Chapitre 2

- Le soldat divin... me murmurai-je à moi-même pendant que Karma finissait sa phrase.

Je ne réfléchis pas plus et le tire par le bras jusqu'à mon bureau, que je ferme à clé.

- On ferait mieux de rester ici, Karma.

Je prends quelques poignards sur mon bureau et reste sur mes gardes au cas où.

- Je me souviens de lui. On l'avait vaincu avec les autres, dans la classe E, soupire Karma.

- Cela ne sert à rien de fermer à clé, je peux défoncer cette porte ! Lance Gakuhô depuis l'autre côté.

Mais arrête de défoncer mes portes !

- Tu penses que cet homme est de taille face à nous, Gakuhô ? Je te rappelle que toute son équipe a été neutralisée par ma classe ! Criai-je.

- Sauf que de ta classe, il n'y a qu'un seul élève !

- Je dois avouer qu'il marque un point.

- Karma, ce n'est pas le moment de plaisanter.

- Justement, tu m'écoutes et tu obéis, commence Karma en baissant la voix. Tu vas te planquer, vu qu'ils ne veulent que toi, donc ils ne devraient pas me faire de mal. Donc tu te caches, et tu attends le bon moment pour frapper. Et je ne dis ça pour toi, mais pour vous deux.

Sur ces mots, il montre mon ventre. Je détourne le regard, bien conscient du risque.

- Je pense qu'il n'est pas au courant, mais je m'en moque, ils sont assez fous pour te tuer. Tu te caches et tu fais comme Nagisa. Le moment opportun pour faire le plus de victimes possible.

- D'accord. Je ferai attention, ne t'en fais pas. Je te laisse le distraire.

Je pars ensuite me cacher dans un coin aménagé en cas d'attaque. J'entends la porte se briser.

Mais c'est pas fini de défoncer mes portes ?! Il aura intérêt à rembourser !

Je sors légèrement la tête pour observer la scène, en espérant qu'il n'arrive rien à Karma.

"Vous ne connaissez pas les sentiments humains ?"

Je frémis en repensant à ce souvenir. Depuis que je le connais, j'ai appris à aimer, à avoir peur, à m'inquiéter.

- Professeur Koro ?

Je rentre ma tête dans ma cachette. Je n'entends que des bouts de la conversation entre Craig Hojo et Karma, mais j'entends parfaitement Gakuhô, signe qu'il se rapproche.

- Je suppose que tu n'as pas quitté cette pièce, Koro ? Faisons un pari. Si je te trouve ou que Craig se débarrasse de ton mari, tu es à moi.

Je ne lui réponds pas et tente de capter une faille dans son onde de conscience.

Une seule vague et je pourrais me débarrasser de lui. Il reste étrangement calme...

- Qui ne dit mot consent, mon cher Koro. Je prends ça pour un oui.

Je serre la garde de mon poignard et recule pour qu'il ne me voie pas. J'arrive enfin à capter une infime présence de stress. Je souris et m'apprête à le neutraliser quand un bruit de vitre brisée se fait entendre.

- Zut, j'ai cassé le miroir...

Tu vas pas t'y mettre, Karma !

Craig se relève, en saignant un peu. Gakuhô, ayant été attiré par le bruit, s'est retourné. Je sors en vitesse de ma cachette et fonce vers lui. Quand il se tourne vers moi, je laisse tomber mes poignards et utilise la technique du Nekodamashi, c'est-à-dire que je tape dans mes mains.

Je profite qu'il soit déstabilisé pour le pousser en arrière et le faire tomber dos au sol. Je reprends mes poignards en m'asseyant sur son torse et en plaçant les lames contre sa gorge.

- Pas mal, dis moi... me félicite t-il en souriant. Mais je pense avoir plus de force que toi.

Il commence à se relever doucement. Je regarde Karma et Craig du coin de l'œil en pressant une lame contre sa gorge. Le sang perle et coule légèrement sur la lame. Il y en a un peu sur ma main.

Oui, du sang sur mes mains, il y en a depuis mon enfance. Mais je ne veux pas que Craig ait du sang de Karma sur ses mains, au sens propre. Le soldat divin a profité d'un mouvement de déconcentration de Karma pour lui mettre un couteau sous sa gorge.

Je garde mon calme, même si j'ai peur au fond de moi.

- Relâche-le immédiatement, lançai-je froidement au mercenaire.

Je perds ma concentration une seconde, et Gakuhô en profite pour attraper mon poignet et me plaquer au sol. Faut dire que je m'attendais pas à celle là.

- Bravo Hojo. Quant à toi, le rouquin, tente quoique ce soit et Hojo te tranche la gorge.

- Allez vous faire mettre bien profond, réplique Karma, un sourire narquois aux lèvres.

Hojo rapproche sa lame du cou de Karma, ce qui renforce mon stress.

- Ne dis rien qui puisse te coûter la vie Karma, tu l'as dit toi même, ils sont assez tarés pour nous tuer. Gakuhô, relâche Karma, il n'a rien à voir là-dedans.

- Que dois-je faire de lui ? Demande Craig en montrant Karma.

- Tue-le, répond Gakuhô.

Mon sang ne fait qu'un tour et je redresse la tête pour saisir sa gorge entre mes dents. Je le serre férocement, et Karma envoie un coup de coude dans les côtes d'Hojo, qui encaisse le coup.

Gakuhô frappe ma nuque et pince mon oreille. Je me crispe et mugis.

- Cela ne va pas être assez, lance Hojo.

Je le regarde du coin de l'œil et le regarde mettre un coup de poing dans le ventre de Karma puis trancher. J'arrache la peau de la gorge de Gakuhô, et écarquille les yeux en voyant mon mari qui s'effondre au sol au ralenti devant mes yeux.

- KARMA ! Hurlai-je, les larmes aux yeux, et en tentant de me précipiter vers lui.

Mais cette pourriture est encore assis sur moi, en se tenant le cou.

- Tu en as, de la force.

Il se recule et je fonce vers Karma, enfin essaye, car Hojo saute sur moi et me ligote, avant de me menotter les poignets. Je n'arrive qu'à toucher son sang. Je ne réagis pas plus, à environ 20 centimètres de son cadavre entouré d'une petite flaque de sang.

Je n'arrive pas à détourner mon regard. Une foule de souvenirs reviennent dans ma tête, tandis que mes larmes coulent.

"Je peux vous apprendre les sentiments humains, si vous voulez."

Oui, il m'aura appris les sentiments. La joie.

"Je suis enceint.

- C'est génial !"

L'inquiétude.

"Où est-ce qu'il est ? Il va attraper froid, sous cette pluie..."

La colère.

"C'est Gakushû qui m'a poussé dans le lac !"

La tristesse.

"Ils ne veulent que toi, donc ils ne me feront pas de mal."

Tu le savais qu'ils voulaient se débarrasser de toi, hein ? C'est pour ça que tu m'as souri.

Oui, Karma, c'est tout ce qui m'importe. Son sourire, ses expressions, lui.

- On l'embarque, lance la voix de Gakuhô. J'ai besoin de soins.

On me met un bandeau sur les yeux et la bouche, puis on me traîne. Mon pouce effleure ma bague de fiançailles.

"Joyeux anniversaire !"

Son sourire. Je ne verrai plus jamais son sourire.

Je me laisse traîner en pleurant silencieusement, me maudissant de ne rien pouvoir faire.

Ce jour-là, j'ai pleuré, me maudissant d'avoir été aussi impuissant, avec son sang sur ma main.

J'ai beau être né dans le sang, ce sang, j'aurais voulu ne jamais le toucher.