I.

Le halo de lumière se dissipe autour de lui. Le sol sous ses pieds devient palpable. Ouvrant les yeux sur le nouveau monde qui l'entoure, il est saisi par la majesté des lieux. Autour de lui, tout est luxuriant, magnifique pour ses yeux depuis trop longtemps habitués aux couleurs grises de Kiln. Où est-il ? Il aura bien le luxe de le découvrir plus tard. Marchant quelques pas, il découvre avec joie que son corps n'a rien perdu de la vigueur qu'il avait dans son propre monde, il lui semble même que ses foulées sont plus grandes, ses armes et armure plus légère. Cependant, sa magie est disparue. Ce monde n'a-t-il donc aucune connexion avec ses dieux ? Cela n'est dommage mais ne le dérange pas plus que cela, ses souvenirs de combats pour sa victoire durant lesquels il n'avait pas encore acquis ses dons magiques sont toujours là dans son esprit. Son corps est taillé pour la guerre, son esprit, acéré et perçant, la magie n'est qu'un outil dont il devra se passer.

Quel est son nom ? Il ne se souvient pas, mais son esprit retrouve de la lucidité, il gagne en force et en profondeur. Ses premières armes à l'Asile des Morts-Vivants lui reviennent, il les avaient perdus quelques années, quelques siècles peut-être, auparavant. Saisi d'effroi, il avance jusqu'à la rivière qu'il entend frémir un peu plus loin. Son apparence ? A-t-il retrouvé son visage ? S'agenouillant face au miroir improvisé, il ôte son casque et s'émerveille devant son visage, qu'il n'ose toucher. Sa chair n'est plus putréfiée, elle ne porte plus les séquelles de la mort. Sa chevelure noire tombe devant ses yeux verts. Il se rappelle d'une époque où on lui disait que ses yeux étaient ceux de sa mère. Parvenant à sourire, il contemple également sa barbe, longue et épaisse, descendant jusqu'à son torse. Comment cela pouvait-il tenir dans son casque intégrale ? Il n'en sait rien, mais il sait que le casque ne sera pas utile tant qu'il n'aura pas fait taillé cheveux et barbe.

Narcisse se relevant, réussissant à s'extirper du reflet de l'homme qu'il fut jadis, il détaille ce qui l'entoure. Le cours d'eau traverse la clairière dans laquelle il se trouve, sortant de l'épaisse forêt pour continuer dans la plaine qui s'étend face à lui. Depuis longtemps, il a oublié ce sentiment de bienséance qu'il avait à contempler la nature, à apprécier le bruit du courant de la rivière, à s'oublier dans le chant poétique des oiseaux. Depuis bien trop longtemps, les râles des morts et les chocs entre épées dictent ses pas.

Qu'elle est belle, cette Terre du Milieu, à la montagne si imposante face à lui, aux forêts luxuriantes et aux plaines gigantesques. Apercevant une route qui longue la rivière, il se décide à l'emprunter, afin de trouver le plus proche village et glaner quelques informations. Il doit trouver le Mordor et refermer la brèche. Peut-être quelques sages pourraient l'aider. Attachant son casque à l'une des sangles retenant son armure, il se met en marche, profitant de l'air sain des lieux.

La marche est longue et lorsque la nuit vient à tomber de son grand manteau sombre, le Gardien se décide à s'arrêter, son nouveau corps réclamant repos et repas. Avoir faim, une découverte pour lui qui n'a mangé depuis sa mort. Ses fioles d'Estus ne pendent plus à sa ceinture, il n'y a pas fait attention au moment du départ et faire demi-tour n'est pas une solution envisageable. Apercevant un bosquet, il décide de s'y rendre, afin de passer la nuit et dormir, dormir pour la première fois depuis des centaines d'années.

Ce n'est qu'au milieu de la nuit qu'il ouvre les yeux, perturbé par un étrange bruit. Se relevant avec peine de sa couche improvisée, faite d'un tapis de mousse plus agréable qu'il n'y parait, il se déplace aussi discrètement que possible pour voir un feu de camp briller à l'entrée du bosquet, un groupe de quatre hommes riant et chantant autour de lui. Le feu. Le feu l'attire. Attachant son arme à sa ceinture, il se lève et sort du bosquet, provoquant la peur dans le groupe. Les quatre hommes se redressent et à leur façon de tenir, le Gardien peut juger d'un état second, qu'il ne parvient pas à expliquer.

- T'es qui toi ? Et qu'est-ce que tu fais dans l'bosquet d'abord ? braille l'homme. Chose surprenante pour lui, il parvient à comprendre son opposant. Il s'était attendu à devoir expliquer les choses par les signes, comme il le faisait depuis sa mort à cause de son mutisme, mais voilà qu'il comprenait leur langue, bien que différente de la sienne, jadis. Peut-être cela est dû à ce Sauron qu'il vainquit dans son propre monde ? Peut-être...

Ouvrant la bouche pour répliquer, il n'y eut qu'un râle rauque pour toutes paroles. Ainsi donc sa voix comme son nom avait été oublié par le temps. Un fou rire secoua l'homme ivre en face de lui.

» Regardez moi ça les gars, ça se la joue chevalier, mais ça s'est pas piper un mot. Comme un signal, les quatre hommes dégainèrent leur épée. Faisant signe qu'il ne cherchait nullement la guerre en agitant les mains face à lui et en reculant d'un pas. Peut-être ne comprenaient-ils pas, peut-être ne voulaient-ils pas comprendre ? Tout est-il que le premier du groupe attaque, balançant son arme de haut en bas en direction du Gardien. Un pas sur le côté lui suffit à esquiver et d'un coup de pied puissant, il envoya l'homme se vautrer dans la poussière. Plaçant la main sur la garde de l'épée, il s'immobilisa, défiant les hommes du regard, d'un regard dur, de celui qui en à déjà trop vu. Les horreurs qu'il avait vécu pour devenir Gardien avait laissés des marques sur son corps de Carcasse, mais elles avaient également marqué son âme pour toujours. Il avait aspiré l'âme d'innombrables combattants, il était devenu un tyran, un tueur froid. Il avait combattu dans les Abysses, dans les Tréfonds puants, marché dans la lave et dans le vide. Voilà ce que son regard annonçait, et pourtant, les vandales ne se désistèrent pas.

Tirant son épée et contrant la première attaque, il botta et arracha un hurlement à son adversaire. Son épée trancha le bras d'arme de son adversaire, qui s'écroula. Plongeant vers le suivant, il porta son estoc qui transperça de part en part le pauvre homme qui ne put suivre la rapidité du mouvement. Quand au dernier, leader présumé des trois vaincus, il tremblait de tout son corps, ne pouvant quitter les yeux du démon qui sévissait face à lui.

» Le grand roi vous portera en justice pour cela ! Hurla-t-il comme pour effrayer le Gardien. Que ce grand roi approche, pensa-t-il, s'il est aussi pathétique que ses hommes, qui ne parviennent pas à accepter l'autre, alors je lui trancherais la gorge. Pointant son arme face à lui, il provoqua le dernier survivant, tremblant de plus belle. Il attaqua finalement, d'un coup sans vigueur qui fut dévier sans problème. Du revers de son contre, le Gardien trancha la gorge du dernier des vandales.

Ainsi, ce monde connaissait-il lui aussi sa horde de Carcasse prête à tout pour devenir un peu plus humaine. Il allait devoir redoubler de prudence, les souvenirs de Sauron ne présentant nulle information. L'homme de ce monde, de ce qu'il en avait compris d'après les souvenirs, n'étaient que des créatures faibles, mais avec un sens de l'honneur suffisant qui les avaient poussés à attaquer le Mordor malgré leur nombre largement inférieur. Le dernier souvenir du roi déchu se portait sur celui qui devait être le Grand Roi dont parlait le brigand. Aragorn. Voilà qui il devait chercher, voilà qui il devait atteindre pour refermer la brèche.

Fouillant les dépouilles encore chaudes ainsi que les bagages, il parvint à trouver une carte et un itinéraire. Ainsi donc se trouvait-il encore à des lieux de sa direction. Il lui faudrait suivre l'Anduin jusqu'au sud, jusqu'à Minas Tirith.