Law devait admettre que l'île des Estyles était un lieu paisible où il semblait bon vivre. Sans les révélations de Lylia sur les angoisses de sa fille, peut-être qu'il aurait eu des scrupules à vouloir l'arracher de nouveau à cet endroit. Mais bon, ce n'était pas encore le moment de songer au départ vu qu'il devait encore passer "l'épreuve papa".

16h sonna lorsqu'un homme avoisinant les 2 mètres, aux longs cheveux rouges sombres noués en queue de cheval haute, fit son apparition au salon. Le capitaine du Heart se trouvait alors sur le point de rejoindre son équipage pour voir s'ils étaient prêts à passer quelques nuits dans le coin, et il se retrouva donc face à cet illustre inconnu qui le jaugeait du regard, le visage impassible.

- Alors c'était vrai, le pirate a bien débarqué.

Law fronça légèrement les sourcils, sur la défensive. Son instinct lui soufflait que cet homme n'était pas à prendre à la légère. Il dégageait cette fameuse aura qu'ont tous les guerriers de renom, et pour combler le tout il avait un katana ceint à la taille. Sa main semblait d'ailleurs bien proche de la garde, comme s'il se méfiait autant du pirate que ce dernier se méfiait de lui.

- Et oui, je suis venu, répondit Law en esquissant son fameux sourire menaçant. Après tout, je l'avais promis à votre fille.

- Ma fille ? Répéta l'Estyle en haussant un sourcil interrogateur.

- Euuh Law ? Intervint alors Resha en se plaçant à ses côtés. Tu parles à mon oncle, là. Mon père, c'est lui.

Comme elle lui indiquait une direction du doigt, il baissa les yeux et fut surpris de découvrir que l'Estyle adulte était accompagné... d'un humain ?!

- Voilà, lui. Alors papa, voici Trafalgar Law. Law, je te présente mon père, Nokouto.

Si le grand Estyle lui avait paru impressionnant, ce fameux Nokouto lui semblait bien plus dangereux de prime abord. Bien plus petit - il devait faire la taille de Chapeau de paille à tout casser - il avait les cheveux noirs corbeau coupés courts comme ses fils, un regard tout aussi sombre et un corps visiblement forgé par une pratique intense de la musculation. Law se serait presque senti frêle, par comparaison. Même Doflamingo aurait eu l'air d'un fil de fer, à côté. Enfin, le père avait l'air fâché, comme si la présence du pirate sous son toit lui déplaisait souverainement.

- C'est ce gus, le soi-disant Chirurgien de la Mort ? Hin... Je m'attendais à voir un homme, pas un modèle de couverture pour magazine gothique.

Ok, c'était mal parti cette histoire. Law comprenait enfin de qui Mido avait hérité son caractère exécrable.

- Nokouto, tu serais gentil de ne pas juger les gens sur leur apparence à ton âge, intervint l'Estyle en baissant les yeux sur son beau-frère. Il vaut mieux un pirate qui prend soin de son look qu'un voyou de bas étage.

- Eh oh, c'est pour moi que tu dis ça, Keyan ? J'te trouve bien gonflé !

Le Supernova assista à la dispute qui s'ensuivit, médusé. Resha soupira avant de lui murmurer à l'oreille.

- Non mais je te jure qu'ils s'aiment bien, en plus. Papa est juste du genre sanguin.

- J'ai cru comprendre, oui... Mais dis moi, il n'est pas...

- Eh oh, je n'ai pas autorisé ça !

Nokouto apparut sans prévenir entre les deux, la main posée sur l'épaule de sa fille alors qu'il fusillait son "gendre" du regard.

- J'ai cru comprendre que Lylia avait accepté que vous vous fréquentiez, mais je ne suis pas tout à fait d'accord. Il va falloir me prouver que tu es fiable, gamin.

- Me faire traiter de "gamin" à mon âge, c'est limite vexant, soupira Law en posant une main sur son chapeau sans détourner le regard. Mais je veux bien comprendre que ça vous angoisse. Je dois faire quoi, pour vous prouver ma bonne foi ?

- Un combat, répondit Nokouto le plus sérieusement du monde. Toi et moi, demain, dans l'arène derrière le village. Et seulement si tu es capable de me tenir tête, j'accepterai que tu puisses peut-être, éventuellement, hypothétiquement, fréquenter ma fille.

- Ca fait beaucoup d'incertitudes, ça, mon chéri ! Lança joyeusement Lylia qui venait de rentrer dans le salon.

Après avoir salué son frère, elle vint passer ses bras autour de son époux et lui sourit gentiment. Il ne put résister bien longtemps et son visage se détendit, alors qu'un sourire se dessinait enfin sur ses lèvres. Law assista à la transformation de loin - il ne savait pas pourquoi il pensait que c'était préférable - Resha ayant profité de l'occasion pour le rejoindre à nouveau.

- Impressionnant, murmura le pirate presque fasciné. On dirait que ta mère a un don pour apaiser les gens les plus nerveux.

- Bah c'est pas pour rien qu'elle est chef de village non plus, répliqua la jeune femme, amusée.

Elle lui saisit mine de rien la main et lui indiqua la porte d'un signe de tête.

- Il me semble que tu voulais aller voir tes hommes, on y va tant qu'il est occupé ?

Le capitaine du Heart hocha la tête et la suivit, un petit sourire aux lèvres. Il en connaissait une autre capable d'apaiser les tensions par sa simple présence.


« Justice », une notion qui ne pouvait s'appliquer que par le plus fort. Le monde était en proie au chaos depuis trop longtemps : pirates sur les mers, brigands dans les terres, ces sales engeances se croyaient tout permis. Jusqu'alors, la riposte de la Marine avait été bien trop molle. Même la guerre contre Barbe-Blanche s'était soldée par un cuisant échec de communication, même si cela lui avait permis de s'asseoir sur le très convoité siège d'Amiral en chef.

Akainu était un de ces hommes qui ne supportaient aucune transgression de l'ordre établi, quelle qu'en soit la raison. Il fallait punir, et que cette punition soit suffisamment dissuasive pour que tous ces imbéciles rentrent enfin dans le droit chemin. Et depuis la capture de Doflamingo, il avait eu une idée. Bien sûr, il ne pouvait pas toucher à un seul cheveu d'un ancien Dragon Céleste, mais ce n'était pas le cas pour les hommes du pirate. L'exécution des membres les plus influents de la Family, même jour, même heure, voilà qui marquerait les esprits. Seulement il n'était pas sûr que tous avaient été capturés à Dressrosa. Selon ses informateurs, il manquait une certaine « Baby 5 », jeune femme capable de transformer son corps en arme. Malheureusement il n'avait aucune idée de l'endroit où elle pouvait se trouver.

- Amiral en chef, le conseiller Sengoku demande à vous voir.

Akainu leva les yeux vers sa secrétaire et hocha la tête pour montrer qu'il avait compris. Le temps qu'elle aille chercher son ancien supérieur, il s'alluma un cigare et commença à en mâchonner l'extrémité, perdu dans ses pensées.

- Un de plus et on croirait voir Smoker, avec le même air enjoué en prime.

L'Amiral en chef actuel grogna, se renversant dans son fauteuil pour mieux jauger du regard la légende vivante de la Marine.

- Que me vaut l'honneur de votre visite, monsieur ?

Il avait beau ne plus être son supérieur, il continuait à le traiter avec le même respect qu'autrefois. Après tout, ils se battaient tous les deux pour la même cause.

- Il me faut une autorisation, Sakazuki, lui répondit tranquillement Sengoku en prenant place sur la chaise face au bureau.

- Pour ?

- Rendre visite à Donquijote Doflamingo.

Alors là, c'était une sacrée surprise, à telle point qu'Akainu en oublia de mâchonner son cigare.

- Pourquoi ?

- Ce n'est pas pour moi. C'est une demande officielle de la chef des Estyles.

L'Amiral en chef grogna de désapprobation.

- On n'a pas eu de contact avec ce peuple depuis plus de 20 ans. Qu'est-ce qu'ils veulent à Donquijote ?

- C'est personnel, fit Sengoku sans se départir de son sourire. Et c'est bien leur droit. Après tout, depuis l'enlèvement de leurs enfants….

- La branche du Gouvernement Mondial qui avait organisé le rapt a été démantelée, monsieur, le coupa Akainu avec humeur. Ca ne leur suffit pas ? Quel rapport avec un ancien Grand Corsaire ? Il ne faisait pas parti du système quand c'est arrivé, à ce que je sache.

L'ex-amiral ne lui répondit pas immédiatement, le regard perdu dans le vague. Puis il se ressaisit et se redressa de toute sa stature, le visage grave.

- Sakazuki, c'est ça ou ils retournent sur les mers. Les Estyles ne sont pas belliqueux en apparence, mais tu connais leur force…

Oh que oui il la connaissait. Dans un mouvement rageur, il saisit un bout de papier et griffonna sa signature dessus.

- 15 minutes d'entrevue maximum, et Lylia repart sur son île, compris ?

- Lylia ? répéta Sengoku, surpris. Tu connais donc leur chef ?

Akainu secoua la main pour le chasser. Il n'avait pas envie de déterrer de vieux souvenirs maintenant, et son ancien supérieur n'insista pas plus.

Une fois de retour dans son petit bureau de fonction, Sengoku sortit un escargophone de couleur écarlate de son tiroir et composa un numéro. Son interlocuteur décrocha dès la première sonnerie, comme il s'y attendait.

- J'ai réussi à avoir l'autorisation.

- Parfait, lui répondit la voix enjouée de Lylia à l'autre bout du fil. Il n'a pas fait trop le difficile, votre nouveau chef ?

Etrange, il était persuadé que ces mots étaient prononcés avec beaucoup de cynisme. Mais il devait se tromper, la chef des Estyles était une femme aussi calme que raisonnable.

- Et bien il a voulu en savoir la raison, mais je ne lui ai rien dit, évidemment.

- C'est vrai ? Merci. C'est une histoire personnelle qui ne regarde que moi et ma famille, après tout.

- Madame, je comprends bien… Mais êtes-vous vraiment sûre de vouloir parler à cet homme ? demanda Sengoku, inquiet mine de rien. Il est loin d'être aussi agréable que vous l'êtes, vous savez.

- Décidément, même à la retraite, vous restez un beau parleur ! Mais… oui, je suis sûre de moi. Je ne veux pas forcément lui parler, je veux le voir. Je veux comprendre.

Alors qu'elle parlait, l'escargophone face à l'ancien amiral perdit peu à peu son sourire, et il devina sans peine les sentiments qui la bouleversaient. Lui-même avait perdu un enfant à cause de ce monstre, et jamais il ne pourrait le pardonner. Mais le pire dans cette histoire, c'était sans doute qu'il ne pourrait jamais se le pardonner à lui-même…

- Très bien. Je vous attends donc le plus tôt possible, c'est ça ?

- Tout à fait. Je laisse mon mari en charge le temps de ma visite, je pense qu'il n'y aura pas de problème.

- Ah vraiment ?

Sengoku n'ignorait pas que l'Estyle était mariée à Nokouto, un homme qui avait souvent fait parler de lui. D'ailleurs il n'était pas étonné de savoir qu'il était déjà sorti d'Impel Down… Et il ne comptait certainement pas lui courir après.

- Vous êtes gentil de vous inquiéter, mais je vous assure qu'il est très capable ! D'ailleurs je vous laisse, je pense qu'il est sur le point de partir massacrer mon gendre.

Elle raccrocha sur ces mots, laissant Sengoku perplexe. Il savait bien que la fille de Lylia était rentrée chez elle… mais quelle était donc cette histoire de gendre ?


Une fois l'escargophone muet, Lylia se passa une main dans les cheveux en soupirant. Bientôt, elle saurait pourquoi sa fille ne dormait plus les nuits. Elle leva les yeux vers Keyan qui l'attendait, adossé au mur, les bras croisés.

- Je suppose que tu viens avec moi ?

- Bien sûr. Je suis désolé pour le jeune pirate, mais il va falloir qu'il apprenne à tenir tête à ton époux seul.

- Oh il s'en sortira, j'en suis sûre, affirma la femme avec conviction. Je le sens très capable, ce jeune homme.

Son frère esquissa un sourire et s'approcha pour lui tapoter l'épaule.

- Je le sens aussi. Mais j'aimerais autant qu'il ne parte pas tout de suite, surtout s'il doit emmener Resha avec elle. Moi aussi, j'aimerai évaluer son niveau.

Lylia leva les bras au ciel, catastrophée.

- Ces hommes, toujours à vouloir se battre ! On dirait maman !

- Maman est une femme, je te rappelle, rétorqua Keyan en riant.

- Une femme, un garçon manqué… Enfin bref, va préparer tes affaires et je cours plaquer Nokouto au sol avant qu'il n'aille étrangler le jeune Law !

Elle mit ses propos en application sur le champ, se jetant sur son mari qu'elle vit passer dans le jardin.


Le retour de Doflamingo dans le prochain chapitre, promis