J'ai oublié de le dire dans le chapitre précédent, mais merci Guest Trafalgar Law pour ton gentil commentaire ! J'ai beau ne pas courir après les reviews, ça fait toujours plaisir de voir que son travail est apprécié ^^
Sengoku attendait de pied ferme que le petit navire accoste sur la seule plage accessible de l'île désolée sur laquelle il se trouvait. Une fois la passerelle déployée, une femme aussi belle que digne descendit jusqu'à lui, un sourire éclairant son visage lorsqu'elle arriva enfin à sa hauteur. Il s'inclina avec déférence.
- Madame, c'est un plaisir de vous revoir après toutes ces années.
- Le plaisir est partagé, Sengoku. Cela doit faire au moins… 30 ans, pas vrai ?
Il acquiesça, avant de saluer l'homme qui les avait rejoints.
- Je me souviens de vous aussi, Keyan. Vous aviez accompagné votre mère, lors des ultimes négociations qui eurent lieu entre votre peuple et le Gouvernement Mondial.
- Et comme prévu elles se soldèrent par un échec, répondit tranquillement l'Estyle. Et croyez-moi que nous ne sommes pas prêt de collaborer de sitôt, désormais.
Sengoku aurait pu leur faire croire qu'il regrettait, mais décidément, après ce qu'il s'était passé, il le comprenait parfaitement.
- Bien… Je suppose que nous devrions y aller, vous devez être plutôt pressés.
- On n'est jamais bien tranquilles, lorsque nous sommes loin de notre île, oui, soupira Lylia. Dépêchons-nous d'en finir.
Un frisson lui parcourut l'échine alors qu'elle levait les yeux vers une bâtisse aux murs gris, accrochée à la corniche. Un seul tremblement de terre et elle risquait de glisser dans la mer.
- Au fait, comment avez-vous su que Donquijote Doflamingo était l'homme que vous recherchiez ? voulut savoir Sengoku soudainement.
Lylia se contenta d'un sourire, silencieuse. Elle ne pouvait pas avouer à un Marine la présence de Law sur son île, il était recherché après tout. Et il avait suffi d'éplucher les coupures de journaux détaillant les exploits du jeune Supernova pour comprendre. Deux mois auparavant survenait la chute de Doflamingo, et ses enfants lui étaient enfin rendu après 15 ans d'absence. Difficile de faire plus évident.
Lorsqu'un ancien Dragon Céleste se retrouvait arrêté pour trafics en tout genre, crimes contre le gouvernement, séquestration et bien des choses encore, il ne se retrouvait pas à Impel Down comme l'aurait souhaité la logique mais enfermé dans une suite luxueuse. Seuls les murs, composés de granit marin, prévenaient de toute tentative d'invasion. Ca et peut-être aussi les soldats d'élite postés un peu partout dans tout le bâtiment.
Depuis qu'il avait été enfermé là, Doflamingo ruminait sans cesse. Il lui fallait un plan pour s'évader, mais sans aide extérieure, cela risquait d'être difficile. Sa seule chance, désormais, résidait en une intervention de Kaidou déclenchant une guerre sans merci, mais il n'était pas sûr que ce soit une véritable opportunité pour lui, surtout si l'Empereur décidait de lui mettre la main dessus pour se venger. Il pourrait toujours tenter de négocier, mais qu'avait-il encore à lui offrir ?
Avec un soupir, l'homme s'affala dans le fauteuil faisant face à la porte d'entrée. Il était bientôt l'heure de son repas, et il n'allait pas tarder à voir apparaître ce stupide robot portant un plateau chargé de plats à peine potables. Evidemment, ils n'envoyaient jamais un humain le servir, ils avaient bien trop peur de n'en retrouver que des morceaux épars. Et puis il fallait bien l'empêcher d'avoir un otage.
Comme prévu, la porte s'ouvrit donc. Seulement, au lieu d'un acier gris et froid, il découvrit un éclat rouge qui lui arracha un sursaut et il se releva immédiatement, un rictus aux lèvres. Était-ce seulement possible ?!
Non, bien sûr que non, ce n'était pas elle. La femme se tenant debout dans l'encadrement de la porte devait avoir son âge, et elle portait sur lui un regard scrutateur, sourcils froncés. De toute évidence, elle avait entendu parler de lui, mais c'était bien la première fois qu'elle se retrouvait face à ce roi déchu.
- Vous êtes… Donquijote Doflamingo ?
L'ancien corsaire leva les yeux au ciel avant d'étendre les bras pour s'incliner, un sourire moqueur aux lèvres.
- Lui-même, mais n'est-ce pas évident si vous m'avez trouvé dans ce trou à rats ?
- Trou à rats, vraiment ? Rétorqua la femme d'un ton froid. Je trouve qu'ils ont été plutôt cléments avec une ordure telle que vous. Vous auriez dû vous retrouver au dernier niveau d'Impel Down, empalé sur des pics de granit marin. Voilà qui aurait été une punition juste.
Doflamingo se redressa, intrigué par ces paroles.
- On se connait ?
Étrangement, il se doutait de la réponse. La ressemblance était si flagrante… Et sa colère ne pouvait avoir qu'une seule origine.
- Non, on ne se connait pas, et heureusement nous n'aurons pas plus à nous connaître, murmura la femme en se passant nerveusement une main dans les cheveux. Je voulais juste voir à quoi vous ressembliez, pour comprendre.
Elle fit mine de faire volte-face, mais Doflamingo n'avait pas l'intention d'en rester là. Or, s'il ne pouvait pas l'attaquer, il ne lui restait plus que la provocation pour la garder encore un peu en sa compagnie.
- Et comment va donc ma chère Resha ?
La main de la femme se crispa sur la poignée, et il sut qu'il avait tapé juste, une fois encore. Elle tourna de nouveau la tête vers lui, non pas surprise mais bien furieuse qu'il ose mentionner ce nom.
- Cela ne vous regarde pas.
- Je suppose que vous êtes sa mère, c'est ça ? continua l'ancien corsaire en s'approchant d'elle, un large sourire aux lèvres.
La femme ne bougea pas un muscle, pas plus qu'elle ne chercha à fuir son regard. Elle était tendue, très certainement, mais pas effrayée. Au contraire, son doux visage était animé d'une émotion qu'elle avait sans doute très peu eu l'occasion de ressentir : une haine profonde, indéniable, sans compromis. Elle lui faisait penser à ces grands fauves capables de tout pour protéger leurs petits, à l'instinct maternel surdéveloppé, et ne put s'empêcher de s'en sentir flatté. Il était donc toujours une menace pour Resha et sa famille… intéressant.
Il s'arrêta lorsqu'il fut suffisamment proche d'elle pour qu'elle se sente obligée de lever la tête vers lui pour continuer à voir son visage, et eut ce fameux sourire suffisant qu'arborent les puissants face aux manants. Elle ne se laissa pas déstabiliser, lâcha même la poignée pour se tourner complètement vers lui. Visiblement, elle hésitait encore. Heureusement qu'il était un gentleman…
- Donc vous êtes sa mère, fit-il avec assurance malgré son absence de réponse positive ou négative. Et je suppose que vous n'êtes pas là pour vous venger, ce serait stupide… Non, vous êtes une maman, douce, gentille et agréable. Vous voulez protéger vos petits, mais de quoi ont-ils peur ? Qu'est-ce qui les fait donc trembler la nuit, pourquoi se réveillent-ils en sursaut chaque fois que leurs yeux se ferment ? Vous ne comprenez pas ce qu'ils ont vécu, vous avez besoin de savoir, mais ils ne veulent pas parler…
Lentement, il se baissa vers la femme aux cheveux rouges, savourant la douleur qui dansait désormais dans ses yeux, et reprit d'une voix plus douce, plus cruelle aussi.
- En fait ce n'est pas « ils », n'est-ce pas, c'est « elle ». « Elle » ne peut pas oublier, elle n'y arrive pas. Elle se souvient de tout, dans les moindres détails… La première mise à mort, sur une île enneigée. La première véritable rencontre, dans une ruelle sombre. Les premiers coups, dans une cabine luxueuse. Et puis ça a continué… les réprimandes, les punitions. Elle ne pouvait pas s'empêcher d'être insolente, ignorant jusqu'où ça allait la mener.
La main de l'ancien corsaire s'égara vers les cheveux rouges et il attrapa une mèche entre ses doigts, songeur. Lui-même n'oubliait pas, et ses regrets étaient d'une toute autre nature. La femme devant lui ne fit pas mine de s'écarter, le laissant poursuivre son monologue sans frémir. Forte et courageuse, tout comme sa fille. Mais supporterait-elle de tout savoir ? Un sourire mauvais s'étira sur ses lèvres alors qu'il raffermissait sa prise sur la mèche, ses souvenirs le portant toujours plus loin.
- En vérité, moi-même je ne savais pas alors que mes sentiments seraient à ce point bouleversés… Quand vous êtes un homme de mon acabit, et que tous ploient l'échine devant vous, quoi de plus réjouissant qu'un être qui tente encore de vous tenir tête ? Les hommes deviennent vos ennemis, les femmes des objets de désir. Et elle fut bien plus que ça. Elle grandit, elle devint belle, courtisée. J'étais furieux après elle, après moi surtout. Comment ai-je fait pour rester aveugle aussi longtemps ? Si dès le départ, je lui avais fait comprendre qu'elle ne pouvait être que mienne, jamais elle ne se serait enfuie une première fois. Elle n'aurait pas trouvé Law sur son passage, il ne lui aurait pas pris ce qui m'appartenait de droit…
- Non mais dites donc, Law est un jeune pirate cruel tout à fait charmant, je suis bien heureuse qu'il soit celui que ma fille ait choisi !
Doflamingo tiqua, ayant perdu l'envie de sourire. Evidemment, cet enfoiré avait profité de la défaite de son ancien capitaine pour revenir auprès de sa douce. Il avait eu l'audace de se présenter à sa famille, même, et déjà ces imbéciles semblaient conquis.
- Law n'est qu'un imbécile ingrat. S'il avait été plus intelligent, il n'aurait jamais cherché à se rebeller contre moi. J'avais tout : la gloire, l'argent, la force. C'est à mes côtés que Resha aurait vécu comme une reine !
- Parce que c'est ce qu'elle voulait, peut-être ?! s'exclama la femme en s'arrachant finalement à son emprise. Vous n'avez peut-être pas l'âge d'être son père… mais presque enfin ! Vos actions ne vous ont jamais choqué ou dégoûté ?!
- Et pourquoi je devrais me sentir honteux ? rétorqua l'homme en levant les yeux au ciel. Je la désirais… et je la désire encore. Mais j'ai été faible, j'ai voulu attendre qu'elle s'offre à moi, j'y ai été par palier. Si j'avais su, cela fait longtemps qu'elle serait mienne.
- Bah voyons ! Comme si on pouvait avoir envie d'un être aussi abominable que vous !
Le pirate fronça légèrement les sourcils en détaillant l'expression de la femme devant lui. Elle semblait étrangement soulagée, malgré ce qu'il venait de lui dire… Etait-ce justement à cause de ce qu'il lui avait appris ? Puis il comprit effectivement l'information qu'elle était venue chercher et qu'elle avait obtenu sans même se faire prier, et il serra les dents de rage. Son poing s'enfonça brutalement dans le mur, et il se ficha bien que cela ne fasse aucun dégât : ça avait pour mérite de le défouler au moins.
- Alors c'est pour ça que vous êtes venue, pour savoir si j'ai couché avec elle ? Ca inquiète maman que sa fifille ne soit plus pure et innocente ? La réponse est non, j'ai été bien trop con. Mais n'imaginez pas que je vais en rester là, ces murs ne m'arrêteront pas indéfiniment ! Et le jour où je la retrouverai, peu importe si je dois l'enchaîner à mon lit et la violer jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'elle n'est QU'A MOI !
- NON MAIS DITES DONC VOUS CROYEZ QUE JE VAIS VOUS LAISSER DIRE CE GENRE D'HORREUR PLUS LONGTEMPS ?!
Il ne put esquiver le violent coup de pied dans l'estomac et, à sa grande surprise, vola en arrière jusqu'à s'écraser sur le fauteuil qui s'effondra sous son poids. D'un bond, il fut de nouveau sur pied, la main crispée sur son ventre douloureux et le regard brûlant de haine. La rumeur qui présentait les Estyles comme des guerriers à la force exceptionnelle était donc vraie…
De son côté, la femme reposa lentement le pied à terre et inspira profondément pour tenter de se calmer. Lorsqu'elle porta de nouveau les yeux sur l'ancien corsaire, elle sentit un frémissement d'angoisse lui parcourir l'échine face au sourire qu'il arborait désormais. Non, il ne regrettait rien, et pire encore, il était persuadé qu'il serait bientôt dehors.
- Oui je la retrouverai, dit-il d'une voix doucereuse. Aujourd'hui, demain, quelques mois, ils ne pourront pas me retenir indéfiniment. Et ce jour-là, je ne me contenterai pas d'un baiser. Rappelez-lui l'épisode de la vigie, rappelez-lui ces nuits auprès de moi, alors que je faisais tout pour me contrôler… Et dites-lui bien que tout ça n'était rien, face à ce qui l'attend. Mais je suis bon prince, je ferai attention à ce qu'elle éprouve un plaisir si intense, si addictif qu'elle ne songera plus à me quitter.
- Mettez un seul pied hors de cette prison et je vous promets l'enfer, gronda la femme en se détournant enfin du pirate. Vous avez pu faire du mal à nos enfants une fois, mais les Estyles n'oublient pas. La même erreur ne sera pas répétée.
Sans lui laisser le temps d'intervenir une dernière fois, elle claqua violemment la porte dans son dos et rejoignit l'homme qui l'avait mené jusqu'ici, cet ancien amiral en chef qui n'avait rien pu faire pour protéger son enfant à l'époque.
Désormais seul et privé de son fauteuil, Doflamingo s'assit sur le sol, un large sourire aux lèvres. Resha ne l'avait pas oublié, comme il s'en doutait. Décidément, il était plus qu'urgent qu'il s'évade et la retrouve.
Lylia se laissa tomber dans le sable, les mains crispées sur son crâne alors qu'elle tentait vainement de refouler la rage qui agitait son cœur. En la voyant dans cet état, Sengoku et Keyan ne purent s'empêcher d'échanger un regard inquiet, puis l'Estyle se baissa auprès de sa sœur, une main posée sur son épaule.
- Lylia, ça ne va pas ?
- Non ça ne va pas ! Comment ça pourrait aller maintenant que j'ai vu… Keyan, cet homme est monstrueux ! Il a fait tellement de mal à ma petite fille, on ne peut pas imaginer ne serait-ce que le tiers de ce qu'elle a subi ! Et il s'en fiche, il ne regrette rien !
Elle inspira profondément pour tenter de se calmer, mais les larmes lui brûlaient les yeux. Elle avait voulu savoir… Et ce qu'elle avait appris dépassait tout ce qu'elle avait pu imaginer. Lentement, elle leva la tête vers Sengoku, désespérée.
- Il l'a connue alors qu'elle était une enfant, pas vrai ?
L'ancien amiral en chef hocha la tête, l'air sombre.
- J'ignore comment, je vous l'assure. La première fois que je les ai vu ensemble, elle devait avoir… 15 ou 16 ans, peut-être. J'ai tout de suite effectué les démarches pour l'arracher à son emprise, mais on nous a appris qu'elle avait brusquement disparu. Elle a dû réussir à s'échapper, et je ne sais comment elle s'est retrouvée à Dressrosa. Elle seule pourrait vous le dire.
- Mais elle ne peut pas en parler, murmura Lylia, le cœur serré. Le seul qui sait et qui comprend…
Elle ne finit évidemment pas sa phrase. Sengoku soupira, puis s'assit à côté d'elle avant de lui tendre un paquet ouvert rempli de biscuits de riz. Elle piocha dedans, reconnaissante pour cette attention.
- Je ne peux pas vous apprendre grand-chose de plus, Lylia. Juste quelques détails… mais je ne sais pas si vous voulez vraiment savoir.
- Alors venez me l'expliquer à moi, intervint soudainement Keyan, sourcils froncés.
L'ex-amiral admit que c'était une bonne idée, et il s'éloigna donc avec l'Estyle, laissant Lylia seule sur la plage. Le regard perdu dans les vagues, elle ne cessait de se remémorer ce que l'homme emprisonné lui avait dit, là-haut.
- Je croyais que vous deviez repartir aussi sec. Je ne vous ai pas autorisé à rester traîner sur une île sous tutelle du Gouvernement mondial.
Surprise par la voix désagréable, Lylia leva les yeux et aperçut un visage qu'elle n'avait pas vu depuis bien des années : Sakazuki Akainu, le chien rouge.
