Chapitre 5

Gakuhô finit par revenir avec une barquette de fraises et un téléphone à la main. Je le regarde et prends les fraises qu'il me tend.

- Merci, soufflai-je.

Il sort de la pièce. Je commence à manger les fraises. Elles sont plutôt pas mal.

C'est bizarre, il ne reste pas... et ce qui me gène aussi, c'est qu'il n'a pas l'air d'avoir une discussion importante. A qui est-ce qu'il téléphone ?

Il revient quelques minutes plus tard, sans son téléphone. Il sourit :

- On va avoir de la visite.

- Tu vas en avoir. Je reste dans la chambre, répondis-je en finissant une fraise.

- De toute façon tu n'as le droit d'aller que dans la salle de bain.

- Alors pourquoi tu m'en informe crétin ?

- Pour que tu te tiennes tranquille.

Je lui tourne le dos, en emportant les fraises au passage.

- A tout à l'heure, lance-t-il.

- Disparais, lui ordonnai-je.

J'entends qu'il ouvre la porte, puis la referme, signe qu'il est parti. Je soupire et mange ma dernière fraise.

Karma... viens me chercher j'en peux plus de lui... je vais lui coller deux beignes si il continue...

Environ une demi-heure plus tard, j'entends toquer. Sa visite est déjà finie ? Je me relève, car, entre-temps, je m'étais allongé avec le cadre, et regarde la porte. Gakuhô entre avec un homme.

On dirait un scientifique fou. Je le verrais bien avec un œil en moins...

- Tu as mangé toutes tes fraises ? Me demande Gakuhô en fermant la porte.

- Oui, pourquoi ?

Il s'approche de moi et me menotte les deux mains au lit. J'espère que ce type n'est pas un cameraman. J'ai pas envie de me retrouver sur des sites X. Le pire, c'est qu'il pourrait y avoir le camarade de classe de classe de Karma, Okajima, qui pourrait voir...

Oui, un gros pervers. Mais d'après Karma, je suis pire. Enfin bon, revenons à Gakuhô.

- Tu vois cet homme ? C'est le docteur Kôtarô Yanagisawa.

Rien qu'à entendre son nom j'ai envie de lui crever l'œil. Je sais pas pourquoi, une envie, comme ça. Bref, j'arrête pas de m'égarer moi.

J'écarquille les yeux en me repassant la phrase. Je regarde Gakuhô avec un air froid.

Il n'aurait pas... ?! Reste calme. Ne montre aucune faiblesse.

- Et alors ?

- Et alors ton intérêt pour les fraises t'a trahi. Vous pouvez y aller.

C'est pas vrai !

Yanamoche (parce qu'il est vraiment laid), s'approche de moi avec un sourire que je ne sens absolument pas. Il soulève mon haut. Je déglutis et commence à paniquer. Il palpe mon ventre.

Gakuhô je vais te tuer.

Je tente de me débattre en grognant.

- Si tu comptes faire ce que je pense... tu peux être sûr que je me laisserais mourir.

J'arrive à repousser Yanamoche avec mon pied, qui envoie un signe de tête à Gakuhô.

- Alors tu es enceint de ce tampon usagé.

Tu prends bien les surnoms de ton fils... MAIS A QUOI JE PENSE MOI !?

Je détourne le regard vers la fenêtre.

- Si tu me laisses le mettre au monde et l'élever...

Ma voix tremble et est cassante. Je ne veux pas lui dire.

- Je t'obéirai...

Je déglutis et reprends de l'assurance en le fixant dans les yeux.

- Sinon je me laisse mourir et tu seras seul.

- Je t'ai dit que je suis possessif. J'ai très envie de te frapper jusqu'à ce que tu meures avec cette chose.

- Alors tue-moi.

Il me regarde et un silence se fait. Il finit par le briser.

- Je vais accéder à ta requête. Mais tu m'obéis. Une seule erreur et ton enfant meurt.

Il part avec le docteur sur ses mots. Je détourne le regard vers la fenêtre en silence. Gakuhô finit par revenir avec un plateau-repas.

- Tu as faim ?

- Je n'ai pas faim, mais je vais manger, répondis-je.

- Alors tu as un jus de fruits rouges, un steak haché et du riz. Bon appétit !

- Tu comptes me détacher ou me faire manger ? Je ne peux rien faire.

- Oh, désolé.

Il rigole et s'approche pour me détacher. Je prends le plateau, bien conscient que ma tête est blasée. Mais je me moque de ce qu'il pense.

Le téléphone de Gakuhô sonne et il sort pour décrocher. Je soupire, pouvant manger tranquillement.

Il revient une heure plus tard.

- Tu as tout mangé ?

- Oui, le plateau est vide.

- Tu n'as pas bu ton jus de fruits.

Je le prends et le bois. Il l'a fait lui même pour qu'il veuille me le faire boire ? Il prend le plateau et se dirige vers la porte.

- Je reviendrai tout à l'heure.

- On s'ennuie enfermé dans ta chambre, lâchai-je.

- Veux-tu venir avec moi dans la bibliothèque ?

- Si tu me laisse lire dans mon coin, oui.

Il me fait signe de venir.

- Ne t'en fais pas. J'ai du travail.

Je me lève et viens vers lui.

- Un coup tu es gentil, un coup tu es le pire des connards.

- Ah oui ?

- Oui.

Nous passons la porte et m'en montre une autre.

- La bibliothèque est là-bas, je pose le plateau et j'arrive.

Je me dirige vers la bibliothèque en silence et j'ouvre la porte. Il y a vraiment beaucoup de livres. Je regarde les livres un par un. Certains noms me reviennent, signe que je les ai déjà lus. J'en vois plusieurs que je n'ai pas lus.

- Alors ? Tu as trouvé quelque chose ? Me demande Gakuhô, revenu.

- Il y a quelques livres que je n'ai pas lu, répondis-je.

- Tu peux prendre ceux que tu veux.

- D'accord...

Je prends quelques livres et m'installe dans un coin un peu éloigné de ce qui semble être son bureau. J'ignore sa présence et lis en silence.

Pourquoi est-ce que je lis, déjà ? Pour le plaisir ? Pour reprendre mon travail plus tard ?

"Pourquoi y a des photos d'Asano dans votre téléphone ?"

"C'est quoi, ce message ?"

Je souris. Depuis sept ans, il sait qui je suis.

"Je ferai tout pour que personne ne sache qui vous êtes vraiment."

C'est vrai, personne n'a jamais rien su.

"Shinigami, le dieu de la mort... TU ES SHINIGAMI ?!"

Je ris doucement. Il ne s'y attendait pas. Et il avait peur de moi. Mais il a quand même accepté. Je continue de lire, et, sans m'en rendre compte, plusieurs heures passent. Je vais ranger les livres, les ayant terminés.

- Ah, j'ai oublié de te dire quelque chose...

Je regarde une autre étagère, sans l'avoir regardé.

- Quoi ?

- Regarde.

Je soupire et tourne la tête. Il me montre une boîte de pilules, un sourire de démon sur le visage.

- Ce sont des pilules d'avortement.

Je déglutis et me tourne vers lui.

- Je sais que tu comptes me les faire avaler de force.

- Mais tu en as déjà avalé, mon cher Koro.