Résumé de l'histoire: America Singer est beaucoup de chose. Une Cinq, une Sélectionnée, mais aussi et surtout une Renégate. Le Prince Maxon, héritier du trône d'Illéa, en est bien conscient. Mais rien n'est plus attirant que de jouer avec le feu.

Crédit: La saga littéraire La sélection appartient à Kiera Cass, tout comme les personnages. Rien n'est à moi, je ne suis pas ayant-droit, et je ne fais qu'emprunter les personnages dans un but de divertissement non lucratif.

N/A: Merci à Riza Deumbra pour son commentaire.


Politiquement incorrecte


"L'art de la politique est le même que celui de la guerre".


-6-


Le lendemain, je me réveille éperdue. Je mets quelques instants à me rappeler que je ne suis pas chez moi, dans mon lit, mais au palais royal. Ma demeure pour aussi longtemps que le souhaitera l'héritier du trône, le Prince Maxon.

Mon père, dont l'instruction dépasse l'entendement pour un Cinq, m'a toujours dis que je lui faisais penser à une petite colombe : libre et en paix. J'ai essayé de comprendre pendant des années ce qu'il voulait dire par là, mais c'est aujourd'hui que je prends enfin conscience de la signification de ses paroles. Ce qui peut paraitre paradoxale : c'est seulement quand je suis enfermée dans une guerre politique que je réalise à quel point j'étais libre.

J'ai bien conscience de ne pas être à plaindre. Je suis une renégate, dans le palais royal, et Maxon le sait. Ce qui veut dire qu'il aurait pu me faire arrêter et exécuter pour trahison au moment même où j'ai mis les pieds au château. Il ne l'a pas fait : que ce soit par miséricorde ou par intérêt. Cela ne m'empêche pas de me sentir condamnée. Il ne m'aurait jamais retrouvé sans cette idiote Sélection et j'aurais pu vivre la vie tranquille d'une aspirante renégate.

Mais je n'ai pas le choix. Aujourd'hui aura lieu notre premier entretien officiel. Mes états d'âme n'auront aucune valeur dans les événements qui s'annonce et qui vont me permettre de comprendre pleinement la façon dont je vais être mangé les prochains jours. Selon le comportement du Prince, je serais plus ou moins en sécurité.

Ce qui veut dire, mathématiquement, que je dois faire tout mon possible pour qu'il soit dans de bonnes dispositions vis-à-vis de moi le plus longtemps possible. Pour cela, je dois le tenir de la seule façon qui peut intéresser un homme tel que lui : par la guerre et la politique. Et je dois faire tout ça avec un magnifique sourire, devant les caméras, en parlant en énigme.

Le tout sans jamais avoir pris le temps de m'intéresser aux métaphores, sans connaitre grand-chose de notre histoire et avec de maigres compétences déductives. Ce n'est pas gagné. Mais je ne peux pas laisser tomber l'Etoile Polaire.

Pour ce qui est, j'ai déjà discuté avec le Prince Maxon. Je l'ai même insulté à plusieurs reprises. Il ne m'avait pas paru très impressionnant à l'époque. D'un autre côté, je n'avais pas été au courant de son statut prestigieux. Sinon, jamais je n'aurais jamais adressé la parole à un connard de Un.

Par effet ricochet, je n'ai pourtant plus le choix : poussée par mon instinct de survie et par l'Organisation. L'ironie de la situation ne m'échappe pas. La seule chose que je ne voulais pas faire se retrouve à être ce que je fais. C'est rocambolesque, absurde, totalement représentatif de ma vie. Un enchainement de problèmes.

Au moins ai-je gagné un livre.

J'ai dû me lever tôt, car aucune de mes femmes de chambre –je ne m'habituerai jamais à en avoir- n'est encore venue me réveiller. Le soleil commence pourtant à se lever et je distingue déjà les différents espaces de la pièce. Je ne l'avais pas remarqué jusqu'alors, mais les organisateurs de la Sélection ont même pensés à laisser un violon dans ma chambre.

Je n'ai pourtant pas du tout envie d'en jouer.

J'allume la lumière sur la table de chevet et je prends le livre symbolique que le Prince Maxon a laissé sur mon lit. La couverture est sobre, il n'y aucun résumé derrière. En même temps, ce n'est pas l'un des romans autorisés et filtrés par le régime, mais bel et bien un livre d'Histoire. Un trésor inestimable plus vieux qu'Illéa elle-même.

J'ouvre le livre, en faisant bien attention à ne pas abimer la reliure fragile et de ne pas froisser les pages, je me retrouve subjuguée par un chapitre introductif appelé La Constitution, un texte étonnement simple commenté par un homme dont je n'ai jamais entendu le nom. Je me laisse aller à rêver d'un monde sans castes, libéré de la dictature et de l'injustice.

Ce n'est qu'une illusion, cependant, et la réalité se rappelle bien vite à moi sous la forme de trois coups contre la porte. J'ai juste le temps de glisser mon « cadeau » sous mon oreiller quand Anne, Lucy et Mary entrent s'assurer que je suis bien éveillée.

-Déjà debout, s'enquiert la première.

Je me retiens à peine de leur indiquer que je suis encore dans mon lit et que donc non, je ne suis pas encore levée. Mais je ne le fait pas : c'est une remarque stupide, qui ne pourrait que créer des tensions entre d'innocentes victimes de ma mauvaise humeur et moi. Marlee a peut-être raison, les rousses ont surement un mauvais caractère. Pas étonnant qu'elles soient si peu nombreuses : personne ne veut en épouser une et les lois contre les relations hors-mariage sont fermes. Sauf pour le Prince Maxon, officieusement.

Encore une fois, j'ai droit à une préparation en bonne et due forme. C'est la troisième fois en deux jours que mes cheveux sont peignés avec attention, que quelqu'un me maquille et que je me retrouve à porter des vêtements que je n'aurais normalement pas même osé regarder. Sans parler des chaussures.

Une fois assez bien apparait pour le palais, mes femmes-de-chambre prennent sur elles pour m'emmener jusqu'au Boudoir. Je n'arrive pas à me retirer de l'esprit que c'est le nom le plus ridicule que l'on peut donner à une pièce. Dès que je rentre, Marlee et Ashley se précipitent vers moi. Les deux blondes sont jolies comme des cœurs. Nous commençons la conversation en attendant les retardataires -Celeste et une autre fille.

Une fois que tout le monde est arrivé, Silvia prend les devants et nous emmène dans une jolie salle. Autour de nous, des dizaines de chaises et de tables individuelles sur lesquelles sont disposés assiettes, verres et couverts en argent. Il y a même des sofas dans un coin. Je frétille d'impatience à l'idée d'un petit déjeuner.

Je comprends vite la raison de notre présence ici. Nous sommes là pour apprendre –à l'instar d'hier soir- les maniements des couverts, les mœurs à table, et tout un tas de notions inutiles. J'essaye de faire un peu plus attention cette fois ci, et je découvre que les mini-fourchettes ne sont pas pour les gâteaux, mais pour des escargots. C'est ignoble.

Sa tirade passionnée sur le petit-doigt est arrêté par un coup salvateur à la porte. Je suis tellement persuadée qu'il s'agit enfin de nourriture que je manque d'hurler d'indignation en voyant le Prince Maxon entrer. Silvia nous ordonne de nous relever d'un geste de la main empressé, son regard nous fusillant toutes pour notre zèle.

-Bien le bonjour, mesdemoiselles, nous apostrophe gaiement Maxon.

-Votre Majesté, salue Silvia.

Je lance un regard derrière lui pour voir s'il est venu accompagner de nourriture. Ce n'est pas le cas, le traite ! Silvia nous fait cette fois signe de nous asseoir. Je suis la première à le faire et ma chaise racle contre le sol. Heureusement, le bruit passe inaperçu au milieu du capharnaüm qui suit.

-Bonjour, Silvia. Si cela ne vous dérange pas, j'aimerais me présenter à ces jeunes filles.

Notre « nounou » s'incline.

-Mais je vous en prie.

Maxon balaie la pièce de ses yeux marron-noisette et je jure pendant un instant que son regard s'attarde sur moi. Il sourit, d'un sourire enchanteur. Séducteur. Je m'orgeuillie de ne pas en faire de même. Cet idiot n'a pas besoin d'encouragement. Bien entendu, ce n'est pas ce que pensent les autres Sélectionnées puisqu'elles dégagent toutes des tas de phéromones. Ri-di-cu-le.

-Mesdemoiselles, puisqu'il semblerait que votre destin soit lié au mien, j'aimerai m'entretenir avec chacune d'entre vous avant de déjeuner et faire un peu plus connaissance. Vous êtes toutes très intéressantes sur le papier, mais je sais d'expérience que les présentations ne mettent pas toujours en valeur nos qualités. Ne vous inquiétez pas, je ferai vite. Je vais vous appeler une par une, nous nous rendrons jusqu'à un canapé où il n'y aura aucune caméra, ni aucun mouchard. Vous pourrez y parler librement. Cela vous convient-il ?

La moitié des filles répondent positivement. Celeste manque de se lever de sa chaise dans l'excitation, comme si elle saluait déjà sa réussite prochaine. D'autres, comme Ashley, sont trop pétrifiées par la peur pour ouvrir la bouche. Je ne pipe mot. Non pas par peur, mais parce que la question n'a aucun intérêt. Que nous soyons d'accord ou non, aucune de nous ne va échapper à la « rencontre du siècle ».

Il s'approche de la fille assise au premier rang, tout à droite, et l'escorte jusqu'à l'un des canapés. Ils échangent quelques mots, une révérence de part et d'autre, puis la fille va chercher sa voisine, et l'opération se répète. Ces conversations ne durent jamais très longtemps et se font sur un ton de conspirateurs. Le prince cherche à jauger chaque concurrente en moins de cinq minutes. C'est déjà trop long, mon estomac commence à me rappeler à l'ordre : il est temps que je mange.

-Je me demande quelles questions il pose, chuchote Marlee.

Marlee, si Maxon suit l'ordre qu'il a lui-même engagée, devrait partir juste avant moi rejoindre le Prince. Ce qui arrive à grand pas. Elle est anxieuse, et ses joues sont rouges. Elle se mordille les lèvres comme s'il s'agissait d'un calmant. Pour tout défouloir, je me contente moi de plier et déplier la nappe. Ce que personne ne remarque.

-Peut-être qu'il veut savoir ce que l'on aimerait faire plus tard ? Si tu réponds « Reine », tu gagnes un morceau de gâteau ! je tente de la détendre.

Cela fonctionne, et même Ashley –qui passera après moi- semble apaisée par ma bêtise. Si seulement c'était vrai ! Je ne dirais pas non à un peu de nourriture. Elle serait même bienvenue. Et me permettrait d'aborder mon ennemi avec plus de pèche : car il ne faut pas oublier que contrairement aux autres filles, le Prince Maxon et moi ne sommes pas dans le même camp. Ce qui risque de créer une rencontre électrique.

Heureusement que les caméras sont loin de nous ce matin.

-Ce serait une drôle de façon de faire connaissance, remarque Marlee.

Je hausse les épaules.

-De toute façon, je ne vois pas ce qu'on peut apprendre sur quelqu'un en moins de cinq minutes.

-Beaucoup de choses, à n'en pas douter. Qu'est-ce que tu as appris sur Celeste en cinq minutes ?

Je plisse les yeux. Ma nouvelle amie n'a pas tout à fait tort, je dois bien l'admettre. Son argument fait mouche et je suis obligée d'admettre :

-OK. Tu as gagné. On peut en apprendre beaucoup sur certaines personnes en quelques minutes.

Marlee rougit au moment de rejoindre le prince et rayonne de bonheur au retour. Je n'ai pas le temps de lui demander comment s'est passé la « rencontre » que déjà, mon nom raisonne dans la salle.

-America Singer.

Mon estomac se noue et pour la première fois depuis le début de cette journée, je suis heureuse de ne rien avoir mangé. Cela n'aurait surement pas fait grande impression au Prince si mes premières tentatives de négociations politiques pour l'Etoile Polaire devaient s'accompagner de vomi. C'est peut-être finalement par prévoyance que Maxon a choisi cette plage-horaire.

Quelques enjambées plus tard, je rejoins l'héritier du trône dans le fauteuil qu'il n'a pas quitté. J'oublie même de faire une révérence, ce qu'il ne relève pas. En même temps, il sait ce que je pense de la royauté et de lui. Je n'en ai pas fait un mystère lors de notre première rencontre. Cela ne le surprend surement même pas.

-Je suis heureux de vous revoir, ma chère, dit-il en attrapant ma main.

La sienne est chaude, mon pouls accélère. Je n'ai aucune idée de ce que je dois faire présentement. L'effet qu'il a sur moi est déraisonnable. Ma situation est déraisonnable. Je suis déraisonnable et je ne peux pas me permettre de l'être. Puisque je ne sais pas comment engager la conversation, je décide simplement de dire ce que je pense :

-Je ne suis pas votre « chère », d'accord !

Un sourire danse au coin de ses lèvres et son regard pétille de malice. Je n'ai aucune idée de ce qu'il pense en ce moment, mais je suis presque certaine qu'il se moque de moi. Un doigt caresse la paume de ma main et je dois me faire violence pour ne pas la retirer.

-Quel mauvais caractère ! s'amuse-t-il.

Pourtant, malgré sa remarque sur mon comportement, il n'a pas du tout l'air d'être malheureux. Au contraire. Ma résistance lui plaît, je n'ai aucun mal à le deviner. Mais je ne sais pas pourquoi. Peut-être est-il las de voir toutes les filles le traiter comme un trésor national ?

-Ravie de vous déplaire, j'ironise en mimant une révérence.

Son sourire se transforme en rire. Pas en rictus, non ! En rire. Un rire mélodieux, agréable, qui m'envoi des frissons dans toute la colonne vertébrale. Exactement comme sa voix avait fait son chemin jusqu'à ma moelle épinière le mois dernier.

-N'êtes-vous pas censé essayer de faire le contraire ? commente-t-il.

Je suis trop concentrée sur les doigts qui se lient aux miens pour comprendre ce qu'il raconte.

-C'est-à-dire ?

-Essayer de me plaire. Vous êtes dans La Sélection, après tout.

J'en reste bouche bée. Est-ce qu'il vient de dire que je devais essayer de lui plaire car quelqu'un quelque part a trouvé drôle de mettre une Cinq dans la compétition ? Le Prince héritier d'Illéa n'est-il pas reconnu pour ses capacités intellectuelles remarquables ? Son cerveau est-il parti en vacances ?

Tout un tas de réponses se forment dans mon esprit, mais je lui donne celle qui résume le mieux tout ce que je pense :

-Je n'ai jamais demandé à me retrouver ici à jouer les idiotes emmourachée d'une future tête couronnée.

Il tire ma main vers son genou avec une pression suffisante pour me montrer que je n'ai pas d'autre choix que me laisser faire. Je suis obligée de me rapprocher de lui pour ne pas me retrouver avachie. Ce qui est loin de me ravir.

-Pourtant, vous avez déposé votre dossier de candidature dans l'espoir de devenir mon épouse.

Il a raison. Mais je préfère mourir que de l'admettre.

-Alors là, pas du tout ! Je l'ai déposé pour que les services secrets ne s'intéressent pas à moi, rien de plus. S'ils n'étaient pas aussi suspicieux, je me serais servie de « La lettre » pour remplacer le bois de ma cheminée, je nie avec véhémence.

Mon refus ne le perturbe pas le moins du monde. Il trace de son index la ligne du destin de ma paume, comme s'il voulait me faire passer un message. J'ai beau me retourner le cerveau, je n'arrive pas à comprendre lequel.

-Donc, pour échapper au loup, vous vous êtes jetée dans sa gueule ? Intéressant.

Son analyse me fait froncer les sourcils.

-Je ne pensais pas être sélectionnée. C'était statistiquement impossible, je l'informe.

Ses yeux, qui jusqu'à présent ne s'intéressaient qu'à nos mains liées, remontent vers mon visage. Quand ils se fixent pour la première fois dans les miens, je suis subjuguée. Pas étonnant que toutes les filles de notre âge aient envie d'être à ma place : le Prince Maxon est captivant.

-Et pourtant vous êtes là, la « favorite du peuple », assise à discuter de choses triviales en attendant le petit-déjeuner, constate-t-il.

Je suis la première à détourner le regard. J'essaye de retirer ma main de son emprise mais c'est peine perdue. Contrairement à la dernière fois, Maxon sait que je ne suis pas aussi faible que j'en ai l'air. Il ne se laissera pas avoir une seconde fois.

-Je n'ai jamais eu beaucoup de chance dans ma vie, j'explique.

De sa main libre, Maxon attrape mon menton et me force à le regarder de nouveau. Tout en moi n'est plus que feu après ce simple geste. Mon cœur bat encore plus fort, des papillons se baladent dans mes entrailles et mes joues s'enflamment. Je ne dois pas paraitre étonnamment courageuse en cet instant. Mais je ne le suis pas : je suis comme un insecte attiré par l'aura qui émane de mon interlocuteur prestigieux.

C'est totalement inadmissible. Je ne suis pas ici pour ça.

-Oh, on ne peut pas dire ça. Vous avez de la chance, miss America. Après tout, en tout état de cause, une renégate reconnue dans l'enceinte du palais devrait être morte à l'heure qu'il est. Ce qui serait le cas, si vous n'étiez pas tombé sur moi.

Il lâche mon visage.

Il vient de véritablement lancer la conversation. Je décide d'en faire de même.

-Alors, qu'est-ce qui vous empêche de me faire flageller à mort ?

L'utilisation du terme flagellation n'est pas anodine de ma part, et il le sait. Je fais référence aux accusations que j'ai proférées dans la bibliothèque, quand je lui ai demandé pourquoi je n'étais pas encore morte. Il mord à l'hameçon.

-Hormis mon humanité ? Mon intérêt personnel, bien sûr.

Cette fois-ci, c'est à mon tour de m'approcher de lui. Il est temps de remplir ma mission envers l'Etoile Polaire. Il est temps que je juge l'héritier du trône. Je ne dois pas avoir peur, mais confiance en moi. Je vais y arriver. Je me lance :

-Oui, c'est ce que j'ai pu comprendre. Vous voulez quelque chose, quelque chose que je suis la seule à pouvoir vous donner, je murmure.

Nous sommes tellement proches qu'il entend ce que je viens de dire comme si j'avais parlé à voix haute. Il y a comme de l'électricité dans l'air. J'ai l'impression d'être une gazelle face à un lion. Mais je ne vais certainement pas reculer maintenant. Je ne suis pas lâche.

-Et avez-vous une idée de ce que c'est ? s'enquit-il.

De nouveau, ma réponse n'est qu'un simple murmure au creux de son oreille. Mes paroles ne sont que pour lui, et pour lui seul.

-Oui. Vous voulez le pouvoir. Et pour cela, vous avez besoin d'informations.

Maxon se fige instantanément.

-Plait-il ?

Il ne s'attendait visiblement pas à cela. Ce qui me laisse perplexe : qu'aurait-il bien pu vouloir d'autre de moi ? Je ne m'attarde pas trop sur la question –je suis nulle en devinette- et je montre mes premières cartes quand le moment est encore opportun.

-Ce n'est pas la peine de jouer les innocents avec moi. Je sais qui vous êtes, votre Altesse : un politicien dangereux, un manipulateur de première, un brillant tacticien aux capacités intellectuelles reconnues. Le niez-vous ?

D'un geste précis, il me rapproche encore de lui. Nos corps se touchent, mais je le remarque à peine, grisée par une excitation qui me surprend. Etonnamment, j'aime la perplexité qui le saisi quand il comprend enfin ce que j'attends de lui. J'aime la façon dont son regard s'assombri derrière le désir que lui promulgue mon défit. Plus que tout, j'aime la sensation d'avoir cet homme si puissant totalement à ma merci.

-Non, je suis juste surpris. Donc, vous comptez jouer avec moi sur le terrain politique ? résume-t-il doucement.

Même sa voix est plus grave. Ce qui déclenche des stimuli jusqu'à mes orteils.

-Vous ne m'en croyez-pas capable ? j'ose.

A son tour, il se penche vers ma droite et murmure :

-Vous êtes jeune, jolie, et surement très intelligente. Mais vous ignorez-tout de ce dans quoi vous mettez les pieds. La vraie politique n'est pas qu'une question de sourire, ma chère. C'est la guerre. Une guerre sans merci où il ne peut y avoir qu'un seul vainqueur : moi. Je ne suis pas doux quand il s'agit de négociations, America. Vous allez être écrasée. Abandonnez cette idée grotesque de me manipuler où vous allez perdre bien plus vous n'êtes prête à miser. Ne soyez-pas stupide, me prévient-il.

Je n'en ai cure.

-Je n'ai pas peur de vous, mon Seigneur. Car je sais que vous allez négocier avec moi, car j'ai ce que vous désirez. Si vous voulez un allié, vous ne ferez pas de mal au seul intermédiaire que vous aurez avec les renégats du Nord.

Il glisse une mèche de mes cheveux derrière mon oreille.

-Peut-être que je veux plus qu'un intermédiaire, explique-t-il.

Cette fois, je comprends enfin ses insinuations. Ce que je n'apprécie pas du tout. Je m'écarte d'un bond.

-Peut-être devrais-je vous marcher sur le pied ?

Encore une fois, je fais référence à notre première rencontre et il saisit sans la moindre difficulté le message. Ca le fait rire.

-Cela nuirait à vos chances de gagner la Sélection, me rappelle-t-il.

Comme si j'avais la moindre chose à faire de ce concours stupide pour gagner son pseudo-amour et partager une couronne dans la soumission. S'il y a bien un message que je veux que Maxon comprenne tout de suite, c'est que je ne suis pas docile. Je ne vais pas me laisser faire, je vais me battre. Car c'est ce que font les renégats : ils se battent contre l'injustice.

-Vous m'en brisez le cœur, je dis tout posant théâtralement ma main libre sur ma poitrine.

Encore une fois, le Prince me désarçonne avec une nouvelle question :

-Appartient-il à quelqu'un ? Votre cœur ?

Il a l'air vraiment intéressé par la réponse et je cherche le piège. Après tout, August m'a prévenu, Maxon est un manipulateur.

-Je ne vois pas en quoi cela vous concerne, je rétorque.

Ce qui est tout à fait vrai.

-Vous êtes ici pour voler le mien alors je crois être légitime en disant que cela me concerne. Et si nous devons être des « alliés », j'ai besoin d'avoir « confiance » en vous, précise le blond.

-Je ne vois pas le rapport entre mon cœur et la confiance. De toute façon je ne suis pas ici pour vous séduire. Mais puisque vous voulez le savoir, mon cœur n'appartient qu'à une seule personne : moi-même.

Il me sourit de nouveau, enjoué :

-Dîtes-moi, mademoiselle America, jusqu'où êtes-vous prêtes à aller pour apporter à l'Etoile Polaire un nouvel allié ?

Le simple fait qu'il connaisse le nom interne de l'Organisation me fait frémir et soudain, je me rends compte à quel point le Prince Maxon est dangereux. Les papillons dans mon ventre se volatilisent. Je m'éloigne encore plus de lui et dégage nos mains. Le froid me surprend, mais je ne le montre pas.

-Jusqu'au bout.

-Alors je vous souhaite bon courage, ma chère. Vous en aurez besoin.

Sans attendre la moindre réponse, le Prince se relève et j'en fais docilement de même tout en essayant de cacher mon soulagement. Au final, l'entretien ne s'est pas si mal passé que cela. Si l'on met de côté les sous-entendus incompris et les sentiments dérangeants qui m'ont traversée. Le Prince me raccompagne jusqu'à ma place où Marlee me dévisage ouvertement.

J'ai dû louper quelque chose.

Une fois arrivée à côté des autres je m'attends à ce qu'il appelle une autre fille mais il fait quelque chose qu'il n'avait fait avec aucune autre d'entre-elles : il me baise la main. Je me fige alors qu'une nouvelle fois tandis que toutes les concurrentes me jettent un regard assassin. Je réalise vite que le geste n'est pas anodin et que Maxon est bien conscient de la jalousie qu'il crée par cette petite distinction. Il s'amuse surement à la perspective que je vais devoir supporter leurs jérémiades pendant des heures après ça.

Idiot de Prince.

L'estomac dans les talons, j'ai l'impression que plusieurs siècles s'écoulent avant que la dernière fille ne soit interrogée. J'attends avec une impatience fiévreuse mon premier petit déjeuner au palais royal. Après le bulletin d'hier soir, je n'avais pas vraiment eu très faim. Pour ne pas dire pas du tout. Les conseils de Sylvia sur la façon de se tenir à table n'avaient rien arrangés. Mais contrairement à tous mes espoirs, le petit déjeuner n'est pas versé tout de suite. Une partie des filles est même invitée à quitter la salle d'apparat pour aller dans la salle de réception.

Bien entendu, je ne comprends rien aux règles protocolaires et je suis Sylvia avec la majorité des filles. Quand nous arrivons face au Roi et à la Reine, aucune de nous ne sait comment réagir, et notre « nounou » nous explique alors que nous devons nous incliner et attendre que le couple royal prenne la parole. Ces règles sont tellement désuètes que je me demande comment le Prince Maxon peut paraitre en telle osmose avec son époque.

Heureusement, on nous sert rapidement des boissons chaudes, mais rien à grignoter. Il n'est pas compliqué de comprendre qu'il est malvenu de commencer à manger sans l'héritier du trône.

Celui-ci arrive d'ailleurs quelques minutes plus tard dans la salle et salue les caméras –il y en a partout. A ma grande consternation, il est seul. Où sont passés les autres ? Je ne suis pas la seule perdue. Marlee aussi cherche Ashley des yeux.

Juste en face de moi, une fille –Kriss d'après son étiquette- se penche vers nous et nous explique enfin.

-Elles n'ont pas plu au Prince. Il n'a pas jugé adéquats de les faire rester plus longtemps. Elles sont parties.

La réponse m'ahuris et j'en lâche ma cuillère qui tombe dans le chocolat, faisant des éclaboussures sur la nappe blanche. Je le remarque à peine.

Parties… Huit filles viennent de quitter La Sélection car Maxon ne les a pas trouvés intéressantes.

Je me sens comme un légionnaire qui vient de perdre une partie de ses camarades.

Sur un coup de tête royal.

Sur un putain de coup de tête.

Mon état d'hébétude dure encore quelques secondes, durant lesquelles je fixe les tâches de chocolat sur la table. Finalement, quand Marlee me donne un coup de coude un peu trop fort, je tourne mon regard vers elle. Elle parait au bord de l'évanouissement et je mets encore quelques secondes à comprendre pourquoi. Décidément, le manque de sucre a raison de mon cerveau.

A quelques places de moi, avec désinvolture, Maxon a pris place sur l'une des huit chaises vides. Les filles en sont toutes excitées tandis que le Roi semble agacé par le comportement de son fils. Fils qui s'en moque comme de sa première dent royale. Je n'ai pas besoin de connaitre les us et coutumes du palais pour savoir que le Prince héritier ne devrait pas se trouver au milieu d'une table de Trois (ou de Deux pour certaines) à attendre des pâtisseries.

Une certaine Elise glousse de contentement quand le Prince lui demande si le château lui plait. Les serveurs, eux, n'attendent pas pour servir dignement Maxon avec divers fruits et gâteaux. Je les admire intérieurement : un seul faux geste, une seule tâche sur des habits impeccables, et ils n'auront plus le moindre travail au palais.

A ma grande satisfaction, mon tour arrive rapidement et j'en oublie la royauté et leur extravagance. Comme je pouvais m'y attendre, tout est délicieux et je n'en perds pas une miette. Ca ne m'empêche pas de regarder les filles interagir avec le Prince et ne pas manger leur repas. Tant mieux, je pourrais toujours récupérer les restes.

Alors que j'entame une tartelette aux fraises, que je dévore goulument, la conversation s'oriente vers l'art et la musique. Celeste est particulièrement fière des tableaux qui ornent sa demeure et se félicite de connaitre quelques-uns des auteurs. Ce qui est ridicule : les artistes sont des Cinq et ne gagnent presque jamais le respect des castes supérieures. Je suis bien placée pour le savoir. Une autre fille, Anna, sait quant à elle jouer du piano. Elles débordent toutes d'enthousiasme et ventent les talents reconnus du Prince dans ces divers domaines. Je n'étais pour ma part même pas au courant qu'il savait faire autre chose que donner des ordres.

Sans que l'on me demande mon avis, Marlee apprend à tous que je joue également du piano et aussi du violon. Elle insiste même sur ma voix et déclame haut et fort que je serai sans aucun doute une grande star demain de la chanson. Je ne me souviens même pas d'avoir poussé la chansonnette devant elle. Puis je me rappelle mon départ de Caroline : j'ai chanté publiquement et Gravil a repassé l'extrait hier soir.

Maxon profite de l'occasion pour me ridiculiser publiquement.

-Vraiment, une belle voix ? Je ne m'en serais pas douté.

S'il n'était pas le Prince, que le chocolat n'était pas aussi délicieux, et qu'un tel comportement ne m'aurait pas couté la prison à vie, je lui aurais jeté ma tasse à la figure. Marlee se rend compte qu'elle m'a mis dans l'embarra et me jette un regard d'excuse. Elle essayait surement de me mêler à la conversation. C'est malheureusement une réussite.

-Je suis une Cinq, Majesté. Ce n'est pas si étonnant.

C'est à ce moment-là que je remarque que les trois autres Cinq de la compétition sont déjà parties. Sur les huit filles à ne pas avoir plu, trois étaient de ma caste… Pas joli comme statistique.

-Vous auriez pu le demander aux autres filles, si je n'étais pas déjà la seule représentante de ma caste.

Ce qui me vaut les regards outragés de certaines et inquiets des autres. Je ne regarde même pas le couple royal : ils doivent s'arracher les cheveux face à tant d'impertinences. Mais c'est plus fort que moi, je ne peux pas me laisser faire. Maxon m'agace. Et il n'est même pas contrarié par mon comportement mais plutôt amusé.

Je le hais.

-Peut-être me ferez-vous l'honneur de combler mes lacunes artistiques en chantant, America ?

Je serre les dents, agacée par son attitude. La première matinée n'est même pas encore terminée mais j'ai déjà envie de le tuer.

-Qu'aurez-je en retour ? je réplique.

Nouveaux regards scandalisés.

-Ma tartelette ? Vous paraissez en raffoler.

Son offre est accueillie par des rires polis alors qu'il soulève le sus-gâteau. Je m'apprête à refuser quand l'idée de partager ces merveilleuses pâtisseries traverse mes pensées. Je révise mon jugement.

-Marché conclu, seulement si je peux l'envoyer à ma petite sœur, je conditionne.

-Vous apprendrez, ma chère, qu'il convient de fixer les conditions avant de conclure un marché. Mais je ne devrais pas être si exigeant, vous n'êtes pas une politicienne. Soit, je l'enverrai à votre sœur. J'espère qu'elle appréciera tout autant que vous notre cuisine.

Le message est clair : pour Maxon, je ne suis pas une politicienne et je n'ai aucune chance de jouer dans son monde. Je ne peux m'empêcher de sourire tandis que je réfléchies à toutes les manières dont je vais pouvoir le rabaisser à mon tour.

-Je vous remercie pour ce geste ô combien aimable, Majesté.

Il me renvoi un sourire éclatant.

La guerre est déclarée.


Coucou,

Hoho, et voilà un nouveau chapitre, encore un. Et la rencontre "officielle" de Maxon et America. Et non, il n'y aura pas de scène du jardin... Simplement car je n'imagine pas America faire une crise de panique comme ça. Elle est beaucoup plus maîtrisée dans mon histoire.
J'espère que vous avez aimé ce chapitre.
Petite mention spéciale pour les plus de 200 000 mots que j'ai archivé sur le site. Wow.
Bises à vous,
Kallen