Tyrrel qui était plus que ravissante dans sa robe de soie, d'un bleu nuit et au décolleté ravageur. C'était à la limite de l'indécence mais qui s'en souciais après tout? Surement pas les hommes, surement pas Baratheon Junior. Il n'avait suffit que d'un seul, un seul tout petit coup d'œil à la déesse grecque pour que son fiancé en oublie sa présence. Merci et au revoir.
Un «bonjour» par ici et un «comment allez-vous?» par là et elle parvint enfin à sa destination, les cuisines. Personne ne la chercherait par ici, elle en était persuadée. Les cuisiniers étaient tous afférés aux fourneaux et aucun ne prit soin de la remarquer. Une personne, cependant, légèrement en retrait, l'avait repérée. Rien qu'à l'entende de sa voix rauque, les petits cheveux de sa nuque se redressèrent vivement. «Le petit oiseau se cacherait-il des vilains chasseurs ?» lui avait-il demandé en s'approchant d'elle d'un pas nonchalant. Que devait-elle dire ? Feindre l'incompréhension ? Non ça ne marcherait pas avec lui et elle passerait encore plus pour une stupide gourde. Lui dire que cela ne le regardait pas? Non, c'était idiot, il aurait vite fait de lui rabattre le caquet. Elle avait déjà du revêtir le peu de courage qui lui restait pour venir à cette satanée fête et elle ne se sentait vraiment pas l'âme à une confrontation.
- «Ne profitez-vous pas de la fête?» demanda-t-elle d'une voix à peine audible.
- «C'est comme ça qu'appellent les riches une assemblée de crétins gras et vaniteux?»
- «Touché…» répondit-elle une faible ombre de sourire sur ses lèvres peintes de rouge.
Sandor Clegane s'était vu offrir par le propriétaire des lieux l'opportunité de profiter de la fête «Après tout, c'est Noël, même pour vous Clegane! Buvons et festoyons!» lui avait-il hurlé aux oreilles. Il ne fallut pas une éternité au grand homme pour faire son choix, boire un verre parmi les riches était mieux que de se geler les miches dans la voiture. Et puis, boire était devenu, une de ses activités favorites et si c'était gratuit, que réclamer de plus? Malgré sa mauvaise humeur due à Noël et le soit disant bonheur que ça apporte, il s'était laissé aller à faire un rapide tour de la salle et à manger quelques petits fours. Oui, il n'y avait pas à dire, c'était vraiment meilleur que sa dinde sèche habituelle. Un sourire s'était même invité une fraction de seconde, sur ses lèvres à la vue du grand embarras qu'éprouvait leur hôtesse, Cersei.
En effet, son charmant époux était déjà ivre et chantait à tue-tête «Mon beau sapin», une main égarée mais ferme sur les fesses d'une petite femme rondelette qui ne cessait de glousser comme une dinde. Une future scène de ménage en perspective.
Après un bref tour, les rires joyeux des convives et leur hypocrisie eurent vite fait de lui taper sur les nerfs. Il leur préféra, de ce fait, une bonne bouteille de whisky chapardée et un tour aux cuisines. Il en était déjà à son troisième verre quand il aperçût la jolie jeune femme se faufiler telle une petite souris.
Ils étaient restés quelques minutes dans le silence à se regarder, le regard du garde du corps était lourd et tranchant comme à l'accoutumé et il remarqua, bien sûr, rapidement le malaise de la jeune femme qui ne put se résoudre qu'à baisser les yeux, vaincue. Il en avait eu presque pitié. Avait-elle toujours été cette petite chose fragile et peureuse?
Il lui fallut une énième gorgée de son breuvage pour se décider à engager la conversation. Qu'est-ce qu'il avait bien pu lui raconter pour la faire rire aux éclats dix minutes plus tard, il ne s'en rappelait même plus.
Quoi qu'il en soit, il en était presque arrivé à se détendre et à apprécier le moment en compagnie de la jeune femme quand des éclats de voix provenant de l'extérieur se firent entendre. Malgré la musique d'à côté et l'ambiance qui battait son plein, il put entendre nettement deux voix. Se déplaçant rapidement à la fenêtre, il entrouvrit le store pour comprendre ce qui pouvait bien se passer dans les jardins, la demoiselle Stark sur ses talons.
C'était un couple, où en tout cas, une femme et un homme. Les deux avaient l'air en rage.
- «Non, non, non, non» haleta Sansa appuyée sur le large dos de l'homme.
- «Vous arrivez à voir leurs visages?» demanda l'homme en plissant légèrement les yeux pour mieux distinguer les traits des deux protagonistes.
Les larmes commençaient à monter aux yeux de la rouquine et elle resserra sa prise sur la chemise du Hound.
- «Bordel!» fut le seul mot qu'il dit en quittant la pièce en trombe.
Sandor, l'avait toujours dit dans sa jeunesse: «Pour qu'une fête soit réussie, rien de telle qu'une bonne petite bagarre à l'ancienne». Mais là, cette soirée risquait bien de rester dans les annales. Les deux «combattants» n'étaient autres que son tendre et chéri de patron et la petite Stark, celle qu'il avait prise pour un garçon, un peu plus tôt ce jour-là.
- «Arya que fais-tu? Je t'en prie arrête!» lui hurlait sa sœur dont la panique était palpable. Elle n'aurait jamais dû accepter qu'ils viennent, elle aurait dû trouver un prétexte, n'importe quoi mais là, il était trop tard. Il n'y avait pas de Jon pour calmer la dispute, pas cette fois.
- « Cette petite…raclure... Sansa…attraper bibliothèque … tromper… baiser… avec cette… » tenta tant bien que mal d'articuler la petite brune entre deux baffes.
Oui, ils en étaient arrivés aux mains quand l'homme imposant et la petite tourterelle arrivèrent à leur hauteur. La petite louve avait le dessus, quelques années d'entrainement dans l'armée, l'avait transformée en une véritable petite guerrière. C'était un beau spectacle, mieux qu'au cinéma. Joeffrey beuglait de toutes ses tripes entre deux coups de poings. Il devait sans doute avoir le nez fracturé et son œil droit n'était plus qu'un amas de chair violacé et gonflé. Merde. En tant que garde du corps personnel, Sandor se devait d'intervenir sur le champ même si le spectacle avait pour lui, une saveur des plus exquise. Pour une fois que ce petit con démoniaque et perfide se faisait remettre à sa place et battre, par une fille, de surcroit. Que c'était jouissif. Merde, merde, merde.
L'homme empoigna d'un geste sec la petite Stark, elle était aussi légère qu'une plume, il lui aurait été facile de la broyer dans ses deux grosses mains mais il répugnait à toucher une femme. Bien sûr, une ou deux gifles s'étaient déjà égarées par le passé mais c'était une autre histoire. Si la gamine avait bel et bien cassé le nez de Joeffrey, elle pourrait devenir secrètement son héroïne. Il la rejeta donc avec la moitié de sa force habituelle dans un buisson.
Sandor n'eut même pas le temps d'écouter les supplications de Sansa pour sa soeur que le petit fauve était revenu à la charge malgré son physique maigrichon, elle en avait dans le ventre. Elle lui avait sauté littéralement dessus, les poings et les griffes aux rendez-vous, elle n'épargnait rien.
- «Clegane, débarrassez-nous pour de bon de cette salope!» vociféra Joeffrey qui s'était remis sur ses pieds, non sans difficultés.
- «Non, je vous en prie! Arya, arrête-toi!» Sansa avait du mal à discerner les deux silhouettes qui se battaient, ses yeux étaient tellement gonflés et inondés de larmes.
- «Putain de merde, tu vas me lâcher… » maudit le garde du corps en jetant, cette fois, violemment la jeune femme au sol et en lui assenant une fulgurante claque qui lui fit tourner la tête.
- «Achevez-là Clegane, c'est un ordre!»
- «Qu'il essaye pour voir, je vais le crever avant» hurla Arya qui tentait vaille qui vaille de reprendre ses esprits et une position de combat.
L'ainée des Stark ne cessait de pleurer, elle était incapable de bouger. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien faire pour arrêter ce massacre, ce foutu gâchis. Elle priait tous les dieux pour que cela s'arrête. Arya avait fait une énorme erreur de s'en prendre à Joeffrey même si c'était pour défendre son honneur, elle allait en payer les pots cassés.
- «Arrête de pleurer, espèce d'idiote! Aussi salope que sa sœur hein?» hurla Joeffrey à l'égard de la jeune femme tout en lui empoignant une touffe de cheveux.
Bloquant d'une main puissante Arya Stark, qui s'apprêtait à secourir sa sœur et évitant de justesse son coup de genou dans ses parties intimes, le Hound cracha à terre de dégoût et, d'une voix forte et sans appel, informa son patron qu'il avait tout intérêt à relâcher immédiatement la fille Stark.
A ses propres mots, il marmonna une malédiction, il était dans de beaux draps….
- «Me donnez-vous un ordre Clegane?» cria le petit merdeux, non sans relâcher sa prise. C'était terriblement plus difficile de faire face à un homme de deux mètres de haut et qui avait déjà tué qu'à une petite froussarde qu'il prenait pour une salope.
Le garde du corps dû prendre sur lui pour ne pas étrangler sur le champ cette petite raclure. Il débarrasserait enfin le monde d'un fléau. Peut-être, même que le Président des États-Unis lui remettrait un prix, pour grand service au pays, qui sait.
- «Votre seigneurie devrait rentrer à l'intérieur et se rendre présentable. Un paquet de petits pois du congélateur devrait faire l'affaire pour dégonfler votre œil quant à votre nez, trouvez n'importe quelle excuse. Dans tous les cas, votre père, n'acceptera pas que vous vous soyez fait maitriser par une petite fille. Et, ce n'est ni dans votre intérêt, ni dans celui de la fille Tyrell que cette affaire, je veux dire, toute cette affaire soit ébruitée. Nous en resterons là. Bonsoir».
Non sans vociférer des menaces vides, Joeffrey obtempéra, il n'était ni assez fou, ni suffisamment courageux, pour se frotter à son bouclier, ex bouclier? Quand l'abomination fut hors de sa vue, Sandor, se retourna vers le petit démon, qui devait avoir encore de sa peau sous les ongles, et lui promit que si elle osait encore une fois lui sauter dessus, il lui casserait les deux jambes. Le dit démon acquiesça avec une répugnance non dissimulée.
- «Mademoiselle Stark, prenez dix minutes pour reprendre vos esprits et puis rejoignez-nous à l'intérieur. Il va falloir leur montrer, le petit oiseau que vous êtes et piaffer vos belles chansons, du moins encore pour ce soir.»
C'est ainsi que Sansa Stark, future épouse de Joeffrey Baratheon se retrouva le lendemain matin dans une chambre qui lui était totalement inconnue. Mais ce n'était plus à ses yeux, comme à son réveil, une pièce délabrée et pauvrement meublée mais un refuge.
