-Je sais ! Tu fais Sherlock Holmes et moi Watson !
-… Pardon ?
-Mais oui ! Comme ça tu peux faire des grandes tirades ! Ça colle, non … ?

L'Homme à la Cravate le regardait avec étonnement. Est ce que cette phrase voulait bien dire que le Petit aimait ses discours ? Mais … Il ne les trouvait pas trop pompeux ? Comment...
La fausseté et la solitude que lui imposait sa condition de politicien lui semblèrent bien plus pesantes d'un seul coup. Il n'avait pas le droit de toucher au Geek. Trop de pureté, trop d'innocence. Il ne fallait pas qu'il le fasse grandir comme ça, qu'il le lance dans le monde cruel des adultes comme ça. Il ne fallait pas qu'il reste près de l'enfant.

Et pourtant... Et pourtant il était déjà trop tard, il ne pouvait plus se passer de lui, de sa rafraichissante candeur. Le monde semblait moins laid avec lui. Ses mensonges, ses faux discours, les coups de couteaux dans son dos, tout semblait moins grave quand ils étaient ensembles. Au fil du temps le Petit avait commencé à lui parler de plus en plus, à lui faire confiance. Il était devenu son confident, alors que jamais il n'avait osé lui dévoiler quoi que ce soit de ses activités. Mais le gamin respectait son silence. Il le respectait tant et si bien que jamais une seule question n'avait franchi la tendre barrière de ses lèvres rosées. Ah si ! Une fois, quelques mois plus tôt. Et ce n'avait pas été une réelle question, plutôt une incitation à la parole.

Il était rentré une fois de plus lessivé de ces meetings incessants. Mais cette fois là la fatigue n'était pas la seule à l'accabler. L'un de ses plus vieux camarades, celui avec qui il avait fondé le parti, venait de le renier, de renier tous leurs travaux communs. Il s'était réfugié dans sa chambre aussitôt la porte ouverte sans prêter attention à Mathieu et aux autres attablés dans la cuisine. Le Geek avait toqué à sa porte quelques minutes plus tard, une assiette à la main. En entrant, sa seule parole avait été " Tu dois avoir faim. Tiens, c'est pour toi. " et il n'avait pas bougé de la chambre avant l'aube, restant avec lui dans la pénombre. Il avait simplement ajouté, vers une ou deux heures du matin qu'il était là si " tu a besoin ".

-... Ça va ? Tu ne dis plus rien …
-Tout va pour le mieux. Donc, quel tome devrions-nous parodier mon cher ?
-Le chien des Basketteurs !
-De Baskervilles tu veux dire non ?
-C'est pareil de toute façon !
-Ah non ! Une séance de relecture s'impose !

Et tout en lançant une bagarre de chatouille, l'Homme à la Cravate se dis que peut-être ils pourraient rester ainsi, à rire et se chamailler sans vergogne. Et surtout sans obligation de parole.

Croulant sous les chatouilles, le Geek sourit malicieusement. Le politicien le croyait toujours aussi innocent. Ce n'était bien sur pas entièrement faux, mais il avait bien vu que son alter-ego n'allait pas très bien. Et puisque lui signifier sa présence ne suffisait pas, il lui changerait les idées. Et ce, jusqu'au moment où il serait près à se confier.

Et peut-être que ce jour là d'autres sentiments écloront. Seul le temps le leur dira.

Oh comme il avait bien fait de proposer une séance de parodie !