Bonjoir les gens! Me voici pour un T.S même si les différentes parties peuvent largement se lire indépendamment, elles font partie du même thème. Les trois OS sont déjà écrit et voici le premier. Bonne lecture! :)


L'oreille musicale

-Maîîîître ! Baisse le son, on ne s'entend plus dans cette baraque !

J'accompagne Mathieu sans rien dire jusqu'à la chambre du chanteur de la maison, ne faisant que tenter de le tirer par la manche pour le supplier de me laisser temporiser moi-même la situation.

-Lâche-moi Geek !

Serrant les dents suite à sa réaction, je le regarde frapper des coups du plat de sa main sur le battant de bois verni. Après une petite minute d'insistance et d'appels enragés de notre créateur dont j'ai pris calmement la main, l'homme en kigurumi ouvre doucement la porte, apeuré par la fureur visible sur le visage de Mathieu. Je passe discrètement une main dans le dos ce celui-ci et il se radoucit à la sensation de mon contact.

-Maître, tu devrais baisser le son. Tu fais trembler tout l'appartement. Je sais que le Prof l'a insonorisé mais nous on entend tout. Même le Patron est venu se plaindre. Pourtant il lui en faut beaucoup, lui-même étant champion pour faire monter le volume sonore.

-Je… J'ai compris. Pardon Mathieu. C'est juste que…

-Tu vas finir par abimer tes précieuses oreilles de musicien. , le coupe-t-il dans un doux sourire avant qu'il ne puisse finir sa phrase.

Maître Panda ne fait qu'hocher lentement la tête en baissant et l'homme au borsalino quitte le couloir d'un pas apaisé après m'avoir ébouriffé les cheveux, nous laissant seuls.

-Tu peux partir Geek. , me dit simplement l'ursidé.

Je secoue la tête en m'avançant pour lui prendre la main. Je suis obligé d'hausser le ton pour couvrir le vacarme de la musique lorsque je l'informe :

-J'ai senti que ça ne va pas tu sais.

Il me regarde d'un air incrédule mais en voyant mon air déterminé, m'invite à rentrer dans sa tanière soigneusement aménagée comme chambre et studio d'enregistrement. Alors qu'il me tourne le dos pour aller s'assoir à son bureau, je lui demande :

-Tu veux parler de ce qui te chagrine autant ?

Seule la mélodie que crachent les enceintes me répond.

-Tu peux me le dire tu sais. Ca m'aiderait moi aussi parce que pour l'instant je sens ta tristesse mais je ne sais pas à quoi elle est reliée alors je peux pas t'aider. Et ça me rend mal.

Maître Panda ne m'offre toujours aucune réaction. Peiné, je m'approche souplement de lui et dépose une main hésitante sur son épaule. Il sursaute et se retourne vivement. Je me laisse glisser jusqu'au sol, m'agenouille face à lui et place mes coudes sur ses cuisses pour y prendre appui. Ses joues rosissent doucement et je ressens sa gêne pulser jusqu'à moi.

-Qu'est-ce que tu as Maître ? , reprends-je d'une voix rassurante.

L'ursidé détourne les yeux en se mordillant la lèvre inférieure. Saisi d'un doute, je fronce les sourcils, le force à me regarder pour lui chuchoter dans les battements assourdissants de la musique :

-Tu peux tout me dire tu sais ?

Il me regarde droit dans les yeux et me répond d'une voix forte et cassée :

-Oui, je sais.

Inquiet, je bondis jusqu'à la chaîne hi-fi pour couper la playlist en cours. Le silence revenu tinte doucement à mes oreilles en une mélodie troublante. Je reviens me planter face au propriétaire de la chambre et attire son attention en lui prenant sa main dans un touché léger.

-Maître… C'est impossible que tu aies entendu ma phrase.

Quelques larmes viennent déformer le contour de ses iris au bleu profond. Ressentant sa détresse résonner en moi, je laisse mon pouce partir cueillir une larme dévalant la courbe de sa joue tirée en une grimace de douleur.

-Ce n'est pas la colère de Mathieu qui te fait réagir, pas vrai ?

Il confirme lentement de la tête en fixant un point sur ma casquette et afin de l'apaiser, je lui presse doucement ses doigts fins semblant être prêts à caresser les touches d'un piano pour une incroyable mélodie de sa composition. De ce geste, j'attire de nouveau son regard larmoyant sur moi. Je lui souris tendrement.

-C'est l'une de ses phrases qui t'a blessé ?

Hochement de tête imperceptible. Je ne réfléchis pas bien longtemps et lui demande :

-Tu n'entends pas ce qu'on te dit, pas vrai ?

Je vois sa poitrine se bloquer pour réprimer un sanglot. Sa tristesse me touche : mes propres yeux s'embuent de larmes. Après l'avoir forcé à se lever, je recale ma casquette et l'attire précautionneusement dans mes bras. Ses pleurs se libèrent enfin mais je n'ose pas bouger pour lui passer une main dans le dos, me contentant de lui rendre son étreinte crispée de souffrance. Après un long moment à le câliner, je place son visage face au mien pour qu'il puisse lire sur mes lèvres tremblantes :

-Raconte-moi tout.

Le voyant perdu, j'agrippe sa manche pour l'attirer tranquillement avec moi jusqu'au lit où je m'installe en tailleur. Un instant d'hésitation plus tard, il m'imite avant de se lancer :

-Je ne sais pas d'où ça vient. Je ne sais pas pourquoi j'ai ça. Ca a toujours été comme ça. J'ai appris à faire avec pour quand même m'adonner à ma seule passion si contradictoire avec mon handicap : la musique.

-Mais… Comment tu fais alors si tu n'entends rien ?

Maître Panda me sourit tristement.

-J'entends encore un tout petit peu, Geek. Mais une voix forte me parvient en un murmure. Alors j'ai appris à lire sur les lèvres.

-Oh, d'accord. Et excuse-moi mais… Oh non je ne devrais peut-être pas te poser autant de question. , me ravisé-je.

C'est à son tour de me prendre délicatement la main. Ses yeux emplis de tendresse m'incitent à continuer.

-Pourquoi est-ce que tu écoutes de la musique ? Comment tu peux restituer une mélodie comme tu le fais souvent avec facilité ?

-Les vibrations Geek, tout simplement.

-Les vibrations ? C'est pour ça que tu mets le volume aussi fort ?

-Et que je me mets face aux enceintes pour sentir les vibrations se propager en moi. C'est ma façon d'entendre. C'est aussi pour ça que j'ai mis du temps à aller vous ouvrir : j'ai eu du mal à percevoir les tapements de Mathieu contre la porte.

-Il n'est pas au courant donc…

-Personne ne l'est. Sauf toi maintenant.

Je lui laisse quelques instants pour calmer sa respiration perturbé par de nouveaux hoquets puis reprends :

-Et le chant ? , formulé-je simplement en silence pour voir sa réaction.

Il le remarque car un sourire s'étend sur ses lèvres et il rit :

-Tu me testes ?

Devant mon air intrigué, il m'explique :

-J'ai senti que la quantité d'air que tu viens d'utiliser n'est pas la même que pour une phrase formulée à voix haute. Tu n'as fait que remuer les lèvres. J'ai pas raison ? , s'amuse-t-il.

Impressionné, je confirme en observant son sourire épanouit sur ses fines lèvres.

-Pour le chant, c'est pareil. En fonction du volume d'air dont j'ai besoin, je sais si je suis en train de forcer et chanter fort ou pas. Quant aux vibrations qui se propagent depuis mon diaphragme dans mon thorax, elles me permettent de savoir quelle note je produis.

-C'est fascinant. , soufflé-je avant de baisser les yeux.

-C'est mon quotidien. , réplique-t-il de sa voix chantante dans un haussement d'épaules.

Nous restons un petit moment sans rien dire tandis que j'écoute le silence en essayant d'imaginer ne pouvoir entendre que ça.

-Merci Geek.

Je relève un sourcil interrogateur en même temps que mes yeux jusque sa bouche.

-Pourquoi ?

-C'est gentil d'avoir pris le temps de m'écouter et essayer de comprendre.

-Ce… C'est normal. Dans le fond, on est un peu une famille. Tu te crois peut-être infirme mais tu n'es pas seul. Jamais. , dis-je en rosissant.

Il me regarde longuement, étonné. Gêné, je décide qu'il est temps pour moi de partir. Je tente de me relever mais une masse fond sur moi pour me renverser sur le lit. Maître Panda me regarde puis se penche tranquillement vers moi pour happer mes lèvres dans un baiser timide. D'abord surpris, je souris contre sa bouche, y réponds avec hésitation et tendresse. Nous fermons les yeux de bonheur avant que je ne mette fin au baiser en rougissant. Il colle son front contre le mien et me chuchote :

-Alors me laisse pas seul.

Je me blottis contre lui puis lui réponds d'une petite voix :

-Jamais.


Ouaip j'avais envie d'écrire un truc un minimum mignon où on se prend pas la tête à la lecture. Comme d'habitude, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. :)