Résumé de l'histoire: America Singer est beaucoup de chose. Une Cinq, une Sélectionnée, mais aussi et surtout une Renégate. Le Prince Maxon, héritier du trône d'Illéa, en est bien conscient. Mais rien n'est plus attirant que de jouer avec le feu.

Crédit: La saga littéraire La sélection appartient à Kiera Cass, tout comme les personnages. Rien n'est à moi, je ne suis pas ayant-droit, et je ne fais qu'emprunter les personnages dans un but de divertissement non lucratif.

N/A: Merci à Riza Deumbra et Nell's Utopia pour leurs commentaires.


Politiquement incorrecte


"Mieux vaut la connaissance que l'ignorance".


-8-


Mon rendez-vous avec Maxon s'avéré être le coup publicitaire de l'année.

Les autres candidates de la compétition m'évitent comme la peste, persuadées que je suis une dangereuse hâbleuse et que je vais les écraser si elles restent trop longtemps avec moi. Seule Marlee a le courage de venir me voir de temps en temps. Les statistiques la place en deuxième position comme Favorite. Je garde cependant une belle avance : quarante-trois pourcent d'opinions favorables. Du jamais vu à ce stade précoce de la Sélection.

Je n'ai cependant pas à me plaindre d'un manque de compagnie. Mes femmes-de-chambre ont été beaucoup plus touchées que ce que prévu par mes déclarations publiques. Elles me considèrent presque comme une référence à suivre en vénèrent étrangement le sol sur lequel je marche. Leur dévotion atteint un tel niveau que je me retrouve malgré moi à m'attacher à elles. Pour de vrai.

Anne est la responsable du petit groupe. C'est une femme mure, mature, concrète mais aussi comique à sa façon. Elle rêve de vivre une autre vie et est persuadée que je pourrais être la reine qui changera le pays pour le mieux. Son regard profond me met parfois mal à l'aise. Mary est un peu effacée, mais généreuse. Elle est née dans le château et espère y rester toute sa vie. J'apprends de sa bouche qu'être la servante d'une Sélectionnée est un honneur. Lucy, quant à elle, est une jolie jeune femme assez fragile. Son passé est tellement tumultueux que je ne sais pas comment le décrire si ce n'est en un mot : esclave. Lucy est une esclave que l'on m'a « offerte » pour mon arrivée. Une esclave que les Renégats du Sud ont presque violée…

L'idée même me rend nauséeuse et j'ai envie d'arracher les yeux de toutes les personnes ayant perpétrées ce crime affreux contre tout ce que je représente. Je ne veux pas d'une esclave, je ne veux pas de toute cette concupiscence qui m'entoure. Je rêve juste de mettre ma main dans la figure de Maxon pour avoir autorisé une telle pratique. Personne n'est la propriété d'un autre ! Je refuse

Bien entendue, je ne peux pas le faire. Agresser physiquement le prince serait un coup d'arrêt définitif à ma progression dans les statistiques. Et à ma mission.

Mission qui je constate difficile à remplir. Chacun de nos rendez-vous avec Maxon est affiché une semaine à l'avance sur un emploi du temps au Boudoir. J'avais été sa première entrevue de la semaine et je n'allais pas en avoir d'autres avant un moment, pour des raisons d'équités.

Si je peux en comprendre les raisons, cela ne m'empêche pas de trouver cela assez agaçant. Autant j'apprécie les repas cuisinés par de grands chefs, autant je n'oublie pas la raison pour laquelle je suis là : pour discuter de l'Etoile Polaire.

L'emploi du temps surchargé du prince entrave radicalement cela. Bien entendu, Maxon n'est pas le seul à avoir beaucoup d'obligations. Après ces premiers jours assez tranquilles, le lundi a annoncé l'arrivée de nouveaux devoirs pour les candidates. Dont celui particulièrement ennuyant d'écouter pendant des heures Silvia parler des règles souvent obsolètes du château ou plus largement d'Illéa.

Je ne peux pas nier que toutes les informations que je récolte ne sont pas intéressantes mais parfois, j'aimerais plutôt rester des heures plongée dans le livre « America » qu'écouter ses divagations sur la parade militaire d'Angeles…

Comme nous sommes encore un sassez grand nombre de concurrentes, nous n'avons pas l'obligation de rendre du « travail ». Pourtant Silva a été clair dès le début : une fois le nombre de filles réduit à l'Elite –c'est-à-dire moins de dix- cette dernière va commencer à nous noter personnellement pour évaluer nos capacités à porter la couronne. Depuis ce matin, Silvia n'arrête pas d'affirmer que la leçon d'aujourd'hui est la plus importante de toutes. En effet, elle concerne Le Traité.

Comme si je ne connaissais pas ce qui est le fondement même de notre histoire et surtout, de notre survie.

Pour l'occasion notre tutrice nous a même apportées à chacune une copie du document approuvé par tous les Etats du monde. Qu'il s'agisse de régimes dictatoriaux ou démocratiques. Si les derniers cours nous ont permis d'anticiper la lecture du Traité avec une plus grande facilité –et de leur apporter une valeur juridique que j'ignorais- l'appréciation in concreto par le texte se révèle relativement proche de la tradition orale transmise en Caroline.

Le préambule du traité dispose :

« Afin d'éviter au peuple d'avoir à revivre les horreurs du passé et de sauver notre planète d'une extinction imminente, Nous, Pays de la Terre, reconnaissons avoir pris en compte en notre âme et conscience les dangers qu'entrainent la possession d'armes même dites de « dissuasion ». Nous nous engageons à ce que toute arme reconnue dans la liste ci-après (protocole 11) soit interdite ainsi, et surtout, que celles nucléaires (protocole 12).

Chaque Etat signataire accepte de ne jamais plus utiliser ces armes dans un contexte militaire contre un autre pays (protocole 9) et en cas de guerre civile (protocole 10). »

Le texte se poursuit sur plusieurs pages.

Comme tous les citoyens d'Illéa j'ai grandi en ayant conscience de la portée de ce Traité. Je sais qu'historiquement les Etats-Unis –le pays dont vient mon prénom- étaient des fervents tenants de ce qu'ils appelaient « la dissuasion militaire ». Quand la guerre avec ce qui s'appelait alors la Chine a débutée pour des questions budgétaires, nous avons massacrés réciproquement des populations entières et presque annihilé l'espèce humaine. A la sortie de la troisième Guerre Mondiale, quand le traité fut signé, notamment par Gregory Illéa, une foule en liesse avait fêté l'événement. Et nous nous sommes promis de ne plus jamais posséder de telles armes. C'est pourquoi encore aujourd'hui, près de trois-cent ans après la signature du Traité, plus aucun pays ne tolère d'armes à feux. Et c'est pourquoi les combats à l'épée sont redevenus une règle de base.

Aucun pays n'oserait entraver ce qui a été décidé par Le Traité. Nous sommes tous biens trop conscients de ce que cela voudrait dire : notre mort à tous. Bien entendu, il y a encore des guerres et les tensions entre Illéa et la Nouvelle-Asie n'ont pas disparues. Il y a toujours des pertes, mais l'espèce humaine demeure grâce au Traité.

Très jeune, mon père m'a appris son importance. Tout le monde le connait, et personne n'oserait le renier. Pas même les rebelles. Cependant, voir ainsi écrit noir sur blanc cette interdiction dans le cadre d'une « guerre civile » me donne l'étrange impression que les rédacteurs avaient anticipés les tensions qui nous attendraient trois-cent ans plus tard. Comme si nous n'avions pas évolués…

-Kriss, qui a rédigé le traité ? apostrophe Silvia.

Kriss, qui jusque-là bavardait discrètement avec sa voisine, relève la tête.

-C'est une rédaction commune, déclare-t-elle. De l'A3G -Après Troisième Guerre.

Notre institutrice approuve. Quand je sens son regard s'attarder sur moi, je fais semblant de prendre des notes. Je n'ai pas particulièrement envie qu'elle m'interroge.

-Et qu'est devenu l'A3G, demande-t-elle en s'intéressant cette fois-ci à Anna.

Anna rougit, bégaye, et baisse les yeux. Celeste, sans attendre l'approbation de notre « gouvernante » prend la parole :

-Le Conseil des Sages, affirme-t-elle.

Silvia ne relève pas l'indiscipline de la belle brune et optime avant de continuer :

-Qui est la dernière personne à avoir rejoint le conseil ?

Je fronce les sourcils et garde la tête plongée dans les feuilles, bien incapable de répondre à cette question. Le Conseil des Sages n'est plus qu'un nom prestigieux aujourd'hui. Aucune décision n'y est prise. Il ne rend que des avis facultatifs. Ceux qui rejoignent le groupe sont des personnes mondialement reconnues comme ayant contribuées de quelque manière que ce soit au maintien de la paix à un niveau international. Le Roi Clarkson, par exemple, n'y a jamais été nommé. Il faut l'accord d'au moins vingt pays pour cela. Ce qui, dans les temps actuel, relève du quasi-miracle.

Aucune des filles de lève la main et je suis soulagée de voir que mon manque de connaissance est partagé. Silvia, elle, semble découragée.

-N'avez-vous dont fait aucune recherche sur l'homme que vous prétendez épouser, s'enquiert-elle.

Aussitôt, des murmures s'élèvent dans la salle. Marlee, à côté de moi, me jette un regard interrogateur. Je secoue négativement la tête. Maxon, membre du Conseil ? Je n'ai rien entendu dire là-dessus. Même d'August Illéa. Ce n'est pourtant pas sans intérêt : c'est politiquement dangereux. Un membre du Conseil a une rayonnement politique qui dépasse celui d'un simple dirigeant classique.

Je ne peux m'empêcher de parler :

-Mais si c'est le cas, pourquoi personne n'en a parlé ? Les médiats auraient dû nous rabâcher les oreilles avec ça.

Notre institutrice me sourit comme si j'étais la seule à avoir réfléchie avant d'ouvrir la bouche.

-La nomination n'est pas encore officielle. Mais les rumeurs vont bon train. Temps que le Prince n'est pas Roi, il ne peut s'assoir au Conseil. Seuls les dirigeants officiels des Etats en ont le droit. Mais les décisions ont déjà été actées. Une fois qu'il dirigera le pays, nous devrons l'appeler : le Roi-Conseiller Maxon Schreave D'Illéa.

Silvia dit cela avec une telle fierté qu'on pourrait croire qu'elle parle de son fils. Pour ma part, je suis plus perturbée par l'annonce qu'autre chose. Maxon a donc été nommé officieusement membre du Conseil des sages et le sera officiellement une fois couronnée. Ce qui veut dire un soutien miraculeux de la part des diplomaties étrangères. Qu'est-ce qu'il a bien pu faire pour mériter un tel éloge ? Il n'a que dix-neuf ans.

L'Etoile Polaire est-elle au courant de la popularité politique de notre futur dirigeant ?

Plongée dans mes pensées, je me demande comment faire parvenir l'information à l'organisation. Ce n'est pas comme si je pouvais déclarer stoïquement dans une lettre à mon père ce que je viens d'apprendre. De plus, et surtout, je suis bien décidée à enquêter là-dessus. Peut-être que si je peux savoir l'étendue diplomatique de la popularité du Prince, cela pourrait aider l'Etoile Polaire d'une quelconque façon.

Une fois le cours terminé, nous quittons toutes la grande salle du bâtiment E –comme j'ai appris qu'on le surnommait- pour retourner au Boudoir. Chacune des filles commente les réussites de Maxon avec un intérêt particulier. Que quelqu'un soit nommé au conseil est un fait extrêmement rare, alors quelqu'un de si jeune et un potentiel futur époux…

Je ne m'attarde pas au Boudoir –où Marlee discute avec Elise,- et je préfère retourner dans ma chambre pour finir la journée. Comme toujours, le lit que j'avais laissé défait est arrangé, la porte-fenêtre du balcon est légèrement entrouverte pour aérer la pièce, et une odeur de cire se dégage des meubles en bois brillants.

Je me dirige vers mon livre –et j'insiste sur l'adjectif possessif- que j'ouvre.

Je suis étonnée de constater qu'en lieu et place de mon marque-page habituel se trouve une toute autre chose. Au lieu de retrouver la photo de ma famille, je découvre une note écrite d'une calligraphie élégante.

« Voici votre passe pour rentrer dans ma bibliothèque privée. Montrez cette lettre aux gardes, ils vous laisseront passer.

Avec toute mon amitié,

Maxon ».

Je regarde ces quelques mots, étonnée. Je ne sais pas ce qui me surprend le plus : le fait que le Prince ai tenu sa parole ou qu'il soit renté dans ma chambre sans que personne ne le sache. Je n'ai aucun doute sur le fait que si l'une de mes femmes de chambre avait été au courant, elle se serait empressée de venir m'en informer.

Mais je ne devrais pas être si surprise. L'héritier du trône doit connaitre tous les passages secrets du château comme sa poche. Même ceux qui mènent dans les chambres des Candidates. Cela en est presque écœurant. S'il le souhaite, Maxon peut rendre visite à l'une des Sélectionnées le soir et lui faire la cour et plus sans aucune caméra. Pire, je me souviens d'un coup des paroles de l'homme aux cheveux gras qui était venu me voir avant mon départ de Caroline : « vous ne pouvez en aucune façon repousser le prince, quelle que soit ses intentions ».

L'idée me fait frémir. Si Maxon empiète dans ma chambre avec des intentions belliqueuses, Prince ou pas, membre officieux du Conseil ou non, je vais lui casser les deux jambes. Et la figure aussi.

Même si je n'ai pas un entrainement militaire, je suis parfaitement capable de me battre. Contre Kota –mon frère ainé- j'ai toujours gagné nos bagarres enfantines. Même à six ans. Au grand désespoir de ma mère qui nous grondait tous les deux. C'est l'un des rares souvenirs clairs que j'ai encore d'elle.

Comme il est encore tôt, je décide d'aller jusqu'à la bibliothèque que Maxon m'a ouvert et de rechercher les mémoires d'Illéa. Je n'ai peut-être pas la possibilité de discuter avec lui –ce qui est encore moins étonnant s'il est un membre du Conseil des sages- mais je suis au moins capable d'effectuer quelques recherches. Avec un peu de chance –même beaucoup- les livres seront là. Auquel cas, j'aurais gagné plus qu'une bataille.

Discrètement, je me faufile jusqu'à une autre aile du premier étage. L'accès nous y est formellement interdit mais heureusement le garde qui surveille les passages me reconnait aussitôt. Surement au courant de mon entretien pittoresque sur les livres avec le Prince, il jette un coup d'œil amusé au message de Maxon et me laisse passer.

La bibliothèque privée du Prince est celle de notre première rencontre, juste en face de son bureau. Si j'ignorais cela il y a plusieurs semaines, je ne pourrais cependant plus jamais l'oublier. Je regarde les innombrables étagères à la recherche d'un ordre particulier de rangement. Ce n'est trié ni par un ordre alphabétique, ni par date, ni même par catégorie. Il va me falloir des heures pour être certaine que les mémoires de Gregory Illéa ne sont pas là. La tâche me parait énorme et je me mets aussitôt au travail.

Finalement, je ne trouve pas de trace des livres de l'ancêtre de Maxon parmi toutes ces œuvres. J'en mets cependant quelques-uns de côté. Ceux qui me paraissent vraiment intéressants. Puisque Maxon m'a autorisé à venir ici, je suis certaine que cela ne lui pose aucun problème que je prenne un peu de lecture avec moi. Et si cela peut me permettre de jouer encore plus dans la cour des grands au niveau politique, ça ne peut qu'être bénéfique.

Avec plus d'une dizaine de livre dans les bras –épais comme pas deux- retourner jusqu'à la porte d'entrée de la bibliothèque se trouve être un exercice beaucoup plus périlleux que ce que j'avais imaginé. Ma robe et ses nombreux froufrous m'empêchent d'avancer correctement. Atteindre la poignée est un combat étonnement complexe qui finit par demander toute ma dextérité.

Bien entendu, mon équilibre précaire sur des talons hauts n'arrange rien et ce que je présentais arriver depuis le début de la compétition, arriva. La gravité reprend ses droits et, à peine la porte menant au couloir s'ouvre-t-elle, que je me tords la cheville et trébuche. Quelques livres chutent eu heurtent le sol dans un bruit fracassant mais je réussi à en retenir la majorité contre ma poitrine.

Si je ne suis pas le même chemin que les livres vers le parquet, je le dois à une prise ferme autour de ma taille qui m'empêche de tomber de tout mon long dans le couloir. Comme je n'ai jamais eu de chance dans ma vie, mon sauveur s'avère être mon ennemi juré : le Prince Maxon.

-Attention ! s'écrit-il tout en me plaquant contre lui.

L'esprit quelque peu éperdu, le cœur battant à un rythme soutenu, je mets quelques secondes à réaliser que je viens d'échapper à une douloureuse rencontre avec le sol qui m'aurait surement laissée des ecchymoses sur tout le corps. Mes joues s'empourprent quand je remarque que j'ai la tête collée contre un torse royal et que nous sommes dans une position qui pourrait presque s'apparenter à une étreinte.

Oh non.

Je me dégage vivement.

-Hum. Désolée, je bégaye.

Je ne sais à quoi je dois ressembler en cet instant, les joues rougies, le regard surement hagard, mais je n'ai pas besoin d'un miroir pour comprendre que je viens de me ridiculiser. Encore une fois. Il y a des centaines et des centaines de domestiques dans le château, un nombre tout aussi important de gardes, une vingtaine de Candidates et il a fallu que je tombe de nouveau sur le Prince.

Au sens propre comme au sens figuré.

Décidément, j'ai vraiment du offenser les dieux quelque part. J'ai beau chercher, je ne vois pas de quel crime abominable j'ai pu commettre pour mériter un tel acharnement.

Maxon parait prodigieusement agacé par notre rencontre. Un de ses sourcils est arqué, ses yeux sont plus sombres que d'habitude et son expression normalement calme est froide. Il est en colère. Et ce n'est pas à cause de mon manque d'équilibre. Quelque chose l'avait déjà contrarié avant. Mon détecteur à scoop se met aussitôt en marche : je me demande bien ce qui a pu le mettre dans un tel état.

Ce n'est que de la curiosité professionnelle, bien sûr. Cela n'a rien à voir avec les petites fossettes au coin de ses yeux qui donnent un côté sérieux au Prince et qui enchante mes entrailles. Absolument pas.

-Vous auriez pu vous tuer ! Que faites-vous donc avec tous ces livres ? me gronde-t-il comme si je n'étais qu'une petite fille.

Maxon ignore, bien entendu, que je ne supporte pas que l'on me materne. Et s'il est de mauvaise humeur, je ne tarde pas à l'être à mon tour. Je lui lance un regard glacial. D'accord, il m'a peut-être aidée, mais cela ne veut pas dire qu'il a le droit de me traiter de la sorte.

Je dois me retenir de ne pas lui mettre un coup de pied dans les tibias.

-Vous m'avez donné l'autorisation de les emprunter ! Je ne vole rien ! je m'enflamme aussitôt.

Si j'avais rougie de honte jusque-là, c'est désormais un rouge colérique qui m'empourpre le visage. Heureusement, il n'y a aucune caméra dans cette aile du château. Ma chute n'a donc pas été immortalisée et mon éclat non plus.

Un sourire insipide se plaque sur le visage de Maxon. Le même que celui qu'il offre normalement aux journalistes. Il essaye de paraitre calme. C'est un échec. S'il peut tromper le reste d'Illéa, il ne me trompera pas moi.

-Je sais ce que j'ai dit, mais vous en avez au moins une dizaine, rétorque-t-il.

Si mes bras n'étaient pas encore chargés de livres, je les aurais surement croisés pour me donner une apparence revêche. A défaut, je tambourine du pied le sol.

-Ils ne sont pas très grands, je raye.

Ma réponse a quelque chose d'enfantin, de simpliste. Pas vraiment à l'égard de ce que l'on attend d'une future Reine. Tant pis, de toute façon je ne compte pas porter la couronne bientôt. Face à moi, Maxon se penche vers les livres qui sont encore à terre. Ma remarque ne l'intéresse pas le moins du monde.

-Alors, qu'avons-nous là ? demande-t-il.

Les quelques livres encore sur le sol se retrouvent prestement entre ses mains. Son sourire jusque-là totalement faux prend une tournure sincère tandis qu'il liste les noms des ouvrages que je viens de lui emprunter.

-Histoire politique d'Illéa : de ses plus grands dirigeants à ses plus grandes réformes ; Codes et messages secrets militaires ; Rencontre avec Gregory Illéa ; Le Conseil des Sages ; Ce qu'il faut impérativement savoir sur la royauté. Vous comptez vraiment lire tout ça ?

Je le foudroie du regard une nouvelle fois. Peut-être qu'il pense que parce que je suis une Cinq je suis incapable de m'intéresser à autre chose qu'à des romans ennuyeux et que seul mon prénom m'a intéressée dans le livre America –ce qui est vrai, mais je préfère mourir que de l'avouer. Ce qui prouve encore une fois à quel point Maxon ne connait pas son peuple.

Si mon père avait eu la possibilité de faire « un tour » dans cette bibliothèque, il serait surement ressorti avec des livres de philosophie. A la maison, papa parle souvent d'un certain Platon et d'une caverne. Je n'ai pas retenu grand-chose sur lui, mais mon père l'adore. Malgré le fait qu'il s'agisse d'un homme qui a vécu il y a plus de deux mille ans. Seul quelqu'un comme mon père peut être comme ça : ça n'a rien à voir avec sa Caste.

Je réponds au Prince, agacée :

-Le savoir c'est le pouvoir. Vous en êtes particulièrement conscient, votre Altesse.

Ma réponse doit plaire à Maxon qui me décharge de quelques autres livres. La prochaine fois, je ferais un aller-retour. Je pourrais même envisager de m'installer sur l'un des sofas que j'ai repéré dans la bibliothèque.

-Parfois, le savoir est un poids, insiste le Prince.

Venant de quelqu'un qui n'a jamais vue son éducation être limitée pour des questions de groupe social, je trouve ça réponse presque méprisante. Quand on est un Cinq, la connaissance est découragée par le système d'Illéa. On est plus manipulable, comme ça. Y avoir accès est un privilège. Parfois la quête d'une vie.

-Je préfère vivre sous le poids de la connaissance que celui de l'ignorance, j'insiste.

La colère disparait presque entièrement des traits du Prince. Cela ne m'empêche pas de noter qu'il semble encore un peu trop rigide par rapport à nos précédentes rencontres.

-Alors ne lisez pas « Codes et messages secrets militaires », c'est une œuvre totalement dépassée, m'apprend Maxon.

Je jette un coup d'œil de biais à la pile de livre qu'il détient encore dans ses mains. Parmi ces derniers, « Codes et messages secrets militaires » est surement le plus ancien. Les pages sont jaunies. Mais cela ne change pas le fait que le sujet est particulièrement intéressant. J'espérais pouvoir m'en servir pour trouver un moyen de transmettre des informations à l'Etoile Polaire. Cependant, mon plan vient de tomber à l'eau. Maxon sera surement bien plus attentif à la teneur de mes courriers désormais.

-Qu'auriez-vous à me conseiller, alors, Mon seigneur ? je demande.

Il hausse un sourcil devant mon ton ironique. Nous sommes bien loin de notre dernière confrontation face aux journalistes. Ici, je n'ai pas besoin de cacher mon véritable tempérament. Celui d'une rebelle, d'une femme libre de penser et de parler. Et ça, il n'en a surement pas l'habitude. Je n'ai pas de doute sur le fait que normalement personne n'ose vraiment s'opposer à lui hormis peut-être des délégations étrangères. Et encore. De façon limitée. Après tout, aucun diplomate ne risquerait une guerre pour simplement remettre à sa place un gamin.

-Stratégies, d'Edmund Murray. Un de nos plus grands auteurs et ancien militaire. Je peux vous assurer qu'il a tout compris à la guerre et à la politique. J'ai eu la chance de le rencontrer l'an passé, aucune éloge n'est suffisante pour lui faire honneur.

Il n'y a aucune hésitation dans sa voix. Seule une considération qui ne me semble pas feinte. Je n'ai jamais entendue parler d'Edmund Murray. Mais une chose est sure, le Prince héritier d'Illéa (et futur conseiller) lui voue un respect sans borne. Ce qui ne doit pas être une mince affaire. Ce qui pique ma curiosité à vif, encore une fois.

Je me demande bien quel genre de personne est capable d'instiguer autant d'égards dans un homme aussi puissant que Maxon.

-Je ne crois pas l'avoir vu dans votre bibliothèque, je constate.

Il me sourit encore, de son agaçant sourire digne d'une publicité pour un dentifrice.

-Il est dans mon bureau. Je ne m'en sépare jamais, m'informe-t-il.

-Oh. Je vois, je soupire déçue.

Il n'y a pas moyen que le Prince héritier d'Illéa ne me laisse lui emprunter un livre qu'il semble affectionner tellement. C'est bête, il aurait surement été d'une aide précieuse pour comprendre ce qui se passe dans cette tête royale. J'essaie de ne pas montrer mon désarroi, mais Maxon le remarque.

-Suivez-moi, m'invite-t-il.

Puis il entre dans la pièce juste en face de nous : son bureau. J'hésite quelques instants : dois-je le suivre ? Mon indécision ne dure qu'une fraction de seconde avant que mon attrait ne dépasse ma raison. Qu'est-ce que je risque à le suivre, après tout ? D'être accusée d'espionnage politique ? Je ne devrais même pas tergiverser sur la question : entrer chez quelqu'un est la meilleure façon de le comprendre. Et c'est mon objectif.

Je veux tout savoir de lui. Tout.

J'entre.

La première chose que je remarque est le grand bureau face à la porte. Derrière, une grande baie vitrée. Il n'y a aucune couleur : tout est soit blanc, soit couleur boisé. Il y a quelques livres sur une étagère, un grand coffre et rien de personnel. Absolument rien. Même pas une simple photo ou un portrait. C'est… vide.

-C'est… très différent de ce que j'imaginais, je commente.

Je ne sais pas vraiment ce que je m'attendais découvrir en entrant ici, mais certainement pas à ça. C'est trop clean, trop militaire. Tellement peu vivant. J'ai du mal à imaginer que quelqu'un puisse travailler ici pendant des heures. Si je devais rester ici une seule journée, je sombrerais surement dans une dépression gigantesque. Cela m'apprend au moins une chose : Maxon est méticuleux.

Personne ne pourra déduire vraiment sa personnalité en regardant ses affaires. Il connait trop les dangers. Mais de qui se cache-t-il ? De moi ou… de son père ?

-Vous avez imaginé mon bureau ? s'enquiert-il.

Je hausse les épaules tout en m'attardant sur le globe terrestre géant sur ma gauche. Je ne peux m'empêcher de le faire tourner. Maxon l'arrête aussitôt d'un mouvement de main. Quel rabat-joie.

-Comme tout le monde. Vous êtes le futur roi, après-tout.

Il s'adosse contre un meuble et me détaille de la tête au pied. Avec nonchalance. Je profite d'un espace libre pour poser les livres que j'ai encore dans les mains.

-Etrange, je pensais que vous ne l'aviez pas remarqué.

Je le regarde, surprise par son annonce.

-Je ne suis pas idiote ! je m'emporte aussitôt.

Sans aucune raison valable, c'est vrai. Mais je n'y peux rien : j'ai le sang chaud.

-J'en suis parfaitement conscient, America. Vous êtes même très intelligente. La plus intelligente de toutes les Sélectionnées. Ce qui fait de vous quelqu'un de très dangereux.

Le compliment –enfin, si l'on peut le qualifier ainsi- me fait plaisir.

-Pourtant, vous me laissais rentrer dans votre bureau.

Son expression est immensément sérieuse quand il me répond :

-Gardez vos amis près de vous, vos ennemis encore plus près.

-Sommes-nous vos ennemis, Maxon ?

Intriguée, je m'approche de lui. Ca y est, nous abordons enfin le sujet qui m'intéresse le plus. Maxon reste calme et penche simplement la tête comme pour m'analyser. Je ne lui en tiens pas rigueur, je fais exactement la même chose : j'étudie mon ennemi.

-Je ne le sais pas encore, mais pour le moment, vous n'êtes pas non plus mes amis.

C'est un fait que je ne peux surement pas nié. Le Prince n'est surement pas mon ami non plus.

-Qu'attendez-vous pour vous décider ? je le sollicite.

-J'ai fait le premier pas, c'est à votre tour maintenant, affirme-t-il.

Comme pour illustrer mon propos, j'avance vers lui.

-Je ne suis qu'un intermédiaire.

Il secoue la tête, amusé.

-Oh non, vous êtes plus que ça. Vous ne le savez pas encore, c'est tout.

Je ne comprends pas vraiment ce qu'il veut dire par là. Quelque chose m'échappe. Je sais très bien quel rôle j'ai a joué dans La Sélection et pour l'Etoile Polaire. Et c'est clairement un rôle intermédiaire. C'est exactement comme ça qu'August l'a qualifié.

Les règles du jeu auraient-elles changées sans que je ne le sache ?

L'idée m'effraie. Je décide de changer de sujet.

-Vous aimez beaucoup l'Armée.

Maxon ne bouge pas. Mes ses yeux brillent de fierté. Comme le ferait n'importe quel soldat. Ce qui me fait douter : le Prince était peut-être vraiment impliqué dans son armée.

-J'ai énormément de respect pour toutes les personnes qui combattent pour que nous puissions vivre en paix. Qui donnent leur vie pour notre liberté.

Ce sont de belles paroles. Il a l'air franc. Mais c'est aussi un menteur hors-pair.

-Sommes-nous vraiment libres, Votre Altesse ? je réfute.

Maxon capture mon bras et me ramène vers lui. Encore une fois, je suis presque dans ses bras. Cependant, il me libère rapidement de sa prise. Mais son beau regard me dévisage.

-Plus que ce que vous pensez, America, chuchote-t-il.

Enervée par notre proximité et par son affirmation, je démarre au quart de tour.

-Vous vous trompez sur beaucoup de choses, Maxon. Pourquoi croyez-vous qu'autant de monde rejoint les renégats ? Car votre peuple souffre ! Peut-être pas les trois premières castes qui vivent dans l'opulence, mais c'est le cas de toute une population que vous ne côtoyez pas. La majorité de la population. Vous êtes déconnecté de la réalité, majesté. Les petits gens n'ont aucune espérance, si ce n'est celle de marier leurs filles au meilleur parti possible pour grappiller un niveau. Des familles entières sont décimées car l'argent ne rentre pas. Imaginez-vous, seul, avec cinq enfants et un salaire tellement médiocre que même les petits-pots bébés sont un luxe que vous ne pouvez pas vous permettre. Les aides financières qui maintenaient une certaine harmonie ont été supprimées pour soutenir « l'effort de guerre ». Seule l'Etoile Polaire essaye encore de nous aider, mais est reléguée au rang de terroriste par une grotesque propagande. Pendant ce temps, les castes dominantes s'enrichissent encore plus et nous traitent comme des esclaves. Des esclaves sans valeur qui n'ont même pas le droit à une éducation décente. Pour quelle raison ? Car ils ne sont pas biens nés. Et vous n'avez même pas la liberté de dire que vous n'êtes pas d'accord avec le système, sinon vous êtes condamné à mort. Il n'y a pas de liberté à Illéa pour les défavorisés, Prince Maxon. Cela fait même bien longtemps qu'il n'y a plus d'espoirs.

La neutralité du Pince disparait après ma tirade. Il est de nouveau furieux, comme tout à l'heure. Sauf que cette fois, c'est moi qui en suis la raison.

-Contrairement à ce que vous pensez, America, je ne suis pas ignorant de la situation.

Je me fusille du regard.

-Vous vous en accommodez, c'est encore pire !

Je n'arrive presque plus à penser tellement je suis en colère. J'en viens même à me demander si Maxon n'a pas décidé de mourir là, tout de suite. Comment ose-t-il être aussi insensible à la détresse de son peuple. Comment peut-il se tenir devant moi, calmement, alors que je viens de lui dire que ses administrés sont en train de mourir de faim. Je vais le tuer !

La colère gronde dans mes veines, me donne mal aux tempes, mais je n'en ai cure. Je suis furibonde, plus que je ne l'ai jamais été de toute ma vie entière. Mais Maxon l'est aussi. Son calme apparent a disparu et il déclare :

-Je ne suis pas encore Roi ! J'ai les pieds et poings liés, comme vous ! Avez-vous la moindre idée de ce que cela m'a couté de tenir tête à mon père en rejoignant notre armée ? Pensez-vous que j'ai une latitude d'actions démesurée ? Non, je ne peux qu'attendre et former des alliances pour l'avenir, tout en réfléchissant à ce que je ferais quand je serais à la tête d'Illéa. Je fais de mon mieux pour comprendre le peuple, être à leur écoute. Tout mon peuple : les Un comme les Huit. Pour cela, j'ai besoin de comprendre les revendications de chacun, America. J'ai besoin de savoir ce qu'attend de moi l'Etoile Polaire. D'être certain qu'ils agissent pour la paix et non pour la guerre. Je connais la guerre, je l'ai vue de mes propres yeux, et je ne souhaite pas ça à mon peuple.

Je m'avance vers lui, essayant d'être menaçante.

-L'Etoile Polaire est pacifiste ! je crie.

Il n'est absolument pas d'accord. Ses magnifiques yeux marron flamboient de la même rage que celle qui m'anime. Notre union ne pourrait pas être aussi parfaite qu'en cet instant : nous sommes unis dans une même colère. Il devrait m'intimider : il est plus grand et plus fort que moi. Ce n'est pas le cas. Face à lui, je me sens courageuse, déterminée. Un feu dévorant m'anime.

-L'Etoile Polaire mène des raides dans mon château sans aucune raison logique.

Une brusque envie de jeter toutes les affaires que je trouve sur son bureau me saisit à cette accusation. Il essaye de nous faire passer pour des fous-furieux. Je me sens insultée. Il vilipende sur mes convictions sans aucune honte. Je vais faire ravaler son orgueil à ce misérable Prince vaniteux et narcissique.

-Car nous aussi, nous avons besoin de garanties !

Encore une fois, nous sommes éminemment proches. Sauf que contrairement à nos autres « rencontres » je ne compte pas m'éloigner de lui. Je n'ai qu'une envie : faire comprendre à son cerveau d'attardé royal qu'il est l'homme le plus idiot et le plus horrible que je n'ai jamais vue. Notre proximité est telle que je sens son souffle erratique sur mon visage. Lui aussi a du mal à maitriser ses émotions. J'en suis satisfaite : il ne pourra pas se vanter d'un stoïcisme hors du commun avec moi.

-Quelles garanties, America ? quémande-t-il.

L'intonation de sa voix ressemble plus à un ordre qu'une demande. Cela me met en rogne, encore plus. Mon visage doit être aussi rouge que mes cheveux. Je ne suis à rien de le frapper. J'en crève d'envie, en réalité. Ce serait contre-productif, mais tout ce que je viens de faire l'est.

-Je ne peux pas le dire sans l'accord de l'Organisation ! Je ne suis qu'un intermédiaire, je lui rappelle.

Ma réponse l'agace et il est encore plus furax quand il me répond :

-Vous dites être ici pour fournir des informations, America. Mais pour le moment, je n'en vois aucune.

Je me rapproche encore davantage. Maxon a le visage baissé vers moi, le mien est relevé. Sa bouche n'est qu'à quelques centimètres de mon nez. Si quelqu'un rentrait dans le bureau maintenant, il n'imaginerait pas que nous sommes en train de nous disputer. Bien au contraire. Je ne suis pas le moins du monde déstabilisée par cet état de fait. Le Prince non plus.

D'un ton sec, je l'informe :

-Vous voulez un scoop ? Je vais vous en donner un ! L'objectif de l'Etoile Polaire n'est autre que la suppression des castes. Ni plus, ni moins.

Maxon s'anime à la ma déclaration. Ses yeux –qui ne quittent pas mon visage- brillent soudain d'un tout nouvel intérêt. Une de ses mains attrape une mèche de mes cheveux et il enroule ses doigts dedans, comme si c'était la chose la plus naturelle à faire quand on n'est à rien de se battre avec quelqu'un d'autre. Toute son attention est fixée sur moi. C'est presque écrasant.

Je viens de lui avouer l'objectif principal de l'Organisation. Désormais, il a une longueur d'avance sur nous. Car je n'ai rien tiré de lui, je ne sais pas ce qu'il pense des castes. J'ai peut-être mis fin à toutes nos chances de nous allier avec Maxon.

-Comment comptez-vous y arriver ? demande-t-il.

Je sais qu'il est vraiment intéressé par la réponse, et je sais aussi que je suis allée trop loin. L'Etoile Polaire ne m'a jamais autorisée à divulguer des telles informations sur nous au Prince. En réalité, je n'ai pas la moindre idée de ce que je peux dire ou pas. August ne m'a pas vraiment briefée sur la façon dont je devais déterminer la fiabilité d'une alliance avec Maxon.

Je décide de continuer à lui répondre de façon ironique :

-Pour le moment, en vous mettant quelques claques dans la figure !

Sa main qui n'est pas dans mes cheveux caresse le côté droit de mon visage. Je frissonne à ce contact inattendu. Je mentirais si je disais que son touché me révulse. Je préfère ne même pas y penser. Je me refuse pourtant de reculer. Je ne vais pas bouger d'un millimètre : je n'ai pas peur.

-Je ne devrais pas vous pousser ainsi, vous n'êtes pas vraiment une politicienne.

Je cligne des yeux, hébétée. De toutes les réponses que j'attendais, celle-ci n'était pas du tout sur la liste.

-Quoi ? je demande confusément.

Il s'éloigne de moi pour s'approcher de son bureau. Je reste figée au même endroit. Il ouvre un tiroir et me tend un bouquin.

-Tenez, prenez le livre.

Je ne prends plus par automatisme qu'autre chose. C'est quoi, ce retournement de situation ? La seconde d'avant il était tellement en colère contre moi que je croyais qu'il allait me tuer de ses propres mains et maintenant, il s'avère être le gentil Prince que tout le monde connait.

Maxon a de sérieux problèmes psychologiques.

-Il vous sera bien plus utile qu'à moi. J'en achèterai un autre. Considérez cela comme un cadeau.

J'ouvre le livre sur une page au hasard. Des phrases sont surlignées et il y a des annotations un peu partout de la même écriture fine que j'identifie désormais comme étant celle du Prince. Je remarque par exemple les phrases suivantes:« A utiliser avec parcimonie », « important et dangereux ». Quand je relève la tête, mon regard est interrogateur.

-Pour célébrer quoi ?

Un nouveau sourire s'étale sur son magnifique visage. Il est beau, majestueux, royal. Mon cœur manque un battement. Comme dans les romans d'amour que je dénigre souvent. Un putain de battement.

-Une alliance prometteuse, me félicite-t-il.
C'est à cet instant précis que mon destin change radicalement.

En même temps que le Destin de toute une Nation.


Coucou,
Et voici un tout nouveau chapitre. Ohoh. Encore un. Je m'étonne moi-même.

Vous aurez peut-être remarqué que l'on commence à vraiment s'éloigner de l'intrigue de base du livre et que je commence à vraiment tout réinterpréter... Même la résolution de la 3ème GM... Je sais, le Conseil des Sages c'est horrible comme nom mais... Je me suis dit qu'il ne pouvait pas ne pas exister une institution supranationale après tout ça... Et puis, il faut aussi justifier le fait qu'il n'y ait plus d'armes à feu (sauf chez les rebelles du Sud mais ça, on ne le sait pas encore...). Je voulais apporter une certaine crédibilité à la situation... Je ne sais pas si c'est réussi mais enfin.
J'espère qu'il vous a plu. N'hésitez pas à me dire tout ce que ce chapitre vous a inspiré: que ce soit négatif ou positif.
Merci à Riza Deumbra et Nell's Utopia pour leurs commentaires.
J'vous embrasses tous,
Bises,
Kallen