Wesh les gens! Ouais j'ai mis du temps à le publier alors qu'il était prêt celui-ci. Mais bon vous savez ce que c'est les TPE, tout ça tout ça... Merci de vot' patience. :') (même si je sais qu'en y a au moins une qui piaffait plus ou moins d'impatience pour savoir quel serait le prochain pairing. (; Poutoux à toi et à deux heures du mat', comme d'hab' :3 )
Bonne lecture! :)
Les paradis artificiels
La douleur me réveille d'un seul coup et mon souffle se coupe dans une plainte aigue. Mes mains tremblantes partent à la recherche de la table basse et mes doigts tentent de distinguer mon briquet dans les reliefs des multiples objets qui y sont posés. Je souffle à fond pour essayer de calmer la souffrance qui grimpe le long de ma jambe à mesure que mes muscles se crispent. Mon briquet entre mes doigts malhabiles, je tente de l'ouvrir et l'actionner pour allumer le reste de joint qui pendouille au coin de ma bouche. Mais je suis trop paniqué pour contrôler mes gestes et ma jambe que je sens paralysée par mes muscles douloureusement contractés n'arrange rien. Mon briquet tombe dans un bruit mat sur le tapis.
Mes yeux grands ouverts dans l'obscurité que mes lunettes de soleil opacifient un peu plus, je laisse ma respiration se saccader, s'amoindrir et se presser dans le silence du salon. Jusqu'à ce qu'une main apaisante se pose sur mon épaule dans un geste sec et me tire de ma solitude face au mal qui me prend. J'entends un cliquetis et l'instant d'après, une flamme danse devant mes yeux. D'un même mouvement nous nous rapprochons et après un bref contact, je peux inhaler la fumée bienfaitrice. Mon sauveur garde le silence pendant que j'attends de sentir à nouveau des sensations dans ma jambe.
-Qu'est-ce qui ce serait passé si je n'étais pas intervenu ?
Malgré les brumes nouvellement installées dans mon esprit, je reconnais la voix nasillarde.
-J'sais pas gros. , mentis-je dans un souffle.
-Je vais te le dire, moi. Tu serais entièrement tétanisé sans possibilité de retour en arrière. Tss.
Un froissement de sa blouse bruisse à mon oreille tandis qu'il se relève vivement.
-Comment as-tu pu à ce point laisser la drogue contrôler ton corps ? , lance-t-il d'un ton méprisant.
J'aspire une nouvelle bouffée en remuant doucement ma jambe.
-Emmène-moi à la fontaine magique gros.
Un silence.
-Je suppose que c'est une requête implicitant un léger état de déshydratation provoquant une soif ?
J'hoche lentement la tête sans comprendre pourquoi est-ce qu'il se sent toujours obligé de faire des phrases aussi compliquées. Les miennes sont tellement plus évidentes… Mais j'aime bien quand même les siennes. Un sourire béat creuse ma bouche quand je vois le visage du Prof grâce à la lumière qu'il vient d'allumer.
-J'espère que cet éclairage ne te dérange pas ? Je sais que tu es photosensible alors… , explique-t-il en me relevant.
-C'est pour ça que j'aie mes lunettes gros.
Son corps contre le mien se raidit un instant avant qu'il ne rit en se relâchant d'un coup.
-Oui… Oui bien sûr, quel idiot je fais.
-T'es pas idiot gros.
D'un mouvement prévenant quoiqu'un peu nerveux, il me tire une chaise de la cuisine où je m'affale. De ses gestes secs et précis, il me remplit un verre d'eau avant de me le tendre pendant que j'écrase la fin de mon joint dans le cendrier commun qui trône au centre de la table. Je bois l'eau fraîche par petites gorgées bienheureuses sous l'œil attentif du Prof. Au bout d'un instant il reprend :
-Tu ne peux pas rester comme ça. Il faut que tu te fasses aider Hippie. Je le peux si tu le souhaites.
-Tu comprends pas gros…
Ses épaules s'affaissent brusquement mais il reste droit. J'enchaîne de ma voix traînante :
-J'ai pas choisi de me droguer. Pas vraiment. C'est juste le seul moyen que j'ai trouvé pour empêcher la montée de mes crises. Y a que ça qui arrive à détendre mes muscles et bloquer la souffrance en me plongeant dans un ailleurs factice.
Mes yeux se perdent dans sa tignasse ordonnée par ses mains aux tics incontrôlés lorsqu'elles sont au repos. La fin des effets du peu de reste de joint que je viens de fumer me rend plus loquace et plus lucide, sans que je m'en rende vraiment compte. Le Prof ne s'en étonne pas.
-Depuis combien de temps ? , me coupe-t-il.
-Depuis que je suis apparu.
-Hippie ! Tu aurais pu…
-Je savais pas quoi faire gros. Je me sentais seul. J'voulais pas vous inquiéter. Alors j'ai fait de mon personnage une réalité.
Son regard dur me force à baisser ma tête, honteux.
- Comme j'avais de toute façon hérité des expériences adolescentes de Mathieu, j'ai été crée avec ça en moi. , tenté-je de me justifier.
-Tu aurais dû m'en parler Hippie. , réplique-t-il sèchement.
Sa voix que j'entends pour la première fois tremblotante me brise le cœur. Ma main part naturellement chercher la sienne pour l'étreindre. D'abord surpris, il finit par laisser ses doigts s'entremêler aux miens avec douceur.
-J'voulais pas t'inquiéter non plus gros.
« Surtout pas toi. », chuchoté-je inaudiblement.
-Mais j'aurais pu t'aider enfin !
Ses yeux d'un bleu tranchant cherchent les miens. D'une main mal assurée, j'enlève mes lunettes, les poses lentement sur la table en laissant le temps à mes yeux de s'habituer à la faible lumière qui ne fait que nous parvenir du salon.
-Comment puis-je t'aider Hippie ? , me demande-t-il calmement.
Je relève mes yeux pâles dans les siens. Par réflexe, ma main part remettre correctement ses lunettes dans un geste tendre. Son regard brillant continue de me fixer sans perdre une miette de mes mouvements.
-Veux-tu que j'en parle à Mathieu ?
-C'est pas la peine.
-Mais alors… Qu'est-ce que je peux faire pour toi Hippie ? Dis-moi !
Avec surprise, je découvre que son pouce caresse longuement mes phalanges. Je me plonge dans la sensation de bonheur grisante que ce contact me procure pour enfin formuler ma demande.
-Tu peux rester avec moi gros?
-Quoi ? Comment ça… ? Juste ça ?
D'une voix douce je réponds :
-Oui. Me laisse pas gros. Aide-moi à oublier la douleur. Deviens ma drogue. , proposé-je avec des yeux rieurs quoique sérieux pour une fois.
Le Prof le sent et me considère longuement sans rien dire, se contentant de parfois regarder nos doigts entrelacés. Il se racle finalement la gorge avant de me sourire en me pressant doucement la main.
-Je reste alors. C'est promis.
Théoriquement, cet OS clôture le recueil. N'oubliez pas de me dire ce que vous en avez pensé si le coeur vous en dit. :)
