Chapitre 1

Bellamy me plaqua contre le mur, sa main droite était posé sur ma cuisse, je sentais son souffle saccadé sur ma peau. Je m'efforçais de ne pas le regarder, je focalisais toute mon énergie à essayer de repérer où se trouvaient les hommes à notre poursuite. On avait dû traversé pas moins de la moitié de l'hôtel, lui en caleçon, moi en nuisette. Ce n'était pas des plus pratique, et je n'étais pas pour le moins du monde à l'aise. Comment pourrais-je l'être ? On venait d'être repérer, toute la mission était compromise. Sans que je ne puisse vraiment me contrôler, je grogne:

-Fais chier !

Bellamy posa presque instantanément son autre main sur ma bouche. La situation ne faisait qu'empirer, c'est de leur faute aussi, pourquoi avoir décider de faire cette stupide collaboration inter-agence ! C'était plus facile pour moi de travailler avec Wick, je le connaissais depuis longtemps, je lui faisais confiance et plus important on avait l'habitude l'un de l'autre. Je connais rien des méthodes de Bellamy, je lui fait encore moins confiance, en somme c'était la catastrophe assurée. Pourtant je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui nous a trahit, tout se déroulait comme ça devait l'être, Bellamy et moi nous appelions Monsieur et Madame Gardener, nous étions jeune marié et fêtions notre lune de miel dans ce fabuleux hôtels. Nous n'avions même pas commencé à repérer les lieux que nous voilà démasqué, je ne comprends pas comme c'est possible ! Je suis sûr qu'il a fait quelque chose de travers, c'est forcément lui. Je retire violemment sa main de ma bouche et lui hurle, à voix basse :

-Qu'est-ce que tu as fichu ?

-Qu'est-ce que j'ai fichu, c'est la meilleure celle-là, rétorqua-t-il !

-Tu insinues que c'est de ma faute ? S'il a bien quelqu'un qui a fait foiré l'opération, c'est toi, lui lançai-je sèchement.

-Oh excuse-moi mademoiselle, et qu'ai-je fais ?

-Ne prend pas ce ton ironique avec moi ! J'ai suivit toutes les instructions à la lettre !

-C'est peut-être ça le problème Raven !

-Comment ça ? Tu te fiches de moi !

-Il faut savoir prendre des initiatives dans ce métier, souligna-t-il, un sourire prétentieux collé au visage.

-Oh moi je ne... Tu sais quoi laisse tomber, il faut qu'on fiche le camp. Ils se sont éloignés je crois.

Il détacha son emprise et commença à partir. Je l'attrapai par le bras, le colla contre le mur et le retint par le coup. Il semblait amusé par la situation, moi pas du tout. Je lui murmurai à l'oreille aussi durement que possible :

-Ne t'avises plus jamais de remettre mes compétences en doute.

Il fut d'abord surpris, il ne me lâchait pas des yeux. Je soutenais son regard, il ne me respectait pas, mais ça allait devoir changer. Une chance pour moi, une fois rentré à l'agence, il annulerai la mission et je n'aurais plus jamais à le revoir. Ayant toujours l'emprise sur lui, il finit par hocher la tête, je ne pensais pas pouvoir espérer mieux de lui. Je le lâchai donc, et lui fit signe qu'il fallait passer par la gauche. Aussi discrètement que possible, nous progressions dans le couloir étroit. Il m'entraîna vers une chambre resté à moitié ouverte, je vis passer deux des hommes à notre poursuite. Bellamy afficha l'air suffisant dont il avait le secret, je me contentai alors de lancer un regard. Oui, il avait éviter de nous faire prendre et alors ? Il sauvait sa vie aussi, je ne vais tout de même pas lui remettre une médaille ! Nous reprenions notre route, couloir de droite, puis de gauche, encore de gauche, et à droite... Je n'en voyais pas le bout, je ne m'étais jamais autant aperçu de l'immensité de l'hôtel. Elle était là, la sortie de secours, notre porte de salut, je courus vers elle, mais Bellamy me retint le bras. Brusquement je me retournai vers lui pour lui lançai un Quoi ? des plus désagréable. Il m'indiqua de sa tête les hommes armés derrière nous. Je souris, mal à l'aise, je ne savais vraiment pas comment ça allait finir, enfin si, je savais, nos deux corps, côte à côte, criblés de balles ! On était fichu, je m'apprêtais à lever mes mains en signe d'abdication quand il me dit à l'oreille :

-Tu as toujours le stylo que je t'ai offert ?

En effet, dès notre arrivée à l'hôtel, il m'offrit un stylo, prétextant que Madame Gardener (alias moi) adorait ce genre de babiole. J'avais donc accepté le cadeau faignant d'être heureuse à sa vue, je ne pouvais rien faire d'autre, il ne fallait pas que je compromette la mission. Je passais donc ma main discrètement dans ma poche pour vérifier que l'objet métallique s'y trouvait bien, je ne savais pas pourquoi je l'avais gardé d'ailleurs. Il était bien là et le comprit à mon hochement de tête, il continue en me chuchotant :

-Il contient un couteau, il faut l'ouvrir à l'envers.

Je lui lançai un regard indigné, quel était l'intérêt de m'offrir une arme si je ne connaissais pas sa nature ? Il était si stupide que ça ? Je lui jette un regard froid avant de lui répondre, cet idiot sourire toujours sur les lèvres :

-Pourquoi ne pas m'avoir dit que c'était un couteau ?

Il me prit le couteau des mains avant que je ne puisse quelque chose. Je ne pouvais aisément pas le reprendre, ce n'aurait pas été très discret. Je regardai tour à tour les trois hommes et Bellamy, un couteau contre trois armes à feu, ça semblait prometteur ! Un fin sourire habillait le regard de Bellamy, il se décida enfin à me répondre :

-J'avais simplement peur que tu le retournes contre moi.

A ce moment précis, j'eus enfin de le frapper à mort. Pensait-il vraiment que c'était le parfait moment pour plaisanter ? Il m'énervait au plus au point, il fallait toujours que ça se déroule à sa manière, mais j'avais décidé que cette fois ce serait différent. Sans plus de cérémonie, je lui dis :

-A trois, un, deux...

-Attends à trois quoi, me coupa-t-il ?

-Trois.

Je mis subitement à courir, l'un des hommes pointa son arme sur moi mais je ne m'arrêtai pas. Bellamy en profita pour se jeter sur lui et le planta du couteau qu'il avait ouvert je ne sais comment, en plein dans le bras. Quant à moi je m'emparai d'un balai, il était en fer, et plutôt lourd, c'était une chance. Je désarmai l'un des hommes et me retournai vers le dernier pour le ruer de coup. Pendant ce temps, Bellamy frappa, jusqu'à l'inconscience, l'homme qui tentait de récupérer son arme. Haletante, je souris, j'avais réussie, on avait réussie, les trois hommes étaient à terre, et nous, nous étions debout. Ahurie, Bellamy revient vers moi. J'affichais un air satisfait, ce qui l'énerva encore plus je crois. Il se mit à hurler :

-Non mais qu'est-ce qui t'as pris, on aurait pu se faire tuer !

Je lui souris et croisa les bras avant de lui répondre :

-Je te propose de te répondre dehors, avant que tes hurlements rameutent tout l'hôtel !

Il sortit en trombe, serrant les points. Je fus, heureuse, je ne sais pas trop pourquoi d 'ailleurs, de l'avoir mis dans un état pareil. Je vérifiai, une fois que dehors, qu'aucun autre assassin ne se trouvait près de nous. Il n'y avait qu'une femme qui tenait un bébé entre ses bras, elle ne semblait pas une menace. Je me retournai donc vers Bellamy, qui ne semblait pas s'être calmé, bien au contraire. Il fulminait encore, faisant les cents pas. J'arquai un sourcil, lui disant :

-Oh arrête, tu me donnes le tournis.

Il me regarda, intensément, l'air perdu. Il ne semblait pas avoir compris mon geste, rien de plus normal, il n'était pas mon coéquipier, il ne connaissait ma manière de fonctionné, pas plus que je connaissais la sienne. Il se remit à cirer, décidément, ce n'était pas le plus discret des hommes :

-Mais qu'est-ce qui t'as pris ?!

Je soupirais, qu'est-ce qui voulait que je lui répondent, j'avais fonctionné à l'instinct, c'est tout.

-Contrairement à ce que tu penses, je prends des initiatives, j'ai vu une porte de sortie, je m'y suis engouffré.

Dépitée, il me répondit, passant nerveusement la main dans ses cheveux :

-Alors tout ça n'était qu'un moyen de me prouver que j'avais tord. Tu es cin...

-C'est simplement ma manière de fonctionné, le coupai-je sèchement.

Nous débattons encore quelques temps, il s'obstinait à me dire à quel point cela avait été dangereux, je lui répétais qu'on était vivant, qu'il n'y avait rien à débattre. La conversation n'aboutissait à rien, personne n'écoutait ce que l'autre avait à dire, c'était comme parler à un mur, et encore un mur serait moins têtu. Après avoir compris qu'il ne servait à rien d'en débattre, nous avions volé une voiture pour rentrer jusqu'à la planque où se trouvait nos patrons respectifs. Aucun de nous à parler pendant le trajet. Ce silence est lourd de sens, comment allait-on justifier notre échec ? On était loin d'avoir tous les éléments, et les superviseurs allait détester. L'air grave, nos pénétrions dans le bureau, j'aperçus Wick, je lui souris. Quant à Bellamy il se dirigea vers une blonde, Clarke, je crois bien. Seulement il fut coupé dans son élan, son patron le pointa du doigt pour le sommer de venir et le mien m'appela d'un ton aussi dure qu'austère. On était loin d'être dans une situation confortable. On nous intima de nous asseoir, ce que nous fîmes, penot. C'est le patron de Bellamy qui pris la parole, celui-ci dit simplement :

-Alors ?

Ce fut l'effusion, Bellamy et moi-même lancions un flot de parole inimaginable, se confondant en excuse, expliquant notre incrédulité. Nous parlions en même temps, nous étions peu assuré, nous savions ce qu'on risquions en ayant échoué, notre vie. Ce fut au tour de mon patron de s'exprimer, il nous coupa :

-Félicitations.

Félicitations ? Hein ? Pardon, j'étais perdue. Etait-il si mesquin qu'il se moquait de notre mort ? Etait-ce un jeu? Je regardais Bellamy, puis tout à tour, les hommes qui nous faisait face. Bellamy répéta, aussi incrédule que moi :

-Félicitations ?

-Et bien oui, vous avez réussi. Nous avons envoyé des hommes à votre poursuite avec pour seul ordre de vous éliminer. Nous voulions savoir si vous pourriez survivre. Vous êtes là, la collaboration inter-agence fonctionne donc comme prévu.

Mes yeux s'ouvrirent, tant que je crus, à un moment, qu'il allait se détacher de leur orbite. Ils avaient… ils nous avaient TESTES ? Mes poings se ferment, j'étais prête à me jeter sur lui. Mais Bellamy m'attrapa le bras, pour me retenir, je le regardais, c'est alors comme si on se parlait mais avec les yeux Tu as vu ce qu'ils ont fait ? - Ne va pas risqué ta vie pour ça. - Ils nous ont manipulés ! - Mais on a réussi, il te tueront si tu t'attaques à eux et tu le sais très bien. Bellamy gérait tout ça beaucoup mieux que moi, en apparence du moins. Mon patron termina :

-Tout ça est planifié depuis longtemps, nous sommes sur une grosse affaire, très sensible. Ils fallait qu'on sélectionne des agents à même de réussir. Vous avez été sélectionné, vous avez passé le test, vous êtes les élus. Rester à notre disposition. Et soyez fière, c'est un grand honneur que l'on vous fait.

Là je sentis que c'était Bellamy qui avait du mal à avaler la pilule, rien de plus normal. Mais on ne pouvait rien faire, on était bloqué, prit au piège. Je me levai, et pris Bellamy par le col pour l'invitait à faire de même. Il résista, je lui jetai alors un regard à faire fuir un mort. Je n'appréciais pas Bellamy, mais je ne voulais pas mort pour autant. De plus il m'avait sauvé la vie dans l'hôtel. Nous sortîmes du bureau, et je savais, je savais que ma vie ne m'appartenais plus, elle appartenait à la mission désormais.