Disclaimer : Tite Kubo
Note : et voici le chapitre 4, bonne lecture !
Chapitre 4 – jeune et con
« Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent.
Toi, tu creuses. »
Le Bon, la Brute et le Truand
Faut pas se méprendre, j'ai rien contre personne. Pas même contre l'autre bleu.
Il m'emmerde, je l'emmerde en retour. Point.
En cours, on enchaîne les clashs, les prises de têtes, les débats enflammés. Au bout d'un moment, je suis même pas sûr si on s'prend la tête pour défendre nos opinions ou simplement parce que c'est devenu une plaisante activité d'emmerder l'autre.
Mais j'ai pas fait tant attention à lui, même malgré les clashs. C'est qu'un élève de la classe, rien d'autre. Une connaissance, un camarade, insérez ici n'importe quel nom que vous voulez.
On est pas amis, on le sera jamais. Grimmjow est un solitaire, il s'intéresse une fois sur deux aux cours et semble passer son temps dans la salle d'informatique.
Et puis, il rejette tout le monde. J'ai vu une amie, Nel, se faire recaler quand elle s'est présentée à lui l'autre jour. Apparemment, elle voulait qu'ils soient amis. Pas Grimmjow.
Bref, ce type est casse-pieds mais un casse-pieds dont je m'en bats les couilles.
Enfin, j'aurai aimé que ça en reste là. Tu sais, que je m'en tape complètement de sa poire, qu'il fasse sa vie de son côté et moi de la mienne. Mais non, il a fallu que tout change ce soir-là – quelle soirée merdique, putain.
Je me trouve en ville, de boutique en boutique, à chercher un cadeau d'anniversaire pour Yuzu.
C'est un enfer de chercher un bon cadeau pour une fille. Si je lui prends un vêtement, elle risque de ne pas l'aimer. Ouais l'année dernière, j'ai fait l'erreur de lui offrir une tenue aux couleurs criardes, blindée de motifs en tous genres – 'paraît qu'on ne mélange pas deux types de motifs. Ou quelque chose dans le genre, je sais plus très bien.
Heureusement que Karin m'a dit qu'un ballon de football serait suffisant pour son cadeau. Brave fille.
Bref, je crains quand il s'agit d'offrir des cadeaux. Une paire de chaussures, peut-être ? Je connais pas sa pointure… Pas question que je demande à Karin, elle risque de me fausser juste pour me faire une sale blague. Plus elle grandit, plus elle devient vicieuse, je sais pas de qui elle tient. Papa non plus, je peux pas lui demander, il est aussi paumé que moi.
Un bijou ? C'est le plus potable. Un truc sobre et cher, ça devrait faire l'affaire, non ?
Posté devant la vitrine d'une bijouterie, mon fil de pensées est rapidement interrompu.
Grimmjow.
– Yo, Kurosaki ! gueule-t-il en avançant de quelques pas dans ma direction.
Je fronce les sourcils, fourrant mes mains dans les poches. Il a l'air tout aussi irrité que moi mais j'ai pas le temps pour ses conneries, j'ai un cadeau à acheter avant que la bijouterie ne ferme.
– Qu'est-ce que tu veux ? dis-je sans préavis lorsqu'il s'arrête à deux mètres de moi.
Il fourre lui-même ses mains dans ses poches mais il a pas besoin de ses poings pour se montrer agressif, ses yeux le font à sa place. Ses yeux d'azur qui me fixent comme si j'étais un pestiféré.
Alors je lui retourne son regard avec autant d'intensité, il n'impressionne personne ce connard.
Le silence. Ce putain de silence plein de tensions. La foule opaque s'accroît, tout autour, il suffit d'un pas pour que je m'y perde. Leurs regards nous braquent et nous accusent, je le sens, ils nous mutilent. Il fait gris aujourd'hui. La foule s'écarte, se dissipe – elle est disparate et diverse. Les badauds se laissent aller à leur train-train habituel, coincés entre deux chaises sur la terrasse d'un bar. J'ignore la raison de leurs rires, celle de leurs blessures mais ils sont présents sur ce tableau superficiel…un clair-obscur de la rage juvénile que mon unique regard abîme et sévit. Leurs chuchotis imposent le rythme mais rien ne s'interpose entre nous.
Je sens le lampadaire dans mon dos. J'entends la faible sonnerie de mon portable dans ma poche, il sonne, sonne, sonne quelques secondes avant de se laisser aller à l'inconscience.
Et finalement, il reprend la parole.
– T'as vraiment aucune idée de qui j'suis, huh ?
Sa question sonne plus comme une affirmation, j'arque un sourcil, dubitatif. Je fronce les sourcils aussi, en creusant dans ma mémoire quelques souvenirs que j'aurai enterrés – peut-être inconsciemment.
Je me souviens pas. On n'se connaît pas. C'est qu'un camarade de classe et rien de plus. C'est personne.
Mais pourquoi j'ai la sale impression que c'est pas le cas ? Pourquoi j'ai l'impression qu'il a raison ?
– Non, tu me rappelles que dalle. C'est tout ce que tu voulais savoir ? Parce que je suis pressé, là, dis-je pour couper court à cette conversation qui n'a aucun sens, sans même feindre l'irritation une seconde.
Sauf qu'il a l'air encore plus énervé que tout à l'heure. Je pige pas ce type, il est trop louche, trop lunatique, trop instable –
J'avais pas remarqué qu'il s'était avancé vers moi.
– Viens, j'ai un truc à te montrer, ça va te rafraîchir la mémoire, me dit-il en m'attrapant le poignet.
Il me tire en avant, je sens à peine sa main autour de mon poignet. Je lâche quelques insultes parce que je suis pas un putain de gosse qu'on traîne – mais sa dernière phrase m'a intrigué. D'après Grimmjow, on se connaît.
On marche rapidement et ça dure à peine deux minutes, je crois bien. Il lâche mon poignet et sans me regarder, se baisse pour enfoncer ses mains dans la terre, près d'un arbre gigantesque et désuet.
– Euh, tu fous quoi, mec ?
Les gens autour nous jettent quelques coups d'œil curieux mais ne s'approchent, retournant à leurs activités. Y'a un stand de bouffe à quelques mètres mais les mecs noyés dans leurs bouteilles de saké ne font même pas attention à nous.
Je retourne mon attention sur Grimmjow, le trouvant franchement fou – je pige toujours pas ce qu'il fabrique. Pourquoi il creuse à mains nues. Pourquoi ici, sous cet arbre, pourquoi, pourquoi, pourquoi…
Et c'est là que je voie le « K » gravé sur l'arbre. C'est petit, un peu flouté, un peu faiblard mais je le vois.
Les questions compressent ma tête, j'entends même plus les bruits environnants. Le temps défile, Grimmjow continue à creuser, encore et encore.
Jusqu'à ce qu'il s'immobilise pendant plusieurs secondes et allonge son bras pour attraper quelque chose. Je ne vois que son dos, je devine ses gestes mais son attitude corporelle parle pour lui : il a trouvé ce qu'il cherchait.
Grimmjow se relève et se retourne lentement pour me faire face, sans affronter mon regard.
Dans ses mains, je vois une espèce de sacoche.
Il s'approche jusqu'à n'être qu'à quelques centimètres de moi, attrape ma main et y dépose la sacoche.
La sacoche n'était pas attachée. Et quand il la dépose dans la paume de ma main, quelque chose en sort. C'est froid, c'est métallique, ça glace ma peau, ça –
Et tout se met en place.
– C'est toi.
Ma voix est basse. Glaciale.
– C'est toi, le gamin.
Le sale con qui s'est introduit dans ma maison, qui m'a prouvé que j'étais incapable de protéger mes proches. Que j'avais déjà échoué avec ma mère, que je ne serai plus capable de protéger mes sœurs.
C'est le bracelet de ma mère.
Je le reconnais.
Je le reconnaîtrai entre mille.
De mon autre main, j'arrache la sacoche, la laisse tomber et mourir à mes pieds. Mes doigts glissent sur le bracelet quelques secondes mais s'écartent, comme brûlés.
Et c'est à ce moment-là que je me laisse bouffer par la colère. Le gamin sans sourcils et sans cheveux, c'était Grimmjow. Mes poings se forment. Quand je reporte mon regard sur lui, je sais que la colère m'a gangrené. Alors je frappe, je cogne d'abord son menton pour le désorienter.
Mon autre main range le bijou dans ma poche.
Mais l'instant d'après, mon esprit est sclérosé, déconcentré quelques secondes lorsqu'il riposte. Il a de la force, certes, sauf que j'en ai aussi : sans doute qu'on est à égalité, ouais. Mais c'est pas lui qui vient de revivre l'assassinat de sa mère sous ses yeux. C'est pas lui qui vient de se faire submerger par de vieux démons.
Je cogne, fort, je frappe tout ce que je trouve. Les gens s'écartent autour de nous, peureux qu'un coup maladroit ne se dirige vers eux. Bande de poules mouillées, personne n'ose s'interposer entre nous alors qu'on continue à se bagarrer jusqu'à être complètement déroutés.
Ça rappe, ça racle, nos poings s'entrechoquent, nos souffles se mêlent : c'est la haine assassine. On donne des coups, des coups, des coups, partout. Des coups d'épaules, des coups dans la gueule, on lâche prise et on se laisse vivre. Les morceaux de chairs trop mous, trop chauds, trop durs. On se frappe, on s'étrangle, on se lâche. C'est l'absence de conscience, l'annihilation des sens.
Du sang sur ma langue, saveur de mon existence.
Du sang sur sa gueule, signe de son impuissance.
Je fracasse, je détruis tout sur mon passage.
Dans le mouvement, on a même atteint le stand de nourriture jusqu'à le renverser complètement.
J'ai donné le coup qui a poussé Grimmjow sur le stand.
J'ai pas fait attention mais le vendeur a reçu un jet d'huile sur lui.
J'ai pas fait attention aux dommages collatéraux.
Trop concentré à frapper Grimmjow.
Je sais pas comment on nous a séparés, ni combien de temps ça a duré.
Je sais juste que j'ai vu un sourire malsain sur la figure de Grimmjow.
Je sais de source sûre que j'ai le même sourire sur ma propre gueule.
Cette bagarre, c'était plus un exutoire. Un moyen de se défouler, de lâcher tout. La haine, la colère, le vide.
Un moyen de se sentir vivant.
En quelques minutes à peine, les flics sont là. On nous embarque dans leur voiture, en silence.
On se retrouve ensuite au poste de commissariat, devant un bureau et deux policiers pas tout à faits contents d'avoir affaire à deux jeunes cons comme nous.
Hirako Shinji et Mugurama Kensei si je me souviens bien. Le premier a l'air de comater, sans même faire trop attention à nous, les pieds posés sur le bureau, tandis que le deuxième nous fusille du regard en jouant le rôle du mauvais flic.
J'ai pas besoin de regarder Grimmjow pour savoir qu'il pense la même chose que moi.
– Bon, les morveux. Pour la dernière fois : qu'est-ce qui vous est passé par la tête pour vous battre aussi violemment ?
En guise de réponse, on hausse tous les deux les épaules.
Le flic se frotte les tempes, littéralement agacé qu'on se foute de sa gueule de cette façon. Il soupire longuement puis relève la tête et nous regarde chacun notre tour, les bras croisés sur son torse.
– Vous êtes au courant que vous êtes dans la merde, n'est-ce pas ? À cause de votre bagarre, vous avez blessé un homme innocent.
Sans réaction de notre part.
Du moins, c'est ce que je pense.
Physiquement, je n'affiche rien.
Intérieurement, je fulmine.
Je suis furieux d'avoir été aussi en colère, de m'être laissé avoir par Grimmjow.
D'avoir blessé un innocent.
Secrètement, j'espère que cet homme n'en gardera pas de séquelles.
Je culpabilise déjà, alors si en plus je blesse d'autres personnes…
Je grince des dents, fermant les yeux quelques secondes.
Mais je les ouvre aussitôt lorsque j'entends de nouveaux pas se diriger vers nous. Du coin de l'œil, je vois mon père. Et… Oncle Kisuke ?
L'incrédulité semble transparaître sur mon visage quand je regarde Kisuke et ensuite Grimmjow. Lui, il est toujours aussi indifférent, il n'a même pas fait attention aux nouveaux venus.
– Ah, vos parents sont là, dit le flic en saluant les deux hommes.
Je savais pas du tout que Grimmjow était sous la tutelle de Kisuke. Pas que le savoir aurait changé quelque chose mais… Je sais pas trop, j'imaginais plutôt ce type vivre dans une belle maison, avec des parents riches, sans manquer de rien. Enfin, ça c'était avant que j'apprenne qu'il avait cambriolé ma maison.
Visiblement, je m'étais trompé sur son compte.
– Bonsoir messieurs, commence mon père en s'inclinant respectueusement face aux inspecteurs. Kurosaki Isshin, je suis le père d'Ichigo.
Deuxième choc de la soirée : mon père semble sérieux. Putain, je crois que c'est la première fois que je le voie de cette façon, sans son air d'imbécile heureux.
– Eh bien, eh bien, bonsoir à vous, enchaîne Urahara avec un mouvement de son chapeau. Urahara Kisuke, directeur de la Maison d'Urahara et le responsable légal de Grimmjow.
La Maison d'Urahara… J'avais l'habitude d'y aller, quand j'étais petit, Kisuke servant de babysitteur à mes sœurs et moi, quand Papa travaillait de nuit.
Mon père pose une main sur mon épaule, l'appuie légèrement et me fait un signe de tête en réconfort.
– Puis-je savoir ce qu'a fait mon fils ? demande-t-il sur un ton menaçant, les bras croisés sur son torse.
– D'après les témoins, ces deux jeunes gens se sont violemment bagarrés, ils en ont même blessé un homme innocent. Oh, et c'est le jeune Grimmjow qui a attaqué votre fils en premier, raconte le flic en lisant une quelconque feuille.
Mais je fais pas attention à lui, je suis sous le choc par sa dernière phrase.
Grimmjow ? Attaquer en premier ?
– Quoi ? dis-je en grimaçant. C'est quoi ces conneries bordel ?
Je me tourne vers le concerné à ma gauche : Grimmjow a l'air encore plus furieux que moi. Pire encore, j'ai l'impression qu'il est habitué. Habitué qu'on le prenne pour le délinquant du service, qu'on lui colle cette étiquette, encore et encore. Et lui, il subit. En silence, il rumine, il fulmine. Il est en colère, il est haineux, il aimerait se lever et détruire les locaux mais la main d'Urahara sur son épaule l'en empêche.
Grimmjow a l'air enchaîné. Comme un animal en cage.
Je sens mon père qui tente de calmer le feu qui brûle dans mes entrailles, en chuchotant « calme-toi Ichigo, c'est pas le moment ». Mais je fais pas attention à lui, non, parce que… quand est-ce que ça sera le moment ?
– C'est moi qui l'ai frappé en premier. C'est moi qui l'ai poussé sur le stand. C'est moi qui ai donné le coup qui a renversé l'huile, dis-je d'une traite, attirant par la même occasion le regard de Grimmjow sur moi.
Ses yeux d'azur, acier bleu électrique, brûlant, intense, qui me fixent, me fouillent. Cherchent à comprendre pourquoi j'ai fait ça, pourquoi j'ai ouvert ma gueule pour le protéger lui.
Et je dévie mon propre regard qui se scelle au sien.
Je suis pas en colère contre lui. Contre le gosse qui s'est faufilé dans ma maison pour voler de l'argent, des bijoux. Je connais pas sa situation, son passé, je comprends juste qu'il m'avait cambriolé avec une bonne raison. Qu'il avait juste besoin d'argent. Je comprends qu'il soit en colère. Je comprends pourquoi il a souri après notre bagarre. Pourquoi il m'a contaminé par son sourire malsain.
Parce qu'il est mutilé, lésé, paumé. C'est qu'un gosse, putain. À l'époque encore, il était pas plus vieux que moi. Je sais pas ce qu'il a vécu, je sais pas ce qu'il a traversé depuis mais je sais juste une chose : je refuse qu'on le juge juste parce qu'il a la gueule d'emploi.
Alors, j'essaye de faire passer tout ça dans mon regard. Parce que jamais je ne pourrais lui dire. On est pas amis, on le sera jamais – mais il ne mérite certainement pas qu'on le traite aussi mal.
Je remarque enfin que l'autre flic, Horaki quelque chose, s'est réveillé et me fixe intensément. Il murmure quelque chose à l'oreille de l'autre imbécile de flic.
– Hirako Shinji, je me charge de cette affaire dorénavant, dit-il lorsque son collègue se lève pour partir.
La suite de l'interrogatoire est plus rapide, puisque je me montre plus coopératif. Tout en omettant certaines informations, comme la raison première de notre bagarre.
– On s'est bagarrés, c'est tout, dis-je en haussant les épaules. Il m'a tapé sur le système, je lui ai tapé sur le système, et on s'est bagarrés. Point barre, y'a rien à savoir d'autre.
Comptez sur moi pour résumer succinctement et clairement une situation.
La suite concerne strictement la paperasse administrative que l'inspecteur remplit et nous fait signer ; c'est une procédure vraiment barbante où on gaspille plusieurs heures. On nous apprend que le vendeur du stand est sorti de l'hôpital et qu'il n'a été que légèrement blessé – il avait surtout créé la panique en affirmant avoir été brûlé sur tout le corps. On parie combien que c'était pour toucher l'assurance ?
– Je suis désolé les jeunes, aussi sympathiques que vous m'avez l'air, j'vais devoir vous coller plusieurs heures de travaux d'intérêt général, dit Hirako sur un ton monotone, clairement ennuyé par cet aspect de son travail. Quarante heures pour Ichigo et trente heures pour Grimmjow. Vous recevrez la réponse définitive du Juge dans quelques jours. Vous effectuerez vos TIG chez Kenpachi-san à partir de la semaine prochaine.
Quarante heures, putain. J'avoue, je suis pas étonné d'en avoir plus que Grimmjow mais mine de rien, c'est énorme quarante heures. N'empêche, la journée est définitivement merdique.
– Sur ce, cassez-vous, bande d'glands. J'veux pas vous voir avant quelques années.
Heureusement qu'on nous a pas foutus en garde à vue pour la nuit. Yuzu se serait vraiment trop inquiétée. Oh… Yuzu. J'ai pas son cadeau mais en plus je suis certain d'avoir flingué sa soirée, elle a dû rester éveillée pour m'attendre, alors même qu'il est une heure passée.
On quitte le commissariat après avoir récupéré nos affaires. Devant l'entrée, Urahara et mon père discutent un peu à l'écart en nous jetant des coups d'œil de temps en temps.
Grimmjow se tient à quelques mètres, les mains fourrées dans ses poches, la haine brillant dans ses yeux. Mais il semble un peu plus calme que tout à l'heure, moins destructeur.
– T'aurais dû la fermer, Kurosaki, dit Grimmjow d'une voix froide en brisant le silence.
Mes yeux se froncent lorsque je le regarde, lorsque je détaille son profil.
– Non. J'fais pas plonger les gens à ma place. J'assume mes torts.
Il rit. D'un rire sarcastique, comme s'il n'en croyait pas un mot. Et il tourne sa tête dans ma direction, me fixe.
– Ouais, c'est ça, dit-il.
Et je me rends compte que ce gars n'est clairement pas habitué à ce qu'on lui tende la main. Sans doute qu'il est habitué à ne compter que sur lui-même, à ne dépendre de personne. En un sens, je l'admire, il faut faire preuve d'une force psychologique pour se séparer des autres individus, de se barricader, de se forger des barrières. De se forger un muret de haine indestructible. C'est sa façon de se protéger.
– C'est vrai, Grimmjow. C'est même pas de la gentillesse, juste du bon sens. On est tous les deux des têtes de cons mais on assume nos conneries.
Du coin de l'œil, je vois mon père qui me fait signe de le suivre pour rentrer. Je passe devant Grimmjow et sort légèrement le bracelet de ma poche.
– Merci.
C'est faible, presque inaudible, mais Grimmjow l'a entendu. Et c'est plus que suffisant.
Je n'attends pas de réponse et suis mon père. Sur le chemin, on reste silencieux. Je suis content que mon père soit là, toujours là, quoiqu'il arrive, quoiqu'il advienne de nous.
J'ai une dernière pensée pour Grimmjow, qui est rentré avec Urahara. Et j'espère qu'il le considère comme un proche. Parce qu'on est que des gosses, de sales gosses paumés, tantôt dépressifs, tantôt joyeux, mais on a besoin des adultes pour s'en sortir. Ouais, on en a besoin pour rester en vie.
Lorsqu'on rentre à la maison, Yuzu nous accueille avec un câlin. Mon père redevient cet imbécile qui pleure devant l'autel de Maman en criant que son fils est devenu un délinquant ambulant. Mais je m'attarde pas sur lui, je ne fais attention qu'à ma petite sœur dans mes bras qui s'inquiète comme une mère pour nous.
– Yuzu, je vais t'offrir ton cadeau d'anniversaire plus tôt que prévu.
Elle semble surprise par mes paroles mais essuie tout de même les larmes de ses joues, acquiesçant de la tête. Je sors le bracelet de ma poche et l'attache à son poignet délicatement.
– C'était le bracelet de Maman.
Ouais. Grimmjow a bien mérité un merci pour ce cadeau.
Même s'il reste un connard.
Sauf que j'en suis un aussi, alors ça compte pas vraiment comme insulte.
