CHAPITRE 3 :
« -Granger. Granger… Granger ! »
Bordel pourquoi doit-elle faire un cauchemar au moment où nous devons faire notre ronde ?
« Granger, réveille-toi. »
Comment un corps aussi frêle peut-il contenir autant de peine ?
J'en ai marre, je supporte plus d'entendre ses cris.
Plus elle retarde le début de notre ronde, plus elle va se finir tard. Et malgré tous les changements qui se sont opérés, je ne souhaite pas particulièrement passer ma nuit avec Granger.
« Granger, bordel, réveille-toi!
- Malfoy…?
- Oui Granger magne toi !
- Pourquoi tu cries comme ça ?!
- C'est l'heure de notre ronde, plus vite commencée, plus vite terminée. Tu pourras dormir dans ta chambre tranquillement.
Je vois bien sur son visage expressif qu'elle a peur.
Peur de quoi ?
Peur de rester seule avec moi ? Non ça fait bien longtemps qu'elle a dépassé ce stade.
Peur d'avoir été entendu pendant qu'elle faisait un cauchemar ? Si seulement tu savais Grangie que ce n'était pas la première fois que je t'entendais hurler, que je te voyais trembler de peur, de rage, de dégoût. C'est devenu une habitude.
Mais non tu ne sais rien et tes petits yeux marrons qui fuient mon regard me donnent juste envie de rire. Ou de te dire la vérité. Je ne sais pas encore.
Doucement, nous nous mettons enfin en route pour faire ce fameux rituel de la ronde. Ce rituel consiste juste à vérifier quatre étages du château pour voir si certains ont dépassé le couvre-feu et en profitent pour faire je ne sais quoi avec je ne sais qui.
La première heure se passe dans un silence des plus religieux. Je vois bien que Granger fuit mon regard. Elle est dans ses pensées. Elle doit être surement en train de réfléchir au fait que je l'ai vu tout à l'heure. Mais quand même, quelle idiote de s'endormir dans notre salon aussi fréquemment. Si elle ne voulait pas à ce point que je l'entende faire de ses cauchemars, elle prendrait l'initiative de dormir dans sa chambre ou prendre une potion. De plus, si cette miss je-sais-tout arrêtez de suivre autant de cours, c'est sur qu'elle serait beaucoup moins fatiguée et pourrait dormir dans sa chambre à des heures raisonnables au lieu de dormir dans ce canapé. Mais dans tous les cas, ces chambres sont si mal insonorisées que je l'entends même la nuit quand elle décide enfin de prendre possession de sa chambre.
Je l'entends pleurer, marmonner des mots incompréhensibles mais surtout je l'entends crier. Tous les soirs c'est la même chose. Tous les soirs c'est le même problème. Comment lui faire comprendre qu'elle n'est pas seule à vouloir dormir ? Qu'elle n'est pas seule à vouloir profiter du silence que nous offre le privilège d'avoir notre propre chambre ?
Il faut que je lui parle. Je ne supporte plus ce silence. Je ne supporte plus de garder tout ce que j'ai en moi depuis plus d'un mois maintenant. Il faut que je lui fasse comprendre. Mais d'un côté, elle ne doit pas savoir que je commence à m'habituer à être en sa compagnie. Elle ne doit pas comprendre que je veux l'aider. Encore pire, cette jeune idiote pourrait commencer à penser que je veux me lier d'amitié avec elle. Chose que jamais, ho non jamais, je ne ferai, question d'honneur.
- Alors, quoi de neuf depuis la guerre Grangie ? Tout va bien dans ta petite vie minable ? T'es toujours aussi pathétique ?
Ouais, bravo Drago, c'est bien envoyé, je me félicite moi-même.
- Qu'est-ce que tu me veux Malfoy, pourquoi tu me demandes ça ? En quoi ça te regarde ?
Comment ose-t-elle me parler de cette façon ?! Elle me parle comme si j'étais la dernière des merdes, comme si je ne valais pas la peine d'être respecté. Chaque mot est empreint de mépris et elle ne le cache même pas.
- Je ne sais pas Granger, peut-être que je supporte plus de t'entendre crier tous les soirs à cause de tes cauchemars ?
Je sais que je ne devrai pas lui dire ça, pas de cette façon en tout cas. Et aussi que je suis hypocrite car moi-même je fais des cauchemars. Mais je ne supporte plus son regard haineux et dédaigneux. Cela faisait trop longtemps qu'elle ne m'avait pas regardé avec ces yeux là.
- Quoi ?... C'est… Ce n'est pas vrai, ce que tu dis est faux ! Tu dis ça pour me blesser. Je commence à te connaître après tout ce temps.
Regarde toi pauvre Grangie, avec tes petits yeux fuyard et tes joues rouges. T'es pathétique.
- Non Granger, et tu le sais aussi bien que moi que tu passes tes nuits à faire des cauchemars et ne penses pas que tu me connais Hermione, tu ne sais rien de moi. Tous les soirs c'est le même cirque : tu hurles comme une fillette, tu trembles, tu pleures et tout le tralala. Je sais très bien que tu es une fille faible, que tous les jours tu fais la comédie pour qu'on croit que la grande Hermione Granger n'a pas été touché par cette foutue guerre, mais t'es comme tout le monde Hermione. T'es foutue, t'es bousillée, t'es plus rien. Ca fait trop longtemps que je dois subir tes cris pour que je la ferme alors que tu me donnes l'occasion de tout te dire.
- N'en parle à personne Drago, ou je te promets que…
- Tu me promets quoi ? Hein ?! Tu crois que tes petites menaces me blessent, me font peur ? T'es plus rien Granger. Tu le sais aussi bien que moi. Le seul truc qui te reste c'est ton intelligence et ta tristesse. Toute ton humanité est partie à cause de la guerre. Mais moi, je vois clair dans ton jeu et c'est cela qui t 'énerves car même les deux idiots qui te servent de meilleurs amis ne sont pas assez intelligents pour le voir. Tu ne peux pas me menacer Granger, tu peux rien faire contre moi. Je suis Drago Malfoy, prince des serpentards et toi, tu n'es plus qu'une pauvre fillette qui a peur du noir et de dormir toute seule.
Je hurle. Je hurle à m'en briser la voix car je sais très bien qu'à cet étage de l'école, on ne peut pas nous entendre et car j'ai besoin de hurler ma haine. J'ai besoin de savoir que certaines choses restent pareilles. Je me rends compte que je ne veux pas qu'une certaine entente se fasse entre nous. J'ai besoin de savoir que cette relation haineuse est toujours là. J'ai besoin de ça car je sais très bien que je ne peux plus rien ressentir d'autre chose que la haine. À cause de cette foutue guerre, je sais très bien que l'amour, la joie me sont dorénavant interdit. Moi qui m'était promis que je l'aiderai, je me retrouve devant cette jeune femme aux joues baignant de larmes coulant de ses yeux si expressif et ce spectacle ne me fait rien ressentir, ni pitié, ni remord, ni jubilation. Ce constat m'afflige. Comment pourrai-je faire pour retrouver ma vie d'avant ? Comment va être mon futur si je continue dans l 'état dans lequel je suis ? Je ne pense pas que je pourrai vivre plus longtemps avec ça sur le dos. Cette douleur, cette peine, cette tristesse perpétuelle.
- Tu ne sais rien Drago. Tu crois savoir mais ce n'est pas le cas. Tu es juste un être immonde et seul. Tu es totalement seul. Tu penses sincèrement que le prince des maisons existe encore ? Tu essayes de te convaincre que tout est pareil car tu as peur. Je pensais que tu avais changé mais tu es toujours la mauviette qui se cache derrière son père et qui utilise son rang pour se faire respecter. Plus rien n'est pareil Drago. Plus vite tu comprendras ça, plus vite tu évolueras et passeras à autre chose. En attendant, je ne veux plus avoir un seul contact avec toi en dehors de nos devoirs de préfets.
Elle a arrêté de pleurer et essaye de parler d'une voix assurée. Elle ne se rend pas compte du pitoyable de la scène ?
- Parce que tu croyais sincèrement que je voulais avoir quelque chose à faire avec toi Granger ? Tu n'es rien pour moi. Tu es et resteras de la vermine à éliminer. Tu n'es rien et le fait que nous partagions un salon et une salle-de-bain ne change rien à ce qu'il y a entre nous.
- Pense ce que tu veux Drago, je te demande juste de garder pour toi ce que tu sais sur moi. Tu ne sais pas à quel point ce que tu sais peut bousiller ma vie. Et même si tu me hais de toute ton âme, de tout ton cœur, je t'en supplie Malfoy, ne dis rien. »
Voilà, elle me supplie maintenant. Quel être faible. Comment ai-je pu croire que cette fille était différente des autres ? Comment j'ai pu croire un seul instant que je voulais et que je pouvais l'aider ? Je suis aussi irrécupérable qu'elle apparemment. Depuis quand un Malfoy s'occupe-t'il des autres ?
Mon dieu, que cette phrase est dénuée de sens maintenant. Mon nom est le seul vestige de ma puissance avant la guerre. Mais que reste-t'il de cette puissance ? Il ne reste rien à part de la honte et du déshonneur. Notre famille n'est plus rien. Je ne suis plus rien.
Je vois Hermione partir, elle descend les escaliers à toute vitesse et tourne la tête pour que je ne vois pas les larmes qui coulent sur son visage pâle. Mais trop tard Grangie. Tu ne peux pas me cacher ta tristesse car je l'ai vu à son paroxysme. J'ai vu et entendu tes plus profondes peurs, tes plus grandes peines.
Certes cette fille est jolie mais qu'est-ce que j'en ai à faire ? Cette fille est insupportable. Je la hais. Je la hais tellement. Tout chez elle me rappelle ma vie d'avant. Je ne veux pas l'aider. Je ne veux plus l'aider. Qu'est-ce que j'en ai à faire d'elle ? Rien.
Rien.
Et je me promets qu'à partir de ce jour, je ne me préoccuperai plus d'elle.
