Résumé de l'histoire: America Singer est beaucoup de chose. Une Cinq, une Sélectionnée, mais aussi et surtout une Renégate. Le Prince Maxon, héritier du trône d'Illéa, en est bien conscient. Mais rien n'est plus attirant que de jouer avec le feu.

Crédit: La saga littéraire La sélection appartient à Kiera Cass, tout comme les personnages. Rien n'est à moi, je ne suis pas ayant-droit, et je ne fais qu'emprunter les personnages dans un but de divertissement non lucratif.

N/A: Merci à AmericaPrior-MaxonEaton pour son commentaire.


Politiquement incorrecte


« Le hasard n'est pas toujours hasardeux"


-3-


Le bulletin du Capitole d'Illéa est un tissu de mensonges et de propagandes, je l'ai toujours su. Bien qu'il ne soit pas obligatoire aux citoyens de le regarder, toute la population sait que louper une retransmission où le Roi est présent est considéré comme un crime contre la couronne. A Illéa, un tel acte est punissable de mort. Même les Huit -les sans-abris- se débrouillent toujours pour regarder l'émission. Comme si cela allait changer quoi que ce soit dans nos vies.

C'est encore une des nombreuses choses que je déteste dans le régime : son hypocrisie. On ne dit jamais que le savoir est interdit, on dit simplement que le savoir ce transmet d'homme à homme. Il existe des juridictions dites indépendantes, mais c'est toujours le sceau de la royauté qui est apposée à la fin de chaque décision. Le royaume affirme être une démocratie, mais ne permet jamais au peuple de voter. Pas même avec un suffrage censitaire.

Bien sûr à Illéa, tout le monde fait de son mieux pour se persuader que les dirigeants sont en partie issue du peuple. Avec la Sélection, l'espoir né au sein des coeurs les plus influençables que la situation va s'améliorer après avec la future Reine du Royaume. Je n'y crois pas du tout. C'est peut-être pour ça que j'ai bien moins envie de regarder une fois encore le ramassis d'âneries du bulletin que la majorité de la population.

Mais je n'ai pas le choix et je regarde donc la télévision, attendant vingt-heure précise. May –ma petite sœur- est assise à côté de moi et est surexcitée. Papa est dans son fauteuil. Mon petit frère est allongé sur le tapis, et semble plus absorbé par l'assiette de purée posée devant lui que par tout le reste. Son innocence me remplit d'une joie profonde. Il est encore assez jeune pour ne pas vraiment comprendre la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons et ne juge personne.

Moi, par contre, je juge. Et je suis en colère contre moi. Je n'arrive pas à me sortir de l'esprit que j'ai bafoué mes principes en participant à La Sélection, tout comme je le fais actuellement en attendant la diffusion du Bulletin. La Chaîne d'Accès Public est la seule chaîne non payante du pays, encore une preuve s'il en est encore besoin du despotisme étatique.

L'émission est spéciale aujourd'hui, bien entendu. C'est la première fois depuis trois ans que le Prince Maxon est présent dans le « show ». Toute la population meurt d'envie de le revoir, de l'entendre parler, d'évaluer la personnalité de leur futur Roi. Les filles qui rêvent d'un Prince charmant trépignent d'impatience. Et j'ai de nouveau l'impression que le Prince a décidé de me pourrir la vie.

-Tu crois qu'ils vont annoncer les gagnantes ce soir ? me demande May, la bouche pleine de purée.

Je secoue la tête négativement. Les délais ne sont pas encore terminés.

-Il nous reste encore deux semaines, je réponds.

Ma soeur ne semble guère apprécier l'idée de devoir attendre encore pour savoir qui sera choisie. Et tout compte fait, je suis d'accord avec elle. J'ai envie que cette mascarade se termine et que l'on retrouve un semblant de normalité. La Sélection est une épreuve plus stressante que ce que j'avais cru. L'idée que quelqu'un en ce moment même est en train d'évaluer ma fiche me glace le sang. Heureusement, je me répète, les statistiques sont de mon côté.

Non pas que je sois réputée pour avoir beaucoup de chance.

-Oh ! C'est trop long ! gémit ma petite soeur.

J'approuve aussitôt.

Mon père semble être amusé par le spectacle que nous offrons toutes les deux, à nous plaindre de devoir attendre tout en mangeant notre purée devant la télévision. May lui tire la langue, comme pour lui prouver qu'elle a conscience de ce qu'il pense et j'éclate de rire. Même si nous n'avons pas beaucoup d'argent, nous sommes une famille. En ce sens, nous sommes plus riches que bien des gens.

Et je suis en train de devenir mièvre.

-Il y avait beaucoup de monde devant le bureau administratif d'après ce qu'on dit, ils vont avoir besoin de plus de temps pour enregistrer toutes les filles, commente mon père.

-Oui. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de monde. Toutes les filles de la province veulent s'inscrire, tu avais raison.

Non pas que j'en avais sérieusement douté. Papa est brillant, et a aussi l'expérience de l'âge. Il est très rare qu'il se trompe. Ce qui fait de lui un atout non négligeable pour l'Etoile Polaire, qui ne cesse de lui envoyer divers courriers codés. Ces derniers ne sont compréhensibles que pour les personnes qui en qui August a le plus confiance, car on ne peut vraiment comprendre le texte qu'en ayant une Etoile-de-lecture.

Une Etoile-de-lecture (ou Pierre étoilée) est un faux diamant taillé de telle façon qu'une fois posé contre un papier, les images se déforment. C'est le code officieux de l'Etoile Polaire. Papa en a une, pour lire des courriers de second grade. Les pierres de premier-grade sont quasiment introuvables et uniquement aux mains des dirigeants de l'Etoile Polaire, pour éviter toute fuite. La tactique n'a pas failli depuis plus d'un siècle.

Les premières mesures de l'hymne national interrompent notre discussion et je reporte mon attention pleine et entière sur la lucarne. Sur l'écran, un drapeau d'Illéa flotte dans un vent fictif avant de disparaitre en fondu pour laisser apparaitre la famille royale. Le roi Clarkson est comme toujours debout sur l'estrade et entouré de ses conseillers. A sa gauche se trouve la Reine, sur un majestueux trône. Mais contrairement à d'habitude, ce n'est pas le ministre des finances qui est à sa droite. Mais un visage bien plus jeune : le Prince Maxon.

-Regarde, c'est ton petit copain, America ! s'exclame May en pointant du doigt la télévision.

Ce qui me fait rougir honteusement.

Debout dignement au côté de son père, Maxon n'a rien à envier à ce dernier. Le dos bien droit, les cheveux blonds un peu trop longs pour un Prince, il aborde fièrement ses habits militaires où diverses médailles sont accrochées au niveau de sa poitrine. L'épée qu'il a sur le côté gauche me rappelle notre rencontre, quand elle aurait pu si facilement me trancher la gorge, me parait déraisonnablement grande.

Sa posture est droite, sans être pour autant trop formelle. Un savant mélange entre le Prince et le soldat. Quelque chose de captivant se dégage de lui, et le roi Clarkson ressemble à une relique du passé en comparaison. Quand la caméra zoom sur le visage de l'héritier du trône, celui-ci lui accorde un petit sourire et un léger mouvement de la tête, comme pour reconnaitre chaque téléspectateur. Je comprends d'un seul coup bien mieux pourquoi August se méfie de Maxon : il est clairement totalement intégré dans le jeu politique.

Si toutes les filles de la région n'ont pas encore remplies le formulaire actuellement, elles n'hésiteront plus après un tel affichage. J'ai presque pitié pour les personnes en charge d'étudier les dossiers.

A côté de moi, May laisse échapper un gloussement.

-Il est beau ! s'écrit-elle.

La caméra pivote alors pour se concentrer sur la reine Amberly. Elle semble parfaitement sereine. C'est une fille d'Illéa, une roturière. Une Quatre. Et pourtant, elle cadre parfaitement dans l'image de la famille royale d'Illéa.

Enfin, la vidéo se concentre de nouveau sur le Roi qui entame alors un long et ennuyeux discours sur l'économie du pays. Il y a quelques années de ça, le Bulletin commençait toujours par la situation en Nouvelle-Asie. Mais depuis que la guerre a été évitée, le sujet de préoccupation majeure des privilégiés ne se résume qu'en un mot : argent. Vient ensuite les Renégats.

Le roi ajoute qu'un raid a été mené contre un camp rebelle, puis il cède le micro au porte-parole de l'équipe financière qui nous offre un laïus sur la gestion de la dette. Le directeur du Comité des infrastructures lui succède pour annoncer que la reconstruction de plusieurs autoroutes, laissées en ruine depuis la Quatrième Guerre mondiale, va démarrer d'ici deux ans. Puis le dernier orateur, le ministre des Événements, se présente sur l'estrade.

-Mesdames et messieurs, citoyens d'Illéa, bonsoir. Plus personne ne l'ignore désormais, les lettres qui annoncent l'ouverture de la Sélection ont toutes été distribuées via le réseau postal. J'ai reçu la première fournée de formulaires et j'ai la joie de vous annoncer que près d'un million de charmantes jeunes filles se sont déjà portées volontaires pour participer au tirage au sort !

La caméra se fixe de nouveau sur le Prince Maxon qui, cette fois-ci, nous offre un sourire rayonnant. May glousse de nouveau.

-Au nom de la famille royale, je vous remercie pour votre zèle et votre patriotisme. Si la providence est avec nous, nous fêterons avant le Nouvel An les fiançailles du prince Maxon avec une fille d'Illéa, aussi talentueuse que ravissante !

Je plains cette fois-ci franchement la pauvre fille qui sera obligée de l'épouser. Maxon est un manipulateur et un tombeur. Qui que soit la future Reine d'Illéa, elle n'aura jamais un mari fidèle. Ce qui me met inexplicablement en colère.

-Il va sans dire que nous avons prévu sur cette chaîne de très nombreuses émissions qui nous permettront d'aller à la rencontre de ces jeunes filles, de faire leur connaissance et seront également programmés des bulletins spéciaux qui suivront leur vie au palais. Et pour nous guider à travers cet événement exceptionnel, nous n'aurions pu trouver plus qualifié que le grand, l'immense, l'irremplaçable Gavril Fadaye !

Gavril Fadaye est présentateur à la télévision depuis aussi longtemps que je m'en souvienne. C'est un excellent orateur, mais un homme sans grandes convictions. Ce qui plait évidemment à la famille royale puisqu'il est l'un de leur interlocuteur privilégié. Si c'est lui qui présente La Sélection, c'est une raison de plus pour ne pas regarder les émissions. Même si c'est un crime non-officiel.

Gravil arrive rapidement sur le plateau en saluant tout le monde de tous les côtés. Il ressemble à un idiot dans un costume bleu trop serré, mais je dois être l'une des rares à ne pas mourir de plaisir en le voyant. Vraiment, cet animateur n'a rien de brillant. La seule chose qu'il a pour lui, c'est qui est capable de faire croire n'importe quoi à n'importe qui.

Bref, c'est un escroc de première. Encore un dans le merveilleux casting des hypocrites.

-Booonsoir, Illéa ! entonne-t-il. Permettez-moi d'abord de vous dire à quel point je suis ravi de participer, à ma modeste échelle, à cet événement exceptionnel qu'est La Sélection. Et je vais rencontrer trente-cinq jeunes beautés, parmi lesquelles notre future princesse ! J'ai un job de rêve, pas vrai ? Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, j'ai le plaisir et l'honneur d'échanger quelques mots avec le héros du jour, le prince Maxon.

D'un large geste du bras, il invite l'héritier du trône à prendre place en face de lui. Ce dernier n'hésite pas une seconde et se dirige d'un pas assuré vers l'unique siège libre.

Il sourit toujours ridiculement.

-Bonsoir, votre Altesse. Et bon retour parmi-nous ! enclenche Gravil avec entrain.

Les deux hommes se serrent la main rapidement.

-Merci Gravil. Je suis très heureux d'être de retour, constate Maxon en s'asseyant gracieusement.

Il se tourne ensuite vers le public et leur fait un signe de la main. Une salve d'applaudissement se répand aussitôt sur le plateau, transformant l'atmosphère froide en grand show.

Putain de manipulateur.

L'interview démarre :

-Puis-je vous demander comment ce sont passés ces dernières années au sein notre Armée ?

Je suis étonnée que Gravil ne commence pas directement par poser des questions sur La Sélection, avant de me rendre compte que c'est la première fois en trois ans que Maxon accorde une minute de son temps à la télévision. Il espère surement déclencher un nouvel élan de sympathie pour le jeune Prince.

Il ignore simplement que ce dernier n'a pas besoin d'aide pour ça.

-Bien sûr, répond Maxon. Ce sont les années les plus enrichissantes de ma vie. J'ai appris beaucoup de choses, auprès de personnes merveilleuses, tout en me rendant utile pour mon pays. J'en suis très fière.

A côté de moi, May est charmée. Mon père lui est curieux.

Je reste simplement septique : à quel point dit-il la vérité ?

-Ca n'a pas dû être facile d'être Le Prince au milieu de tous ces soldats. Pensez-vous avoir été traité différemment ? s'enquiert Gravil en se penchant en avant.

Je soupire. C'était exactement ce dont j'avais besoin : entendre les jérémiades d'un Un sur ses conditions de vies privilégiées. Je n'ai rien à faire de ses états-d'âme, je veux juste que cesse cette ridicule comédie.

-Je crois que c'était inévitable. Mes supérieurs attendaient beaucoup plus de moi que des autres. Et j'ai fait de mon mieux pour être à leur niveau d'exigence.

Le Prince semble être franc dans sa réponse, sérieux aussi. Et la communication passe parfaitement. Combien de fois cette scène a-t-elle été répétée à l'avance ?

-Pensez-vous qu'ils aient était trop durs avec vous ? demande l'animateur.

La question me semble tellement idiote et la réponse prévisible que je lève les yeux au ciel. Comme si l'héritier du trône pouvait critiquer publiquement son armée ! Ce serait une hécatombe. Même moi, avec mon niveau très limité dans tout ce qui est politisé, je n'ai aucun doute là-dessus. Maxon ne peut pas se permettre une réponse positive.

-Pas du tout. Ils ont été justes. Je suis destiné à devenir le chef de toutes les armées. C'est une responsabilité prestigieuse pour laquelle je me devais d'être préparé. Les décisions d'un Roi ont des conséquences sur tous ses sujets. Je n'ai pas le droit de me tromper. Vivre auprès de personnes ayant consacrés toute leur énergie à défendre Illéa au péril de leur vie nous apprend beaucoup de choses : la responsabilité, le courage, l'altruisme. C'était exactement ce dont j'avais besoin.

Sa réponse est exactement celle que j'attendais. J'aurais aimé y croire davantage, espérer que le futur Roi ait quelque chose à faire de son armée, mais j'en doute. Pour moi, il sait simplement mener la balance où il veut.

-Vous parlez avec beaucoup de sagesse pour une personne aussi jeune. On dit notamment que vous avez eu un rôle important à jouer dans le traité de paix entre Illéa et la Nouvelle-Asie. Est-ce vrai ?

Mon père se penche sensiblement vers l'écran de la télévision quand il entend cette question. Le traité de paix entre nos deux nations avait été aussi soudain que salvateur. Bien qu'il ne m'en est rien dit, je sais que papa a beaucoup discuté avec l'Organisation sur ce sujet. C'est donc tout naturellement qu'il est curieux. Maxon, lui, reste stoïque. Mais je devine facilement que cette question piège ne lui plait pas pour une raison ou une autre.

Surement car elle aura des conséquences sur son image.

-Ce sont des informations classées secret-défense et je ne peux m'attarder dessus. Ce que je peux dire cependant c'est que j'ai fait tout ce que je pouvais en tant que Prince comme en tant que Soldat. Et aussi que notre armée est fantastique.

Je ne sais pas ce que Maxon vient de dire de particulier -je suis une idiote pour tout ce qui est de la politique, je vais finir de me l'avouer- mais papa est enchanté. Ce qui veut dire que l'Etoile Polaire l'est également. Cependant, j'ai beau me triturer le cerveau, je ne trouve pas la réponse. N'étant pas aux faits de toute l'actualité, je ne vois rien d'exceptionnel à ses propos, si ce n'est une remarquable capacité à parler pour ne rien dire. Je pourrais en être jalouse, si je ne savais pas en faire de même.

A L'écran, Gravil passe une main dans ses cheveux et jette un coup d'œil au Roi. Il semble inquiet d'avoir dérangé Sa Majesté et doit craindre pour sa tête parfaite. Cependant, tout comme son fils, le Roi Clarkson est impassible. C'est même pire, il ressemble à un mort veillant sur un trésor et prêt à revenir d'outre-tombe pour le protéger. Le trésor en question s'entendant comme la notoriété de son unique fils.

Ne recevant aucune indication du Roi, Gravil reprend :

-On sent toute votre admiration pour notre Armée dans vos paroles. Voudriez-vous dire quelque chose à vos instructeurs ?

Maxon sourit de nouveau, mais d'un sourire amical, comme pour rassurer l'animateur. Ce qui non seulement détend l'atmosphère du plateau –qui commençait déjà à en pâtir-, redonne des impressions de « grand-show » au Bulletin et fait soupirer les demoiselles présentes dans le public. Le tout sans dire un mot. Juste en plissant la commissure de ses lèvres. J'en fronce les sourcils d'étonnement : comment peut-on faire ça ?

Je le déteste.

-Que je ferais tout pour me montrer digne de leur courage et de leur confiance. Qu'ils peuvent être fiers de qui ils sont.

A côté de moi, May applaudit avec les invités. Pas de doute, si elle en avait l'âge, ma petite sœur postulerait volontiers au Concours. Ironique comment sont les choses : je voudrais avoir la possibilité de récupérer mon dossier et le jeter à la poubelle.

Quand les applaudissements cessent, l'interview prend un nouveau ton.

-Sur des notes moins formelles, dans moins d'un mois trente-cinq jeunes filles vont s'installer chez vous. Votre sentiment ?

Le Prince se détend quelque peu en comprenant qu'il ne serait plus questionné sur l'Armée, mais sur La Sélection. Désinvolte, il répond :

-Je suis angoissé bien sûr, mais aussi impatient. J'ai hâte de rencontrer les jeunes filles d'Illéa et j'espère vraiment trouver celle avec laquelle je pourrais partager ma vie.

Ce qui me donne envie de vomir.

-Une dernière question, Votre Altesse, car le temps file. Quelles qualités doit avoir la femme idéale, à vos yeux ?

La question est tellement prévisible que je soupire de nouveau d'ennui. J'espère que l'interview va bientôt s'arrêter. J'ai juste envie d'aller me coucher et de ne plus entendre parler de Maxon pour les deux prochaines semaines.

-C'est une question difficile, répond-il. Je crois qu'elle doit être courageuse, déterminée et drôle. Mais ce ne sont que des qualités abstraites. Je crois aussi que j'aimerais surtout qu'elle soit funambule.

Le silence suit cette réponse inattendue. J'en reste interdite. Gravil aussi, à dire vrai.

Venait-il de dire funambule ?

-Funambule, votre majesté ? cherche-t-il à comprendre.

Le rouge me monte aux joues et j'ai envie de hurler toutes les insultes que je connais au Prince pour oser dire une bêtise pareille à la télévision. Devant tout Illéa ! Et je connais beaucoup d'insultes fleuries ! Ce qui serait totalement inutile puisqu'il ne peut pas m'entendre. Tout de même, l'idée est plaisante.

Cependant, je ne dis rien. Je suis bien trop mortifiée pour ça. Car non seulement, je sais ce que voulait dire le Prince, mais d'autres ont surement compris aussi. Aspen par exemple, qui est au courant de ma mésaventure. Regarde-t-il l'émission en ce moment? Si oui, a-t-il compris que le Prince parlait de notre rencontre ?

J'en ai presque la nausée, mais pas assez pour ne pas écouter la fin du Bulletin.

-C'est un secret, dit Maxon avec un clin d'oeil à la caméra.

Un geste qui ne manque pas de faire glousser la moitié des filles du plateau. Pas moi. Mon esprit est bien trop obscurci pour cela.

-Merci, Votre Altesse. Au nom du peuple d'Illéa, permettez-moi de vous souhaiter bonne chance, de tout mon coeur.

-Merci beaucoup, Gavril.

Nouvelle poignée de main.

-C'est ici que notre programme s'achève, mesdames et messieurs. Merci d'avoir regardé le bulletin du Capitole d'Illéa et à la semaine prochaine.

Musique et générique de fin. J'attrape la télécommande pour l'éteindre vivement. Je martèle tellement fort le petit bouton rouge que l'ancestrale machine grince sous mes doigts. Les grésillements disparaissent au moment même où ma sœur se retourne vers moi.

-Funambule ? Ce n'est pas ce que tu as écrit dans « hobbies » ? demande-t-elle.

Le souvenir de ce qui ne devait qu'être une blague, une sorte de vengeance infantile, me tord l'estomac. May a l'air inquiète. Je n'ai pas envie de l'angoisser pour rien. Je hausse les épaules avec une désinvolture feinte.

-Non, non. Absolument pas, je nie vindicativement.

Malheureusement, je sais que c'est faux.

o

Les jours qui suivent l'interview du Prince Maxon passent rapidement. Peut-être parce que je me retrouve dans une sorte d'état second, attendant patiemment mon exécution : le jour de la Sélection. C'est un comportement puéril, mais je me rassure en me rappelant que je ne suis qu'une « enfant ». On ne peut pas attendre de moi une attitude exemplaire.

Mon père semble avoir compris que le Prince a parlé de moi quand il a mentionné le funambulisme. Ce n'est pas étonnant : je lui avais raconté toute l'histoire de mon périple au château royal et ses facultés d'analyses sont exceptionnelles. Cependant, il ne m'a rien dit. Surement pour me consoler, ou pour me laisser me persuader que je n'ai rien à craindre. Je lui en suis reconnaissante.

Ce qui ne m'empêche pas de me triturer l'esprit pour essayer de comprendre ce que le Pince Maxon a voulu dire. Est-ce le hasard ou a-t-il voulu me faire comprendre qu'il m'avait retrouvé ? Un compliment ? Une blague pour lui seul comme j'en ai fait de même dans le questionnaire ?

Je n'en ai aucune idée et cela m'agace prodigieusement.

Contrairement à mon père, Aspen n'a pas manqué de me faire remarquer le vocabulaire employé par l'héritier du trône dès le lendemain. Evidemment, j'ai nié en bloc ses accusations, mais mon meilleur ami n'est rien si ce n'est aussi têtu que moi. Finalement, je ne lui ai pas parlé depuis presque deux semaines.

Ce soir, c'est le grand Soir. Avec un S majuscule, s'il vous plait. La Sélection va commencer officiellement dans quelques minutes et comme tous les habitants d'Illéa, toute ma famille se retrouve dans le salon pour regarder l'événement.

Contrairement au dernier Bulletin, l'ambiance est beaucoup moins joyeuse. Surement à cause de moi. Ce qui montre encore une fois toute la singularité de ma famille : toutes les autres sont en train de fêter la quasi-impossible victoire de leur fille. Nous, nous la craignons. Surtout moi, cela va sans dire.

Papa ne pipe mot, mais je sais qu'il est inquiet. Il a beau rabâcher que le risque -car il s'agit bien d'un risque- est quasiment de zéro, il n'en même pas large. D'une certaine façon, il se sent coupable de m'avoir convaincue de m'inscrire. C'est une culpabilité idiote : nous n'avions pas le choix. May essaye de nous calmer tous les deux en nous rappelant régulièrement qu'il n'y aura qu'une seule sélectionnée parmi toute la Caroline. Et que de toute façon, il est déjà trop tard.

Son inhabituel bon sens est déroutant, mais certainement pas rassurant.

-Tu ne manges pas ? me demande May.

Je jette un regard dépité à mon assiette. Normalement j'ai toujours bon appétit. Mais actuellement l'idée de manger alors que l'heure de la Sélection approche à grands-pas me parait déraisonnable.

-Je n'ai pas très faim, je réponds avec une petite voix.

Ce qui bien sûr agace profondément ma soeur. Elle n'arrive pas à comprendre quelle mouche nous a piqué mon père et moi depuis deux semaines. Ce qui est normal, puisqu'elle n'est pas au courant de ma visite-illégale au palais royal. Ça ne l'empêche pas de trouver honteux de gaspiller la nourriture.

-Oh, arrêtes de t'angoisser pour rien ! me reproche-t-elle en levant sa fourchette vers moi d'un air accusateur.

Le geste est ridicule. Risible même. Elle ressemble à une petite folle échappée d'un des rares hôpitaux a toujours fonctionner. Ca ne l'empêche bien sûr pas d'être, à mes yeux, la plus jolie des petites-sœurs au monde. Mon avis est surement biaisé par l'affection que j'éprouve pour elle, mais je m'en fiche. May est simplement incroyable.

-Je ne veux pas être sélectionnée, c'est tout, je rétorque pour la forme.

Mon argument boiteux la décourage de me faire retrouver du bon sens.

-Manger ou non ne changera rien à la situation, philosophe mon père.

J'avale une bouchée de pomme-de-terre pour leur faire plaisir, je la mastique trop longtemps dans ma bouche, au point qu'elle perd son bon-goût. Les pommes-de-terre représentent notre repas quotidien car le prix est accessible. Le féculent pousse en abondance en Caroline et nous avons appris à le cuisiner sur toutes ses formes.

Assit tranquillement, mon petit frère joue en attendant que démarre le Bulletin. Ses jouets en bois sont usés, mais je sais qu'il ne les quitterait pour rien au monde. Toute comme son ballon de football. Gerad espère un jour faire partie d'une équipe de footballeur. Il n'a pas encore vraiment assimilé la notion de « caste » et je n'ai absolument pas envie de lui expliquer pourquoi il ne peut pas faire ce qu'il veut. Il n'a aucun talent artistique, si ce n'est celui de tous nous attendrir avec ses regards innocents. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'il en reste ainsi. Je ne veux pas qu'il grandisse trop vite, comme May et moi.

Je le fixe pendant une longue minute quand il pose soudain une question qui me coupe définitivement l'appétit.

-Papa, maman avait participé au tirage au sort elle aussi? demande Gerad.

May et moi échangeons un regard significatif. Nous ne parlons presque jamais de maman entre nous. C'est un sujet interdit qui ramène toujours beaucoup de souffrances. Surtout à mon père. Il a eu le coeur brisé après la mort de maman et n'a tenu que pour nous. Pendant plusieurs mois, il avait même retiré tous ses portrais de la maison.

J'en garde un somptueux de ma mère dans le plus beau cadre que je possède, dans ma chambre. Sa place de choix, sur ma table de nuit, en fait mon interlocuteur préféré et le réceptacle de tous mes secrets.

Je m'apprête à changer brusquement de sujet quand mon père rompt le silence pesant.

-Non, mon chéri. Ta mère était trop jeune à l'époque. Mais j'ai eu de la chance, cela m'a permis de rencontrer ta mère, répond mon père doucement.

Sa voix est faible, hésitante et reflète encore la souffrance que sept années n'ont pas encore réussies à alléger. C'est tellement rare que papa parle de ma mère que je ne peux m'empêcher d'être curieuse. J'en oublie pour un temps mes soucis et me concentre sur lui.

Je n'ai jamais entendu cette histoire.

-Comment ça ? demande cette fois May.

Elle n'avait que six ans quand maman est morte. Ses souvenirs sont vagues et elle ne se souviendrait même pas de son visage s'il n'y avait pas les photographies accrochées dans la maison –une fois le seuil de papa passé, il avait noyé la maison sous ses souvenirs. Comme tout le monde, elle a soif de connaissance.

Elle en laisse même ses pommes-de-terre dans son assiette, ce qui équivaut à un quasi-miracle. Enfin, si l'on peut considérer l'abandon de nourriture comme un prodige. Ce qui, au regard de nos revenus, n'est pas le cas.

-Ta mère avait organisé une manifestation pour qu'il n'y ait pas de limite d'âge pour s'inscrire à La Sélection. Elle avait même inventé une chanson pour l'occasion. « L'âge de raison comme quand on sait écrire des chansons ». C'était ridicule, mais aussi adorable. Elle est restée pendant deux jours devant le bureau administratif et sa voix n'a pas faibli une seule seconde. Je n'ai aucune idée de la façon dont elle a tenue bon, mais elle a forcé l'admiration de bien des gens. Je suis allée la voir et je lui ai dit qu'elle avait une voix merveilleuse. Elle m'a promis de chanter pour moi plus tard si je lui donnais ce qu'elle voulait : de l'amour. J'ai demandé sa main à son père le soir même.

Un long silence suit le récit de mon père. J'essaye d'imaginer mes parents plus jeunes et la détermination de ma mère. Papa me dit toujours que je tiens son entêtement de lui. Après cette histoire, je crois que je peux affirmer que je le tien des deux. Ce qui me rend que plus fière de mon tempérament têtu, voire borné.

-J'aurais voulu qu'elle chante pour moi aussi, déclare Gerad en levant les mains vers le ciel.

Le petit geste me met les larmes aux yeux et je me sens encore bien plus ridicule de m'inquiéter pour quelque chose d'aussi triviale qu'un tirage au sort truqué dans lequel je suis presque certaine de ne pas être retenu, quand des choses bien plus graves se passent. Comme un enfant pleurant sa mère inconnue.

-C'est l'heure, constate May.

Je regarde à mon tour la grande horloge dans le salon. En effet, il est presque huit heures. Je prends la télécommande et j'allume la télévision. Il y a encore des publicités idiotes pour le moment. D'après ce que j'ai pu comprendre, certaines personnes sont prêtes à dépenser des sommes gigantesques pour que leur réclame passe avant La Sélection.

Ce qui est totalement idiot : personne ne s'intéresse le moins du monde aux produits en ce moment. La seule chose qui passionne les habitants d'Illéa c'est les résultats de la Sélection. Les filles de mon âge attendent de savoir si leur vie va être bousculée du jour au lendemain. Peut-être qu'elles pensent aussi à l'état de leur coiffure ? Je n'en ai aucune idée.

Au final, après encore deux minutes de publicités, La Sélection commence enfin. L'emblème national apparaît à l'écran tandis que l'hymne retentit.

A mon grand étonnement, je suis bien moins stressée que quelques heures plus tôt. J'ai l'impression d'être délivrée et de ne plus rien avoir à craindre. J'en regrette presque de ne pas avoir terminé mon assiette et d'avoir ressemblé à une telle idiote devant toute ma famille.

Non pas qu'ils m'en tiendront rigueur. Quoi que, connaissant May, elle pourrait bien se moquer de moi pendant quelques années. Cette pensée termine de me détendre.

Vraiment, je suis irrécupérable.

L'image du Roi Clarkson est la première personne que l'on voit apparaitre, en fondu devant le drapeau national. Même moi, je vois bien que ses vêtements sont d'encore meilleure qualité que d'habitude et que ses cheveux sont impeccablement brossés. Ce qui est fort logique : l'émission est surement retransmise en directe dans les télévisions du monde entier.

La Sélection est un événement international extrêmement rare, après tout. Un moment où Illéa peut briller de sa jeunesse et de ses traditions monarchiques. Une histoire grotesque, mais qui passionne toutes les femmes au foyer désespérées. Dans quelques heures, les premières spéculations sur les candidates vont commencer. S'en suivra un marathon effréné, entouré de parieurs, qui essayeront de deviner qui sera la plus amène de prendre la couronne d'Illéa.

Comme à son habitude, le Roi aborde rapidement les sujets économiques et le bon fonctionnement du système. Encore plus que tout autre jour, il vente la puissance du pays pour les spectateurs étrangers. Mais cela n'intéresse personne aujourd'hui et Sa Majesté termine vite son discours. Il laisse la parole pendant quelques secondes au ministre des événements avant que ce dernier ne passe le micro à Gravil.

L'animateur a sortit son plus beau costume lui aussi et a dû se payer un lifting pour l'occasion. Bien que je ne puisse pas en être certaine, j'ai même l'impression qu'il s'est maquillé. Ce n'est guère étonnant, c'est la réalisation de tout une vie de présenter une Sélection.

La caméra le suit jusqu'à l'endroit où il retrouve la famille royale avant de centrer sur le Prince Maxon. Je grimace.

-Wow ! Le Prince est vraiment Canon! s'écrie May.

Je ne sais pas ce qui est le pire : le fait qu'elle ait raison ou son approbation de l'ennemi. Même moi je ne peux pas nier que l'héritier royal d'Illéa est à tomber par terre aujourd'hui. Il a troqué ses vêtements militaires pour des vêtements plus simples : un tee-shirt blanc, une veste noire et un pantalon coupé droit. Ce qui somme toute n'a pas l'air particulièrement distingué, mais est ravageur. Contrairement à sa dernière interview, ses cheveux sont d'un désordonné sophistiqué et encadrent parfaitement un visage angélique.

En conclusion, il ressemble à un mannequin des grands magazines et doit faire baver unanimement les filles d'Illéa. Ce qui a le don de me mettre de mauvaise humeur.

-C'est un idiot, dis-je avec colère.

Mon caractère amuse ma petite sœur et je lui mets un coup de coude pour ne pas qu'elle se moque de moi. Pendant ce temps, Gavril commence à interviewer le Roi. Encore une fois, je ne peux que constater le fossé qui existe entre le père et le fils : Maxon tient évidemment plus de sa mère.

-Bonsoir, Votre Majesté, salue poliment l'animateur.

Le Roi lui offre un sourire qui me fait froid dans le dos.

-Gavril, c'est un plaisir de vous retrouver.

May soupire, déjà lassée d'attendre les résultats. Personne n'a envie d'écouter le Roi ce soir. La seule chose qui intéresse le peuple, c'est le Prince et les futures candidates.

-Alors, nerveux ? demande Gravil au prince.

Il n'a aucune raison de l'être, lui.

-Et comment ! J'ai assisté hier à une partie du tirage au sort. Le hasard a bien voulu désigner de très jolies jeunes filles.

Assisté au tirage au sort ! Tu parles ! Le Roi a surement choisi lui-même toutes les prétendantes de son fils, ce qui a au moins le mérite de me soulager : il ne m'aurait pas choisi moi. C'est quand même fichtrement dégoutant de prétendre donner sa chance à tout le monde et, finalement, de choisir des filles selon des critères qui me dépassent. Que peut-on bien chercher pour trouver une royale-épouse ?

-Vous connaissez déjà l'identité des heureuses élues, alors ? demande Gravil.

L'excitation monte d'un cran dans le studio.

-Quelques-unes, oui.

Bien évidemment, Gravil veut en savoir plus. Il se tourne vers le prince qui n'est pas le moins du monde intimidé par son futur interlocuteur. En fait, il semble parfaitement détendu, comme s'il s'agissait d'une soirée comme les autres pour lui. Et non du jour où on lui impose un nombre de prétendantes limitées.

Stupide Prince.

-Votre père vous a-t-il confié quelques secrets, prince Maxon ? tente le présentateur en essayant d'avoir l'air complice.

Ça ne marche pas. Mais alors pas du tout. Je ne vois pas comment il pourrait y avoir une quelconque complicité entre ces deux hommes diamétralement opposés, unis seulement sous l'égide des faux-semblants.

-Pas du tout. Je voulais garder la surprise intacte, répond l'héritier de sa voix de ténor.

La même que celle qu'il avait utilisé à mon oreille et qui m'avait faite frissonnée comme une enfant effrayée.

Gavril s'adresse ensuite à la reine Amberly :

-Votre Majesté, un conseil pour les jeunes candidates ?

Si j'étais dans sa situation, le seul conseil que je pourrais donner serait celui de fuir le plus loin possible. Si j'ai pitié de la future épouse du Prince, j'ai encore plus pitié sa mère : être l'épouse de Clarkson devrait être une peine reconnue dans un Code.

-Profitez de votre dernière nuit en tant que jeune fille normale, si je puis m'exprimer ainsi, répond-elle avec un sourire gracieux. Demain, votre vie va basculer à tout jamais. Et j'ajouterai un conseil qui peut sembler éculé, mais qui m'apparaît toujours d'actualité : soyez vous-mêmes, mesdemoiselles.

Être soi-même. Quel étrange conseil.

-Sages paroles, Votre Majesté, très sages paroles. L'heure est venue de révéler l'identité des trente-cinq candidates tirées au sort pour la Sélection. Mesdames et messieurs, je vous demande de féliciter avec chaleur nos chères filles d'Illeá !

L'emblème national surgit soudain. Tout en haut de l'écran, le visage de Maxon s'inscrit dans une lucarne. Je m'enfonce profondément dans mon fauteuil comme pour essayer de me cacher dedans. Mon père est livide et ma soeur ne tient plus en place. Même Gerad se laisse emporter par l'humeur générale et se met debout pour mieux voir. Gavril tient dans sa main les fiches qui portent le nom des trente-cinq chanceuses dont la vie, pour citer la reine, va basculer à tout jamais.

L'angoisse revient doucement et une boule se forme dans ma gorge.

Je prie tous les dieux que je connais pour que mon nom ne soit pas là-dedans.

La Sélection commence.

-Mlle Elayna Stoles, de Newport, grade Trois.

Le portrait d'une jeune fille frêle au teint de porcelaine apparaît à l'écran. Elle a quelque chose d'aristocratique dans la manière dont elle se tient et rien qu'en voyant son visage je sais que toute la Sélection est truquée.

Ce n'était pas possible qu'une fille comme ça soit tirée au sort. Elle est trop… parfaite.

-Mlle Tuesday Keeper, de Waverley, grade Quatre.

La deuxième fille à apparaitre à l'écran a les cheveux aussi roux que les miens. Mais contrairement à moi, son visage est constellé de taches de rousseur. Plus âgée que moi, elle me parait aussi bien plus agréable à supporter que la fille précédente.

Du coin de l'œil, je vois Maxon sourire en la découvrant et j'ai l'intime conviction que cette fille va rester longtemps dans la compétition.

-Mlle Fiona Castley, de Paloma, grade Trois.

Fiona est une brune au regard de braise. Et le moins que l'on puisse dire est qu'elle est magnifique. Trop peut-être même. Contrairement à Tuesday, le Prince ne sourit pas.

Gravil prend une nouvelle fiche et annonce le prochain nom :

-Mlle America Singer, de Caroline, grade Cinq.

Mon coeur s'arrête alors que je découvre, mortifiée, la photographie prise deux semaines plus tôt au bureau administratif. Mes cheveux roux semblent briller de mille feux avec la lumière artificielle et mon teint parait plus net que d'habitude. Mes yeux pétillent de malice et mon sourire est resplendissant. A dire vrai, c'est la plus belle photo de moi que je n'ai jamais vu.

Ma première pensée après le choc est que je vais tuer le photographe.

Ma deuxième pensée, que la surprise que je ressens se retranscrit parfaitement sur le visage de Maxon quand il découvre lui aussi ma photo. Si j'avais été en pleine disposition de mes moyens intellectuels, j'aurais surement compris qu'il n'avait vraiment pas été responsable de ma Sélection.

Mais mon cerveau semble être parti en vacances avec les dieux que j'ai implorés : ils n'avaient clairement pas pris le temps d'exaucer mon souhait.

-Ce n'est pas possible, s'étrangle mon père.

Les paroles de papa me sortent de ma transe. Je détourne mon regard de la télévision, où ma photo disparait pour être remplacée par celle d'une certaine Céleste, pour le regarder. Je vois qu'il tremble comme si c'était lui qui allait devoir participer à La Sélection. J'essaye de lui offrir un sourire réconfortant, mais mes lèvres se mettent à trembler. Je retourne de nouveau mon regard vers la télévision. Maxon semble rayonner de bonheur.

Je pose une main sur ma bouche et me lève d'un bond.

-America ! s'écrie ma soeur en essayant de me rattraper quand je manque de m'écrouler.

Mes premières paroles sont à la hauteur que mes premières pensées. Je lui réponds :

-Je crois que je vais vomir.

Je passe devant elle pour me précipiter vers la salle de bain. Je ne m'arrête même pas pour répondre au téléphone. Je le laisse sonner, ferme la porte à clé et je m'assois sur le rebord de la baignoire.

Au loin, j'entends mon père répondre au coup de fil.

Il le fera beaucoup cette semaine.


Et voici encore un nouveau chapitre. Vous remarquerez que je n'ai pas changé les dialogues originaux du Roi et de la Reine. Pourquoi? Car je trouvais que cela n'avait aucun intérêt, simplement. Et puis, c'est aussi une revisite du Tome 1 alors... De la même manière, les candidates sont les candidates originales. L'univers est assez large pour qu'il ne soit pas nécessaire de créer un OC (c'est dommage, moi qui adore ça).

J'espère que vous avez aimé ce chapitre,

Un commentaire fait toujours plaisir.

Bises,

Kallen