Il n'y a pas toujours de déclinaison pour chaque élément… Du coup quand je n'en trouve pas, je désigne le personnage par un adjectif caractéristique de l'élément et qui lui correspond.

xXxXx

LIVRE II : LE FEU

Chapitre 1 : Sasha

Chaleureux xXxXx

L'encre de la nuit voilait de plus en tôt le ciel automnal, et il était à peine vingt heures que déjà tout était plongé dans une pénombre opaque. Alors que les baraquements semblaient déjà somnoler, abritant derrière leurs volets fermés les rituels du soir des jeunes recrues, deux ombres frémissaient derrière la remise de matériel, cachés au creux des buissons. Des rires étouffés s'élevèrent dans la nuit, comme le pouffement de petits animaux excités.

- Tu es sûr que ça va marcher ? demanda Sasha en se frottant les mains de nervosité et d'impatience.

- Non, c'est ça qui est drôle ! répondit Connie en finissant de fermer la petite outre de peau gonflée d'air et de poudre à canon.

- On fait un essai ! s'impatienta la jeune fille.

- Prête ?

Connie envoya doucement le ballon à quelques mètres du sol et l'y garda en lévitation grâce à un simple mouvement de Maître de l'air. Sasha fit une petite moue de concentration et tendit les bras, poings fermés, vers le mystérieux ballon dont le fond était rempli de poudre à canon, et ouvrit brutalement grand les mains. Obéissant à l'énergie invisible déployée par son geste, des étincelles jaillirent à l'intérieur du ballon, l'éclairant furtivement avant qu'en une demi-seconde à peine la poudre crépite et fasse exploser la baudruche.

Il n'y avait nul doute que la petite détonation aurait ameuté les autres, si Connie n'avait pas étouffé la vibration dans une bulle à vide créée juste à temps.

- Bien joué, partenaire ! sourit la jeune fille en tapant dans la main de son diabolique acolyte. Ça marchera demain, à coup sûr !

- Il suffira de rajouter de la farine dans le ballon, on le prépare à la sortie des douches…

- Haha ! s'enthousiasma Sasha. Et puis, regarde…

Elle désigna de petites étincelles chutant doucement à terre et y disparaître.

- C'est bien d'avoir fait un essai de nuit. C'est drôlement joli.

Ils restèrent quelques instants à contempler leur œuvre et les petites pastilles de lumière chuintant doucement en se mourant à terre.

- Brrrrr, frissonna le garçon en se frictionnant les avant-bras. Je commence à me les cailler sérieusement !

- Je ne vois pas ce que tu veux dire, déclara Sasha, l'air de rien, en passant les mains derrière sa tête avec nonchalance.

- Sale tricheuse cracheuse de feu… C'est facile de faire la maligne quand on a du magma dans le bide !

- Mon ventre est tout à fait normal !

- Non, c'est un gouffre sans fond, ricana-t-il en prenant une voix caverneuse. C'est pour ça que tu as tout le temps faim, c'est pour faire carburer ta machinerie à flammèches ! (il prit une voix caverneuse en déclarant) Tu as un ventre de dragon insatiable duquel jaillissent des langues de flammes terribles…

- Ça, tu veux dire ?

Sasha illustra l'idée de Connie en gonflant ses joues comme un poisson, soufflant de petites bouffées enflammées qui rougeoyaient dans la nuit avant de se diluer.

- Arrête ça, j'ai l'impression que tu gaspilles de la précieuse chaleur ! s'exclama Connie en lui plaquant les mains sur la bouche.

Sasha se libérant, riant de plus belle tandis que le pauvre garçon était de plus en plus frigorifié. Elle le scruta quelques instants et, un sourire étirant ses lèvres, elle s'approcha de lui.

- Donne-moi tes mains !

Elle saisit doucement les doigts engourdis de Connie et les serra au creux de ses paumes. Le garçon sentit une chaleur féerique émaner de la peau de Sasha et se répandre contre la sienne, pénétrer sa chair et son sang et se diluer avec délice dans tout son être comme un potage brûlant coulant dans la gorge.

Sasha était une chasseuse impitoyable, capable de porter des coups fatals, mais elle avait avant tout cette sorte d'insouciance bienveillante qui en exaspérait certains mais qui s'accordait à merveille à Connie. Tout en elle se répondait, tout était vif, sincère, simple. Ses émotions éclataient en élans pulsés, quand elle avait peur, quand elle faisait preuve d'audace, quand elle riait, quand elle avait faim… Et ses gênes secrètes, ses complexes tus, l'intimité de ses souvenirs et l'apprentissage qu'elle tirait de ses expériences l'animaient de l'intérieur d'une complaisance touchante.

Chaleureuse, réconfortante à sa manière, et surtout un peu allumée… Un Maître du feu parfait, en quelque sorte. Un feu follet maladroit et malicieux. Aux yeux de Connie, en tout cas, elle était de ces feux loyaux dont les braises ne s'éteignent jamais, et qui réchauffent les mains dans la nuit froide.

xXxXx

Les Springles méritent tellement plus d'estime…

Bon, petit spoil pour la suite : oui, Connie un Maître de l'air. Si si, vous allez comprendre quand son tour viendra, vous verrez.