Uech! Deuxième chapitre du recueil! Bonne lecture!
Le prédateur
-Putain !
Je frotte vivement mon genou à travers le pantalon noir de mon costard noir en serrant les dents avec force, pestant de mauvaise foi contre les tables basses prétendument diaboliques. J'entends la porte de l'entrée claquer et distingue vaguement Mathieu jeter son sac de cours au sol. J'essaye de me relever et me traine jusqu'à la forme que je crois être le canapé avant de me hisser dessus avec précaution. Une fois calé dedans, je prends sur moi pour appeler mon créateur sans paraître paniqué :
-Mathieu ! Viens !
Depuis quelques semaines, nous n'avons pu nous retrouver seul à seul. Il trotte gaiement jusqu'au salon et je sais qu'il est là lorsque je vois une tache sombre que je décide être sa silhouette dans ma vision. Il devait avoir un verre dans la main et la surprise a due le lui faire lâcher en me voyant car quelque chose tinte contre le tapis cachant du carrelage.
-Putain…, souffle-t-il alors que je regarde obstinément en face de moi.
Il s'assoit d'office à califourchon sur mes genoux pour m'examiner en tenant ma tête entre ses mains chaudes.
-Tes yeux…
-Ouais, je sais. , grogné-je pour ne pas perdre un minimum la face.
-T'as plus de pupilles… Ils sont… Bleu translucide. Complètement. C'est beau mais putain Patron…
-En rajoute pas gamin. Tu sais ce que j'aie ou non ?
-Ma mère avait la même chose… Mais là c'est trop avancé pour qu'on puisse faire quoique ce soit. , ajoute-t-il pour lui-même d'une voix angoissée.
-Alors ? , repris-je, impatient.
Je l'entends inspirer un grand coup avant de lâcher d'une voix calme :
-Glaucome. Tu vas devenir aveugle.
-Putain !
Deuxième de la soirée. Original. Instinctivement, mes mains se posent sur les épaules du jeune homme sur mes genoux et je le pousse violemment sur le côté pour me relever. Je tente quelques pas rapides pour rejoindre les escaliers mais mes pieds se prennent dans le tapis. Par réflexe, je tends mes bras pour amortir ma chute. Mais ma tête ne heurte pas le sol. Mathieu m'a ceinturé de ses bras pour me retenir. Je laisse échapper un discret soupir. Une fois redressés, il cale sa tête au creux de mon cou en se logeant un peu plus contre mon dos et me berce doucement. Je laisse ma tête aller sur son épaule et il en profite pour me chuchoter :
-Laisse-moi t'aider.
Je me raidis et crache :
-Et comment tu veux faire ? Tu penses pouvoir me rendre la vue par un miracle, hein ? Tu penses pouvoir tout gérer et tout faire parce que tu m'as crée ?
-C'est pas ce que j'aie dit. , répond-il sans hausser le ton comme moi, en continuant de nous balancer tranquillement.
-Alors comment est-ce que tu penses pouvoir m'aider ?
Malgré mon ton tranchant, il me retourne doucement jusque lui et je sens plus que je ne vois toute la tendresse de son regard posé sur moi.
-En te faisant percevoir les choses autrement qu'avec ta vue.
Ses doigts vont jouer et décoiffer mes cheveux en de longs vas et viens appuyés.
-Je ne suis pas censé devoir faire sans ! Un prédateur tient son titre au fait qu'il peut avoir confiance en deux de ses principaux sens dont il se sert soient l'ouïe et la vue !
-Mais tu vas perdre ton acuité visuelle Patron, c'est un fait. , réplique-t-il calmement.
Mathieu pose ses mains dans le creux de ma taille, y dégageant quelques frissons.
-Alors laisse-moi faire de toi un prédateur plus… Intuitif…, propose-t-il sensuellement.
Même dans mon état de stress actuel, il arrive à me coller une mi-molle rien qu'avec sa voix. Il ricane et je suis surpris de sentir la chaleur d'une main s'emparer de mon entre-jambe.
-Ou alors laisse-toi perdre le contrôle. , poursuit-il, taquin.
Je crochète mes mains derrière sa tête pour l'attirer à moi et plaquer sa bouche contre la mienne dans un délicieux claquement de dents pour un baiser furieux.
-Jamais. , soufflé-je. Apprends-moi.
J'entends sa bouche s'ouvrir en un sourire sincère.
-Ne bouge pas.
-Où veux-tu que j'aille ? , grogné-je, malgré tout amusé.
Ses pas précipités quittent le salon pour se perdre dans la montée des escaliers puis décroitre dans le couloir avant de faire le chemin inverse, tout aussi rapidement. Une fois de retour, un Mathieu légèrement essoufflé agite quelque chose devant ma vision qui ne distingue que les contours fuyants d'un objet noir.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Un bandeau. Cadeau de ta part que j'aie trouvé dans ma chambre après une petite soirée…, souffle-t-il d'un ton joueur.
Je ne relève même pas le ton taquin et attaque :
-Sérieusement Math', j'ai pas besoin de ça pour ne plus rien voir.
-Oui c'est vrai. , admet-il en installant le bout de tissu sur mes yeux. Mais tu en as besoin pour t'y préparer.
Ca y est, je suis plongé dans le noir. J'ai beau ouvrir grand mes yeux, je ne vois que ça. Alors dans quelques temps, je ne verrai plus que comme ça jusqu'à la fin de ma vie ? Mathieu m'ordonne :
-Repère-moi dans la pièce.
Puis il s'éloigne. Quelques secondes plus tard, je m'exclame, impatient :
-Mais j'en sais rien ! Parle et je pourrais peut-être savoir où tu es !
Mathieu ne me répond pas. Le silence se presse dans mes oreilles d'une manière désagréable et j'en viens à me demander s'il n'est pas parti. Mais je me ressaisis bien vite : je sais qu'il ne le ferait pas. Alors je me concentre pour parvenir à entendre le seul son qui peut me révéler sa présence : sa respiration. Je fais abstraction de la mienne pour étendre mon écoute à toute la pièce. C'est d'abord un bruissement que je perçois. Puis le son s'affirme à mesure que j'écoute.
-Tu es à ma droite. , souris-je, sûr de moi.
Je suis la progression de la respiration dans la pièce jusqu'à l'entendre juste derrière moi et la sentir dans ma nuque par vagues. Je me retourne et lance mes mains à la recherche du corps de Mathieu. Mes doigts trouvent son t-shirt et l'agrippe pour l'attirer avec force jusqu'à moi. J'emprisonne ses hanches dans mon étreinte tandis qu'il me murmure, appréciateur :
-Bien… Vraiment bien.
Une sensation humide et chaude passe sur mes lèvres. Mon souffle se presse un peu plus tandis que mon créateur reprend :
-A partir de maintenant, il faut que tu utilises ta mémoire, tes mains et les sons pour te repérer. N'oublie pas que quand tu passes devant une porte ouverte, le son de l'écho de tes pas change. Tu retiendras ?
-Je ne suis pas demeuré.
-Je sais, ce n'est pas ce que j'aie dit, encore une fois. , s'amuse-t-il. Je te fais visiter la maison ?
Avec patience, il me guide dans la redécouverte de notre habitat, me faisant toucher, sentir, écouter différentes choses pour que je sache où je me trouve.
-Et donc la dernière pièce…
-La cuisine. , affirmé-je.
-Oui ! Comment… ?
A son ton incrédule je réplique en le coupant :
-La mémoire. Tu n'avais pas encore cité la cuisine.
-Tu apprends vite Patron… On passe à la leçon suivante ? , minaude Mathieu.
-Qui est ? , demandé-je, rendu impatient par le ton employé.
-Savoir laisser ses sens prendre le dessus. , clame-t-il d'une voix rauque.
Mon dos heurte une surface dure et je sens les deux mains coupables de mon élan sur mes pectoraux avant qu'elles ne glissent avec empressement jusqu'aux boutons de ma chemise pour les arracher. La bouche qui s'empare de mon cou et les mains fourrageant sauvagement dans mes cheveux rompent ma décision d'arrêter Mathieu. Je laisse ma tête basculer en arrière. Les sensations amplifiées par le manque de ma vue, mon bas-ventre s'enflamme assez vite sous le désir et le plaisir qui affluent par les caresses diablement sensuelles que me procurent le lycéen.
Pour la première fois de ma vie, je me laisse délibérément emporter par mes sensations et grogne au souffle chaud qui brûle un peu plus ma peau pendant qu'il descend jusqu'à ma ceinture en de multiples morsures et coups de langue. Je tente de retenir Mathieu lorsque je le sens se détacher de moi pour s'éloigner mais le laisse faire, quand, intrigué, je l'entends fouiller dans le frigo.
Deux mains s'agrippent férocement à mes hanches et le souffle impatient revient s'écraser contre mon torse en sueur, doublé par une délicieuse morsure gelée qui m'arrache de vibrants frissons. Les deux se promènent de mon sternum jusqu'au bas de mon ventre, alimentant furieusement mon désir. J'accroche la chevelure de Mathieu en ondulant des hanches. Fébrilement, je demande de ma voix lourde d'envies :
-Qu'est-ce que c'est ?
La froide brûlure se pose sur ma bouche. Des lèvres chaudes se plaquent sur les miennes, poussant le froid à l'intérieur de ma cavité buccale. Un glaçon. Je le lèche pensivement.
-Maintenant je dois appliquer la théorie de la leçon, pas vrai ?
Le soupir frémissant de Mathieu qui ondule ses hanches contre mon bassin m'achève. Je prends sa nuque d'une main et à peine mes lèvres sont elles collées aux siennes que je force l'accès à sa bouche par une langue s'y insinuant avec malice. Je caresse langoureusement la sienne puis lui tire un gémissement dément de plaisir en rajoutant le reste du glaçon, le faisant glisser entre nos deux langues.
J'inverse alors nos places et le coince entre le mur et moi puis passe une main impatiente dans son pantalon après avoir calé ma cuisse entre ses jambes. Ses soupirs excités et erratiques m'excitent et je les module en gémissements lorsque je passe un doigt le long de sa verge tendue.
-Pa… Patrooon !
-Si tu n'arrêtes pas immédiatement tes geignements du pucelle en chaleur, je te défonce le cul, tu le sais ça ?
-Ouii-aah !
-C'est ce que t'attends, hein ?
Le long frisson tremblant de Mathieu que je sens vibrer contre ma peau répond à ma question. Satisfait, je le laisse en plan dans la cuisine, à moitié défroqué, dans un cri de protestation. Je lui lance en arrachant le bandeau de mes yeux :
-Fin de l'exercice pratique. T'as été un très bon prof, merci !
Je laisse glisser ma main le long du mur pour ne pas tomber et me repérer. Ses pas me poursuivent.
-Eh l'infirme !
Le ton employé ne me permet pas d'être en colère malgré le surnom. Je fais volte-face par habitude avant de me rendre compte que de toute façon je ne le verrai pas.
-Quoi ?
-Reviens-là et finis ce que tu as commencé. , réclame-t-il.
Sa voix et la façon dont il a de me parler ravive un peu plus ma douloureuse érection.
-En théorie ou en pratique ?
Mathieu m'ordonne simplement de sa voix chaude :
-Reviens et baise-moi.
Oui j'ai osé. :3 J'étais obligée de rendre le Patron presque aveugle. C'était plus fort que moi. Alors, qu'en avez-vous pensé? :)
