Chapitre 3
Hojo me jette dans le coffre de la voiture sans délicatesse.
- Tu veux quelque chose ? Me demande la voix de Gakuhô.
- Rends-moi Karma... réussis-je à dire.
- Je veux dire, une photo, un habit ? Karma est mort.
- Il y avait un cadre d'eux deux dans l'entrée. Tu le veux ? Me lance la voix de Hojo.
- Je veux rester avec mon mari... allez-vous-en, répondis-je.
- Tu rêves. Allez lui chercher ce cadre.
Le coffre se ferme, et quelques minutes après, la voiture démarre. Je me recroqueville sur moi-même.
Karma... je voudrais tant être avec toi...
- Il aurait fallu que je sois un bêta et rien de tout ça ne se serait produit...
- Sauf que rien ne se passe jamais comme on l'a prévu.
Je restai silencieux après les paroles de Gakuhô, et ce pendant tout le trajet. La voiture s'arrête et le coffre s'ouvre.
- C'est une chance que Gakushû soit allé habiter avec ton ancien élève. Amenez-le dans ma chambre et menottez-le au lit.
Mon ancien élève ? Il parle de Nagisa ? Oui, je ne vois que lui...
Un main m'attrape et me tire. Je tombe au sol, et on me traîne de nouveau. Je me laisse faire et m'adresse à Gakuhô :
- Il a bien fait de partir vu le connard qui lui sert de père. Il lui a pourri une bonne partie de sa vie.
Un peu après, je suis jeté sur un lit, libéré puis menotté. On m'enlève enfin mes bandeaux et je vois Craig Hojo.
- J'ai rien contre toi.
Il dépose le cadre de Karma et moi. Il souriait de toutes ses dents et moi, à peine. On voit aussi Gakushû et Nagisa qui s'embrassent en arrière-plan. C'est vrai que c'était Nakamura qui avait pris cette photo. Je lève mes yeux vers Hojo.
- Va crever, espèce de pourriture. Si tu n'avais rien contre moi, tu n'aurais pas tué Karma.
- C'est lui qui m'a cherché. Et puis je me venge d'i ans.
- Il t'avait seulement battu et non tué...
Je baisse les yeux vers la photo et regarde Karma sourire.
- Je n'ai fait qu'obéir. Il comptait le tuer quoiqu'il arrive.
- Va t'en, tu me dégoûtes, lâchai-je sans quitter la photo des yeux.
Il part enfin, mais je reste immobile.
Pourquoi fallait-il qu'il meure ?
A cet instant, j'avais envie de me rouler en boule. Il m'aurait rejoint, et il m'aurait pris dans ses bras.
La porte s'ouvre, me sortant de mes rêveries.
- Tu comptes rester dans cet état longtemps ?
Je reconnais la voix de Gakuhô. Je le regarde rapidement puis reporte mon attention sur la photo. Il a un bandeau sur le cou.
J'aurais dû tirer plus de peau.
- Quel autre tableau voudrais-tu que j'affiche avec ce qu'il s'est passé ?
- Un sourire qui montre ton envie de me tuer ? Rétorque Gakuhô.
- Je ne te ferai pas cette faveur.
- Ne t'en fais pas, tu finiras par l'oublier.
- Ne compte pas là-dessus. Tu ne le remplaceras jamais.
- Y aurait-il aucun espoir pour moi, quelque chose qui te relie encore à lui ?
Je déglutis et lève la tête vers lui.
- Je l'aime, vivant ou mort.
Il soupire.
- Voudrais-tu quelque chose à manger ?
- Je n'ai pas faim, répondis-je. Laisse-moi seul.
- Appelle-moi si tu as une requête.
- Je ne t'appellerai pas. Sauf pour m'aider à aller aux toilettes vu que je suis enchaîné. Va donc détruire un autre couple.
Il sourit et s'approche.
- Je vais devoir te donner d'autres vêtements.
- Ceux-là me vont très bien. Va habiller ton ex-femme, rétorquai-je.
- Tu n'as pas le choix. Point.
- Je t'emmerde Gakuhô.
Il sourit encore et part. Sûrement pour me ramener des habits. Je baisse le regard sur mon ventre en soupirant.
Vu sa réaction excessive avec Karma, si jamais si apprend que je suis enceint...
Je suis pris d'un frisson. Pourvu qu'il ne l'apprenne pas. Je tente de tirer sur les liens. Je veux rejoindre Karma, même si je dois rester avec son corps.
La porte s'ouvre, Gakuhô entre avec quelques vêtements empilés. J'ignore sa présence et regarde par la fenêtre.
- La maison est barricadée, tu ne peux pas fuir. Et ta chambre est au 4e étage.
Il s'approche de moi, pose les vêtements sur le lit et attrape mon pantalon avant de me l'enlever.
- Tu te changes seul ou je dois le faire ?
- Tu peux rêver pour me toucher. Détache-moi et je m'habillerai seul, répondis-je d'un ton froid.
- Jolies jambes, souffle-t-il en sortant, après m'avoir détaché.
Je me change en soupirant. Je garde mes vêtements à côté de moi. Ils sentent encore son odeur. Gakuhô rentre.
- Je vais te laisser détaché, finalement. Tu as la salle de bain et les toilettes là-bas, derrière cette porte.
- Et mon poing dans ta gueule en remerciement pour cette vie misérable ?
- Tu préfères que je t'enchaîne ?
- Si ça peut te rendre heureux, fais-toi plaisir.
- Tu es vraiment entêté.
- Parce que tu crois que je vais t'obéir au doigt et à l'œil ? Je ne suis pas un chien et encore moins ton partenaire.
- Pour l'instant. Il arrivera bien un moment ou tu oublieras ton "poussin", c'est ça ?
- Je n'oublierai jamais Karma. Même si je me faisais à l'idée qu'il n'est plus là, je ne prendrai pas un autre partenaire.
- Pourtant je suis là, moi.
- Je ne compte pas faire de toi mon partenaire, répondis-je froidement.
Pars. Pars, laisse-moi avec Karma. Laisse-moi avec mon mari.
Il soupire puis sourit.
- On verra.
- Tu peux crever, lâchai-je.
- Que veux-tu pour dîner ?
C'est ça, essaye de détourner la discussion.
- Fais ce que tu veux, je m'en moque.
- Des pâtes ?
- Parfait. Étouffe-toi avec, au passage.
Il se met à rire. Sauf que ça ne me fait absolument pas rire.
- Tu as toujours le sens de l'humour !
Je pose mon regard sur la photo.
- Oh, mais mes paroles sont sincères...
La porte s'ouvre, puis se ferme. Je prends la photo et la serre contre moi.
- Connard.
Je crois bien m'être endormi, car quand je me réveille, il y a un plateau sur le lit, avec un mot. Je jette le mot sans prendre la peine de le lire, et pose la photo près de moi. Je mange ses pâtes en silence.
Dommage qu'il ne se soit pas ébouillanté avec l'eau des pâtes.
Je reprends la photo et la serre contre moi. Pourquoi est-ce que son sourire me revient toujours en mémoire ?
Peut-être que je ressens enfin de vrais sentiments ? Comme si je n'avais pas été Shinigami. Mais si je ne l'avais pas été, est-ce que Karma et moi nous serions nous rencontrés quand même ?
J'entends quelqu'un toquer.
- Que veux-tu encore ? Laisse-moi tranquille, soufflai-je.
Il me faut un instant pour comprendre que ça vient de la fenêtre. Je regarde par la fenêtre. J'écarquille les yeux et me lève pour courir vers la fenêtre.
Son sourire. Encore. Toujours. Il sourit toujours, comme l'autre enfoiré.
- Karma... !
