Résumé de l'histoire: America Singer est beaucoup de chose. Une Cinq, une Sélectionnée, mais aussi et surtout une Renégate. Le Prince Maxon, héritier du trône d'Illéa, en est bien conscient. Mais rien n'est plus attirant que de jouer avec le feu.
Crédit: La saga littéraire La sélection appartient à Kiera Cass, tout comme les personnages. Rien n'est à moi, je ne suis pas ayant-droit, et je ne fais qu'emprunter les personnages dans un but de divertissement non lucratif.
N/A: Merci à AmericaPrior-MaxonEaton pour son commentaire.
Politiquement incorrecte
« L'espoir est ce qui nous tient debout"
-2-
Je ne sais pas depuis combien de temps je marche au travers de la forêt, recherchant désespérément le camp de l'Etoile Polaire. J'ai arrêté de courir depuis longtemps. Aller au château royal n'avait pas été une emprise compliquée. En revenir, ce n'est pas du tout la même chose. Comme je ne connais pas la région d'Angeles j'avance au hasard vers le Nord, trouvant la direction grâce à la mousse sur les arbres.
Je suis tellement épuisée par les événements de la journée que je n'ai qu'une seule envie : m'asseoir sur une chaise et me reposer. Mes pieds me font horriblement mal et je commence à avoir froid. Je suis sur le point de me reposer contre un arbre quand j'entends enfin :
-America !
Sans attendre, je me retourne vers la personne qui vient de m'appeler, reconnaissant sans mal la voix de mon meilleur ami.
-Aspen ! Je crie à mon tour.
Finalement, je l'aperçois enfin. Je suis véritablement soulagée de le voir.
Dans une autre vie, Aspen et moi aurions pu être un couple. Et parfois, je vois bien dans son regard que si je le désirai, cette possibilité m'était toujours ouverte. Mais je ne suis entièrement disposée qu'envers l'Etoile Polaire. Je n'ai pas le temps pour autre chose. Surtout quelque chose d'aussi dérisoire qu'une relation.
Aspen est beau. Il a les yeux les plus verts de toute la Caroline et fait craquer toutes les filles de la région. C'est aussi un Six et un ami de mon frère. Quand son père est mort, deux ans après ma mère, mon frère ainé -et accessoirement son seul ami- lui a proposé de rejoindre les Renégats du Nord. Aspen n'a pas hésité un seul instant et est devenu membre honoraire de l'organisation.
Cela a surement sauvé sa vie d'une misère inimaginable. Bien pire que celle qui aurait pu toucher la mienne. Grâce à lui, ses soeurs n'ont jamais connue la faim. Cela n'empêche pas sa mère de travailler sans relâche. L'aide de l'Etoile Polaire ne peut pas être infinie.
-Aspen ! Il faut que je parle à August ! Maintenant !
Mon injonction le surprend et j'en comprends parfaitement la raison. Personne ne demande de voir notre chef à moins d'en avoir vraiment une raison. Ou de s'appeler Georgia et d'être son épouse.
-Quoi ? Pourquoi ? me demanda-t-il.
Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en Aspen, je lui confierai ma propre vie, mais je ne suis pas certaine de pouvoir lui confier l'étrange requête que le Prince Maxon m'avait confiée. Je le presse donc :
-Aspen ! C'est important !
Mon ami ne semble pas convaincu par ma réponse. Son regard me balaye de la tête au pied, s'attardant sur l'état dégradé de mes vêtements. Il sert les dents, comme s'il était en conflit. Puis il retire sa veste pour me la donner. Je la prends sans hésitation, soulagée par la chaleur qui en ressort. J'essaie aussi de ne pas faire attention à l'odeur masculine qui s'en dégage et qui tord mon estomac, comme un rappel que je suis une femme.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? insiste-t-il.
Je lui résume grossièrement la situation.
-Le Prince Maxon était au château. Il dit qu'il veut discuter avec nous. Il me l'a dit.
Aspen me regarde comme si je suis tombée sur la tête. Ce que je comprends parfaitement. J'ai moi-même du mal à croire que j'ai discuté avec le futur Roi. En tant que renégate. Et que je suis toujours en vie.
-Tu as parlé au Prince ?
Il est septique.
-Oui ! August doit le savoir.
Aspen hoche doucement la tête, ses cheveux foncés virevoltes autour de lui avec grâce. J'en oublie presque pendant quelques instants que je ne veux pas qu'il me séduise.
-Viens avec moi, m'indique-t-il.
Ce que je fais sans réserve. Même s'il n'a été là que quelques jours, Aspen arrive déjà à se repérer dans Angeles. D'une certaine façon, il est surdoué sur beaucoup de points. Et l'injustice du système des castes est encore plus visible avec un homme comme Aspen, qui devrait être au premier plan.
Ma gentillesse envers lui disparait cependant bien vite quand il me fustige verbalement :
-Tu n'aurais pas dû partir comme ça ! Tu ne connais ni la région, ni le château. Ton père était mort d'inquiétude.
Je suis quelqu'un d'entêtée, je l'ai toujours su. Je réplique aussitôt :
-Je m'en suis très bien tirée.
J'ai même peut-être trouvé un allié de taille pour l'Etoile Polaire. Les risques que j'ai pris en valaient la chandelle.
-Tu aurais pu te faire tuer ! s'enclenche-t-il.
Si j'étais un homme, Aspen m'aurait surement frappé pour ma témérité. Mais il ne le fait pas. Et je le foudroie du regard, déjà fatiguée que l'on me dise quoi faire.
-Je ne suis pas morte, d'accord !
Aspen ne répond pas, mais son mécontentement ne disparait pas pour autant. Pour ma part, je suis plutôt agacée par son comportement. Comment ose-t-il me dire comment je dois agir ? Je ne suis plus une enfant et je ne suis surement pas sa petite-amie. C'est mon devoir en tant que membre de l'Etoile Polaire de participer aux actions. Et il n'a pas le droit de s'y opposer. Même mon père n'oserait pas.
Ce dernier a vite compris que je suis une fille libre. Il dit que je tiens mon mauvais caractère de ma mère et que j'ai son entêtement à lui. Je suis pour ma part plutôt fière de ce mélange. Fière et indépendante. Ce n'est surement pas négatif pour moi. Au contraire, cela me différencie de ces idiotes de mon âge qui se plient à toutes les règles dans l'espoir d'un jour se marier à un bon parti et de changer de caste.
C'est une idée écœurante qui me révulse de tout mon cœur.
Il ne nous faut pas longtemps pour arriver au campement.
-August ! je crie, dans l'espoir qu'il ne soit pas très loin.
Grand bien m'en prend, car un homme grand et blond apparait rapidement devant moi.
Comme chaque personne soutenant l'Etoile Polaire, j'ai une grande admiration pour August Illéa. C'est un homme courageux, déterminé, avec plus de conscience que tous les membres de la royauté réunis. S'il me le demande, je n'hésiterai pas à lui confier ma vie entièrement.
D'une certaine façon, il m'a déjà sauvée il y a des années en aidant mon père à survivre après la mort de ma mère.
-Que t'est-il arrivé ? me demande notre chef en voyant l'état de mes vêtements.
Je rougis bêtement, impressionnée malgré moi d'aborder celui que j'estime être le véritable héritier du trône d'Illéa, bien que ce dernier accorde autant d'intérêt au titre qu'à la dernière pluie.
-Le Prince Maxon est de retour. Il veut discuter avec nous, je réponds tout en détaillant la boussole qu'il a autour de son cou.
August semble pris de court par mes paroles et je m'en félicite. Au moins, j'ai gagné son attention pleine et entière. Non pas qu'August soit quelqu'un de difficile à approcher. Au contraire. Mais son plus grand intérêt est La Cause. Son unique passion est l'Etoile Polaire. Et il n'octroie que très peu d'intérêt aux autres sujets.
Il m'indique une tente de la main. Même si je ne connais pas grand-chose sur le campement, je sais qu'il indique sa « maison ».
-Rentre, m'invite-t-il.
Ce que je fais aussitôt, Aspen sur les talons.
La tente n'est pas vide, bien entendue. Georgia, la fiancée d'August, est aussi présente. C'est une petite femme courageuse et son histoire d'amour avec notre chef a fait jaser toutes les commères de l'Etoile Polaire. Personnellement, je suis persuadée qu'il ne pouvait pas trouver mieux que Georgia.
-Georgia, je salue la jolie demoiselle.
Pour tout son mérite, la brune ne semble même pas surprise de me voir. Comme si nous avions un rendez-vous organisé de longue date.
-America, me répond-elle.
Je cligne des yeux, étonnée qu'elle me reconnaisse. Mon respect en augmente d'autant plus.
August, que je n'ai même pas vu rentrer, s'assoit sur l'une des nombreuses chaises pliables. Aspen et moi en faisons de même. Il commence :
-Tu dis que Maxon est de retour, c'est ça ? Je n'en ai pas encore été informé, mais il vient d'avoir dix-neuf ans, la Sélection se rapproche, ce n'est donc pas si étonnant.
La simple mention de la Sélection me fait grimacer ouvertement.
S'il y a bien une tradition ancestrale qui me donne des nausées, c'est celle-ci. Aussi idiote qu'inutile. Une fois qu'un héritier mâle d'Illéa atteint ses dix-neuf ans, il y a une sorte de concours stupide au court duquel trente-cinq filles, tirées au sort dans chaque région du royaume, se retrouvent candidates au titre de Reine d'Illéa. C'est ensuite au Prince de choisir l'une d'entre elles devant toutes les télévisions du royaume -et même étrangères- et de la demander en mariage. C'est une question de proximité avec le peuple, parait-il. Et j'ai pitié des pauvres filles qui vont devoir s'abaisser à se battre pour les attentions d'un homme qui profitera sans doute d'elles.
Au moins, je sais que Maxon n'est pas trop désagréable à regarder. Ça ne change pas le fait qu'il soit un odieux personnage. Mais un personnage prêt à discuter avec nous.
-Raconte-moi tout.
Je m'exécute. Suspendu à mes lèvres, mon auditoire est particulièrement intéressé par ma petite aventure. Georgia semble même considérer les insultes que j'ai envoyées au Prince-héritier comme la chose la plus drôle qu'elle n'ait jamais entendu. August se contente d'un sourire amusé. Mais son sérieux reprend vite le dessus quand je l'informe plus clairement des paroles de Maxon.
-Il a dit qu'il n'était pas son père. Et qu'il était prêt à nous écouter.
Même pour moi, cette révélation parait trop énorme pour être vraie. Mais c'est ce qu'il a dit, je n'ai pas halluciné.
-C'est une bonne nouvelle, mais cela soulève aussi beaucoup de questions. Etait-il franc ou non ?
Georgia approuve aussitôt et je jette un regard en coin à Aspen. Lui aussi semble être d'accord avec les préoccupations d'August et j'ai l'horrible impression d'être une idiote. Pourtant, ma curiosité maladive -la même que celle qui m'a mis dans de beaux draps plus tôt dans la journée- surpasse mon malaise et je demande :
-Comment ça ?
Ma naïveté fait sourire tout le monde.
-Est-ce que le Prince veut vraiment pactiser avec nous, ou souhaite-t-il simplement s'approcher de nous pour nous détruire de l'intérieur ? m'explique Georgia.
Cette pensée n'a même pas traversée mon esprit.
-Maxon est loin d'être un idiot, continu August. S'il y a bien une chose qu'il nous a montré au court de ces dernières années en Nouvelle-Asie, c'est qu'il est un brillant stratège, un politicien hors-pair et un chef-né. La façon dont il a manipulé son père pour l'autoriser à devenir membre de l'armée et conquérir le coeur de la population à seulement seize ans nous avaient tous pris de court à l'époque. Même le Roi Clackson ne sous-estime plus son fils depuis. Nous devons nous méfier.
-Mais s'il est sincère, alors nous pourrions gagner notre allié le plus puissant, déclare Aspen.
Je me sens soudain comme la cinquième roue du carrosse, mise à l'écart de leurs fines analyses. Le Prince ne m'avait pas paru si dangereux que ça tout à l'heure. D'un autre côté, je n'avais été au courant de son statut que très tardivement. J'avais peut-être été aveuglée par une certaine rancoeur.
Etait-il aussi brillant que mes camarades le pensaient ?
-Ce qui est certain, c'est que nous ne pouvons pas simplement ignorer sa demande, insiste Georgia.
Je hoche la tête positivement.
Car s'il y a bien une chose dont je suis certaine, c'est que le Prince Maxon Schreave, héritier du trône d'Illéa, est une force sur laquelle il faudra compter désormais.
Quand je rentre chez moi en Caroline, je suis stupéfaite de constater que la ville a été redécorée par des affiches géantes du Prince Maxon. Le slogan : « et s'il vous demandait de l'épouser ? » se moque de moi dès mon arrivée à l'aéroport. L'aube commence tout juste à se lever. Ce qui me donne une très étrange impression d'avoir été retrouvée et cernée. Il m'a fallu plusieurs heures pour que je réalise pleinement que j'ai insulté le Prince-Héritier, essayé de le voler, que je lui ai même écrasé un de ses pieds avec toute la force dont je dispose et qu'il peut envoyer tous ses soldats rechercher une certaine rousse renégate.
Finalement, nous prenons le bus pour rentrer chez nous. Prendre le bus coûte de l'argent et tout le monde ne peut pas se le permettre. Cependant, nous habitons assez loin de l'aéroport et nous sommes épuisés par le voyage, sans parler des valises. Mon père n'hésite pas un seul instant.
Aspen nous quitte quelques arrêts avant le nôtre et remercie publiquement mon père de lui avoir « trouvé du travail ». Il s'égosille de la joie qu'il a eue de visiter la citée d'Angeles et de la chance qu'il a d'avoir d'aussi bons amis. Je sais que ce n'est qu'une question de couverture, mais je ne supporte pas beaucoup son discours sur « le pauvre Six qui a la chance d'avoir été embauché par le bon Cinq ». Pas plus que je ne supporte les regards intéressés des autres passagers.
Je me contente donc de regarder le paysage et de calculer le nombre d'affiches représentants le Prince Maxon que je croise. Au bout de trente, j'arrête de compter, révoltée.
Quand nous arrivons enfin chez nous, je suis soulagée. Les dernières journées n'ont pas été de tout repos. Le confort d'être chez soi n'a pas de prix. Un sentiment de contentement se propage en moi. C'est ma maison, ma famille, ma bulle.
Une bulle que je quitterai bientôt pour rejoindre définitivement l'Etoile Polaire.
Ma petite soeur, May, est la première à nous voir arriver. Elle se précipite vers moi et j'ouvre les bras pour la serrer contre moi. Elle me ressemble beaucoup physiquement, mais nous avons des personnalités assez différentes. Elle était encore petite quand ma mère est morte et j'ai tenté de l'aider le plus possible à passer à travers la situation. Je n'étais pas beaucoup plus grande, mais j'étais son ainée, c'était mon devoir. Au final, May a gardé un caractère doux et optimiste là où je suis devenue froide et révoltée.
-America ! Tu as reçu du courrier ! s'écrie-t-elle en s'écartant de moi.
Je fronce les sourcils, étonnée. Je ne reçois jamais de courrier. Je prends donc la lettre que ma soeur me donne avec impatience et je grimace en remarquant pour la première fois le sceau royal. Evidemment, je ne peux pas y échapper.
Je viens de recevoir la lettre officielle de La Sélection.
-Je n'y participerai pas, je raye en jetant l'enveloppe sur la table à côté de moi.
Je ne compte pas me ridiculiser en envoyant ma candidature pour cette grotesque mascarade. Et je n'ai aucunement envie de retourner voir le Prince-Héritier. Surtout s'il est vraiment aussi manipulateur et dangereux que le pense les dirigeants de l'Etoile Polaire. D'un autre côté, il est vrai aussi que toutes les jeunes filles de mon âge se présentent à La Sélection. Je n'ai donc aucune raison de m'inquiéter, les statistiques sont de mon côté.
Tout de même, c'est une question de principe.
Mon père, qui a entendu toute la conversation, intervient à mon grand étonnement :
-America, réfléchies une seconde. Pourquoi crois-tu que le Roi laisse la possibilité aux jeunes filles de ne pas poser leur candidature ?
Perplexe, je regarde mon père.
Il est encore beau pour son âge, mais ses yeux ne pétillent plus depuis la mort de maman. Il est toujours impeccable, prêt à tout surmonter, comme un Cinq. Mais il voit le monde comme les Trois. Même en ayant reçu une éducation simple, mon père a tout d'un érudit. Il est brillant, capable d'analyser n'importe quelle situation et voit des choses là où moi je ne vois rien.
C'est parfois assez frustrant d'être sa fille. Quand je me compare à lui, j'ai l'impression d'être une idiote. Je sais que je ne le suis pas, mais son esprit analytique ne m'a pas été transmis. Mais même si c'est agaçant, c'est aussi avec fierté que j'affirme que cet homme est mon père.
-Pour ne pas forcer celles qui ne le désirent pas à se marier ? je tente.
Je sais parfaitement que si mon père a soulevé la question, c'est que la réponse est bien plus nuancée et politique que ce que je croyais de prime abord. Ne pas pouvoir trouver la solution par moi-même me frustre. Je jette un coup d'oeil à May, qui semble aussi perdue que moi.
-Pas du tout, rectifie mon père. C'est pour trouver plus facilement les familles qui s'opposent au système. Chaque fille est élevée dans l'espoir de faire un jour part à une Sélection. Presque toutes y participent. Crois-moi, ils accordent beaucoup plus d'intérêts aux rares filles qui refusent de se présenter à La Sélection qu'aux autres. Et au regard des récents événements, il vaut mieux ne pas te faire remarquer.
Sa réponse me fait l'effet d'un coup de poignard dans le dos. Il n'est pas en train de supposer que je dois me présenter à La Sélection, n'est-ce pas ?
-Mais... Et si je suis sélectionnée ?
Ma question est triviale, j'en suis consciente, mais je ne peux m'empêcher d'y penser. Je n'ai pas envie de jouer les nunuches amourachées d'un idéal-royal. Je ne veux pas faire partie de cette stupide histoire. Pendant que la population gazouille de bonheur à l'idée de la Grande Compétition, j'ai d'autres ambitions. Comme celle de partir rejoindre définitivement l'Etoile Polaire.
Pire, quand je pense à ces filles assez stupides pour se disputer sous les yeux du royaume tout entier et sous prétexte qu'il est de sang royal, les faveurs d'un idiot manipulateur, je n'éprouve que de la pitié. Tout ça pourquoi ? Devenir son épouse et obtenir le douteux privilège de parader à ses côtés sans jamais avoir le droit de simplement penser différemment ?...
-Ne penses pas à ça, me rassure papa. La possibilité est quasiment inexistante. C'est la solution la moins risquée.
Il y a beaucoup de bons sens dans ses paroles et même si je suis très réticente à l'accepter, je n'ai pas vraiment le choix. Il n'est pas seulement question de moi ici, mais de toute ma famille. Je dois être raisonnable et ne pas les mettre en danger.
Ça ne me transcende pas de joie, évidemment.
-Je déteste cet idiot de Prince ! Il ne pourrait pas se trouver une petite-amie tout seul ? je grogne.
D'un geste rapide je reprends l'enveloppe et je l'ouvre avec mécontentement.
-Le Prince est autant une victime que toi dans cette affaire. Lui n'aura nullement le droit d'aimer qui il veut.
Je renifle à la gentillesse exagérée de mon père. Je ne vais surement pas le plaindre d'avoir toutes les filles du monde à ses pieds. Au lieu de répondre, je découvre la contenance du courrier. Il est écrit :
« Notre prince bien-aimé, Maxon Schreave, atteint sa majorité ce mois-ci. Au seuil de cette nouvelle phase de sa vie, il espère fonder une famille avec une épouse loyale originaire d'Illeá. Si votre fille, sœur ou pupille souhaite embrasser son destin en tant qu'épouse du prince et princesse d'Illeá, n'hésitez pas à remplir le formulaire ci-joint que vous retournerez, dûment complété, au bureau administratif de votre province. Dans chaque zone géographique, un tirage au sort désignera la jeune fille qui aura le privilège de rencontrer le prince.
Les candidates désignées par tirage au sort seront logées au cœur même du palais royal, à Angeles, pendant toute la durée de leur séjour. La famille de chaque candidate recevra une compensation généreuse pour services rendus à la couronne ».
Le formulaire en question est extrêmement long et détaillé. Entre mes passions, mon poids et ma caste, l'Etat me demande combien de langues je parle, combien j'ai de frères et soeurs, etc. J'ai déjà eu à remplir des fiches de recensement, mais celle-ci est presque à la limite du déraisonnable. C'est une atteinte à ma vie privée, que je suis obligée de faire.
May, ma petite soeur, me donne un stylo que j'attrape prestement. Autant expédier cette contrainte le plus vite possible.
-Je te jure, père, que si je suis sélectionnée, j'étrangle le Prince! Je m'écrie.
L'idée fait sourire mon père et je regarde la case « hobbies » avec agacement.
Puis, je souris à mon tour en marquant ironiquement comme première passion : funambulisme. L'humour de la situation n'est pas désagréable.
Il me faut plus d'une heure pour répondre à toutes les questions. May se prête au jeu à côté de moi et commente chacune de mes réponses. Je manque de m'étouffer quand on me demande si je suis vierge ou non. Comme si je n'étais pas au courant de la peine que je risquais en marquant non. Illéa est très stricte sur les relations avant le mariage.
Je suis contente que nous soyons rentrés tôt d'Angeles. Le bureau administratif n'ouvre qu'à dix heures, ce qui me laisse le temps de répondre au questionnaire puis de me préparer. A neuf heures, je pars de chez moi pour me rendre au bureau.
Grand bien m'en prend.
Je n'ai jamais imaginé qu'il puisse y avoir autant de monde devant un bureau administratif. Une foule immense est regroupée devant le bâtiment et je plain les pauvres employés qui doivent supporter la cohue. Une sorte de liesse immense se propage dans la file d'attente et j'entends horrifiée certaines filles crier le prénom du Prince comme s'il pouvait les entendre. Le rassemblement me donne aussitôt envie de faire demi-tour et de ne pas donner ma candidature.
Malheureusement, la prévision de mon père est assez claire. Je dois donner l'impression d'être heureuse de venir apporter le formulaire et sauver les apparences. Nous n'avons pas besoin d'une attention particulière des renseignements qui sont déjà sur le qui-vive ces derniers temps. J'ai donc fait beaucoup d'efforts pour paraitre le mieux possible.
J'ai mis l'une de mes robes les plus jolies, j'ai brossé mes cheveux roux et j'ai même mis du gloss. Le gloss est un produit de luxe, cela coûte cher, je n'en mets presque jamais. Mais pour passer entre les mailles du filet, je dois paraitre la fille la plus normale possible. Et la norme aujourd'hui est de perdre son argent en frivolité pour une photographie dans un dossier.
Ma mère aurait surement était particulièrement existé de me voir déposer ma candidature au poste de « future reine d'Illéa ». Heureusement, ce n'est pas vraiment le cas du reste de ma famille. Nous avons trop souffert du système pour nous réjouir pour de telles stupidités. Et c'est en y réfléchissant que je me rends compte que mon père a raison : nous dénotons de la population moyenne. Et le risque est trop élevé.
Peut-être que si je n'avais pas rencontré le Prince, mon père aurait accepté que je ne participe pas au concours. Malheureusement je n'en ai fait qu'à ma tête. Maintenant, je suis obligée de ravaler mon amour propre et de faire exactement ce que je n'ai pas envie de faire : attendre les résultats de la Sélection pour pouvoir être tranquille.
Perdue dans mes pensées, il me faut un moment pour que je réalises que quelqu'un tire ma manche pour demander mon attention. Quand je me retourne, je suis surprise de voir la mère d'Aspen, Lena, accompagnée de ses deux filles. Kamber et Celia.
Je leur souris, heureuse de ne pas avoir à attendre seule que la file avance. Vue la vitesse à laquelle elle se désencombre, nous pourrions très bien y être pendant des heures.
-Tu es magnifique, s'écrie Kamber en me regardant de la tête au pied.
Elle est très jolie elle aussi, tout comme sa soeur. Elles sont vêtues de leurs plus beaux apparats et paraissent vraiment excitée à l'idée de déposer leur formulaire. Celia tient le sien si étroitement que les feuilles en sont chiffonnées.
-Tu es au courant que la sélection est truquée, demande la mère d'Aspen.
Son affirmation me prend de court et j'ouvre bêtement la bouche, incertaine. Comment cela, truquée ?
-Je faisais le ménage chez un magistrat hier, chuchote Lena. Leur prétendu tirage au sort est loin d'être aléatoire. C'est pour cela qu'ils prennent les filles en photo et qu'ils posent autant de questions. Si le hasard entre vraiment en ligne de compte, quel rapport avec le nombre de langues que tu parles ? Visiblement, il y a eu des fuites. Regarde autour de toi. Certaines filles n'ont pas fait dans la subtilité...
Effectivement, la mère d'Aspen a raison. Il est clair que certaines filles ici ont dû confondre leur visage et une toile de peinture, vue toutes les couleurs qu'elles ont sur le visage. Certaines me paraissent même à la limite du vulgaire. Egarée dans mes pensées, je n'avais pas vraiment pris le temps de toutes les détailler et n'avais pas remarqué leurs excentricités. Maintenant que Lena a soulevé la question, cela parait évident.
J'en regrette presque instantanément d'avoir mis ma jolie robe rouge. Si la Sélection n'est pas aussi hasardeuse que je pensais, alors me mettre en valeur devient dangereux. Heureusement, la moitié des filles ici sont plus jolies que moi et mon gloss ne fait pas de moi une concurrente sérieuse. Cela ne m'empêche pas de me demander si je ne dois pas retourner à la maison et me changer.
-Je suis étonnée que certaines se soient données tant de mal, déclare Mme Leger. Regarde-les, America. Tu n'as pas besoin de tous ces artifices. Je suis ravie que tu aies choisi de rester naturelle.
Je sais que la mère d'Aspen a voulu me complimenter, mais je me sens soudain nauséeuse, incertaine de ce que je dois faire. Peut-être vaudrait-il vraiment mieux que j'aille me changer ?
-Je n'ai rien de spécial, répondis-je tout de même. À côté de Kamber ou de Celia, je ne peux pas rivaliser.
Les deux jeunes filles me sourient en retour et je les écoute vaguement bavarder entre elles. Elles sont tellement heureuses d'être là que je me sens comme une hypocrite à côté d'elles. Doucement, je remonte la file. Quand j'atteins finalement le guichet, un homme à la mine fatiguée me demande de signer un registre afin de confirmer mes réponses au formulaire. J'appose ma signature avant de suivre une seconde file qui mène jusqu'au photographe.
Je regarde le tabouret, m'y assois et attend patiemment que ce dernier change sa pellicule. Puis il me demande de penser au Prince Maxon. Sa requête, inattendue, me replonge quelques jours plus tôt au moment où j'ai réussi à lui échapper. S'imagine-t-il qu'en ce moment, je suis en train de déposer ma candidature pour devenir sa femme ?
Cette pensée m'amuse et je souris au photographe…
… En réalité, je lui offre même le plus beau sourire de tout Illéa.
Bonjour,
Voici le deuxième chapitre de cette fanfiction (publiée en moins d'une journée, héhé). J'espère que l'histoire commence à paraître plus clair (c'est vrai que le premier chapitre était assez déroutant) et à votre gout. J'espère aussi qu'il n'y a pas d'horribles fautes quelque part.
Je vous remercie tous pour avoir pris de votre temps pour lire cette histoire,
N'hésitez pas à laisser un commentaire (positif ou négatif),
Bises à vous,
Kallen
