Une petite différence
Notes : merci beaucoup à harrypottermanga, Ron Ravenclaw, zaika, lilyp et emissea pour les reviews :) ! Ce chapitre est une version modifiée du chapitre 10 du tome 5, 'Luna Lovegood', un de mes chapitres préférés de toute la série.. j'ai essayé de garder l'atmosphère du livre, et également certains moments de Luna, parce qu'elle a des répliques vraiment ÉPIQUES :D (mais c'est juste pour cette fois-ci, je ne retranscrirai pas d'autres passages de l'oeuvre original dans les chapitres subséquents)
Chapitre 2
Craquant des panaches de vapeur noire au-dessus de la foule des élèves et de leurs familles qui se disaient au revoir, le Poudlard Express se dressait, majestueux, prêt à accueillir ses passagers.
Harry arrivait enfin à réaliser qu'il retournait véritablement à Poudlard, chose dont il avait été incapable même après son acquittement durant l'audience. Il reverrait le château, la grande salle, les professeurs, les élèves… Se sentant à la fois émerveillé et ridicule, il se surprit à chercher autour de lui des visages familiers : Neville, Katie Bell, Padma Patil, Cedric …
-Bon, prenez bien soin de vous, dit Lupin, venu les raccompagner, en donnant à Harry une tape sur l'épaule. Soyez prudents…
-Vigilance constante! ajouta Maugrey en un grognement, observant le train de son œil magique, l'air suspicieux.
Harry serra la main de Mr Weasley tandis que Tonks prenait Hermione et Ginny dans ses bras. Un coup de sifflet retentit; les élèves qui étaient encore sur le quai se hâtèrent de monter dans le train.
-Vite, vite! s'énerva Mrs Weasley, serrant tout le monde contre elle au hasard.
Harry s'approcha pour serrer la main de Maugrey, mais ce dernier semblait toujours perdu dans son observation du train.
-Quelqu'un nous observe depuis cette fenêtre, fit-il en un mouvement de menton. Je devrais peut-être aller voir…
Harry se tourna vers le train, mais sans œil magique, il ne put distinguer qui que ce soit.
-Oh, ne soit pas ridicule, il n'y a que des élèves dans ce train! rétorqua d'un ton urgent Mrs Wealsey, qui serrait George pour la troisième fois alors que Fred se tordait de rire à ses côtés. Allez, Harry, vite!
Sirius se dressa sur ses pattes de derrière et approcha son museau du visage de Harry, le fixant avec bienveillance.
-Pour l'amour du ciel, conduis-toi comme un chien! siffla Mrs Wealsey en poussant Harry vers la portière du wagon.
Le train s'ébranla et quelques instants plus tard les silhouettes de Tonks, Lupin, Maugrey et Mr et Mrs Weasley avaient disparues.
Fred et George s'éclipsèrent rapidement en compagnie de Lee Jordan; Ron et Hermione, l'air un peu coupable, se dirigèrent en s'excusant vers le compartiment des préfets. Harry fit de son mieux pour ne pas se sentir jaloux.
-Viens, lui dit Ginny. Si on s'y prend maintenant, on pourra peut-être leur garder une place.
Soulagé de voir qu'elle voulait bien rester avec lui, Harry suivit péniblement Ginny le long du couloir bondé, la cage d'Hedwige dans une main et sa lourde valise dans l'autre. Il ne put ignorer les regards dont il était à nouveau victime à cause de ce que La Gazette du sorcier avait raconté tout l'été.
Dans le tout dernier wagon, ils rencontrèrent Neville, qui ne trouvait nulle part où s'asseoir non plus.
-Tous les compartiments sont occupés…
-J'ai trouvé, leur lança Ginny en jetant un coup d'œil dans la dernière subdivision. Il y a de la place.
Neville traîna du pied, marmonnant qu'il ne voulait déranger personne.
-Salut, Luna, dit Ginny. On peut s'installer ici?
Luna les observa de ses yeux protubérants depuis derrière son magazine qu'elle tenait à l'envers, puis elle acquiesça, secouant ses cheveux blonds et emmêlés.
Ginny engagea immédiatement la conversation tandis que Harry hissait les valises dans le filet à bagage. Quand il eut terminé, Luna s'adressa à lui. Son air rêveur était étrange; il eut l'impression qu'elle n'avait pas arrêté de le fixer depuis qu'il était entré.
-Tu es Harry Potter, toi.
-Je sais, répondit Harry, inconfortable.
Neville éclata de rire. Luna tourna vers lui ses yeux pâles.
-Et toi, je ne sais pas qui tu es.
-Moi, je ne suis personne, répondit aussitôt Neville.
-Ce n'est pas vrai, coupa brusquement Ginny. Neville Londubat - Luna Lovegood. Luna est dans la même année que moi, mais à Serdaigle.
-Tout homme s'enrichit quand abonde l'esprit, conclut Luna d'une voix chantante.
Harry et Neville la regardèrent sans trop savoir quoi comprendre ou répondre. Ginny étouffa un rire, puis un silence perplexe s'installa.
Pendant quelques minutes, Harry écouta le fracas de rails tandis que le train poursuivait son chemin. Harry l'imagina vu de haut, traversant la campagne, ses petites fenêtres illuminées de soleil.
L'image de Maugrey examinant une de ces petites fenêtres lui revint alors. Sans plus y réfléchir, il décida de sortir essayer de découvrir qui les avait observé, heureux d'avoir un prétexte de quitter le compartiment. Marmonnant un 'je reviens', il se glissa dans le couloir.
Harry estima que la fenêtre suspecte se trouvait dans la deuxième ou troisième cabine du tout premier wagon; il traversa donc le train en entier, avec beaucoup moins de difficulté cette fois, la plupart des gens ayant trouvé un endroit où s'installer. À mi-chemin il se sentit soudain futile et fut tenté faire demi-tour : d'une part Maugrey avait un tempérament un peu paranoïaque et aurait très bien pu inventer une menace; d'autre part, même maintenant, tandis qu'il parcourait le couloir, Harry sentait les yeux se tourner sur son passage. Il décida d'aller voir quand même, surtout pas pressé de retourner à son compartiment avant que Ron et Hermione n'y soient aussi.
Arrivant enfin dans le premier wagon après avoir de justesse évité de marcher sur un chat qui s'était échappé, Harry s'approcha silencieusement d'une cabine. À l'intérieur se trouvaient trois garçons de première année, brandissant leurs baguettes en murmurant 'Abracadra'. Leurs efforts vains ne semblaient pas les décourager et ils continuaient de siffler toute sorte de charabia, si bien que Harry, amusé, s'attarda un peu trop longtemps à les regarder. L'un d'eux le remarqua et sursauta; sous le choc, sa baguette répandit une pluie d'étincelles. Ses deux compagnons se mirent à hurler.
Pouffant de rire, Harry se dirigea vers le second compartiment. Il s'arrêta à quelques pas pour essayer de se calmer, mais à cet instant la porte s'ouvrit vivement.
-Oh… bonjour, Harry, dit Cho en trébuchant hors de son compartiment.
Harry retrouva son sérieux immédiatement.
-Ah, heu… salut, répondit-il, l'air ahuri.
Pendant quelques secondes silencieuses, ils se fixèrent, mal-à-l'aise sans raison. Les cheveux noirs de Cho, qui avaient poussé durant l'été, mettaient en valeur son visage fin, affable.
Elle lui sourit.
-C'est drôle que tu sois là, fit une voix grave derrière Cho. On voulait justement venir te dire bonjour.
Harry se rendit soudain compte que d'autres gens étaient installés dans le compartiment; parmi eux, Cedric était debout, quelques pas derrière sa copine.
Aucune réponse ne vint à l'esprit de Harry. Il se contenta de dévisager Cedric, le cœur battant.
-Cho! Mon chat! Aidez-moi à l'attraper!
Tous les trois sursautèrent. Une fille brune, plutôt petite, courrait en agitant les bras, pointant une boule de poil qui venait de se faufiler à l'intérieur du compartiment de Cho et de Cedric. Tout le monde se mit à crier; l'animal, apparemment paniqué, usait de ses griffes sur tout ce qui était à portée.
-Je m'en occupe, soupira Cho, sortant sa baguette.
Harry l'observa avancer dans la pagaille, s'approcher du chat et l'immobiliser d'un sort. Les cris ne cessèrent par contre pas : la petite sorcière pleurait à la vue de son chat inconscient, d'autres élèves se lamentaient de leurs griffures.
Abasourdi, Harry choisit de s'éloigner. Il était inconfortable avec Cho et Cedric, de toute façon. Au bout du wagon, il entendit des pas qui le rattrapaient.
-Je vais aussi dans cette direction, fit Cedric, ralentissant l'allure une fois à ses côtés. J'ai à faire dans le dernier wagon.
-Mon compartiment est dans le dernier wagon, répondit Harry d'une voix qui ne lui semblait pas être la sienne.
Il ne s'était pas attendu à être si intimidé par Cedric Diggory. Marcher à ses côtés était très différent que de lui écrire des lettres. Durant l'été, il avait oublié le ton de sa voix. Il avait oublié combien Cedric semblait large et grand, comparé à lui. Il était deux ans plus vieux, après tout…
Harry chercha un sujet à aborder, mais ne trouva rien. Il se retint de mentionner le beau temps, qui peut-être aurait troublé le silence, mais aurait également traduit son malaise. Il ne cessait de jeter des regards en coin à l'autre garçon, détaillant son visage, ses yeux bruns, ses sourcils épais, ses lèvres sympathiques…
Cedric ne dit rien non plus.
Quand Harry s'arrêta devant son compartiment, Cedric fit halte également.
-C'est là, fit Harry.
Il ouvrit la porte pour trouver avec horreur Neville complètement trempé d'une substance vert foncé, tenant entre ses mains une plante qui avait surtout l'air d'un organe interne. Ginny avait les bras devant le visage, visiblement pour se protéger du liquide, et Luna, cachée derrière son magasine, observait la scène, l'air surpris.
-Désolé, haleta Neville. Je n'avais jamais essayé… On m'avait parlé d'un système de défense mais… Oh, Harry!
Alarmé, Harry jeta un coup d'œil à Cedric. Il regardait ses trois amis, les sourcils levés, l'air perplexe.
-Bon, à plus tard, fit précipitamment Harry sans le regarder dans les yeux.
Il referma rapidement la porte devant le Poufsouffle.
-Mais qu'est-ce qui se passe ici? s'exclama Harry, le coeur battant.
-Ne vous en faîtes pas, ce n'est pas un poison, dit Neville en tentant de s'essuyer le visage.
Luna l'observait, toujours derrière son magazine.
-C'est un Mimbulus Mimbletonia, expliqua timidement Neville. Une plante très rare… Je suis désolé...
-Ce n'est pas grave, dit Ginny d'une voix décidée. Récurvite!
D'un coup de baguette, elle fit disparaître le liquide.
Harry se laissa tomber à côté de Neville, soudain de très mauvaise humeur - et surtout honteux. Pourquoi avait-il fallu que Cedric assiste à une telle scène? Si seulement il avait pu lui découvrir des amis populaires, qui les auraient accueilli en riant, invité à s'asseoir… Mais non, tout ce que Cedric avait pu voir, c'étaient Luna et Neville pataugeant dans une substance visqueuse et malodorante. Harry échappa un grognement, qui lui attira le regard de Luna pendant au moins cinq minutes.
Ron et Hermione restèrent absents pendant encore près d'une heure. Quand ils firent enfin apparition, ils apportaient la nouvelle de la nomination de Malefoy en tant que préfet de Serpentard, ce qui n'améliora en rien l'humeur de Harry.
-Je vais coincer ses copains avant qu'il ne coince les miens, décida Ron, le ton malicieux.
-Tu ne dois pas profiter de ta position! lança sèchement Hermione. Tu vas t'abaisser à son niveau?
-J'obligerai Goyle à faire des lignes, ça va le tuer, il déteste écrire, continua Ron d'un air joyeux.
Il crispa son visage dans une expression de concentration douloureuse et fit mine d'écrire en imitant les grognement rauques de Goyle :
-Je… ne… dois… pas… ressembler… à… un… derrière… de… babouin…
Tout le monde éclata de rire, mais Luna laissa échapper un véritable hurlement de joie qui recouvrit tout autre bruit. Luna riait si fort que son magazine lui échappa des mains et glissa par terre.
-Ça, c'était vraiment drôle!
Les yeux baignés de larme, elle fixait Ron, haletant de rire.
À cet instant précis, la porte du compartiment s'ouvrit.
-Qu'est-ce qui est si drôle? demanda Cedric, amusé, en parcourant du regard les visages qui s'étaient tous tournés vers lui, sauf celui de Luna, qui ne lâchait plus Ron.
-Un derrière… de babouin! s'étouffa-t-elle, pliée en deux.
Personne n'ajouta quoi que ce soit.
Cedric haussa les épaules, renonçant à comprendre.
-Je peux m'asseoir? proposa-t-il.
Hermione lui fit aussitôt une place à côté d'elle, et il se laissa tomber en face de Harry.
Un nouveau silence s'installa, seulement perturbé par les halètements de Luna, toujours morte de rire.
Ron commençait à sembler irrité par le regard incessant de Luna.
-Qu'est-ce que c'est? demanda Cedric, désignant le magazine qui était toujours par terre.
Hermione se pencha pour le ramasser.
-Le Chicanneur, fit-elle, roulant les yeux.
Elle le passa à Cedric.
-«Jusqu'où ira Fudge pour s'emparer de Gringotts? » lut Cedric avec un sourire.
Ginny pouffa.
-Tout le monde sait que c'est une vraie poubelle, ce magazine, lança Hermione.
-Excuse-moi, dit Luna, soudainement pleinement maître d'elle-même, mais mon père en est le directeur.
-Ah, je… heu…, balbutia Hermione, gênée. En fait, il y a des choses intéressante… je veux dire que c'est…
-« Sirius Black : tueur ou victime? », lut à nouveau Cedric.
Harry échangea un regard alarmé avec Hermione.
-On dit qu'il serait en fait un chanteur, fit Cedric, parcourant l'article.
-Oui, il est innocent, déclara Luna d'un ton froid. Ils se sont trompés de personne; Sirius Black n'est qu'un faux nom.
Hermione, qui avait rapidement parcourut l'article par-dessus l'épaule de Cedric, secoua la tête à l'adresse de Harry, lui signifiant de ne pas s'en faire.
Notant les airs sceptiques de tout les autres, Luna se leva, arracha le magazine des mains de Cedric, et retourna s'asseoir pour disparaître à nouveau derrière. Neville et Ginny, de leur côté, se lancèrent dans une discussion à propos de Fudge et de ce prétendu complot contre Gringotts, laissant Harry, Ron, Hermione et Cedric silencieux.
Harry détestait cette tension. Elle n'était pas nécessaire… Il ne comprenait pas quelle en était l'origine non plus.
-Harry, tu as changé… dit soudain Cedric.
Harry leva les yeux vers lui; leurs regards se croisèrent. Il n'avait pas vraiment l'impression d'avoir changé… Il était toujours le même, non? Cedric remarquait peut-être une différence entre le Harry de ses lettres et celui qui se tenait en face lui…
-Je veux dire, physiquement. Depuis l'an dernier. Tu as vieilli.
Harry rougit. Il y eut un drôle de silence. Hermione regardait Harry et Cedric tour à tour.
-Eh bien, moi aussi, dit Ron au bout de quelques secondes. J'ai grandit d'au moins cinq centimètres durant le dernier mois!
-Ah bon, fit Cedric avec un sourire. Il jeta un bref coup d'œil à Ron, puis reporta son regard sur Harry.
Il avait l'impression de sentir Cedric lire tout au fond de son âme; pas de la manière dont Rogue ou Dumbledore auraient pu le faire, mais plutôt comme si Cedric avait été en train de l'étudier, avec intérêt…
Il ne pu supporter cette sensation longtemps et baissa les yeux.
La porte s'ouvrit alors une nouvelle fois. Draco Malefoy, entouré de Crabbe et Goyle, ricanait, les observant. Ses cheveux étaient aussi lisses et blonds que toujours, mais son regard paraissait encore plus méprisant, si cela était possible.
-Qu'est-ce que tu veux? lança Harry d'un ton agressif avant que Malefoy ait pu ouvrir la bouche.
Il réalisa que c'était la première fois qu'il parlait depuis que Cedric était entré dans leur compartiment.
-Poli, Potter, sinon je serai obligé de te donner une retenue, dit Malefoy de sa voix traînante. Car, contrairement à toi, j'ai été nommé préfet, ce qui signifie que, contrairement à toi, j'ai le pouvoir de distribuer des punitions.
-C'est ça répliqua Harry, mais toi, contrairement à moi, tu es un crétin alors fiche-nous la paix.
Ron, Hermione, Neville, Ginny - et même Cedric, nota Harry - éclatèrent de riren. Malefoy pinça les lèvres et sembla pour la première fois remarquer la présence de Cedric. Son sourire se crispa un peu.
-Tiens tiens… Les deux champions sont devenus amis… fit-il, narquois.
Cedric le regardait d'un air neutre, sans bouger.
-Sors d'ici, grogna Harry.
Après un dernier sourire mauvais, Draco sortit en fermant la porte.
-Je vais y aller aussi, fit Cedric en se levant.
Il jeta un regard à Luna, qui était restée indifférente à l'entrée de Malefoy, puis à Harry, à qui il sourit.
-À la prochaine.
Il quitta le compartiment d'un pas assuré, sans se retourner.
Sentant soudain toute sa pression tomber, Harry soupira. Il se sentait ridicule.
-Eh bien… fit Hermione, sans trop savoir quoi dire.
-C'était étrange, dit Ron.
-Je crois qu'il ne m'aime pas, conclut Luna derrière son journal.
